Littinéraires viniques » VINS.

ACHILLE, LE RÂTEAU ET L’EXCAVATRICE …

Stanley Kubrick. Lolita.

 

Achille allait sur ses dix-sept ans. Il avait oublié le goût du lait, de l’eau et du cidre, depuis que petit bout d’enfant il trônait sur les genoux ronds des monos de la colo

C’était plein hiver, pourtant elle était habillée en Juin …

Un pantalon pas trop collant. En ce temps là, le collant était réservé aux dessous ou aux fins de soirée, à s’être trop serrés, frottés, malaxés. Fallait rentrer à pieds, dans le noir, tête dans les nuages et culotte poisseuse. Pantalon donc, près des fesses, mais pas dans l’entre deux. En toile légère,à petits carreaux vaguement vichy. Tissu mou qui faisait des marques aux genoux. Une cotonnade de pauvre aussi moche que le lin des riches. Un genre de blouse large au dessus, de style vague, qui atténue les formes mais n’empêche pas l’imagination. Informe, un peu sac mal taillé. Une paire de ballerines sans grâce en cuir noir. Mais des yeux, une peau, des cheveux … Putain, on ne voyait que ça ! Après ça, le reste devenait habits de princesse, fringues haute couture, soie et falbalas. On voyait, on regardait, on rêvait, on idéalisait, on fantasmait. De loin, à la sortie des filles, de l’autre côté du lycée. On rosissait, on rougissait, parfois, en secret, à l’intérieur de soi.

La môme carotte aux cheveux en cascade d’automne l’hypnotisait. Une menue mangouste, vive, agile, déroutante, qui le tenait sous son œil de menthe fraîche piqueté de pépites dorées. Selon son humeur versatile, elle souriait, le regard franc, ou boudait, tête baissée et lèvres plissées. Ses surprenantes sautes d’humeur se lisaient à la couleur de ses yeux qui pouvaient passer, le temps d’un subreptice cillement, du jade limpide au lapis profond, tandis que son babil de perruche devenait silence menaçant. Achille, innocent, y cherchait des raisons, une logique subtile, qui lui échappait, le dépassait et lui serrait le cœur. Souvent il en parlait à son copain Hector, esprit terrien, qui lui conseillait de s’en foutre et de rester concentré sur un seul objectif, vital celui là : « se la faire » ! Mais à l’aube de sa vie, Achille souffrait de mille angoisses, et l’acné tenace qui lui ravageait la face du front au menton, purulente et disgracieuse, lui mangeait aussi l’insouciante confiance en soi qu’il avait un peu eue dans son enfance. Le soir, dans la moiteur de ses draps rêches, le juvénile voguait longtemps sur les rives du sommeil, tournait et retournait, passait des grandes chaleurs brûlantes des espoirs excessifs, aux plaines glacées des plus sombres tourments. Et les obscurs devoirs de math au dessus desquels il dévorait son bic, l’esprit noyé dans les froides émeraudes de la belle insaisissable, le laissaient sec comme peau d’orange au désert, et n’arrangeaient rien à son état.

Or donc Achille espérait, œil de caniche, échine ployée, accepté et rejeté à longueur de temps. Il multipliait les tentatives, essuyant échecs et humiliations répétés. Ses poèmes, endiablés, évanescents ou torrides, se heurtaient au rire idiot de la sorcière qui n’y comprenait que pouic. Elle avait de beaux yeux, certes, mais était basse de plafond, désespérément futile, violemment addicte à la surface des choses. Parfaite petite consommatrice égoïste, elle était plus attachée à son image qu’un imprimeur Spinalien, plus soucieuse de son apparence qu’une fashion-victim. En un mot comme en mille, elle était d’esprit superficiel, mais de complexion angélique. Rien de surprenant à ce qu’elle s’appelât Candice, comme le sucre, quasi éponyme, qui fond sous la langue et laisse bouche poisseuse…

Après s’être gorgé d’elle, mirage lointain et vibrant, comme de l’eau d’une fontaine d’hydromel, Achille se résigna à la défaite. Il la voyait, au sortir du lycée, qui enfourchait la vespa blanche d’un garçon dégingandé, à la mèche savamment rebelle, qui se serrait contre lui en crépitant comme une crécelle. A l’angle de la rue, il comprit qu’il lui faudrait l’oublier. Mais à dix sept ans, les émotions sont nouvelles, fortes, tenaces et douloureuses, plus encore que sur le vieil âge. Alors Achille dégusta le pire vin d’amertume de sa vie. Le soir dans son lit étroit, il pleurait et se vidait des humeurs bilieuses qui lui cartonnaient la gorge. Étrangement, il constata qu’il aimait ça aussi. Son ego exultait, il était seul au monde à connaître tant de souffrance, nul n’égalerait jamais sa désespérance. Mourir, oui mourir délaissé, il ne voyait que ça.

Hector ne le lâcha plus et l’entoura de son amitié bourrue, le rudoya et lui mit le nez dans sa complaisance malsaine, en face des trous. Lui parla d’une de perdue pour dix pintades à farcir, l’initia aux joies de la bière tiède et aux riffs des Stones. Insensiblement Achille délaissa ses très saints Beatles, adulés jusqu’alors, pour s’enflammer aux sauvageries de groupes inconnus. Jusqu’à se fondre comme acier en sidérurgie, aux éructations rauques des nouveaux hardeurs naissants. Il entra dans la secte des excessifs en toutes choses. Lui qui n’était que duvet d’oiseau tendre, donna dans le psychopompe et les catacombes, la musique hurlante et les beuveries sauvages. Son acné disparut ! Ses eaux lustrales furent plus noires que jus de charbon.

Son corps s’allongea, son visage s’émacia, son regard se durcit. Il comprit – du moins le crût-il un temps – que l’aristocratie des goûts est affaire de groupuscules durs et intransigeants. A mépriser le monde des « mous de la tronche », comme il les nommait, lui attira les grâces des groupies éperdues qui cherchaient à travers l’espoir d’être adoubées, une raison de combler leur vide abyssal. Il reconnaissait les plus prometteuses d’entre elles à la qualité de leur rire ainsi qu’à leur regard en deux dimensions. Achille s’en gava, devint un prédateur froid, sans foi ni cœur (sic), et s’évertua à épuiser le cheptel des rousses à bouches souples de la ville. Nombre d’entre elles, plus rouges qu’acier fondu, souffrirent. Il s’en repu et les croqua comme noix fraîches … Du haut de sa suffisance, il apprit la puissance des mots, bien plus dévastatrice que celle des poings. Son verbe devint acier de Tolède. Il en usa et abusa sans états d’âmes. La musique intensifia son pouvoir. Quant il tapait comme un damné sur les peaux tendues de sa batterie, au cœur de son groupe de gratteurs de grattes éructantes, il se croyait maître du monde. Et ramassait à l’excavatrice des chapelets de donzelles consentantes. La vengeance est une rousse qui se mange chaude. Il lui fallut du temps pour passer de la boucherie industrielle, à la génisse bio élevée sous la mère.

Mais …

Le soir, en secret il écoutait Joan Baez …

Sous sa couette noire, il n’était que douceur,

Derrière les eaux sombres de son regard,

Le bleu azur attendait,

Que la vie revienne.

————–

Le temps a passé …

Les Lolitas ne sont plus,

Que fades égéries de Lempika …

Au cadran de l’horloge absente, le temps, toutes les nuits, s’arrête, comme par miracle. Ces moments d’extrême solitude, Achille les aime. Les chérit. Les attend. L’espace s’entrouvre. À sa mémoire remontent les émotions, les images, la compréhension silencieuse de l’histoire de sa vie. Toutes ces années, ces heures, ces secondes, souvent plus intenses que des lustres, il les fête, les visite, les revit, les regrette ou soupire du bonheur de n’avoir plus à les affronter. Il y a belle lurette qu’il a délaissé les plaisirs frustes des alcools improbables, pour l’univers subtil du jus des treilles … Mais cela est une autre histoire. Dans le silence, sous la lumière jaune de sa lampe, il se perd dans l’or pâle du soleil d’hiver liquide qui pulse dans son son verre ventru à long pied. Sa conscience se noie dans la robe tendre du vin. Autour de lui les parois de cristal fin l’enveloppent. Une fraction de seconde, les yeux clos, il est hors de lui et communie avec le vin.

C’est un jus aérien du Domaine Pattes Loup, un Chablis 1er Cru « Beauregard » 2009 de Thomas Pico, longuement aéré qu’il s’apprête à déguster. C’est d’abord la précision des arômes qui le surprend et l’émeut. Des fragrances de fleurs blanches, de melon, de fruits de la passion, puis d’ananas à peine rôti, et de citron mûr enfin, montent en guirlandes odorantes jusqu’à ses narines recueillies. C’est une belle matière, ronde, onctueuse, grasse en bouche, sans trop, fourrée aux fruits exotiques, gourmands mais sans excès, qui lui remplit la bouche. Puis le jus pur et précis du citron fend la boule de fruits tendres, et donne au vin une belle énergie qui le relance et l’équilibre. Le vin, une fois disparu au delà de la luette, laisse sur langue et palais sa double empreinte suave et fraîche, très longuement. Longtemps après l’avalée, l’avaloir marqué par la soie crayeuse et finement salée des coteaux marneux à exogyra virgula de Courgis, retrouve le goût désaltérant du citron de Menton qui revient en rétro.

Rien à voir avec les Chablis ordinaires,

Décharnés et détartrants,

Qui encombrent les linéaires …

EROUMOGEOTIYANCOTENE.

ACHILLE ET LES FILLES DE LA COLO …

Achille ravale ses larmes …

Tant qu’à faire il renifle un bon coup. La morve qui lui pendait au nez fait machine arrière, remontre ses sinus et s’étale gluante sur sa langue. Achille l’avale avec délice. Il aime ce goût onctueux et salé, comme le Chardonnay bien mûr et frais dont il aimera se délecter plus tard ? Se pourrait-il que l’inclination qu’adulte il cultivera pour les vins issus de terroirs argilo calcaires lui vienne de ces pleurs refoulés ? Pour l’heure, seul le mufle du bus, dont le diesel tressaille lourdement sous le capot gris, l’intéresse. Dans son dos la main de son père le pousse doucement vers la porte ouverte de l’engin terrifiant. Achille n’a pas six ans et n’a jamais quitté les jupes de sa mère plus de quelques minutes. Ce n’est pas qu’il soit timide, nonnn. Mais, entre faire le clown, amuser la famille, en tournant et soufflant autour de la table dominicale dans le Tuba cuivré – plus grand que lui qui ne fait que deux pommes et demi – de son grand père et partir à l’aventure, en « cononie de vacances » … C’est quand même autre chose. Il flippe grave, lui le plus petit de cette bande d’enfants bruyants qui monte à l’assaut du bus. Sa main s’accroche à sa mère, il perd de sa superbe et se met à brailler, comme un cochon de lait devant un étal de saucisses. Soudain deux mains fines se penchent vers lui, le prennent par la taille, un mouchoir lui recouvre le visage qui essuie au passage larmes et limaces morveuses, le lèvent et le collent contre une poitrine ronde et ferme qui sent bon la chaleur et le linge propre. Interloqué, il se tait et respire, le nez collé au cou pâle d’une jeune blonde rieuse, les parfums musqués qu’exhalent les longs cheveux paille de l’adolescente. Son premier parfum de femme, hors sa mère, l’enivre et l’exalte comme jamais berceuses ne l’avaient fait. Ainsi qu’une pâte à modeler chauffée au soleil il se coule contre le corps de la fleurelette, lui entoure le cou de ses bras et ferme les yeux. Une chaleur soudaine au creux du ventre lui met le rose aux joues. Dans un bruit de pignons grinçants l’autocar démarre.

Achille vient de connaître sa première … émotion !

Par la lunette arrière du bus la foule des parents émus tressaute, agite convulsivement mains et foulards. Très vite la troupe s’amenuise pour disparaître au premier virage. Le menton appuyé contre l’épaule chaude de l’adolescente odorante, Achille, anesthésié, ressent à peine une pointe acide de chagrin lui effleurer les cils ; il vient d’apprendre que la séparation ne sera jamais un moment de pur bonheur, et la courte vague humide qui lui brûle les yeux, il la reconnaîtra désormais, à chaque fois. Une chance pour lui que cette grande fille rieuse l’ait aidé à accepter, sans trop souffrir, que la vie est faite le plus souvent de petits bouleversements et que chaque quiétude perdue, chaque choix, chaque décision, implique souffrances et tremblements passagers. Mais à moins de six ans, yeux grands ouverts sur le monde, Achille ne sait encore que pleurer, rire et jouer. La première grimace à demi édentée du rouquin qui se tortille sur le siège derrière lui, suffit à le ramener au présent immédiat. Très vite l’enfant se plonge dans le jeu. Grimpe et descend du siège, glisse les soldats de l’Empereur entre les accoudoirs, mime la mitraille et s’écroule au sol, foudroyé. Le temps, aboli, s’arrête.

Une semaine a passé mais il ne le sait pas. A peine levé les journées fondent à toute vitesse, entre jeux, promenades et veillées. Achille a plein d’amis. Il se vautre dans l’enfance et en rajoute. Petit bout de la bande, il est choyé, passe de mains en bras, de blondines en brunettes, de filasses en frisottées. Ses boucles claires séduisent les grandes bringues qui aiment à se perdre dans ses grands yeux bleus sans fond. Il est un peu leur futur. Sans le savoir elles s’entraînent à la maternité. Il ne craint rien des garçons, et traine avec eux pendant qu’ils fument en cachette au coin du château. Lui se montre, fait le guet, et les avertit au moindre bruit suspect en braillant comme un âne, hi han, hi honnnn. Sa monitrice préférée est une rousse incendiaire, à la peau de lait tâchée de pépites de chocolat, généreuse, confortable. Elle le tripote sans cesse comme une poupée vivante. Lui, ne dit mot, laisse faire la fille, met son nez partout, mine de rien, sans trop savoir pourquoi. Son odeur, à nulle autre pareille, il s’en repaît à sa satiété, la renifle et la lèche. Elle rit, d’un rire de gorge un peu rauque qui finit en crécelle. Elle le secoue gentiment, tant et tant que la tête lui tourne. Parfois, un peu écœuré, il se sauve en riant pour qu’elle ne perçoive pas son malaise. Mais toujours il revient, ou bien elle le rattrape, le colle entre ses jambes, se penche vers lui et le couvre de gros baisers mouillés qui le dégoûtent un peu, et surtout lui donnent chaud.

Le soir tombé, juché sur un rehausseur (une caissette vide qui lui met le menton à hauteur d’assiette), il mange, comme une petite star, à la longue table, entre les monitrices attentives qui le choient comme un chiot fragile. Achille, la coqueluche des filles, fait régulièrement des caprices,depuis qu’il a compris qu’il pouvait, en toute impunité, se le permettre. Et comme il sert de passeur de billets doux aux plus grands des garçons, l’innocent est protégé de tous côtés. Et que j’te lui coupe sa viande, que j’te lui choisisse les meilleurs morceaux, que j’te finis sur les genoux d’la blonde, la nuque au chaud sur les airbags dodus. La vie de château, quoi ! Et tout ça, comme ça, sans rien faire, sans rien dire, rien qu’en étant le soit disant bébé de la couvée …

La quinzaine se termine pour le bambin qui ne vit encore qu’au présent. Vient le grand soir du repas d’adieu des monos, dont il est le seul invité. Fier comme un roitelet à l’Élysée, Achille, qui ne comprend rien à la chose, confortablement installé sur le giron d’une belle en chair, est cœur, et surtout yeux, grands ouverts. Le cidre Normand, brut, à la robe turbide et au parfum âcre, coule généreusement dans les verres à gros bords. La couleur cuivrée du breuvage fascine l’enfant. Là, c’est sûr, « d’la pomme, y’en a ! » et les fragrances sucrées du jus trouble l’enivrent à moitié. Le pick-up braille les airs à la mode de l’année. Les joues rouges et les yeux pétillants des filles énervées qui le bécotent à tour de lèvres humides, lui enflamment le visage. Béat, à demi gagné par le sommeil, Achille lévite. Ces attouchements chastes et ces odeurs de corps moites, mêlées à celles du cidre fort, le marquent à jamais, plus sûrement, sans qu’il le sache, qu’une brûlure au fer rouge. Bien plus tard, il les retrouvera sur la peau laiteuse de sa première expérience, une sorcière rousse, aussi enveloppante que flamboyante !

Perdu dans les pensées de son lointain passé, Achille rêve. Sur le coin du bureau, tandis qu’il pianote en rafales sur son clavier, un grand verre rempli d’un beau jus incarnat, brille, comme le rubis roussoyant d’une chevelure de feu, sous la lumière artificielle de sa lampe. Les rayons du soleil cru, qui perce cette nuit sombre de son regard aigu, se concentrent dans le lac calme du vin de pur carignan qui l’attend. Le temps a fait son œuvre, il a laissé les pommes au verger de l’enfance, il se régale maintenant du sang de la treille. C’est un « Puch », un Vin de Pays des Côtes Catalanes, du millésime 2010, vinifié par une bande d’allumés Roussillonnais, qui lui fait de l’oeil comme un clown cyclope. La bouteille a atterri chez lui, par un de ces miracles, une de ces rencontres, au hasard du Web, virtuelle donc, qui à pris corps de verre vert à bouchon, un beau jour, entre les mains de sa factrice préférée, ronde et blonde comme une mono de colo ! Alors, l’heure est grave, le vin de l’amitié ne se boit pas comme un vulgaire jaja de grande surface. Non, il se regarde, s’ouvre avec tendresse, se verse avec douceur, et monte au nez comme un parfum précieux. Du fruit, des fruits frais en corbeille, de ces fruits cueillis en vrac au jardin les premiers jours de l’été, lui ravissent l’appendice et lui mettent immédiatement la salive en bouche. Il lui faut se retenir grave pour ne pas s’en coller une large rasade dans le gosier, illico. Alors, consciencieusement, il hume, renifle à tours de naseaux le vin odorant. Moins d’une minute plus tard, la première gorgée glisse, soyeuse et fraîche dès l’attaque sur ses muqueuses impatientes. Plus que de fruits mûrs et tendres, ce vin a le goût de l’amitié vraie, simple, et sans chichis. C’est bon, coulant, ça roule en bouche comme hanches de femme mutine, espiègle et franche. Yeux clos, lui vient en tête, sans même qu’il ait à penser, « Putain, c’est bon ! », tant la matière soyeuse, aux tannins si fins, qui s’allonge caressante et pleine, équilibrée et grasse ce qu’il faut sur sa langue conquise, le ravit. Le jus, conséquent et léger à la fois, passe la glotte à l’européenne …. sans frontière apparente. Un vin qui met en joie … à faible degré d’alcool, mais à forte amitié ajoutée. Rare par ces régions de soleil ardent ! Un verre, puis deux, descendent allègrement la pente, qui lui laissent bouche propre et conscience claire …

Une des plus dangereuses bouteilles qu’il ait eu à affronter !

Un vin à brûler la nostalgie.

A bouffer la bouteille vide …

Pire encore que les donzelles de la colo …

Un merci tonitruant à pas l’amer Michel …

Et chapeau …

Ni de paille, ni d’Italie !

EHIMOLATIRECONE.

AVEC DEPEYRE, PAS DE BILE À SE FAIRE…

Nikki. L’Agly, pool.

Un domaine de treize hectares conduit en tandem par Serge Depeyre et Brigitte Bile, donc… Créé en 2002 et sis dans une maison parmi d’autres, au milieu des rochers (Cases de Pène) dans la vallée de l’Agly, en Roussillon. Sur les terres avoisinantes de marnes, de schistes noirs et argilo-calcaires aussi, des lambrusques, devenues vignes à force de soins, qui peuvent être vieilles, voire canoniques (plus de 80 ans pour certaines), croissent dans la douleur et les forts vents méditerranéens. C’est ainsi que le duo veille amoureusement sur une armée de ceps qui sont grenache gris, blanc, noir, syrah, carignan, ainsi que mourvèdre. Quelques cousins Ibériques de lladoner pelut, par-ci, par-là.

Les gens d’expérience sont souvent raisonnables, c’est pourquoi le couple travaille en lutte raisonnée. Pas de traitements systématiques, pas d’engrais chimiques, analyses régulières des sols, feuilles et grappes. Labourage à la mule, sans chenilles donc ! Vendanges manuelles en caissettes et égrappage intégral, pressoir vertical traditionnel en bois et vinification traditionnelle elle aussi, sans intrants. Vins non filtrés et non collés. Des rendements drastiques… De 14,5 à 30 hectos à l’hectare : 14,5 pour «Symphonie» 2009 et «Rubia Tinctoria» 2009, 25 pour «Sainte Colombe» 2008 et 30 pour la cuvée «Domaine Depeyre» 2009. De là à dire, que par là-bas les vignes ont la prostate fragile…

Le Domaine n’est pas grand consommateur de bois neuf que seule connaît «Symphonie», de grenache blanc et gris issue. Il est vrai que les vignes de 80 ans, «ça ne craint pas»… Un VDP des Côtes Catalanes qui fait ses dents en barriques et demi-muids neufs. Dans le millésime 2009 qui demande un carafage conséquent, ce jus d’or pâle au nez de fleurs, de fruits jaunes, d’amande amère, d’écorce d’orange et de réglisse anisée, vous emplit la bouche d’une matière conséquente, grasse, onctueuse, riche d’abricots mûrs, de confits, que rehausse la réglisse épicée. Un vin «cabot» qui ne veut pas quitter la bouche et qui éteint, plus que très lentement, ses lumières de réglisse fumée. Puissance et finesse habilement conjuguées.

Après que le blanc, impressionnant, a baissé son pavillon de pierres épicées, c’est le début du voyage au pays des robes impénétrables… Place au rouge de la cuvée «Domaine Depeyre», assemblage de syrah, grenache noir et carignan à proportion de 50, 25 et 25%. Un vin qui bien que de pure cuve, demande un bon carafage. Mais avec tous les vins – certes jeunes – du domaine, patience est souvent mère de plaisir décuplés par l’attente. Vent et soleil marquent le vin de leur puissance sauvage fruitée et maîtrisée.

«Sainte Colombe», c’est un degré de plus dans l’expression du terroir. Syrah, grenache, carignan à proportions égales et 10% de mourvèdre. Fruits noirs, cerise mûre, pierre sèche, réglisse fine et poivre dominent. Le toucher de bouche est caresse fluide, d’une onctueuse élégance, la matière est conséquente mais sans affectation. Cerise noire juteuse à nouveau. La finale, aux tannins fondus, empourpre la bouche d’épices longues, réglissées, poivrées, légèrement fumées. Au bout du bout subsiste au palais, une violette. Une fleur d’avenir…

«Rubia Tinctoria», 80% syrah, mourvèdre et grenache à 10%, garance teinturière entre les rangs des vignes, mais pas gros qui tâche en bouche pour autant. Vin de pure cuve, jus de jais à peine ourlé de violet. Joli fumet de fourrure de lièvre à l’ouverture qui laisse rapidement place à des arômes de prune, de bigarreau et de cassis très frais. Une matière fluide et onctueuse en bouche, qui allie légèreté et puissance contenue. Une eau de vin soyeuse, précise, gourmande qui caresse le palais de sa volée de fruits et laisse à la finale de petits tannins délicats et goûteux. Une syrah du sud mutine, fraîche comme une crinoline sous le vent.

Les vins de Serge et de Brigitte sont aux Roussillon de naguère ce que la plume est au burin…

EMO!SCHISTITESCONE.

QUAND MON PALAIS DEGUSTE AU CHÂTEAU…

 Léonard de Vinci. La vierge, l’enfant Jésus et Sainte Anne.

 

Dans ma quatre-roues non motrices que j’aime, j’ai glissé sur la RN 10 comme un céphalopode entre les hannetons aux carapaces luisantes, lourds (dans tous les sens du terme…) en caravanes longues. Rien à voir alentours, le regard fixe, les lombaires humides, attentif aux yeux rouges du cul des monstres. Les routes encombrées tuent les paysages. Puis j’ai franchi le pont qui n’est pas d’Avignon. Personne n’y danse sous les radars affamés. Mon copilote, dame à la voix morne, me guide. Je l’écoute comme un enfant sa mère. Les mères, mais pas toutes, aiment leurs enfants petits, et même vieux parfois. Celle-ci, pourtant inhumaine, qui me porte dans son ventre binaire, m’entraine ensuite, passé les voies aussi rapides qu’impénétrables, sur les départementales buissonnières. Là je tourne et vire dans le secret des paysages qui offrent à ma sérénité retrouvée, le calme des arbres en touffes feuillues, la paix des plaines herbues et des reliefs doux. Cette femme dyadique est plus tendre que ces vieilles marâtres aux seins secs, qui maltraitent encore leurs vieux enfants douloureux. Quelque chose de la rencontre à venir me pacifie. Mon cerveau droit déconnecte, le gauche s’exprime où loge, d’amour et de soie, de paix et de joie pure, primesautier, mon ange, mon maître qui me guide. Mon pied se fait léger, je musarde, je me glisse en douceur et roule sur le bitume étroit entre les premières vignes du Médoc. Petits châteaux, domaines inconnus des médias cannibales, ceps tordus aux entre-rangs encore trop souvent roussis, villages immobiles se succèdent.

Puis vient Labarde, Cantenac enfin.

Timide, j’entre dans pâle mère (?). Palmer de son vrai nom. Place Mähler-Besse, je me range et m’extraie de mes tôles. Quelques secondes déplient mon corps contraint par le voyage. Sous mes pieds les galets blancs me massent. Les énergies circulent à nouveau dans les méandres fatigués de ma vieille carne. Des bâtiments anciens, petits et grands m’entourent, comme dans un village qui en a vu d’autres. Légère, elle apparaît à l’angle d’un bâtiment aux volets vert d’eau. Un corps menu, que souligne et mets en grâce un jean étroit sous un coton tissé translucide mais pas trop, me sourit de ses yeux clairs pétillant de bulles. Un sourire vrai sur des lèvres ourlées. Le teint frais, rose hâlé, découvre des ivoires réguliers. La T’Chad herself, dans toute sa splendeur, se matérialise. Elle ne se penche pas vers moi. Pour une fois, je suis à la hauteur. La petite est menue, gracieuse. Elle sent bon le cuir frais et les fleurs de printemps, quand nos visages se touchent un instant. Ses lèvres n’embrassent pas le vague du ciel blanc de brume, mais mes joues. Je le lui rend bien. Oui, c’est bien elle que j’avais pressentie. Une fois encore, La Toile n’a pas menti. « Rouge, Blanc et Bulles » sera mon guide, intelligente, finaude, joueuse et habilement bordélique. Vivante !

Comme j’aime !

Palmer, que je n’aurais pas l’outrecuidance de présenter, grand Troisième Margalais, est en révolution douce. On s’active, on casse les murs pour mieux dévoiler le Château, on retrace un parcours. Palmer veut se donner au yeux de ses visiteurs. Annelette m’explique. Nous cheminons. Derrière la bâtisse, arrêt et échanges à baguettes rompues avec le paysagiste qui restructure jardins et chemins. Tête burinée, poils blancs et visage de vieux faune au regard droit. Les mains terreuses, épaisses, faites pour tailler, planter. Au service de convictions, de projets, d’amour de la nature, qui nous parle de liberté, de terre propre, de plantes et fleurs vivantes, à marier en bouquets comme des taches de couleurs en désordre apparent, sur l’herbe verte du parc, entre les vieilles essences centenaires. Chêne liège, tout en superbe, à la peau grumeleuse, platane altier, châtaignier imperturbable, arbre mystère (pour moi) comme un croisement hasardeux entre un érable et un vieux plant de cannabis, aux feuilles pointues et dentelées à la fois… Mais je délire.

Nous tournons autour du château. Le mur qui longeait la route est tombé, puis reconstruit très bas, plus en retrait, après qu’une porte d’angle, fermée d’une grille bleue, finement et étrangement sculptée, pierres et fines briques rouges en strates, a été magnifiquement restaurée par des tailleurs de pierre respectueux des traditions et de leurs beautés. Le château, en majesté, régale désormais le regard du chaland. Nous remontons un instant la départementale et entrons au chai à barriques en construction. Ici encore, tradition et histoire sont au service de l’architecture. Le bâtiment immense abritera et protégera des aléas climatiques les vins entonnés qui patiemment attendront la fin de leur élevage. La vaste salle reproduit à l’identique les allures et frontons du passé.

Retour au « village » existant. Une porte discrète s’ouvre sur une salle de dégustation immaculée. Sur les murs, aux deux tiers de la hauteur, une frise à la gloire du raisin brise de ses couleurs vives, l’austérité quasi monacale du lieu. Au centre une table haute, carrelée. Sur la table une batterie de grands verres attendent. Alter Ego et Château Palmer 2010 à leur côté. Elevage en cours bien entendu.

Quelques lustres avant que l’âge m’ait assagi, je fréquentais ces vins. Les étiquettes noires et ors m’étaient familières. C’était au temps où les grands vins de Bordeaux étaient encore abordables aux bourses plates des amateurs énamourés. Alter Ego est château noir sur fond or. Palmer est son inverse comme l’est une photo à son négatif. Château d’or sur fond noir. Comme deux eaux fortes gravées dans un intangible passé. Seul pour moi le millésime est nouveau. Les jus sont d’encre, violette comme purée de myrtilles fraîches. Alter n’est pas austère, qui s’étale en largeur à mon palais consentant, après qu’il m’a lâché au nez ses parfums floraux puis rouges et noirs de fruits mûrs et crémeux. Le millésime fait son office, ajoutant à ce vin « horizontal » fait pour être avenant dès sa jeunesse, une droiture, une rectitude, une « verticalité », qui augurent d’une belle évolution à terme. Puis vient le temps de Palmer. Qui se goûte parfaitement. Une belle boule de vin, parfaite sphère de purs fruits purs d’une précision et d’une définition nanométriques, sussure à mon palais, avec race et élégance. Certes le yearling est fougueux, pas complètement assagi et « débourré », mais la matière, pas brute pour autant, est splendide. C’est une soie sensuelle de tanins, poudre de craie finement épicée, qui laisse au palais ses fines touches réglissées. Le vin semble se plaire en bouche, et luette franchie, il semble toujours présent, et… longuement. Déguster c’est recracher, mais là, je ne sais pourquoi, atteint d’une amnésie aussi subite que partielle, j’ai oublié.

Bacchus, dans sa mansuétude, m’a pardonné !

Annabelle, du château elle aussi, qui veille sur le 2,0, se joint à nous. Nous débarquons en « Gare gourmande » restaurant de poupée, minuscule, avenant qui ne peut accueillir qu’une poignée de voyageurs gastrolâtres. Les deux brunettes s’entendent comme larronnes en goguette. Regards complices et sourires jumeaux. Anne s’est éclipsée, Laurence est apparue… Sur la table apparaissent deux bouteilles du château, dans les millésimes 2007 et 1991, auxquelles courte vie est promise. La première est ouverte, rieuse, qui se donne sans détour comme un enfant confiant. La seconde issue d’une année difficile – la vigne a connu un gel printanier qui a détruit la récolte (20 à 80% selon les endroits) – et pluvieuse pendant les vendanges. Carafé le vin est un rubis brut, peu brillant mais sans aucune turbidité. Les notes mentholées dominent un nez automnal fait de fines touches d’humus humide, de champignon frais (certainement des ceps « Têtes de Nègres », bordelais oblige !!), au travers desquelles quelques notes myrtillées subsistent. C’est une dentelle de Bruges qui honore mon palais. Le vin, à son sommet, est d’une exquise délicatesse de toucher et de texture. Il roule en bouche, caressant comme l’aile d’un papillon poudré une paupière. Me vient à l’esprit l’image de la Fée Clochette ! Mystère des analogies fulgurantes. A l’avalée, les épices douces accompagnent les tannins, si fins, qu’ils semblent, poètes, avoir disparu…

Retour au village. Conversation à blogs rompus. Tendances, chapelles, guéguerres picrocholines, embrouillaminis de la Toile, papotages diserts, le temps doux s’étire…

La dame à la voix plate, patiente, me parle. Je roule en mode automatique. Les sourires légers des filles de Palmer m’accompagnent au creux de ma mémoire immédiate. Je franchis à nouveau le pont laid recouvert de fourmis affairées. Regards las, sourcils froncés, sourire béats, doigts qui fouillent, qui tapotent, qui grattent, spasmodiques, les volants brûlants sous le soleil blanc. Carcasses multicolores impavides, odeurs de gomme et de bitume chaud.

Retour vers les vignes, trop souvent rouquemoutes des maltraitances chimiques réitérées de la Champagne, qui se dit Grande… Cognac pointe le bout de mon logis…

Je souris à mon palais qui garde le souvenir secret des vins et du bonheur des filles du Château.

 

EMELANMOALCOOTILISEECONE…

LA JEUNE BOURGOGNE MÛRE À POINT…

Jean-Baptiste Paul Guérin. Le sous-lieutenant Joachim Murat.

 

Le Maréchal, à la dixième génération, aurait-il laissé trace de son passage, du temps de sa sous-lieutenance, en Bourgogne, en la personne d’Hervé Murat, vigneron de son état ? «Pirapce beute note choure…» ! Pourtant, quand l’œil de l’esprit traverse le temps, la ressemblance avec Hervé est frappante… A l’imagination intuitive, rien d’impossible !

Hervé s’installe en 2005 à Nuits Saint Georges, « riche » d’un hectare et cinquante deux ares de Hautes Côtes de Nuits « Les Herbues » qui lui vient de son grand père. Depuis 2007 une activité de négoce est venue compléter la gamme sur des appellations village et premier cru de la Côte de Nuits. C’est ainsi que sur le millésime 2009, ce n’est pas moins de neuf cuvées qu’il vinifie et élève. A ce jour, à force de travail, Hervé règne, en main propre, sur trois hectares et quarante ares, auxquels s’adjoignent les achats de raisins de son entreprise annexe. Petit à petit le petit sous-lieutenant Nuiton va, pour sûr, prendre du grade…

A tout cœur tout honneur, la cavalcade des rouges du millésime 2009 commence par la vigne fondatrice du domaine :

Le Bourgogne Hautes-Côtes de Nuits « Les Herbues », 9000 flacons, d’un beau rubis grenat, est résolument dédié à la griotte et ce, à tous les étages. La mûre l’accompagne. La bouche riche, à la matière conséquente et racée, finit, bien longue et prégnante, sur des petits tannins croquants, torréfiés et précis. Prêt à entrer dans la coterie des Hautes Côtes…

Le Bourgogne Hautes-Côtes de Nuits Rouge « Le Clos Duc », quarante deux ares et 3000 fiasques est la fierté du domaine. Sur le dessus du disque rubis, irisé de lueurs violettes et roses intenses, la pivoine crémeuse, au calice parfumé sous des fragrances minérales, s’ouvre et vous salue. Sous la fleur, la griotte des Hautes Côtes, à la suavité finement amère, vous mets la langue en turgescence. La bouche, à l’équilibre tendu, réitère et vous tapisse le palais d’un coulis de fruits tramé de tannins minuscules, frais et finement salés qui vous honorent d’une présence qui n’en finit plus. Un vin pour qui le vinificateur a fait patte douce. Comme le rubis – qui illumine les étiquettes du domaine – est le prince des cabochons précieux, le  ” Clos Duc » est un des plus hauts joyaux des Côtes…

Morey-Saint-Denis « Le Village », 900 fioles doucement extraites d’une parcelle lilliputienne au cœur du village, et concoctées pour un tiers sous bois neuf. Un vin jeune, et ses notes vanillées l’attestent, qui amène le verre à l’émoi et fièvre pourprée, quand on le verse. Le jeunot, taiseux, ne consent à s’entrebâiller que peu et lâche un « pet » épicé classieux, avant que de daigner donner ses fruits au sang. Un jus replié ravit déjà la bouche cependant, de son grain fin et racé plein de promesses. Un village « sur le haut ! », à terme.

Morey Saint Denis « Les Charrières », quelques 600 bouteilles produites d’un premier cru idéalement situé sous le Clos de la roche ! Une dentelle de rubis cœur de framboise, aux notes aériennes de fruits mûrs et doux qui planent avec grâce sous le nez. Son jus tendre de fruits frais, à la matière prégnante, noie la bouche sous un flot mûr et goûteux puis s’installe avec élégance et finit en laissant au palais le souvenir long de ses fins tannins soyeux. Un « Loup » Morétain de haute lignée.

Chambolle-Musigny « Les Échézeaux » : 900 bouteilles de pur rubis incarnat. La grande finesse olfactive de ce vin aérien se retrouve en bouche. Une dentelle de cerise sauvage et de fruits rouges, ample cependant, sur un bois discret. Le langage de l’élégance, de la retenue, de la soie crissante, qui déclenche le désir… de boire.

Nuits-Saint-Georges « La Petite Charmotte » : 900 aiguières d’un vin de sombre rubis dont la puissance appelle les 30% de fûts neufs qu’il digèrera sans peine à terme. Naturellement concentré sans qu’il ait fallu l’extraire trop, ses fruits sauvages et cacaotés, son cuir frais, encore tendus par la jeunesse, impressionnent par leur matière puissante marquée par la réglisse et l’empreinte minérale de son berceau pierreux. Un village, certes, mais un grand !

Bourgogne Hautes-Côtes de Nuits. Et un petit coup de blanc pour finir ! Vingt trois ares de pinot blanc qui deviennent 1800 cols d’un jus jaune franc, moiré de vert, ample, frais et gras à la fois, aux fragrances florales, à la belle texture, dont la souplesse en bouche n’exclut pas la vigueur.

« Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années… » Corneille dixit ?

LE COUP DE PIED DANS LES POUILLES…

Le Caravage. Méduse.

 Ce soir, plus qu’à l’ordinaire, ils sont sortis les membres d’AOC (Association des Oenophiles Cognaçais), de leurs tanières confortables. Ils ont laissé les mamans seules, et se sont poussés jusqu’au siège, prendre un bain de vins Italiens. Treize vins, histoire d’oublier les douceurs de Simone et de conjurer le sort. L’espoir de sortir un peu des sentiers habituels, agréables certes, mais néanmoins trop battus et rebattus, pour qu’on ne finisse par s’y ennuyer grandement… Juste avant l’ouverture de la session, une prière muette à Sainte Curiosité, l’un des plus puissants moteurs de l’action…. Puisse-t-elle visiter ce soir mes acolytes, ordinairement bordeaulisés jusqu’à la douelle !

Un tour d’Italie donc, de ses appellations, de ses cépages, à grands traits bien sûr, à longs traits surtout.

Tous les vins ont connu une heure trente de liberté en carafe.

Une erreur ce systématisme diront justement certains…

 Mea à peine culpa !

Les commentaires des participants, peu loquaces, vaguement synthétisés par moi, seront partiaux, déformés un peu peut-être ( le vin est pure subjectivité, n’en déplaise aux prescripteurs !), et voueront aux gémonies les appréciations discordantes. Telle est l’inébranlable conception de la Démocratie au sein du Club. Je m’en empare donc avec délectation. Suit la litanie dégustative…

SICILE : Sur les pentes de l’Etna auxquelles la vigne s’accroche, tous ceps crispés, roches volcaniques, pierre ponce, vent, altitude, la vie des lambrusques n’est pas rose…

Tenuta Delle Terre Nere 2006 : La robe de cet “Etna Rosso” est d’un beau rubis intense et brillant. Le nez dégage des notes fugaces de pivoine, de fruits rouges dont la cerise est le coeur. Puis viennent la truffe, la terre sèche, les herbes aromatiques. La fraîcheur exhausse le tout. Puis les fruits rouges entrent en bouche. La cerise s’étale, gourmande, la truffe la sublime et l’épice. La finale découvre de petits tanins mûrs qui peuvent encore se fondre. La fraîcheur minérale du jus laisse la bouche propre, et ce vin est d’une telle gourmandise, qu’il faut la volonté d’un repenti pour ne pas vider la bouteille à glotte rabattue. La Sicile aurait-elle été Bourguignonne ?

Cusumano « Benuara » 2006 : Parure de soie noire à reflets violets. Confiture de fruits rouges, épices, réglisse, pierre chaude, garrigue méditéranéenne… pour sûr, plein le nez ! La bouche est moins gratifiante, un peu courte peut-être mais très fruitée, minérale et fraîche.

SARDAIGNE : D’une Île à l’altra, la balade se poursuit.

Argiolas « Turriga » 2002 : La robe, oxymorique, évoque « L’ obscure clarté des étoiles ». En foule se bousculent, cacao, chocolat, toffee, bâton de gingembre, puis myrtille et crême de cassis. Un vin d’équilibre qui rejoue sa gamme en bouche, la matière est imposante, toute en fruits rouges et noirs et chocolat. les tanins sont fins, frais et crayeux. Quelques petites bouches frileuses et fragiles parlent d’astringence… soit ! Ce sont les mêmes qui seront génées par « l’excessive fraîcheur des vins ». Des bouteilles de Coca sont prévues à leur intention pour la prochaine soirée.

BASILICATE : Une région particulièrement désolée, la voute plantaire de la botte, aux ras des Pouilles, c’est dire !

Basilisco « Aglianico del Vulture » 2003 : Une robe quasi colérique, rouge magma comme le jabot d’un dindon courroucé. Sous le nez, le bestiau se met à glouglouter, si fort que son haleine à brûler une allumette, emplit le verre de sa fragrance phosphorique. Une fois l’incendie maitrisé, le vin, jusqu’alors peu expressif, pétarade du fruit rouge en rafale, puis du cèdre dans une poignée de poivre. En aérant le jus tels des derviches qui peineraient à trouver l’extase, les notes de fruits juteux prennent de l’ampleur, le vin se déploie aromatiquement. Un toucher de bouche velouté rachète un peu le nez, quelque peu décrié par l’assemblée. L’attaque franche et poivrée dévoile, après que les papilles ont fait leur job, une chair aussi pulpeuse que celle de l‘Angélica de Visconti.

ABRUZZES : Le bas de la cheville, tournée vers l’Adriatique, plutôt proche des Pouilles…

Marina Cvetic Montepulciano d’Abruzzo 2005 : L’attaque acétique envoie la bouteille au vinaigier, qui ne s’en plaindra pas.

PIEMONT : Le Nord de l’Italie, loin des Pouilles.

Dizzani Ruche di Castagnole Monferrato 2005 : Un rubis d’intensité moyenne pour cette robe. Un nez qui prend son temps malgré le carafage, un effet de son jeune âge qui laisse ensuite parler sa fougue olfactive : Cerise, pelure d’orange – ou plus exactement essence d’orange, avec laquelle, enfants, nous jouions à nous aveugler – , muscade, tabac blond, gousse de vanille, puis « a long time after », la salade fraîche de fraises et groseilles déchaine les salivaires. La bouche est au diapason, une attaque épicée, une matière mûre et fruitée, enfin une finale fraîche et réglissée.

Conterno Fantino Barolo « Barussi » 2001 : La robe est de deuil, à peine bordée d’un soupçon de violet sacerdotal. Au nez, après que ça a giboyé,apparaissent le cuir frais, l’orange sanguine, le sous bois, puis enfin le goudron. Le bois, encore très présent, est Français, du meilleur Tronçais. Les bois de l’Allier seraient-ils prisés au Sud des Alpes ? La bouche rejoue les mêmes notes sur une matière imposante fruitée et réglissée. Une barrique prégnante qui demande à se fondre. Et toujours cette fraîcheur !

Braïda Barbera d’Asti « Montebruna » 2001 : Une robe rouge sang, quelques traces d’évolution. L’écurie, la bouse, la merde, hurle élégamment la confrérie unanime. Rien n’y fait, ni le temps, ni la patience… Une bouteille déviante.

Reverdito Barbera d’Alba « Butti » 2003 : Sombre robe pour ce Barbera. Un nez surprenant, séduisant même. De la cerise, de la gelée de mûre, du cassis et conjointement du citron, du pamplemousse et des épices. La purée de fruits rouges se retrouve en bouche, sur le cassis surtout, le zeste de citron également. Longue et gourmande est la finale, fraîche aussi, mais faut-il encore le répéter ?

TOSCANE : Grande région viticole de réputation Internationale qui, bien que loin des Pouilles, a donné à Bob ses plus beaux orgasmes….

Avignonesi « Nobile di Montepulciano » 2003 : C’est un beau rubis profond qui illumine cette robe. Un nez frais, surprenant qui mèle des notes de betterave, de coulis de tomate, à la terre, au zan, et au poivre gris. Quelques uns ne s’en remettront pas et finiront au composteur… Très vive attaque en bouche qui décline tous les états de la cerise, de la burlat au fruit à l’alcool. Finale longue et finement chocolatée.

Lisini Brunello di Montalcino « Ugolaïa » 1998 : Très viandé, le nez prend le temps de s’apaiser, pour libérer des beaux arômes de chocolat-cacao, d’épices, de poivre, de réglisse tout en contrapunctant de jolies notes de citron vert parfumé. Le fruit, relativement discret au nez, s’installe en bouche, prune et cerise s’en donnent à coeur joie. Matière fine, aux tanins légers. Le type de vin que l’on aurait du éviter de carafer, selon certains détracteurs sans pitié pour les petites mains maladroites qui ont oeuvré.

Ricasoli « Castello di Brolio » 1999 : Un chianti Classico à la robe carmine largement bordée d’orange. Les abonnés à la pizzeria du quartier renâclent et manifestent leur crainte devant ce vin dont la bouteille Bordelaise ne leur inspire aucune confiance : où sont les rondeurs et la paille délicate de leurs habituel flacons ? Un nez enchanteur leur cloue le bec. Crème de chocolat mousseuse et fruits rouges à foison, dont la cerise juteuse et la prune tendre, envahissent les sinus. Soie, velours et taffetas de tanins délicats, une matière élégante qui emplit la bouche de fruits mûrs et de tanins caressants. Longue et fraîche finale. Un vin de châtelain, le vin de la soirée.

Antinori « Tignanello » 2003 : L’un des domaines à l’origine de l’expression « Super Toscan ». Depuis lors, ces nectars sont très appréciés par des grands professionnels de la très sérieuse chose internationale du vin…. La robe de la Diva est d’encre, éclairée d’une très discrète frange rose-orangé sur les bords du disque. Au nez, c’est Oum Khalsoum. Tout l’Orient dans le verre. Pèle-mèle, fleur d’oranger, coriandre, épices de « là-bas », qui donnent, aux notes fruitées qui s’y lovent, une puissance et un charme supplémentaires. L’odeur de la reine claude craquelée, dont on perçoit la chair orange, pulpeuse et sucrée, domine, puis s’unit à la réglisse. La matière est puissante et lisse, comme l’est celle de tous les vins travaillés par les « magiciens du chai ». Le pouvoir de séduction est patent, tout est mûr et « bien en place » (expression favorite des techniciens de tous bords – professionnels de la technicité – , du raisin comme du ballon…), le chocolat ajoute encore au charme de la finale, longue, fraîche et réglissée. Eminemment consensuel!!!

Le bataillon des dégustateurs échevelés, bien qu’égaré en terres nouvelles, semble satisfait. Aucune tentative de putsch, pas de prise d’otage à redouter, ça blablatte certes, ça rouspétouile, mais c’est plus culturel que réel. En fait ils ont aimés ces vins qui les ont parfois déroutés. C’est à table je pense qu’ils trouveraient leur parfait équilibre et leur pleine mesure.

Beau voyage d’hiver en Italie, dont les vins sont aussi frais et élégants, que le Président de la République Italienne est lourd et vulgaire.

 

ECAMOPRITIC’ESTCOFININE !

DANIEL LARGEOT A LARGUÉ LA GRÈVE…*

Delaunay. Contrastes simultanées Soleil et Lune.

 

Au dessus de 4900 euros net par mois, il paraît que l’argent ne fait plus le bonheur? En dessous, oui ! Interrogés par Libération, les milliardaires Français au sujet de savoir s’ils seraient prêts à suivre l’exemple des Warren Buffet et autres Bill Gates, qui distraient de leurs immenses fortunes d’énormes sommes pour soulager un peu les grandes misères du monde, ont, comme un seul Crésus pas du tout honteux, refusé de répondre. Quelques uns ont dit non, arguant que leurs fortunes, ils les avaient amassées à la force de leurs petits bras honnêtes et musclés… Entendant donc continuer à dormir dans leurs draps de soie, sur leurs extravagants magots, comme de consciencieux ravis. En voilà une bonne nouvelle ! En ces temps de petit Jésus dans la Crêche, les Restos du coeur peuvent aller se brosser, et les Chevaliers de Malte repasser le tissu séculaire de leurs croix éponymes !

Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes dorés possibles… Un truc à te mettre les gonades en drapeau !

Sur le fond opaque plomb fondu d’un ciel trop longtemps dépressif, le verre tenu à bout de bras devant la fenêtre, ignore superbement la triste lueur d’étain sale qui sourd péniblement d’entre les masses nuageuses agrégées comme des moutons souillés… C’est un soleil dense, rouge d’un grenat profond et limpide, qui ondule doucement. Comme une couleur fondue qui unirait voluptueusement les âges du vin. L’orange et le rose Indien en moirent la robe, comme un cœur de lumière concentrée en mouvement. Je baisse le bras et l’image ondulante du Taj Mahal, sous le feu du soleil couchant, disparaît…

Le monde est dans le verre.

Le Taj Mahal est dans les têtes…

Il y a près de quatre ans, le vin se refusait. Capricieux, il se cachait en boule sous une nappe rugueuse de tanins rustiques. Attendre qu’il puisse, attendre qu’il daigne. Et c’est à la dernière, qu’il déploie toute la somptuosité de sa maturité. Rien ne dit pour autant qu’il ne refermera pas les bras d’ici peu.

Souvent vin varie…

C’est un parfum de vin qui me séduit immédiatement, qui me prend les sens comme on vous prend le cœur. Toute la volonté du monde n’y peut rien, j’en suis l’esclave définitif et ravi. Il y a dans ce nez comme une parenté avec tous les grands de Bourgogne dont les chemins ont honoré le mien, quelque chose d’une alchimie entre tous les fruits de la terre, auxquels se marierait l’essence de toutes les fleurs. Au delà de tous les terroirs, de tous les hommes qui les travaillent, les grands de Bourgogne, dans une fraternité qui nous échappe, se rient de leurs différences. Ils donnent à mes narines «épatées» le concert odorant de l’élégance, de l’équilibre et de la race. Mille notes indissociables, comme un Mozart joyeux. Non, je ne commettrai pas le crime d’en lister les blanches, les croches, les arpèges et les noires… Les prescripteurs officiels le font bien mieux que moi.

La douceur mystique de l’intemporel.

Comme un Pashmina Indien.

Ce Beaune Grèves 1999, l’un des derniers vinifiés par Daniel Largeot, est une essence de vin, qui me comble les sens quand sa soie tendre et mouvante roule et s’enroule autour de mes papilles déployées. Le même miracle, celui du vin qui transcende les espaces dérisoires de nos catégories étroites, s’accomplit. Dieu que c’est bon. Le sang de Bacchus coule dans ma gorge. Le temps l’a travaillé lentement, chacune des quatre saisons des années écoulées a marqué le jus de sa trace. Et le voici enfin dans sa plénitude. Âge du fruit et âge de la maturité également développés et présents en bouche. Fruits rouges mûrs et sous bois humides, cuir et terre sèche, épices et fraîcheur du sol, jouent leur musique précise, à l’unisson. Un vin terrien, que le temps a suffisament poli pour qu’il touche à l’élégance.

Longtemps après que le vin a disparu, il laisse en bouche la trace fine de ses tannins croquants et le souvenir prégnant de leur caresse…

*  En Hommage à Daniel Largeot, trop tôt disparu.

 

EBURMOGONTIDESCOQUENE…

CROISIÈRE PÂTISSIÈRE EN BELLIVIÈRE…

Vinci. La Belle Ferronnière.

Amis des poires, des pommes, des coings, des mirabelles et de la rhubarbe en tarte, bonjour…

Une croisière sur rivière vineuse qui eut pu tourner à la sardinière, à la sucrière, à la tripière, à l’anti-matière, à la mise en bière, à la bonbonnière, à la cafetière, à la tatinnière, à la charcutière, à la crémière, à la chevrière, et peut-être même à la civière puis au cimetière ? Mais non, la croisière fut au contraire bellement dentellière, éclusière et fruitière…

Et Bellivière for évère !

Aujourd’hui, ne craignez, ni phrases obscures à vos entendements engourdis, ni prose absconse qui polluerait le monde aseptisé des Blogs du vin, lesquels comme chacun sait, ne sont de qualité et de belle écriture qu’entre les claviers experts des meilleurs Experts Professionnels de l’Expertise, dûment Cooptés par la Guilde des Experts Certifiés, Diplômés et Reconnus par leurs Experts de Pairs. Non, non. Allez y sans crainte, vous ne croiserez que des mots simples, reposants, mille fois lus, dignes de figurer dans les 100 mots du vocabulaire moyen qu’affectionnent les internautes pressés éberlués, les oiseaux bleus limités (en nombre de mots) et les I-Phoniens compulsifs. Mais peut-être pas dans les 12 mots du Smeusseur exténué.

Et je vous fiche mon billet que pour la première fois – peut-être ! – depuis le début de sa courte vie, Littinéraires Viniques, dépassera les dix lecteurs !

Il me faut d’abord vous dire qu’AOC (Association des Oenophiles Cognaçais) est à la démocratie ce que le piment de Cayenne est à la crème fraîche. Vous dire aussi que ses membres sont indisciplinés et peu studieux, qu’ils biberonnent des vins du grand Sud-Ouest – lourdement entonnés pour la plupart – depuis leur plus jeune âge, qu’ils sont convaincus que Bordeaux est banlieue de Cognac à moins que ça ne soit l’inverse. Tous ont au moins un père, un cousin, un oncle tonnelier. Hors Merlot et Cabernet, point de salut. Alors ces vins du Septentrion quasi Groenlandais, dans ces drôles de bouteilles… ça risque de vous les bousculer, de vous les déstabiliser, de vous les mettre hors de mire !!!!

Or donc, au programme ce soir, Bellivière. Domaine sis en Pays de Loir, paradis des Chenin et Pineau d’Aunis. Les vins qui suivront – Coteaux de Loir et Jasnières – ont vu le jour sur des argiles à silex et/ou argilo-siliceux sur tuffeaux et sables plus ou moins filtrants… grosso modo. Hors les géologues patentés tous les autres – biquets de petit lignage – s’en contenteront..

Allez Zou, en piste…

LES BLANCS : Toutes les robes sont d’ors brodées. Cela va de l’opalin comme la carnation hâve d’un top-model anorexique, au louis d’or, franc comme le regard d’un enfant de moins de cinq ans.

Effraie 2004 : Robe soleil de Janvier. Un nez vifissime. Des notes d’asperge, de miel, de granny smith, de rhubarbe. L’attaque en bouche est pour le moins désaltérante!! L’envie d’avaler est immédiate, mais vu ce qui va suivre, mieux vaut pratiquer “l’avalus interruptus”… La troupe apprécie unanimement. Amha, il y aura mieux.

Effraie 2005 : Robe soleil de Mai. Tarte tatin, pâte de coing et rhubarbe montent au nez comme une seule femme. La bouche est gourmande, la matière, moelleuse, est toute de prune, poire et Botrytis fin mêlés. Un bel exemple de l’influence des millésimes sur ces deux vins d’un même terroir.

V.V Éparses 2004 : Robe soleil de Mars. Des poooommes, des poiiiireeeus et des … à foison. Des mirabelles, de la cannelle, et de la crème de brocoli – c’est le végétarien de la bande, celui des asperges (voir plus haut) – qui insiste, aux bord des larmes, pour que ce soit dit… on l’aime bien. La bouche est à l’unisson.

V.V Éparses 2005 : Robe soleil d’Avril. Le nez a la timidité d’une pucelle de Puligny le soir de sa première sortie de bouteille. Dragée, agrumes, coing, zan discret, chatouillent à peine les narines. En revanche la bouche est plus diserte. La matière, encore serrée, est néanmoins dense. Poire juteuse et poivre blanc entament, à peine, une farandole goûteuse. Dans un an ou deux le bonheur des vignes…

Haut-Rasné 2002 : Robe soleil de Juin. Le nez cause peu!! Encaustique et Botrytis en duo. La bouche est plus bavarde. Fruits blancs, citron et tarte à l’abricot font la fête. La finale est longue, sur l’amer doux d’une pointe de Botrytis

Les Rosiers 2005 : Robe soleil de Février. Que ce nez se retient ! Pusillanime, il ne livre que quelques arômes de bonbon et de rhubarbe. La bouche plus loquace, est de fruits jaunes et de citron confit vêtue. La finale est fraîche.

Calligrammes 2005 : Robe Soleil de Décembre. Pas très causant non plus ce nez. Citron, cire et reine claude, parcimonieusement… La bouche est un poil plus expressive. Fruits blancs, prunes cuites donnent du moelleux. La finale longue est élégante, et laisse la trace pimentée du silex chaud au palais.

LES ROUGES : Et le voilà, le rarissime Pineau d’Aunis ! Petits rendements pour donner de la matière à ce cépage réputé léger.

Rouge-Gorge 2003 : Soleil grenat évolué. Du poivre à plein nez, de la cerise aussi. La bouche est chargée de tanins serrés, puissants mais mûrs. On hurle à l’astringence à l’entour, ça renâcle, ça trépigne, à vrai dire, c’est surpris, ça n’aime pas !!! Pourtant…

Rouge-Gorge 2004 : Soleil grenat sombre. Hou là là !!!! On frise l’émeute, la révolte, le putsch… On réclame à corps et à cris la démission des responsables et la mise en place d’un gouvernement de crise. Je propose une cellule de soutien psychologique… Il faut dire que ce nez qui vous lâche une une bordée de poivrons boostés au poivre vert, a de quoi surprendre plus d’un vieux baroudeur des vignes Médocaines !!! Mais bon, patience et aération arrangent un peu l’affaire et la motion de censure est levée. On est sur la champignonnière vocifère t-on, l’élagage (ça c’est le végétarien qui soliloque dans son coin… on l’aime quand même), la réglisse en bâton. En bouche, rebelote en plus “hard”, des tanins poivrés, des fruits rouges fumés et la réglisse. Un raz de marée contestataire continue de pester. Je pense à Bach, ça me remonte un peu le moral… Ça insiste, alors je me balance in petto «Que ma joie demeure»…

Hommage à Louis Derré 2005 : Soleil de Zanzibar. Après une interruption de séance, le bon peuple s’est calmé. Le nez tout oriental du “Louis” est charmeur, il embaume la coriandre, la badiane, la fraise mûre, le tabac et le cumin. La tête appuyée au giron d’une odalisque alanguie, je fais tourner le joint… le groupe se resserre et ronronne. La matière est superbe en bouche, l’attaque est nette sur les fruits rouges. C’est pur, ample et long. Un vin magnifique à moyen terme.

Aurore d’Automne : Soleil ambré. Des rendements minuscules pour ce rosé moelleux. Une gourmandise gracile qui embaume la gelée de coing, les raisins secs, le figolu, la confiture de fraises en morceaux. Un vin qui réconcilie et ravigote la troupe. Tout le monde se recoiffe. Le calme revient. La bouche est tendre, douce, une dentelle de fruits rouges confiturés, finement citronnés et épicés.

La soirée s’achève dans le calme et la fraternité retrouvés. Une soirée “pédagogique” qui en aura surpris plus d’un.

Vive la diversité !!!

 

EDEMOVOUTIEECONE.

VOYAGE AU BOUT DE LAFAURIE…

Nous aurions pu subir une leçon fastidieuse, assénée par un «Chartronné», compassé, docte et pontifiant…

Vous pourriez aussi penser qu’il va vous falloir passer au travers de mes vaticinations prétentieuses (pléonasme), réitérantes, abstruses, qui n’en finissent de vous agacer, alors que seul le pinard, dont au sujet duquel je suis censé enfin causer (aberrations syntaxiques multiples), n’en finit plus d’être sur le point d’arriver, alors que vous êtes pressés, parce que votre temps est aussi précieux que vous vous sentez indispensables, parce que la vie est courte (charmante Lapalissade), qu’il vous faut aller de l’avant pour ne pas reculer et risquer de vous faire empaler (enculer pour les puristes), qu’il vaut mieux agir que blablater, que vous êtes un de ces entrepreneurs dont dépend la survie de l’espèce, que les I-Phones clignotent autour de vous comme des putes surmaquillées, tandis que la batterie de votre I-Pad bat la chamade et que vos Blackberries sonnent l’hallali des coeurs meurtris. Parce quà cause de tout ça et du reste (expression bien utile), vous allez louper cette putain de grosse transaction juteuse qui vous fait, sinon rêver – parce que le rêve c’est pour les autres – mais bander dur. Oui tout ça, et autres certitudes et truismes inoxydables, propres aux esprits en phase avec ce temps particulier de l’évolution Humaine.

Quant à la Connerie, comme Dieu (qui forcément en est le père!), elle a toujours été, elle est franchement, et elle sera inexorablement, de toute Éternité.

Et bien non, cette fois, je serai efficace comme un comptable, descriptif comme un pro du BTP, froid comme un winemaker Lapon, je serai au service éclairé du vin. Comme un oenologue, entre autres Bordelais, je ferai  mon pro” qui est allé tâté la grappe au travers des brouillards automnaux, là-bas, au bout des ceps de Lafaurie, dans un voyage au fil de la rivière…

Eh bien oui, en cette sinistre veille de Toussaint, sous les rideaux compacts d’une pluie froide qui vernissait la ville, Eric LARRAMONA (ça ne s’invente pas un nom pareil…), le sourire aux yeux, « décontrasté » et immédiatement amical bien que Directeur Général de LAFAURIE-PEYRAGUEY, nous a rejoints au Couvent des Recollets, siège « ordinaire » des dégustations orchestrées par le club AOC dont j’ai l’insigne malheur d’être le scribe très besogneux.

Lafaurie-Peyraguey, 1er Cru, est l’une des valeurs confirmées de l’Appellation Sauternes, 40 ha de vignes disséminées. Une surface moyenne dans la région Bordelaise. Le château, à la confluence de la Garonne et du Ciron subit les assauts des brouillards matinaux dès l’automne venu, lesquels conjugués à la puissance solaire de la journée permet au champignon magique de faire son grand-oeuvre. Botrytis cinerea, car c’est de lui qu’il s’agit, fond alors sur les Sémillons, Sauvignons et Muscatelles bien mûrs, concentrant les grains fragiles en agglomérats flétris et poussiéreux.

Souvent la grâce nait de l’infâme….

OUF, c’est fait!!!

Un gros effort pour moi, que celui de donner dans le dépliant technico-touristique. Vous dire aussi, et enfin, que les terres du Seigneur de Peyraguey descendent, depuis mille six cent et des…. en trois niveaux successifs de graves pyrénéennes, du Château vers les eaux. Que celui qui n’a pas compris s’en aille fûreter du côté de : http://www.lafaurie-peyraguey.com/

LES VINS :

2007 : Il a quitté, à regret, le ventre rebondi de sa barrique de mère, aspiré par une pipette indiscrète pour venir jusqu’à nous….Il aura fallu soixante vendangeurs et sept tries, pour enfanter ce millésime. Dur travail, qui ne donne, au bout du rang, qu’un panier de grappes ridées!!! L’or pâle colore à peine les joues de ce foetus anémié, qui pleure des larmes grasses sur les parois du verre. Le futur nouveau né est fermé et ne livre que quelques fragrances fermentaires, puis des notes de fruits jaunes, de raisin, sec et frais tout à la fois. Du nez à la bouche et l’affaire est tout autre. L’espoir d’un vin apparaît, le sucre est frais, parfumé à l’ananas, mentholé un peu, épicé d’une légère verveine. Le bois transparaît en finale, le rôti aussi.

2002 : La robe de ce « sous-estimé » est brillante, son or est moyen. Toujours cette fraîcheur au nez (le Botrytis concentre les sucres certes, mais l’acidité tout autant). L’écorce d’amande grillée, le Corinthe fin, s’élèvent en d’invisibles fumerolles. La bouche est droite, minérale, tendue, à peine adoucie par les rondeurs bien mûres de l’abricot juteux (encore l’abricot…) et des fruits exotiques. Comme une volupté de jouvencelle… Un régal en l’état.

2003 : L’ambre est dans le verre et le vert est dans l’ambre. Quelle liqueur! De longues jambes fuselées glissent paresseusement sur les parois, pour se fondre, dans un ralenti glycérolé, au disque rebondi… qui peine à épouser le calice. C’est une soie tendre qui emplit la bouche, qui frôle le palais en vagues réglissées. Ca explose, lave douce de noble botrytis, de tendre purée d’abricot, de fruits confits, de pain d’épices. Comme une chaude fraîcheur opulente et safranée qui n’en finit plus… La pierre pour conclure, très longtemps après.

2001 : Voici de l’or franc rehaussé de vert tendre pour la robe de ce millésime copieusement encensé. Ce soir la Diva est boudeuse, elle n’est pas prête à pousser son grand air. Elle minaude, la star capricieuse, et jette à peine, au nez de ses adorateurs transis, quelques notes de mandarine confite, de propolis timide, et de réglisse retenue. Une pincée de poivre blanc, comme une grimace gracieuse. En bouche, agacée par les bruits grossiers des rétro-olfacteurs maladroits que nous sommes, elle donne la leçon! Sa voix élégante, fine, tendue, nous enseigne la race et l’équilibre, en quelques notes fruités et fumées. Tout y est, mine de rien. Le café frais et la pierre brute sur le contre ut final…

1997 : Une pure lumière d’ambre jaune-vert, brillante et limpide. Telle, est teinte, la robe somptueuse de ce vin impressionnant. La puissance et la grâce réunies. Des notes pétrolées fugaces puis une verveine digne d’une vieille Chartreuse, de la figue sèche, du fumé grillé, de la… des… encore, ça n’en finit plus d’exhaler, je n’y arrive plus. Grasse, douce, puissante, soyeuse, fondue, toute en épices, en écorce d’orange confite, et voilà pour la bouche de ce grand vin. La finale, interminable, délivre de nobles amers frais.

1990 : L’âge de la majorité chez l’homme, du sortir des langes pour Lafaurie!!! La couleur de la robe rappelle les « facéties » du bébé : ambre orangé qu’égaie une lueur vert-bronze. Le nez ne se donne pas d’emblée, il faut l’attendre et l’aérer longtemps, l’oublier et le reprendre. Quant enfin il daigne, c’est à la rigueur toute minérale qu’il nous convie d’abord. Puis il s’adoucit, se civilise. Des notes épicées, fumées, fruitées, de menthe poivrée, d’agrumes, d’encaustique jaillissent du verre. La bouche est charnue, d’une grande finesse, toute de botrytis noble, de caramel au lait, et d’épices.

1959 : La robe de ce quinquagénaire est d’ambre et de ténèbre. Sous la lumière, des lueurs orangées et or l’éclairent. C’est la fleur d’acacia qui ouvre le bal, royal, de ce vieux vin ingambe. Lui succèdent le tabac – Virginie et Cuba pour une fois réunis – la réglisse anisée, l’orangette, la peau de noix fraîche… En bouche, le tertiaire pointe le bout de son âge, le cuir aussi s’acoquine. La matière est profonde, bien jeune encore, toute d’agrumes croquants et de fruits blancs frais. La finale est d’une belle amertume crissante, qui laisse en bouche comme une poussière de tanins.

Il pleut toujours et encore au dehors… «Il pleut sur Nantes, donne moi la main, le ciel de Nantes rend mon coeur chagrin…». Et moi, suis en vrac, à Cognac.

 

EBOMOTRYTITICOSÉENE.

LE TREIZE DE L’AVIN D’AVANT L’AVÈNEMENT…

La Mère Noël 2.0.

 

Cornaqués par La Mère Noël en bas résilles, les Chevaliers de l’AVIN célèbrent l’Avent, à leur façon délibérement avinée, le jour Saint, qui vit le Sauveur s’égarer, chez les broutarts hystériques qui se prenaient pour les Rois Mages de la création. Ils te l’ont cloué sur la Croix, vite fait, le pauvre Charpentier illuminé!

D’une main ferme, la Donzelle Éclectique, mène le microcosme vinique de sa petite main douce. Une menotte caressante dans un gant de tendresse… Elle est comme ça, pétillante d’idées, généreuse, courageuse, droite dans ses bottes mi-cuisses. Une sérieuse «Sonia» en puissance! Une bonne travailleuse, qui mène les grands Élephants du Web liquide, par le bout de la… Ouups… du licol! Et la voilà, qui plus sûrement qu’Hannibal, nous fait franchir, les Cols du Flacon et les Hauts Sommets des Arts Subtils de la Bouche, à sa pogne! A la queue-loup-loup, le Cornac Apoplectique, les Adeptes du Naturel, les Bio, pas si cons que ça… parfois, les Grands Tasteurs des belles Crèches, les Ceusses qui rêvent de vins purs, l’Iris Germanique qui lisse goulûment le mourvèdre du curé, le dé-Bauchet du Bojo, la Pipette barbue, l’Armande de Molière, les Cavistes affairés mais différents, l’Éthiquetteur décalé, le Médecin des fourrures déplumées en détresse (Ah, le saint homme, qu’Esculape le protège!), le Doctoral Désoxyribonucléïqué, Marylin from SaintÉm, la Corisette du Mas, les Bulots bi-calibrés, les Jumeaux videos, bien d’autres encore, et même le Bertho, Grand Cracheur de bons et rudes mots, lui mangent dans la moufle.

Mon éléphant nain, égaré par les brouillards, peine à gravir les côteaux de Cornas. Sous ses papattes bottées de rouge, le rhône étale ses eaux bises, dans le creux de la cicatrice sysmique, qui a fendu les sols, bien avant qu’imprudemment, ne descende le Cruxifié. Là, sur l’escarpé côtal d’en face, Robert Michel chouchoute ses lambrusques de syrah, depuis quelques lustres déjà. Un discret, pourtant encensé, abordable, qui fait bon, sans prendre ses clients pour des Quatari.

Sa «Cuvée des Côteaux» 2004 a longuement respiré en carafe fraîche. Dans le large cul bombé du culbuto de cristal, l’Esprit revient au vin. Il se déplie, s’étale, enfle, et monte au nez, avent même que l’on s’y penche. Un nez Toulousain (on sent que ça va castagner!), que domine la violette. Matière en boule fraîche en bouche, qui attaque à coups de cerise mûre, de toast noble, d’épices douces. Une syrah, qui tapisse élégamment l’avaloir de tannins encore crayeux, mais polis. A l’avalée, apparaissent fruits noirs et myrtilles. La finale s’installe un long temps, avent que la réglisse, finement épicée à la fraise, ne subsiste.

 

EDÉMOVOTITECONE.