Littinéraires viniques » LA DÉGUST EXPRESS DU SALE VIEUX CON RÂLEUR …

BRET BROTHERS. POUILLY-FUISSÉ.

pouilly-fuisse_bret_brothers_cuvee_terre_vergisson_large

 « Terre de Vergisson » 2009.

La lumière traverse l’or pâle de ce vin d’année chaude, quelques moires vertes et grises y jouent. C’est que le paysage, derrière la fenêtre, que je vois se refléter tandis que je sonde la couleur du vin, a la tête en terre et le sol au ciel. Les branches encore nues de l’arbre qui nage dans le verre plongent dans la tige de cristal que je tiens à deux doigts. Hermès Trismégiste, supposé père de la Table d’Émeraude, si tu me lis.

 Rires …

Riche ce vin, me dit le nez qui hume sous mes yeux clos. Comme si le fait de fermer les yeux avivait la perception olfactive. Non sans doute, une habitude sans plus. Plutôt un rituel. Le vin n’est pas boisson ordinaire, qui traversé bien des religions. Et bien que profane la dégustation est une messe. Les épices dominent sous la branche d’un poivrier vêtu de blanc penché sur une corbeilles de fruits jaunes, pêches surtout entourées de quelques abricots aux joues rebondies à craquer et rouges de soleil. Une touche sucrée d’angélique confite, aussi. En somme un nez qui donne envie de mordre. Mais le tout avec une certaine retenue encore. C’est que sous sa robe, la belle est bien jeune …

 Rires encore.

A peine happé, derrière un toucher de bouche timide, le vin explose de fruits mûrs au palais, de mille et une douceurs. Comme l’odalisque dont les hanches roulent au rythme de la musique, la pêche libérée, l’abricot éclaté, qu’exhaussent les épices, à peine tempérés par le gras du vin, ondulent et charment mes papilles. Du cœur du jus monte la fraîcheur qui accompagne, s’intensifiant, le vin jusqu’au bord de la gorge. Puis qui passe la luette, bascule et tombe. Une onde de chaleur douce apaise mes cellules. Ce qu’il faut pour que la caresse reste élégante. La roche de Vergisson, alors tapisse ma bouche, la réglisse poivrée s’installe longuement. Je vibre de plaisir.

 Dans ma bouche conquise, le sol qui a porté ce vin s’attarde …

JEAN MARC BURGAUD. RÉGNIÉ. « Vallières » 2011.

Sans titre 1

Mais que vient faire Madame de la Vallière en Beaujolais ?

 Mais rien. Du tout. Simple homonymie, ou presque. Mais je suis suis favorable au mariage pour tous, et particulièrement celui des homonymes, lesquels pour n’avoir pas le même sens, n’en sont pas moins pourtant proches … Rire discret.

 RÉGNIÉ, la plus jeune appellation de cette région souvent décriée, à faire de forts volumes de sauces insipides pour Japonais au bain, a vu le jour en 1988. Dernier cru de Beaujolais en date, enfin, il me semble.

 Jean Marc Burgaud, un vigneron qui fait de très bons vins, un des meilleurs de cette région des collines tendres.

Juste reçue, et déjà la bouteille a ploppé, après deux jours courts de repos. Dans le grand verre, le jus s’étale et ne semble pas s’étonner d’être ainsi versé dans un cinq étoiles, lui, pâle cousin de Gamay des nobles Pinots de Bourgogne, bien autrement révérés. Le roturier s’étale, fait la planche qu’il n’a pourtant pas connue lui, comme un pauvre Spartiate élevé dans une simple cuve.

Ceci posé, je regarde la jupe du vin, brillante de tout son grenat profond, proche des plus beaux zinzolins, finement gansée de carné au ras du disque. Déjà le plaisir monte, le premier sens est ravi. Le temps est venu d’y aller du blair. Enfin le mien qui est loin d’être « Libéral », tant la cupidité sans âme qui capte les profits et mutualise les pertes, m’est insupportable.

Mais il s’égare le “sale vieux”, direz-vous, et vous n’aurez pas tort sans pour autant avoir raison, puisque le vin se vend, s’achète et qu’il est parfois objet de spéculations acharnées … !

Alors il est temps d’inspirer franchement. Des fruits, des fruits, des fruits rouges, mûrs et éclatants, d’une très pure définition, framboise, cassis et groseille, me caressent l’appendice. Et bellement tant, que la salive monte en bouche. Bouche qui tremble un peu, pressée qu’elle est d’y mettre les lèvres.

La main a monté le verre, le jus frais a coulé, l’avaloir l’a reçu. Et le palais tressaille sous le toucher très doux de ce jus de Gamay. Une caresse de vin qui fait sourire le coeur, quand le jus enfle et roule en bouche son panier de fruits goûteux. Puis déborde, explose sous la poussée du fruit, que la fraîcheur de la groseille allonge tout du long, comme un chat qui se réveille (d’aucuns parlent de tension …). Même les papilles s’y mettent et frissonnent jusqu’aux poils des bras. Rires. Puis le vin bascule, la luette passée. Les fruits s’attardent en bouche, longuement, puis laissent place à la craie qui signe les tannins fins et enrobés. Et ceux-ci de me dire à l’oreille, avant de me quitter, que ce vin de plaisir gourmand peut encore voir venir.

Un vin qui frétille en bouche, bien vivant, n’en déplaise aux gardiens du temple des breuvages de pleine nature.

VINCENT CARÊME VOUVRAY …

“Le Peu Morier” 2010.

Vincent_Careme_Vouvray_Le_Peu_Morier_X50080525001

En ce lendemain de l’élection de François, restons dans le vocabulaire et le vin Chrétien. Rassurez vous, je ne vous infligerai pas le “HABEMUS” surexploité depuis hier soir … Vincent Carême (astuce) “Le Peu Morier2010 Vouvray.

Un fond de verre d’une bouteille juste épaulée, au ras du bas du cou, pour qu’elle prenne un peu l’air. J’ai beau tendre l’oreille, le nourrisson ne vagit pas.

Quelques reflets verts sur cette robe, qui n’a pour le coup rien de Cardinalice. Un nez de …. Chenin (oui comme ça, à l’aveugle) !!! Le nez plongé dans le calice qu’aucun Cardinal ne me pourra dérober, tant je le serre, je me régale : agrumes mûrs (c’est important, non, ça, mûr!), pêche (miraculeuse à cette époque de l’année) blanche/jaune, épices, dominées par le poivre plus blanc que la robe du Saint Père.

 Sous mes paupières closes monte une prière …

Hummmm (commentaire synthétique qui exprime le bonheur vécu quand le Saint esprit vous effleure de son aile), du fruit, des fruits, pêches d’ici, d’ailleurs et de vigne à nouveau. Mais dans un registre plus fin et puissant pourtant. Avec ce sucre, si léger qu’on croirait la Sainte Vierge sur son rocher. Ah Sainte Candi, mais que je t’aime ! Et comme je disais hier (à l’intention de Sainte Dany Rolland du Cameroun qui n’aime pas me mot « tension »), une acidité mûre sourd des fruits, et retend le jus. Puis les épices accentuent mon bonheur, très longuement, longtemps après que le Pape a prié pour vous tous …

 Merci à Vincent pour ce moment de totale Béatitude.

 PS : Je défie la “celle” à qui je dois d’avoir été traité de “sale vieux con” et qui n’a rien de commun, Dieu merci avec Dany Rolland, de pondre un petit truc comme celui-là, à la volée. Qui nous changerait de ses brossages de poils (de luxe) ordinaires.

 AMEN …

DOMAINE PIERRE LUNEAU-PAPIN « Terre de Pierre » 2010.

domaine-pierre-luneau-papin-muscadet-sevre-et-maine-sur-lie-terre-de-pierre-2010

Une robe d’or blanc que le gris du ciel touche à peine.

La pureté du jus est impressionnante, sur ses touches d’agrumes, de citron bien mûr, et d’étincelles de pétards un soir de 14 Juillet … Mais le bouquet prend une dimension supplémentaire quand la pêche blanche juteuse s’en vient ajouter sa pointe de fructose parfumée, puis qu’au bout de l’inspiration, quelque chose d’une pierre chauffée au soleil (à moins que Vulcain ne soit passé par là) l’achève.

Belle matière, ronde, charnue, de fruits mêlés, qui roule au palais, pour s’ouvrir et lâcher son citron superbe de précision, ses agrumes et leurs zestes, qu’une pointe de fine sucrosité tempère. Un vin à l’équilibre malgré sa toute jeunesse, comme un funambule sur sa corde tendue … Un jus qui charme les papilles et les titille ce qu’il faut pour qu’elles se dressent. Puis la fraîcheur perce la coque de fruits, étire le vin, lui redresse la queue avant qu’il ne sombre et réchauffe le corps. Dans la bouche désertée, le caillou s’attarde. Longuement. Mais bien avant qu’il ne disparaisse, la bouche conquise, dont le vin a finement salé les lèvres, retourne au verre …

 Un MUSCADET SUR LIESTerre de Pierre2010 du Domaine Pierre LUNEAU-PAPIN, sur un sol de Serpentinite d’origine magmatique qui fait grand honneur à son appellation.

KYRIE-ELEISONNONS LAURE DOZON…

Le Chapeau Rose. Kees Van Dongen.

C’est dimanche…

Azur tous azimuts, ors fanés et verts mourants dans les branches qu’aucune brise n’agite. Rues vides et fourchettes en bataille derrière les portes closes des villes au repos. La Charente est blanche des façades calcaires de ses maisons anciennes, que la lumière renforce. Sortir, au hasard des chemins et des routes, sentir sous la semelle craquer les feuilles mortes des souvenirs pas si clairs, voler au temps quelques fragments de beauté, en ce jour de silence ?

S’arracher au clavier qui soumet, aux pixels hypnotisants des mots gris sur l’écran blanc de ce jour muet, raconter à qui ne lira pas quelque histoire étrange, décoller du fauteuil des flemmes confortables ? Clovis s’interroge, suppute, se ment, se dit “à quoi bon”, se sent lourd de tous ses âges en strates compacifiées. Mais rien “ne lui vient”, et ses mains inertes n’alignent pas les mots. Un jour sans lumière intérieure qui pèse les tonnes de ses espoirs déçus, de ses échecs, un jour à faire un de ces bilans à la con qui ne servent à rien, sinon à tuer le chat de la voisine, comme ça, pour échapper à la pression.

Un jour blanc sépulcre.

Bouger, rouler, laisser la vie mener le chemin vers l’heure qui vient. Entre les vignes ocres que les machines à vendanger ont meurtries trop tôt, et les feuilles vert bronze, rouge ou or fondu de celles, délestées de leurs grappes par les mains des hommes, Clovis zigzague, à demi comateux, d’un carrefour à l’autre entre les paysages changeants des terres Charentaises. La traversée d’un village le ralentit, une flèche de carton mal taillée signale une “Foire aux vins et aux produits régionaux”. Sans réfléchir – évitez de trop réfléchir, ça brise les miroirs magiques des hasards apparents – il vire et se gare. La salle des fêtes de Pérignac est minuscule. Une foire de poupée, une poignée d’exposants attend le rare chaland … ça déambule paisible, ça sent la digestion lente des graisses du midi. Quelques vignerons, vraiment peu. Nichés de-ci de-là, entre terrines et macramés améliorés, qui somnolent. “Montlouisl’attire, il s’en va sortir de sa torpeur, l’un des “Moyerdu Domaine éponyme, qu’il entreprend derechef. Causette et dégustation. Un bon générique 2010 pur cuve, agrumes, anis et finale fraîche, que suit “Edmond” passé sous bois, plus ambitieux, mais encore en retrait, dissocié par une mise récente … Clovis est fureteur de nature, plutôt curieux, amis des regards et chasseur de hasards, intuitif, un peu aventureux. Il aime à être là et ailleurs en même temps, souriant et distrait, attentif et rêveur. Tout en devisant et tastant civilement, il se sent une chaleur sur la nuque, qui glisse et s’étend, comme le picotement léger d’un regard, derrière lui.

Depuis le matin, il ne comprend pas pourquoi, le visage d’une femme, un portrait de Van Dongen, l’obsède, le taraude, lui mange le cortex, plus forte que le réel et le temps présent ! Elle est là, belle, épanouie, avec ses yeux immenses, sombres et profonds, les cheveux drus bouclés sous un chapeau rose, qui lui recouvre la conscience d’un sourire encore à naître …  Se pourrait-il ? Qu’elle s’évade du musée, vire et volte dans l’espace et le temps, pour se glisser, subreptice, là, juste là, tout près, à lui planter les yeux dans la nuque ? Clovis la sent, elle est là qui s’est glissée dans un corps feminin, en douceur, tout en respect, en complicité de femmes, à l’insu de son hôte.

Clovis se dit qu’il lui va bien falloir oser se retourner. Il tremble à l’intérieur, comme un cep secoué, à chaque fois, quand il fait étrange rencontre, et touche aux mystères des mondes subtils ignorés. Oui, elle est là qui lui sourit de ses deux grandes olives havane, beau visage, à l’oval arrondi ce qu’il faut, franche de corps, belle nature bien plantée, regard droit et jolies dents saines, sous un casque blond vénitien en cascade d’ondulations douces. C’est Laure, du Domaine Dozon, en pays de Ligré, qui plisse un peu des yeux autour de la lumière noisette et bronze de son regard. Comme un Van Dongen ressuscité, habité d’une vivante grâce nouvelle. Accoudé au comptoir du stand, ils parlent des vins de Chinon, ce pays de chair et de raisin qu’il a bien connu, tendu qu’il était, cuisses lourdes, arpentant les arpents à longueur de rangs, reins cambrés sous la charge, tous ces Octobre vendangeux des années Deux mille

Mots échangés, silences partagés. Dialogue silencieux aussi, hors du monde, qui échappe à la conscience. Déversements muets d’ondes rayonnantes, retrouvailles en sous main. Un temps de rare qualité qui prend le temps de couler, lumineux, souriant, charnu, comme un élixir sur argilo-calcaire… qui s’étire comme la finale d’un vin de soie. Les belles rencontres sont à géométrie variable, qu’illuminent les silences riches de tous les possibles, les accords silencieux, plus nourrissants qu’ortolans dorés et langues de rossignols confites. Derrière l’écran des phrases du vin, se jouent, en parallèle, au secret, les tendresses d’autres espaces. Clovis est double, et son autre, invisible, s’en régale tout autant, que son “soi” présent, des vins de Laure. Regardez bien les yeux des femmes, cette lumière particulière qui fait leur sexe, elles ne savent pas, mais sentent bien que tout se joue en contrepoint des ronds de jambes … Pour celles qui ne sont que surfaces, vitrines sans tains, passez votre chemin.

Clovis s’ébroue, quitte la compagnie de Van Dongen, pour se concentrer sur le réel et les vins de Laure. Si vous aimez la salade de poivrons verts, passez aussi votre chemin ! Et les vins de se mettre à rouler leurs robes moirées, et son regard de se perdre dans leurs plis. Tous choanes exorbités, il plonge et s’enivre des fragrances, arômes et autres touches qui lui ravissent la sensorialité. Il se sent l’épithélium exalté, et les lacrymales chatouillées. Sous l’empire de ses sens en alerte, il descend au profond des fruits rouges, croque la groseille, renifle la fraise, mord à pleines dents la framboise humide, sent la réglisse lui agacer la langue, et les épices douces lui rouler au palais les merveilles du vin … Regard, odorat, goût se confondent, se renforcent, se succèdent, qui lui ouvrent les yeux sur d’autres galaxies encore. Exacerbation.

Le regard muet de Laure l’accompagne …

Plus avant, plus après, au calme de son bureau, il regoûte :

Le Bois Joubert 2009 : Coteaux argilo-calcaires, Cabernet Franc de plus de 40 ans d’âge. Grenat clair et brillant. Notes à la gloire des fruits rouges, groseille, fraise des bois, minérales, épices, réglisse. Bouche, matière genre “mine de rien”, acidulée, vibrante, attaque douce mais très vite relayée par une acidité mûre qui fait éclater le vin en bouche et lui donne du volume, libérant fruits rouges et poignée d’épices. Finale longue, fraîche sur la réglisse, et la craie de petits tannins fins et croquants. Un bon carafage lui donne un beau supplément d’expression.

Laure et le Loup 2007 : Coteaux argilo-siliceux, Cabernet Franc de plus de 70 ans d’âge. Ce vin est issu d’une “parcelle de parcelle” sélectionnéee dans “Le Clos du Saut du Louppour l’âge et la qualité de ses vieux ceps. Habits de rubis grenat lumineux qui exhalent des fragrances de groseille, de framboise et de cassis bien mûrs enrobés dans un manteau fin d’épices douces et de poivre frais. Le jus caresse la bouche de sa matière qui fait sa délicate, pour mieux enfler au palais, libérant, prenant son temps, ses fruits frais que corsent les épices. Avalé, il ne se dérobe pas, et marque la bouche de sa fraîcheur pimentée, comme le fait au coeur, à jamais, la romance d’un amour disparu …

“Il se fait tard” …

Phrase idiote quand le silence se fait, quand la nuit libère le regard, quand les sens se resserrent, quand la moindre aspérité, même tendre – et surtout – hérisse la peau, griffe les sens. La nuit est temps aggravé. Le souvenir récent du visage de Laure remonte à son regard et se mèle au portrait de Van Dongen, sur le jais de la nuit.

Et les vins lui reparlent d’elle…

EBIMOLOTIQUÉECONE.

LA DAME DU HAUT ADIGE…

Nicolas de Staël. Nu couché bleu.

Là haut dans la montagne, là haut, tout là haut, dans la vallée froide de Rotaliano et depuis plus de vingt ans, Elisabetta Foradori, du domaine éponyme, remet au goût du jour, un cépage, plus qu’obscur hors les terroirs du Mezzolombardo, le Teroldego, qui fut célèbre au… Moyen-Âge. Trente cinq hectares de cette curiosité ampélographique subsistent, du fait de la pugnacité de cette montagnarde dont le caractère et le charisme ne sont pas sans rappeler les roches escarpées des Dolomites. Son visage, sans apprêts, est pur oval et son regard franc a la fraîcheur de la torrentueuse Adige, qualités que l’on retrouve dans ses vins…

Trentin, Haut Adige, Dolomites, altitude, vallée froide, on s’attend – les associations d’idées sont souvent trompeuses – à des vins plutôt raides, sans doute rugueux, issus d’un cépage rustique, capable de résister et croître sous un climat contrasté !

Que nenni ! Car à caractère fort, main douce. Conviction, patte légère et savoir faire font des miracles. Et dans la plaine aux galets roulés, seuls les flancs des Dolomites sont rugueux comme pierres coupantes. Adepte de la biodynamie – qui ne veut que respecter la terre et soigner, le plus naturellement possible la vigne en respectant les grands équilibres naturels – Elisabetta a hissé le Teroldego, élevé et vinifié par ses soins, au rang des plus grands.

Le Teroldego Rotaliano 2004 est sombre et intense comme un soleil prisonnier d’un coeur de pigeon. Dans le cristal fragile largement ouvert, la cerise toujours, s’étale et s’aleste de belles fragrances de fruit mur, de noyau, de bois humide, de graphite et de goudron. Odeur de pierre fumée aussi, comme celle que les carriers ont laissé dans les entrailles du vin, souvenirs des étincelles qui jaillirent de la roche sous leurs burins… Le vin ravit aussi la bouche, lisse, frais et fluide, comme les eaux des torrents marquées par la roche. Croquant comme la peau sucrée des cerises, qu’épice la réglisse, et que tend le caillou, dont la poudre austère, tout au bout de l’avalée, laisse sa trace pimentée… Quelques roses parfument encore, longtemps après que le vin a disparu, le verre vide.

La robe obscure du Granato «Vignete del Dolomiti» 2004 semble engloutir le verre. Seul un liseré rose violacé éclaire la périphérie du disque vineux. Il faudra prendre temps et patience avant que la lumière puisse l’éclairer. Du fond de sa pulpe de jais, montent le printemps du fruit, rouge comme le cassis et la framboise. Vagues successives qui vous chatouillent doucettement l’hypothalamus. Des notes fumées et réglissées s’y adjoignent, l’odeur de la terre humide aussi. Un beau nez pur, de race, à la Rostand.

Le baiser du vin de la dame est fraîcheur tendre, comme celui supposé, de Roxane. La matière enfle le jus et le plaisir de boire. La chair, pulpe lissée de tanins murs, étire la densité souple du vin.

Comme l’union aérienne du velours et de la grâce dans un bas de soie…

EῬωMOξάTIνηCONE…


DES PRUNES DANS LE COGNAC… ?

Stéphane Burnez.

Depuis 1769, officiellement (depuis les premières lumières du dix huitième en fait) et sans faiblir, les Prunier ont aimé assembler – ou non – les eaux de vie issues, après double distillation, des arbres nains à toutes petites prunes dorées. Jusqu’en 1918, de Jean à Alphonse, les Prunier ont secoué les ceps de Colombard, de Folle blanche et d’Ugni blanc surtout (98% des surfaces cultivées). A l’extinction de la branche directe, le neveu Jean Burnez, puis ses descendants ont assuré sans faillir la succession.

Stéphane Burnez, grand «Prunier», aux branches toujours agitées, qui flirte avec les deux mètres, assure la direction de la maison depuis 1987. A l’appel de son père il a quitté la Bourgogne et la maison de son oncle Robert Drouhin au sein de laquelle, pendant six ans il avait assuré la charge essentielle de courtier exclusif, pour rejoindre Cognac et ses terroirs multiples. Ami de Robert Groffier à Morey, de Jean Pierre Charlot à Volnay, entres autres, formé par son maître Max Léglise, il a apporté dans ses bagages la finesse et la droiture d’un nez et d’un palais, rompus aux subtilités bourguignonnes.

Dans le paysage monolithique des grands groupes monopolistiques, la maison Prunier revendique son statut artisanal. Dix neufs employés font tourner – très bien – la boutique… Du VS au XO, en passant par le VSOP, les assemblages sont tous bien plus vieux que les comptes 2, 4 et 6 imposés par la loi. C’est ainsi que ce sont des comptes 3 qui font le VS, des comptes 5 le VSOP et des compte 45, le XO, bon an mal an ! Alors tendez vos verres. Tant que de telles maisons vivront, il faudra s’en régaler !

Après quelques heures passées à secouer les branches du Stéphane, il vous dira, humble sans le savoir, et le regard dans les nuages : «Un grand cognac est un cognac qui m’échappe…», qu’il ne cherche pas la standardisation à tout prix mais qu’il lui préfère «la sinusoïde douce !». Et surtout, citant Franck Zappa, qu’il vise, espérant l’atteindre un jour, «la continuité conceptuelle». De son ancienne vie de courtier bourguignon, il a gardé, l’âme du chineur de bon. Dans un coin de sa mémoire, dans son petit panthéon, il garde le souvenir de cette «Borderie Réserve» assemblage minimal d’alcools des millésimes 1992 et 1993, aujourd’hui introuvable, et dont les parfums d’une finesse d’école, exempts des pommades ordinairement adjuvées, n’en finit jamais de vous ravir le nez et de vous initier aux mille baisers du kamasutra gustatif.

En vente toujours, la «Réserve de la famille» dont l’assemblage est constitué de Grande-Champagne, Petite-Champagne et Fins-Bois (celui-ci est de 1938 !), le «Vingt ans» d’âge dont les Fins Bois, coquets, en ont vingt six… Et joyaux sur la couronne, ne passez pas à côté des «Millésimes» actuellement disponibles, les 1964, 1969, 1971, 1975, 1979 et 1989 qui vous diront qu’en ces terres calcaires et argilo-calcaires, les millésimes jouent leurs subtiles partitions au sein du grand orchestre des terroirs.

Foncez et n’ayez pas peur de secouer le Prunier, ses prunes sont d’ambre et d’or…

EIMOGNITISEECONE.

LA BISE DE LALOU…

 Cranach l’Ancien. Portrait.

—-

 Eurêka, le Fillon nouveau est de retour, sans nous jamais avoir lâché la grappe.

Son sourire radieux de bon petit soldat chafouin s’affiche largement, tandis que le Borloo, répudié comme une matrone en perte de sex-appeal, retourne aux vendanges juteuses que lui promet son futur cabinet d’avocat de grasses affaires. Les médias, en haleine et en nage – brasse coulée et suées froides – depuis des jours et des nuits, respirent et étalent grassement, à grandes cuillères généreuses, le résultat de cette belle révolution gouvernementale qui assure de beaux lendemains, gras et radieux, à ceux que les lendemains n’angoissent pas. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes gras possibles. Pauvre vieux Voltaire ringard! Le temps, décidément est au gras de cochon. Au Beaujolais nouveau aussi, qui arrose largement les comptoirs hexagonaux, en cette sacro-sainte mi-novembre. Perdus dans les torrents acides de vins insipides, quelques rares hectolitres de vins friands, issus de raisins choyés, désaltéreront les gosiers malins de quelques «privilégiés» qui auront la chance de les croiser, au détour de quelques rades incertains derrière lesquels officient cavistes ou patrons illuminés. Ils ont noms peu connus : Molière (!), Ducroux, Burgaud, Bauchet…, et autres petits Poucets qui ne sont ni Charolais inondeurs de marchés, ni branchouillards aseptisés, standardisés, japoniaisés, mondialisés, émasculés…

Mais seuls les fleuves pollués des bojos GD coulent jusqu’à moi, hélas. Point de jus joyeux, tendres, goûteux et frais, à me mettre le palais en dentelles. Le Roland du Jura, futé entre les futés, les a encavés dans son antre inexpugnable, pour se les déguster matoisement, le finaud!

Alors, me reste la robe somptueuse de cette beauté nue liquide, de chair douce habillée, qui palpite, limpide, or rutilant, dans mon verre solitaire…

Ouverte depuis quelques heures, délesté d’un demi verre pourtant, cette Chassagne-Montrachet 1998 du domaine Leroy, à l’image de la dame de légende qui l’a élevée, ne se donne pas d’emblée. Pas du genre à minauder au premier regard l’ingénue. Une fausse pudeur sans doute… Mais, quand elle consent à s’entrouvrir, c’est un “pet de lapin” qu’envoie sa seigneurie! Du réduit, du placard, le renard de mémé oublié au grenier. On parle, on cause, on fait celui qui n’a rien senti, mais l’œil de côté ne quitte pas le verre, dont l’or luit insolemment, comme le regard d’une femme sûre de sa vénusté. J’ose, un peu plus tard, y remettre le nez, discrètement inquiet.

Et dire que je la couve l’orpheline, que je l’attends, la caresse de l’œil et du cœur, depuis presque cent ans! Pourvu qu’elle ne me fasse pas honte cette mijaurée, cette impératrice insolente et dorée, moi qui l’offrait à des amis très chers, bien plus que le prix scandaleux de la belle capricieuse…

Du beurre frais – Ouff – et de la bonne brioche tiède, me chatouillent agréablement l’appendice. L’air désinvolte, du genre “curé qui sort d’un bar à putes”, je repose le verre et fait mine de m’intéresser vivement à la conversation. Je multiplie les mimiques, les froncements divers et variés des sourcils, les plissements élégants du nez, les grimaces outrancières de la bouche… Mais le regard inquiet que me lance ma très douce absente, me calme, avant que d’autres ne remarquent les gouttes de sueur qui perlent à mon front buriné. Je tremble intérieurement et brûle de retourner à mon verre. Un dernier ricanement stupide, et je coupe le son. j’y re-suis! Le bruit des mandibules qui écrasent les petites mignardises tièdes, les machins et les trucs, tous les amuse-papilles, les mini brochettes sur lesquelles s’empalent les petites choses mortes ordinaires, et d’autres horreurs encore, ne m’atteint pas. C’est muré, mieux, emmuré que je suis, totalement autiste et dédaigneux de tous et de tout. J’ai le nez tout au fond du corsage de Mlle Chassagne et ça envoie! Acacia en fleur et en miel, citron confit, cire, silex chaud, cacao, garrigue, Maury, en vrac et en couleur…. Avec un air de circonstance – l’œil qui frise et le sourire faux – je refais surface. La tête me tourne un peu, j’ai du rester en apnée un moment. Allons-y, trinquons donc, à nos femmes, à nos chevaux et à ceux, les veinards, qui… Ça détend un peu l’atmosphère, mais très moyennement. C’est ce que je préfère, la grosse “faute de goût” volontaire, faite exprès. Il y en un qui se marre, un ancien artilleur, les autres grésillent poliment. Au moins une chose réussie ce soir me dis-je in petto. Tiens, voilà du zan maintenant, ça évolue gentiment, ça n’arrête plus. Youpie!

Mais revenons à l’objet de toutes mes attentions et de toutes mes craintes. Ouahhh, la grosse boule en bouche, ovoïde purée onctueuse de fruits jaunes mûrs, dans un papier de soie et de dentelle tressées. Le gras qu’il faut, la fraîcheur, l’équilibre, ça ne faiblit pas tout du long du gosier, ça lève la queue en fin de bouche, tout ce que j’aime. Marmelade de fruits jaunes, pâte de coing, “Mon Chéri” (les cerises à l’eau de vie). Très longue finale, interminablement tendre et bonne, fraîche, veloutée, sur une très fine impression tannique, qui laisse en bouche, caresse ultime, une mémoire subtile de pierre, de réglisse, d’épices et de poivre blanc.

Dans cette pénombre de velours gris, que percent à peine les lumières douces des ampoules en basse tension, comme mon cœur qui bat la chamade, discrète, d’un amour à jamais, qui me serre la gorge entre ses serres crochues.

Autour de moi, des humains babillent.

 

ELAMOTROUTICOILLENE.

L’ARSOUILLE D’ARSURES FAIT SON CHARDONNAY…

Jean Fouquet. Agnès Sorel.

—–

Dire que j’aime le Chardonnay quand il s’épanouit sous les climats septentrionaux, oui je le dis souvent. Beaucoup de plaisir à me promener régulièrement au long des flacons frais et fruités de Jean Rijckaert, le Flamand qui fait vin au lieu de bière. Pourtant, longtemps ce cépage fut pour moi Bourguignon, sans que jamais je ne m’interroge sur ses expressions d’Outre-Burgondie. Puis le temps passa et me déniaisa, il était temps… A vrai dire le temps qui passe vous déniaise tout au long de la vie, si vous n’êtes ni sourd, ni aveugle et savez lire les signes en écoutant le vent.

A ce jour, j’avoue deux plaisirs proches et différents à la fois, selon que le raisin mûrisse aux alentours des Abbayes que tenaient les belles Abbesses à poigne ferme, qu’elles soient de Bourgogne ou du Jura. Les conjugaisons et déclinaisons méditerranéennes, pesantes souvent, ne me satisfont pas jusqu’à lors. Quant aux Chardonnay du «Monde dit Nouveau», je ne les fréquente pas assez pour oser émettre une opinion… Les ceusses que j’ai croisés m’ont repeint la bouche mais ne m’ont pas pris le cœur.

Or donc me voici face à cette bouteille d’Arbois 2005 de Jacques Puffeney, bon faiseur s’il en est, bâtie comme un flacon, intimidante comme le regard d’une femme dans une maison de librairie. Car c’est là qu’elles se regardent au fond de leur sexe, se retrouvent, se sourient, s’acceptent, s’aiment ou se détestent. Oui là, entre les piles, entre les livres, entre les pages qu’elles frôlent d’un doigt humide, le front plissé, le regard perdu aux confins de mondes étranges et familiers, à la lisière des sensibilités complices. Ah, le regard d’une femme qui se retrouve, alors qu’elle se croyait secrète, entre les lignes d’une converse, dans la chaleur douce d’une bibliothèque obscure… Comme une lumière noire qui perce un soleil.

Bon et le Puffeney dans tout ça???

Un vin à la robe blonde qui devrait plaire à cette femme qui sourit aux illusions du monde, susurre en moi le macho qui ne dort que d’une hormone. Pourquoi, je ne sais pas, mais le pressens. Claire et lumineuse donc la robe. Oui, lumière d’or tendre, mouvante comme une peau mâte et souple…

Les pommes cuites et piquées de noisettes justes grillées… d’emblée, chaudes au sortir du four. Voilà qui plairait aussi à nos mies qui jamais n’ont su résister à la chair croquante et sucrée de ce fruit de paradis charnu. Des notes exotiques de curry, mêlées de pâtisseries chaudes, ajoutent à la séduction de ce charmant – jusqu’à la dernière fragrance – Chardonnay. Au bout de l’inspiration, comme une touche de cannelle fumée qui parachève.

Certe,s il ne faudrait pas tomber dans le dithyrambe en osant une comparaison avec un grand blanc de Bourgogne ou d’Afrique du Sud (Sic). Non, non, je m’accroche aux parois hottentotes du verre pour ne pas choir comme un amateur qui aurait abusé des plaisirs de la chair du vin… Gras et fraîcheur, alliés à une toute petite sucrosité quelque peu épicée marquent l’entrée en bouche d’une, ma foi, bien belle matière… De gourmands fruits jaunes, piqués d’épices, cannelle, poivre et muscade, s’épanouissent, aguichent langue et palais de leurs séductions douces. Un peu de menthe peut être aussi. La finale n’est que moyenne, et laisse en bouche comme une idée de tanins…

Je persiste et signe, Chardonnay en Jura, en de bonnes mains, fait de beaux vins.

Mais où sont les noix? Dans l’arbre du verger, bien sûr…

EMAMODAETIMERÊCOVENE.

LA CHAPELLE TRAPPISTE DE GEVREY…

L’enlumineur.

—-

La voix, délicieusement rauque de Lisa Ekdahl dissout subtilement les brumes sombres, lesquelles sans que l’on sache toujours pourquoi, enténèbrent parfois l’esprit et nous plongent dans un spleen poisseux, voire pisseux…

En Bourgogne, je n’aime rien tant que les millésimes réputés «froids», moyens, qui ne déchaînent pas les dithyrambes médiatiques. Le temps souvent les révèle. Ils affichent alors la Bourgogne «classique», le pinot au meilleur de son expression. Je suis certes de parti pris. Tant pis, j’assume. Inutile donc de me titiller là-dessus. Quand le Septentrion s’affirme, bravant modes et tendances, discret mais pugnace, ma vieille âme rebelle se réjouit…

La pluie, qui n’en finissait pas d’abreuver les terres assoiffées, a cessé ce matin. Le ciel se déchire enfin. Sous les nuages, l’azur patiemment attendait. Que souffle le vent de la délivrance. Débarrassé de son frac de grisaille, il brille, lavé, régénéré, propre comme l’orange bleue d’Eluard… Les nuages, épais comme l’esprit du plus subtil de nos jeunes politiques se délitent sous l’effet des hautes pressions. Le baromètre est la hausse. Mon cœur aussi. L’envie de chanter une chanson simple, authentique comme un regard sans calcul, un air qui swingue note de rien, me démange. Je n’y céderai pas, ce serait pitié, même pour les esgourdes du plus inculte des suceurs de guimauves en vogue.

Alors je chante à l’intérieur, secrètement. Les chants les plus beaux, comme les actes discrètement gratuits, sont les plus silencieux. Et je pisse à la raie de tous les courtisans fades de la terre.

Soucieux de gagner mon paradis, je tente une incursion spirituelle au pied d’une belle anciennement achetée, mais à laquelle je ne pourrais plus avoir accès, tant les temps et les prix s’envolent.

A genoux dans «La Chapelle»…

Comme un rubis rutilant que rogne insidieusement un orangé ardent, telle est la robe de ce Premier Cru de Gevrey-Chambertin que n’aurait pas renié le plus talentueux des Maitres Enlumineurs.

Les quelques notes de poil du lièvre effrayé par la pluie, se sont échappées peu après l’ouverture du flacon sobrement étiqueté. Les terres puissantes de Gevrey, sombres et viriles planent au dessus du verre. La (Petite) Chapelle 2001, qui ne l’est assurément pas, plonge ses fondations dans l’argile (?). Le soleil conquérant joue gracieusement avec les plis colorés du liquide chatoyant, ajoutant un contre point visuel chaleureux à la puissance terrienne du nez. Ombre et lumière mêlés comme les mystères de l’âme humaine, annoncent déjà le vin complet, prêt à l’élégance, à l’équilibre, à la tentation de tutoyer la perfection. Un pinot magnifié par la générosité de la terre et la subtilité de l’obstétricien de service, pointe déjà le bout de sa grappe quintessenciée…

Les parfums des forêts automnales s’enroulent en volutes odorantes autour des fruits encore sous la rosée. La framboise n’a point perdu (de sa robe pourprée…), de son jus fraîchement écrasé. Le cuir neuf pointe le bout de sa selle grasse. Cèpe et cèdre légers agrémentent les fruits. L’humus humide et le lichen aussi. Miracle de la vie en bascule, le temps mêle les âges du vin en une subtile complexité gourmande. C’est un enchantement olfactif, tout en élégance et en puissance conjuguées. Ça swingue sous le nez! Comme un amour qui s’épanouit en totale confiance.

Mais il est temps que la bouche goûte à la plénitude puisque le cœur ne le peut plus. L’attaque est fruitée, à peine sucrée et délicatement acide. La matière s’installe et roule agréablement au palais, toute en puissance progressive. Longuement rétro-olfacté le jus souple explose. Bien qu’encore sous tension, il enchante la bouche de sa réglisse épicée à souhait. La vraie puissance, droite et sans artifice dévoile une minéralité (ben oui!!!) pure, «straight ahead», sans concession aux modes éphémères (pléonasme volontaire…). Un vin franc qui dit vrai sans chercher à masquer sa longueur par une largeur de circonstance. Les tanins d’une finesse exemplaire me font irrésistiblement penser, toutes comparaison d’origines mises à part, aux plus beaux Volnay du «Charlot» de J.Voillot. Fins, à peine crayeux mais têtus, il sont la marque discrète du devenir radieux du vin. Le verre vide ne faiblit pas…

Merci à ce Jean Louis Trap(p)e(is)t(e) que je ne connaîtrai pas, d’avoir accouché sa vigne de ce liquide précieux.

Dans mon cœur fragilisé, la rivière de Lisa pleure de joie…

 

EDEOMOGRATITIASCONE.