LE JAIS DES MERLES NOIRS.

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La De aux grandes orgues.

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Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Baleines, derviches et dragons, gueules béantes,

S’en sont allés hanter naguère failles et fentes,

Les temps anciens, les monstres et les filles, si lentes

Qu’on aurait cru les cieux gelés. Et la mort, Dante,

Plane, lugubre, pantelante, brame, étincelante,

Aux yeux sanglants des pauvres âmes bringuebalantes,

Son chant d’amour à dévorer les vies rutilantes

Des beaux immortels qui pullulent autour des fientes,

Esprits bornés, morts de vivre, vides à se camer.

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Sur les bat-flancs crasseux des égoïsmes étroits,

Au dernier cercle, plus calcinés que les sorcières,

Griffes serrées sur leurs bûchers, les âmes claires,

Ont disparu, hurlantes, mangées, et tous leurs doigts,

Éclatent, pulpe rôtie, carcasses noires craquantes,

Dans les plis des oublis, les abysses brûlantes,

Les mers taries, les cieux obscurs, les montagnes

Meurtries. Les cyprès dansent en bas dans la campagne,

Les vents soufflent, nuages planants et qui sourient.

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Le jais des merles noirs, quartz en croix, lumières

Dansantes. Lapis maudit, malachite trop verte,

Citrine en étoiles. Obsidienne ma pure. Pierres,

Si dures que l’acier s’est brisé comme verre.

Dansent les fantômes, les folles, les bayadères,

Elles qui mènent la danse, qui reculent et avancent,

Falbalas et dentelles, sur les rives d’icelles,

Gourmandes et ficelles, toutes les jouvencelles,

Leurs fesses bien rebondies, et leurs cœurs de faïence.

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Elle est revenue des enfers, mon regard bleu,

Ma belle perle. Je l’attends, fond de la nuit des temps,

Depuis que Dieu cruel empêche. Quoi que je fasse,

Te garde près de lui ou t’envoie, foutre de poisse,

A vauvert, au diable, vivre d’autres audaces,

Connaître d’autres temps, de vrais beaux capitans,

Des paysages fous, rouges, déserts, mers en sang,

Cavaliers intrépides, cruels qui montent à cru,

Elfes dévoyés, regards de plomb, ailes de glu.

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Vies de douleurs, gloires, bonheurs, je t’ai croisée,

Au hasard, vert oasis, anguille si vive,

Cimeterre tranchant, têtes aimées, coupées,

Regard sans peur, chardons au cœur, becs acérés,

Tête brûlée, vrai sans pitié, à la dérive,

Les temps fous ont fondu, les bûchers disparus,

Les os souvent brisés, les crânes fracassés,

Mourir, toujours périr sans jamais s’arrêter,

Un jour Dieu a souri, le joug il a lâché.

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Petits instants, sourires de givre, mains qui bafouillent,

Mais pourrons nous aller, aimants, jusqu’aux extases ?

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Qui le saura, moi je ne sais plus, inch’allah

Roulent les vagues de fer, mais fou, foutu fatras …

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