JEAN MARC BURGAUD. RÉGNIÉ. « Vallières » 2011.

Sans titre 1

Mais que vient faire Madame de la Vallière en Beaujolais ?

 Mais rien. Du tout. Simple homonymie, ou presque. Mais je suis suis favorable au mariage pour tous, et particulièrement celui des homonymes, lesquels pour n’avoir pas le même sens, n’en sont pas moins pourtant proches … Rire discret.

 RÉGNIÉ, la plus jeune appellation de cette région souvent décriée, à faire de forts volumes de sauces insipides pour Japonais au bain, a vu le jour en 1988. Dernier cru de Beaujolais en date, enfin, il me semble.

 Jean Marc Burgaud, un vigneron qui fait de très bons vins, un des meilleurs de cette région des collines tendres.

Juste reçue, et déjà la bouteille a ploppé, après deux jours courts de repos. Dans le grand verre, le jus s’étale et ne semble pas s’étonner d’être ainsi versé dans un cinq étoiles, lui, pâle cousin de Gamay des nobles Pinots de Bourgogne, bien autrement révérés. Le roturier s’étale, fait la planche qu’il n’a pourtant pas connue lui, comme un pauvre Spartiate élevé dans une simple cuve.

Ceci posé, je regarde la jupe du vin, brillante de tout son grenat profond, proche des plus beaux zinzolins, finement gansée de carné au ras du disque. Déjà le plaisir monte, le premier sens est ravi. Le temps est venu d’y aller du blair. Enfin le mien qui est loin d’être « Libéral », tant la cupidité sans âme qui capte les profits et mutualise les pertes, m’est insupportable.

Mais il s’égare le « sale vieux », direz-vous, et vous n’aurez pas tort sans pour autant avoir raison, puisque le vin se vend, s’achète et qu’il est parfois objet de spéculations acharnées … !

Alors il est temps d’inspirer franchement. Des fruits, des fruits, des fruits rouges, mûrs et éclatants, d’une très pure définition, framboise, cassis et groseille, me caressent l’appendice. Et bellement tant, que la salive monte en bouche. Bouche qui tremble un peu, pressée qu’elle est d’y mettre les lèvres.

La main a monté le verre, le jus frais a coulé, l’avaloir l’a reçu. Et le palais tressaille sous le toucher très doux de ce jus de Gamay. Une caresse de vin qui fait sourire le coeur, quand le jus enfle et roule en bouche son panier de fruits goûteux. Puis déborde, explose sous la poussée du fruit, que la fraîcheur de la groseille allonge tout du long, comme un chat qui se réveille (d’aucuns parlent de tension …). Même les papilles s’y mettent et frissonnent jusqu’aux poils des bras. Rires. Puis le vin bascule, la luette passée. Les fruits s’attardent en bouche, longuement, puis laissent place à la craie qui signe les tannins fins et enrobés. Et ceux-ci de me dire à l’oreille, avant de me quitter, que ce vin de plaisir gourmand peut encore voir venir.

Un vin qui frétille en bouche, bien vivant, n’en déplaise aux gardiens du temple des breuvages de pleine nature.

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