Littinéraires viniques » Christian Bétourné

COMME UNE EPONGE GORGEE…

Bob l’éponge…

Que ceux que la langueur swinguée, les phrases rutilantes de notes, qui font tours et détours, la basse qui souligne puis prend son envol,  l’atmosphère lumineuse d’un piano qui ne veut pas finir tant il nous met en état d’éternité, indisposent ou indiffèrent, passent leur chemin. Keith Jarret et Charlie Hadden sont  de ceux-là, de ces génies paisibles que la grâce caresse!

__________________________

Comme une éponge qui se goinfre des autres et d’elle même, j’écris…

Pour découvrir les mondes cachés, subtils, invisibles, qui me gouvernent. Pour remettre toujours en question les certitudes qui se prennent pour des idées. Pour ouvrir l’œil intérieur, qui regarde – et que je nie le plus souvent – les galaxies ombreuses et honteuses qui tournent, en rondes incessantes et puissantes, au cœur de mon aveuglement de surface. Pour démolir mon image. Pour ne pas croire seulement ce que je crois savoir. Pour un jour, peut-être, accepter d’être ce que je suis vraiment, que j’ignore encore, que je découvre le plus souvent avec effroi, avec étonnement parfois…Sans même l’ombre d’un espoir de m’en approcher.

Pour chier dans la colle, aussi. Pour enculer Panurge…

Putain d’ego aux chevilles boursouflées. Ennemi intime. Diable tapi dans le creux des vanités. Pour dézinguer la conscience satisfaite, confortablement engluée dans la béatitude générale.

Difficile d’asséner un préambule plus chiant que ça, je l’avoue…

Mais à quoi bon vivre, pour gober sans «maudire» les lieux communs ordinairement susurrés par les petits maîtres de la communication. Ah la communication, «manière d’être ensemble», que le sens moderne pervertit, en imposant la nécessaire conformité… qui s’est elle même transformée en conformisme fade. Ah, «les plans com», à tous les coins de pages, sur toutes les ondes, sur toutes les lèvres! Le pouvoir du Verbe, dérobé, appauvri, caricaturé, confisqué, étouffé. Tous les profits sont bons, à glisser dans les poches sans fond de ceux que la faim – ultime torture – ne taraude pas.

Alors rêver, laisser les expériences multiples confluer. Que le vin porte la musique et les mots qui chantent, les émotions qui palpitent, les sensations qui se télescopent, les idées qui s’affrontent, les couleurs vibrantes au ciel et aux toiles des comètes disparues. La vie, ses douceurs et ses tumultes. Les exaltations et les vague-à-l’âme.

Oui, d’accord, OK, c’est bon, mais pourquoi donc sur un Blog???

Ben, parce que…

Le vin, le partage. La passion commune, qui rassemble autant qu’elle divise. Voyager plus vite que la lumière, concurrencer la vitesse de la pensée. Se rapprocher de loin, ou du moins l’espérer. «L’homme est un être social» selon Durkheim (oui je sais, je simplifie un peu mais ça m’arrange), partout, toujours, jusque sur les mirages du virtuel. Ressentir, appréhender, fraterniser, par tous les moyens même les plus irréels. Au delà de l’individualisme qu’encensent les penseurs fragiles du temps présent – et à venir, encore longtemps sans doute – le besoin de partage, le bonheur de donner sans calcul, subsiste. Comme un gène mystérieux, que je cultive obstinément. Que la joie m’éclaire, que le spleen me ronge, qu’il pleuve, qu’il vente dans ma tête plus fort qu’au cœur d’une tempête, je donne le meilleur de mon vin, comme le pire de mes cauchemars. La vie est complexe, étourdissante, au delà du prix, comme la plus aérienne des Romanée Conti. Et dans ma tête resplendissent les sourires, coulent les larmes de tous ceux que mes mots arrêtent un instant. Tel Cyrano, à la fin de la bouteille, je touche. Plus précisément, j’espère…

Et je chevauche la fibre, comme Julius Evola le tigre*.

J’y glisse mes mots dérisoires, mes extases et mes emportements, comme ça, pour rien. Rien que pour dire. Pour vous gratifier, vous titiller, vous tous, autant – et même plus – que vous êtes et que je peux.

Pour exister aussi et surtout, sans doute, sincérité oblige.

Tout ça pour vous dire que je n’ai pas fini de vous infliger, de vous affliger, de vous endormir, de vous énerver, de vous émouvoir, de vous égratigner, de vous emmerder, de vous ravir – à vous même, si possible – de vous choquer, de vous réveiller, de vous «indifférer», de vous agacer, de vous emmener promener, de vous balader, de vous faire hurler, de vous enchanter, de vous indisposer, de vous faire réagir, de vous nourrir, de vous filer la gerbe, de vous faire des croche-pieds, de vous supporter, de vous porter, de vous étreindre, de vous perdre dans mes labyrinthes, de vous entourlouper, de vous charmer, de vous séduire, de vous mentir, de vous renverser, par les fils ténus de l’optique, de la lumière aveugle…

Bref, de vous donner envie de me honnir, de me bannir.

De me lire.*

Car sans vous, je boirais comme un ivrogne triste*

Mes doigts s’éloignent un instant de la plume de mon clavier pour porter à mes lèvres, l’or rutilant d’un Néga-Saumas 2007, pur Bourboulenc de Supply Royer. Puisse t-il, en moins de temps qu’il me faut pour le boire, enchanter vos papilles, par la grâce virtuelle de la toile invisible, qui, dans le meilleur des cas, nous unit.

Ce Néga 2007 ouvert il y a plus d’une semaine, s’était peu exprimé sous mes naseaux navrés, peu montré en bouche, comme une courtisane capricieuse. Resserré, introverti, décevant. La demi-bouteille « oubliée » en cave (« en cave » ça a de la gueule, non??) et retrouvée à l’instant, s’est nettement déboutonnée, comme une courtisane dans un vestiaire. J’y retrouve, enfin, un nez coopératif et même exubérant – les vins blancs seraient-ils féminins pour ainsi se montrer changeants? Une bouche, au « toucher » (à l’infinitif s’il vous plaît… ami Québécois si tu me lis?) inimitable avec un équilibre gras-fraîcheur remarquable. Une matière « énorme » (pour sacrifier à la mode langagière du moment… c’est bon de faire sa « pute » de temps à autre, ça plait aux jeunes et aux publicitaires, aux commerciaux aussi! Hum, ça me chatouille le cervelet rien que de l’écrire!). Mais revenons au Néga et sa matière, qui bien que conséquente, n’en demeure pas moins distinguée. Puissance et élégance s’y épousent parfaitement. Le fruit est jaune, mûr, glissant, frais, il vous envahit l’espace buccal, y lâchant les chevaux d’un coup!! C’est du bonheur, quand ça grimpe la côte comme une voiture de course. C’est parfaitement masculin/féminin..complémentaire donc. D’où, comme une violente petite mort douce en bouche. La finale s’étire comme un chat au réveil, réglissante, épicée, minérale (et merde pour les puristes!!!).

* N’y voir aucune apologie, d’aucune sorte, chapelle ou obédience, ce n’est qu’une image…

* Si vous n’avez pas compris, relisez…

* Là vous avez compris…

EALAMOVOTITRECONE.

LA BASSE OSTINATO…

Monsieur de Sainte Colombe.

—–

Le soir d’un beau matin du monde, Madeleine se pendit.

Obstinée comme la basse qu’elle tenait admirablement, et pour que vive la musique, elle sacrifia l’amour qu’elle vouait à Marin Marais. Elle, qui maîtrisait l’art du toucher de la basse de la viole, choisit – symboliquement(?) – la corde, comme la septième, que son père avait ajoutée à l’instrument. Monsieur de Sainte Colombe avait poussé l’archet à ses sommets. Marin prenait la suite. A l’ascète succédait le Baroqueux, comme si la mort, qui raidit les membres, accouchait de la plus ornementée et sophistiquée des musiques.

Quelques siècles plus tard, le soir tombait sur la ville, implacable comme la crise assassine qui s’était abattue sur les milieux financiers. En ces temps moroses, rien ne bougeait plus guère. Les rues, lavées par une pluie battante, brillaient comme une vieille argenterie tout juste briquée. Du cœur des hommes, ne coulait dans les membres engourdis, qu’un sang tiède, les réchauffants à peine. La vie semblait ralentie, alanguie et se traînait.

La désespérance glacée touchait aux âmes…

« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l’horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l’Espérance, comme une chauve-souris,
S’en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D’une vaste prison imite les barreaux,
Et qu’un peuple muet d’infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

– Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l’Espoir,
Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

 Spleen, Les Fleurs du Mal. Charles Baudelaire.

Alors que je ne m’y attendais pas, je quittai ce continuum aussi funèbre que mortifère. L’espace et le temps se contractèrent, en un point dur et brillant comme rosée au soleil. Les portes salvatrices de ma bibliothèque imaginaire, s’ouvrirent au cœur du trou noir. La lumière fut… mais autre.

Un coup de dés, parfois, abolit le hasard sinistre des heures sombres.

La pièce spacieuse brillait dans une lumière douce et irréelle. Aux quatre coins, la lueur rasante d’une monumentale lampe Tiffany, dessinait sur les torsades ouvragées des cuivres anciens, des langues de feu roux. Les murs, aux lourdes tentures de velours vert sombre, semblaient tissés de vignes luxuriantes, comme aux heures du soleil couchant, quand les chiens coursent les loups…Les rangs serrés d’in-quarto aux cuirs patinés, luisaient et vibraient faiblement, le longs des rayons alourdis par d’anciennes cultures disparues. Sur les vastes Chippendales, creusés par le poids des corps lourds qui les avaient jadis sculptés, chatoyaient les soies, vives mais élimées, du temps du retour des Indes. Des ventre obscurs des lourds vases, qu’avaient tournés les vieux potiers aveugles qui firent la gloire posthume de l’Empereur Yung-Lo, montaient en bouquets odorants, des brassées de roses opulentes, que le temps cruel avait séchées. Les siècles s’étaient accumulés en strates glorieuses, amassant en ce lieu de toutes les Histoires, les vestiges surannés des magnificences perdues de quelques traditions défuntes. Comme autant de sentinelles immémoriales, accrochées à intervalles réguliers à la bibliothèque, au ras des Apothéoses du Tintoret et de Rubens, qui montaient jusqu’au plafond à coffrets, sculptés dans les bois les plus précieux, de longues échelles en argent repoussé, serties d’émaux arc-en-ciélés, semblaient clore la pièce, et contrastaient avec l’extravagance des courbes indolentes, et des couleurs insolentes, qui montaient du sol jusqu’à mi-hauteur. Des tapis en nombre, venu de Mongolie, d’Orient et d’autres pays maintenant disparus, se croisaient en figures incertaines mais élégantes, sur le parquet sans âge de pur ébène en point de Hongrie. Ils étouffaient depuis toujours et jusqu’à jamais, les craquements des lattes, usées par les pas de tous ceux qui ne les avaient sans doute, jamais foulées.

Tout au centre, dans une semi-pénombre se tenait une table haute dont la marquéterie d’or, d’argent, de nacre, d’ébène, de cuivre, d’ivoire et d’écaille, vibrait sourdement. Au milieu de la table, sur un plateau d’émail, se tenait un cristal de Bohème, véritable bloc d’orfèvrerie, qui avait forme d’aiguière à long col. L’artiste qui lui avait donné sens, l’avait sculptée, façonnée, taillée comme un diamant de la plus belle eau. Ses innombrables facettes, minuscules comme autant de squames patinées, exacerbaient la lumière d’or pâle qui ruisselait et courait à chaque vibration. Les scintillements perçaient le liquide fuligineux serti au cœur du bijou et inondaient les parois de lueurs brasillantes et sombres. Le jais le disputait à l’œil de tigre, tandis que surgissaient le grenat et le rubis profond pendant que la scansion de la citrine, zébrait comme un éclair acide, le cristal mouvant.

Pierre, l’œil atrabilaire, versait avec la componction d’un Nonce du Vatican, le vin dans les verres aux panses accueillantes. Le liquide sombre glissait comme une huile légère et roulait au ralenti le long des parois. Agatha tendit le bras la première. Sa longue main gracile et translucide, aux doigts jaunis, saisit le pied du verre qu’elle porta à hauteur des yeux. Marguerite, Marguerite bis et Pierre, firent de même. Moi, qui me sentais opaque auprès d’eux, les observais.

Ils ne semblaient pas conscients de la présence des autres et agissaient en solitaires. Mais par extraordinaire ils étaient synchrones, en phase à chaque instant. Les lumières douces qui les entouraient et les traversaient à la fois, trahissaient leur étrangeté. Pierre leur dit qu’il avait ramené ce vin d’un de ses plus proches voyages. D’Espagne en fait, pas loin de Jerez. Il ajouta qu’il s’agissait d’un OSBORNE P.X 1827, SWEET SHERRY. Les deux Marguerites qui n’étaient ni sœurs, ni amies, ni mêmes contemporaines, firent des mines de vieilles chattemites gourmandes. Toutes deux étaient disgracieuses, mais l’une avait été belle en sa jeunesse Indochinoise. L’alcool et le tabac l’avaient prématurément flétrie, et sa peau tavelée de vieille rose enfumée, plissait affreusement. Marguerite «bis», née Cleenewerck de Crayencour, vivait sur le Mont Noir, dans les Flandres Françaises; mais le plus clair de son temps elle résidait Outre Atlantique. De sa fréquentation assidue des femmes, elle avait gardé les épaules, la taille et les hanches, de la même largeur; le goût des boissons sucrées aussi. Elle avait sa tête de vieille babouchka épanouie, la lippe avantageuse et le regard qui fulgurait, par intermittence, d’entre ses paupières mi-closes. Quand on regardait son visage rond aux pommettes hautes, on l’imaginait sans peine vivre sous une yourte. Pierre avait le port rigide d’un marin de carrière, le temps ne l’avait pas écrasé. Svelte et cambré, il semblait inaltérable et sans âge. Il fut, si l’on en croit les gazettes, le seul Académicien capable d’un salto arrière sur le dos d’un cheval!!! Sur d’autres flancs, en d’autres lieux et loin des regards aussi, ai-je ouï-dire…

Le dernier, ignoré des autres, je levai mon verre.

La nuit du vin était d’encre…

Le cœur impénétrable du vin semblait ne jamais pouvoir connaître la lumière des matins tièdes. Tout autour, en vagues successives et changeantes, des orbes colorées ondoyaient. La perspicuité ambiante, omnipotente et omnisciente, de sa baguette aléatoire et folle, dirigeait la symphonie polychrome. Ce n’étaient que lueurs sourdantes qui brillaient et se recouvraient, mêlant l’or foncé à l’ambre clair, le cuivre patiné à l’orange sombre. Le vin tournait dans le ventre du verre comme un derviche fou, comme un chrême épaissi, concentré par les âges empilés. La liqueur fardait la surface lisse des hanaps séculaires, d’un baume gras qui réfractait la lumière mordorée et qui prenait, à travers sa viscosité tendre, les moires subtiles de la palette du plus raffiné des orientalistes.

Puis vint le penchement des nez…

Jamais auparavant je n’avais senti un vin bourdonner…Du disque, épais comme le ventre de la plus sensuelle des odalisques, montaient en vagues des fragrances sucrées. Agatha qui roucoulait comme une tourterelle énamourée, y perçut toute les crèmes chaudes des cafés Italiens. Marguerite, burinée par les tabacs Cubains, s’enivra de Havanes odorants et de pâtes d’amandes croquantes. Marguerite bis, rompue aux senteurs de la Nouvelle Angleterre y décela les effluves chaudes du pain d’épice brûlant, du miel de châtaignier, du caramel salé et toutes les aromates des marchés tropicaux de Louisiane. Pierre le pérégrin, se perdait dans les étals Yéménites, les souks Marrakchis, les poivres Jamaïcains et les fragrances salées des mers intérieures…Oui me disais-je, acquiesçant à leurs exclamations voilées, tout y est. Mais en dessous, au centre et par dessus, encore et sans cesse, c’est le pruneau dodu, longuement macéré dans le thé poivré de menthe, qui fait entendre comme la lamentation ardente d’une basse obstinée.

Enfin ce fut la communion de l’avaloir…

Pierre avait la tête ailleurs. Il conversait avec l’Aziyadé androgyne qu’il finissait d’écrire. Agatha était au large du Devon, perdue dans la jungle de l’île des Nègres, orchestrant les méfaits du juge machiavélique. Marguerite ahanait entre les bras de l’amant, sous le marteau lourd duquel, elle accédait au Nirvana. Ses yeux révulsés et les fines gouttelettes qui ourlaient ses lèvres, trahissaient son trouble. Marguerite bis se balançait en silence. Elle était Aphrodissia qui cache la tête de son amant dans ses jupons. La mort de Pierre la vit naître, mais le mystère de l’imaginaire les fait oeuvrer côte à côte cette nuit, le temps d’un voyage au cœur des vibrations de tous les mondes imbriqués. Et moi, l’instigateur, le démiurge involontaire, je les regarde comme s’ils étaient mes intemporels compagnons de plume…Le vin qui avait coulé sans bruit dans les verres – c’est bien ma première fois – se glissa entre mes lèvres comme un basilic de Cyrénaïque à l’haleine brûlante. Il se lova et fit la boule, immobile au creux de mon palais. Je n’osais l’imaginer, de peur que l’acuité de son regard ne me foudroie. Son venin urticant creusa l’oléolat, déversant son suc fruité, son poivre chaud et sa cannelle douce, sur mes papilles en pâmoison. Ce fut un indicible moment d’extase gustative. On entendait voler dans la pénombre dorée, les fantômes jaloux de tous les jouisseurs passés et à venir. Puis il fallut se résoudre. La finale s’étira infiniment. L’expédition sur le Nil blanc démarrait. Mille huit cent vingt sept, infime molécule, glissa et déploya l’assourdissante odyssée de toutes les histoires des amours humaines, au fond de mon gosier.

Le paon faisait la roue…

L’univers implosa et la bibliothèque se désagrégea. En un chemin inverse, je traversai le trou noir de toutes les morts et de toutes les naissances. Ils s’en étaient allés.

Par la fenêtre grise, comme au fond de ma gorge, la basse, obstinément tenait la note…

ECREDOMOQUIATIABSURCODUMNE.

LA ROYCE DU ROL…

Henri-Alexandre-Georges Regnault Salomé.

 

«Rol» comme Rolle et Royce à la fois. 36 comme «Quai des Orfèvres»? Un vin d’hommes, oxydés par la vie??? MMI pour donner, sans que ça se voit trop (tu parles Dupéré-Barrera!), le millésime… Encore un de ces iconoclastes, empêché d’être et de se dire, par les très « draconiennes » lois du vin.

En tout cas on ne l’a pas empêché de respirer pendant son élevage, il a même bouffé de l’air à satiété, comme tous les oxydatifs, adorés par d’aucuns, abhorrés par d’autres.

Du côté des narines, noisette furtivee qui devient noix, cannelle, pêche, raisin sec, rancio, abricot sec… Au centre un noyau de pierre chaude qui contraste et structure les douceurs qui l’entoure. Un nez qui m’envoie rêver du côté des ventres tendres des belles Odalisques Orientales. Tout évolue, roule et s’enroule. C’est maintenant, Cognac, Pineau et Xérès qui me traversent l’esprit.

A l’aveugle ce vin en troublerait plus d’un…

Quand le contact se fait plus intime, c’est une « bombe » en bouche. Le silex, les fruits et les épices dansent au Palais. Quelle présence!! Un très sec qui a tout d’un moelleux…Certes la vie n’est que séparations, il faut toujours que l’on quitte. Mais tout départ laisse une trace.Et les silex de nos enfances, ceux que nous frottions patiemment pour que s’embrasent les herbes sèches, illuminent langue et papilles, de mille étincelles qu’adoucissent ensuite les épices douces, la réglisse et les fruits confits. Une beauté.

Mourir pour mourir, puisqu’il faut bien mourir, Rol appelle le cigare, autant qu’Yseult espérait la voile blanche…..

 

EMOROLLTIOVERCONE.

QUAND L’EUROPE SE FAIT MOELLEUSE.

Shoji Sekine Portrait d’un garçon. 

 

Que ceux qui n’aiment pas les abricots ne lisent pas ce qui suit…

Le temps s’est mis au trop beau d’un coup…

Les fumées corrosives du volcan d’Outre-Septentrion se dissipent dans le ciel superficiel des médias constamment affamés. Les champs sont beaux de tous les verts printaniers, saturés et changeants. Tout au long des truculences fleuries qui s’épanouissent, jusque dans le creux des goudrons fendillés des routes de campagne, les arbres déploient leurs coquetteries, jour après jour. C’est la fête aux pastels, le long de leurs branches que l’on ne verra bientôt plus. La terre, en cet hémisphère nord, fait la belle et recouvre ses rondeurs de ses sortilèges chlorophyllés. De nos agitations égotiques, elle n’a cure.

C’est dire qu’elle n’est pas rancunière…

Le Club AOC, en ce mois d’avril se réunit joyeusement en son Couvent des Recollets, pour sa dégustation mensuelle. Ce mois-ci à l’épreuve, quelques moelleux Européens. L’ambiance est moyennement studieuse, mais furieusement festive… Ça palabre sous les baobabs. Il me faut vous dire que les gaillards qui m’entourent, n’ont rien de ces amateurs tristes qui dégustent les vins comme des notaires Balzaciens. La ruche est bruyante, turbulente, joyeuse et gourmande.

Dans l’ordre de dégustation :

FRANCE :

Sauternes « clos des Remparts » 2005 :

Sauvignon-Sémillon-Muscadelle. Un vin délicat sur les agrumes, les épices et la menthe. Léger, équilibré, frais, une gourmandise.

« Clos Dady » 2005 :

Mosaïque de 11 parcelles de vieilles Vignes, il ne donne que 2 à 3 verres par pied. La matière est plus dense et remplit la bouche d’un jus prégnant qui finit fraîchement sur des notes fines de mandarine.

Pacherenc du Vic Bilh Berthoumieu »C de Batz » 2003 :

Au nez, ce gros-manseng délivre des notes jasminées que suivent en bouquet des touches de thé, d’orange sanguine, d’amande fraîche, de chamallow, de poivre blanc et de muscade râpée. La bouche, toute de confiture d’abricot épicée, est tendre. C’est correctement long et équilibré.

Quart de Chaume Baumard 1976 :

Bel or à reflets verts pour la robe de ce vin d’âge respectable. Le nez tutoie le riesling avec ses notes pétrolées, auxquelles succèdent la terre sèche, la propolis, la pâte de coing, le calisson, la noix fraîche et le zan à l’anis. La bouche est grasse et ronde, pulpe de coing et d’abricot en dentelle de rancio. La finale, longue, reste joliment acide.

AUTRICHE :

Martin Pasler Muscat Ottonel 1999 :

Un Trockenbeerenauslese, une VT qui titre 10°. Une robe jaune ambrée pour ce concentré de « litchi », de miel, muscaté bien sûr. Se joignent à la sarabande, les raisins au rhum, l’encaustique, le toffee, la menthe, la réglisse, la marmelade d’orange….ça évolue sans cesse. Le silence règne dans la salle d’école, ça plait…unanimement. La bouche, longue comme un discours de prélat cacochyme, est une explosion de joie qui mêle le thé au coing et à l’abricot juteux, c’est infiniment long et frais.

Martin Pasler Chardonnay 1999 :

Auslese cette fois. La robe d’ambre et de cuivre, splendide, luit dans le verre comme une cuirasse Romaine (why not), un petit matin de bataille. Effluves d’agrumes, de figues confites fumées et de tabac blond, enchantent le nez et le disputent à la bergamote et aux cerises à l’eau de vie. La bouche est pleine de coulis d’abricot, de raisins secs et de liqueur de Thibarine. C’est long, long, très équilibré et ça laisse la bouche aussi propre que le plus vif des muscadets.

HONGRIE :

Château Pajzos 1993 :

Un Tokay 5 puttynos, furmint comme de bien entendu…La robe est claire, orange ambrée. Le nez, tranchant comme une lame de hussard, mêle aux épices, le pain du même bois, la noix de muscade, les raisins de Corinthe et le macaron. La bouche est fraîche, toute de marmelade d’orange et d’abricot mi-mûr.

ROUMANIE :

Murfatlar 1973 :

Un Sauvignon botrytisé, compagnon des agapes de la Nomenclatura « Causecienne »??? Sans doute… Sa robe est vieil or, traversée de reflets, verts comme le teint d’un vampire Transylvanien à l’heure où pointent les premières lueurs blafardes d’une aube hivernale. Dans le lointain, le galop étouffé d’un cheval aux yeux fous…. Du café frais au nez, puis du curry, des notes d’ortie(??), de miel et de cire. Dragées, pâte d’amande et café «itou», roulent en bouche. C’est gras, long et frais. 72h après, c’est encore meilleur, comme le souvenir, ému et frémissant, du baiser mortel de l’amant infernal.

Un peu lyrique peut-être?

Chacun jugera…

L’auteur réfute par avance toute contestation chagrine relative à la véracité des faits rapportés. Pour l’orthographe Allemande, il en va de même…

 

ESUMOTICREECONE.

ET VOGUE LA GALÈRE SOUS LE VENT MAUVAIS…

Rire de pierre. Charente. Octobre 2009.

 Ecoutez, avec quelle tendresse, Mozart et l’Orient se marient sans problème.

La musique est un chemin que nous devrions emprunter, nous les rois aveugles (Oscar. Trumquat) *..

J’avais le nez dans le verre, les yeux fermés.

Pourquoi les avoir ouverts, je ne sais plus… Mes pensées voguaient comme de lourdes galères écrasées sous le poids harassant des inquiétudes sans plus d’objets. Mes yeux n’accommodaient pas, j’étais dans les fragrances du vin, comme pour m’évader.

Le point s’est fait machinalement, parce que ces temps ci, je fais le point pour un rien ou pour un tout, quand je divague, perdu dans les circonvolutions fantasques de ma cervelle, plutôt farcie. Le sang a cogné aux fenêtres et m’a rogné l’âme, alors j’ai ouvert les yeux, histoire d’être distrait par la réalité rassurante de la lumière…électrique – comme la Place artificielle de tous les espoirs dorés – de ma lampe de bureau.

Et j’ai vu, dans l’or mouvant du verre et du vin unis, la Grande Galerie des Glaces. Ses reflets de chrysocale, ses lueurs d’orichalque, ses éclairs d’émeraude qui pulsaient par instants, ses marbres verts tournoyants. Des miroirs, partout, profusion de reflets tremblants, étages de lumières diffractées, ondes de malachite, de céladon, soies incarnates sur les épaules de l’ambassadeur du Siam, pourpre, amarante, nacarat, corail en langues de dragon fulminants. Les bustes des empereurs de porphyre se tordent au souvenir de Rome en feu. Pilastres, trophées de bronze et trumeaux de marbre vert de Campan s’empalent et tournoient au cœur des maroufles de Le Brun. Le petit grand roi jaillirait de mon verre que je ne cillerais pas. Comme un clin d’œil du diable, me vient l’idée d’un AVC foudroyant.

Violence et tendresse, l’humanité dans mon verre…

Seule certitude, c’est d’un vin blanc qu’il s’agit. Opalescent, il se glace de lumières mystérieuses. Translucide, il donne à voir tout en cachant. Comme la femme, la seule, l’unique, l’absente, l’absolue, la désirée, celle qui les résume toutes.

Domaine Ganevat «Grusse de Billat» 2007.

La robe brille toujours d’une transparence nimbée de vert.

Tout petit nez timide, qui sent le raisin fraîchement pressé, comme une invitation à la patience. Le lendemain, le petit a pris de l’assurance. Le citron et le pamplemousse surgissent du verre, ronds, pulpeux et alléchants. Ah la belle paire d’agrumes juteux! Une gentille note miellée extirpe de ma mémoire la rondeur tendre d’un pomélos à point. De légères touches de thé le réchauffent. Un nez paisible, comme un équilibre fragile qui vibre sous les narines. Un nez qui sent le vert mûr. Un Chardonnay que j’aurais pu croire de Mâcon, qui ne «jurasse» pas sa mère! Douceur de la patte de l’homme qui gomme un peu le «terroir» (sans aucune certitude) ou sont-ce les schistes tendres qui aiment le raisin au point de ne pas le marquer? Divagations de rêveur exalté, plutôt…

Il est temps que le Grusse me flatte les papilles. Ah le Grusse, qui sans son «e» tourne autour de la piste, la tête fière et la queue ondoyante, comme ce vin vif autour de ma langue! C’est vrai qu’il trotte d’entrée, qu’il attaque, Billat en crinière, de son acidité très 2007, à peine retenue par une pointe sucrée, qui le tempère et le préserve de l’excès. Il libère sa chair conséquente, mais encore retenue, fluide et dessoiffante, ses agrumes mûrs, qui tour à tour, affirment leur vivacité et leur sucre candi. Le jus virevolte en bouche. Le Chardonnay est un cépage qui aime les latitudes tempérées, assurément. Avalé, le vin persiste sans faiblir et marque le palais longuement révélant longuement la minéralité (sans effet de mode langagière) et la tension acide des terres marneuses qui l’ont porté avec bonheur…

Je referme les yeux et repars dans mes souvenirs éteints…

* Philosophe de comptoir.

 

ENOSMOTALGITICOQUENE.

 

QUAND GUFFENS FAIT SA LOLITA…

Cognac. septembre 2010.

 

Moi qui suis un fan absolu de Guffens depuis…je ne sais même plus….Ô rage, Ô désespoir, Ô jeunesse ennemie, n’ai-je donc tant vécu que pour l’avoir dans le ***??? Il est des situations qui appellent à la vulgarité, tant le choc est rude.

C’est vrai que j’y ai pensé….

Les ombres conjointes et menaçantes des empêcheurs de siroter les vins jeunes, ont tremblé sur le mur de ma mauvaise conscience et silencieusement vociféré, agaçant le fond de mon oreille interne, le temps de quelques «caudalies».

Au diable les inquisiteurs!!!

Nonobstant, ma main n’a pas failli. Je les ai repoussés. Le poing serré et les muscles bandés, n’écoutant que les enseignements du Che, j’ai arraché dans un geste d’indépendance et de révolte, le très sain bouchon, du col serré de la bouteille. Mais c’est qui le patron ici, nom de ****!!! Un demi verre et un jour plus tard, hélas, je ne peux que me lamenter, pleurer et me battre la coulpe d’avoir cédé à la tentation. Le Mâcon-Pierreclos « Premier Tri de Chavigne » 2006 fait sa mijaurée. Le genre, grande timide, qui bat des cils sur un regard provoquant.

Je n’ai jamais aimé la Lolita de Nabokov. Alors quand elle s’en vient tortiller son petit cul maigre dans mon verre!!!

J’enrage, je vitupère, je crache ma misère, le nez au fond du verre. Je tire sur l’appendice comme un fumeur sur sa Saint Claude; dans une inspiration si violente et saccadée, que j’en perds l’ouïe et la vue un instant. Réduit j’en suis, à ces bruits de «succion nasale», tant mes premières inspirations de marquise anémiée qui cherche les fragrances délicates de la fleur de printemps, ont très lamentablement échoué. Non mais c’est quoi cette absence de tout??? Comme si Guffens m’avait vendu l’eau du vin et gardé pour lui, les guirlandes, les bouquets, les paniers de fleurs et de fruits qui font d’ordinaire la joie des amateurs!!! Non, c’est une farce, une blague!!! Un ectoplasme, peu subtil assurément, se serait introduit chez moi cette nuit tel un passe-muraille, pour dépouiller en ricanant affreusement, ce vin invariablement divin, de ses vertus et charmes. Il aura du laisser derrière lui quelque trainée méphitique qui aura irrémédiablement corrompu ma cave. Les dégâts seront énormes, définitifs, à côté desquels, les soubresauts obscènes des ténors encensés des places boursières internationales, sont billevesées, évènements périphériques et superficiels. Pourvu que l’Europe des états me laisse mes profits et encaisse mes pertes!!! Demain sans faute un cierge aux pieds de Jean Monnet le bien nommé. Saint Mâcon, viens moi en aide toi aussi…Mieux vaut deux que jamais, la monnaie et le pinard font souvent bon ménage.

Mais peut-être, me dis-je – m’accrochant à l’espoir comme un sénateur à son fauteuil – la bouche, oui la bouche, ah la bouche, me donnera tout et même plus, histoire de me consoler et de me dire au creux de la langue que tout cela n’est qu’un mauvais rêve, un charme, un sortilège, que m’auraient jetés, par jeu et sans méchanceté, mes très chers arbitres du bien-boire sus-cités…La bonté me submerge, je leur pardonne déjà.

«J’entends» au fond de ma mémoire le goût humide et tendre de la pêche blanche, le grain soyeux de l’abricot mûr, je me souviens de cette boule gourmande qui roulait au palais, qui s’étirait EmuVatine, pour mieux se resserrer…Ah oui, ce bonheur complet, cette tension, cette puissance baroque et cette rigueur, indéfectiblement alliées. Que les souvenirs sont précieux quand le réel est cruel!!! Tout est absent en ce soir de deuil, la bouche comme le nez, est morte, pas née, mal née, aux abonnés absents, que dalle, niente, nada!!!!

La traîtrise est complète et je reste hébété, anéanti, désespéré.

Vivement que le libéralisme revienne et que la bourse ressuscite…

 

 

EPLUMOTÔTTICONE.

DE LA TERRE, DES VIGNES ET DES HOMMES…

Antonello Da Messina. Montage trois oeuvres.

 

Une fois l’an je m’en vais flâner par là-bas. Comme un bouchon de liège je me laisse porter par les flots verts des vignes, je me remplis de l’humeur des paysages, des couleurs, des gens et de la vibration subtile des lieux.

De Mâcon à Dijon je fais mon petit pèlerinage à moi, plus spirituel qu’il n’y paraît…Les paysages m’imprègnent. Je les regarde, les admire, les écoute. Ils entrent en moi autant que je m’y glisse. Dialogues muets, échanges subtils, silences riches de lumières et d’eaux mêlées. Le vin n’est pas absent certes, je fais ma vendange de cartons et de caisses, de regards et de sourires, de silences et de mots d’amitié.

Elodie m’accueille à la Soufrandière. Les frères sont empêchés par une soudaine révolte mécanique quelque part au milieu des vignes. Un sourire, une vraie gentillesse, une compétence de femme de vigneron. Je ne perds pas au change…Des vins et des mots dans le chai; tout est frais, fruité. Les vins glissent dans les gosiers, l’atmosphère, polluée par quelques relents de soufre est purifiée, nettoyée par l’authenticité et la simplicité noble des êtres. Petite balade dans le parc et les «Les Quarts». La terre est grasse des pluies récentes, les cailloux blancs brillent de tout leur calcaire sous le ciel de mercure. On entend pousser la vigne que la terre généreuse nourrit. Que ce silence est fort, que l’équilibre est vibrant, que tout cela est fragile… «Humilité et Respect». «Évidences Terriennes». Retour au sens profond de ces mots trop souvent bafoués.

Changement attendu et subi chez Verget-Guffens. C’est bouclé et chargé en quelques minutes. Les vins sont bons, même très bons souvent et c’est autant de temps gagné pour zigzaguer sur la route sinueuse et «buissonnière»… qui remonte vers Meursault.

Passage à Saint Romain, la «Corgette» et ses charmantes chambres d’hôtes, puis en fin d’après midi irruption amicale au domaine Buisson Charles. Le sourire de Catherine, le Patrick derrière son écran, de petits travaux dans la cour, d’autres plus professionnels à l’arrière, ça ne bouge pas que dans les chais!!!! Patrick m’entraine dans les vignes de Meursault à bord de sa «Puma» grise, j’écoute et je questionne, villages, crus, rangs, travail et nature des sols, qualités différentes au sein d’un même climat…. Dire que la Bourgogne est subtile est une banalité mais le vivre physiquement, le ressentir par tous les pores de la peau, par toutes les vibrations des couleurs, par toutes les fines nuances du cœur et de l’esprit, alors là Mes Seigneurs, alors là, ça vous humanise la «mémoire vive», ça vous gonfle de bonheur et ça vous remets le «microprocesseur» en juste place!!!!!!!! La relative pénombre de la cave, la plongée de la pipette dans la barrique…. Changement de décor, survol gourmand du millésime 2008. La malo et ses parfums levurés. Ça picote sous la langue. Je refais en vins et en bouche le tour amoureux des vignes. On rigole bien; l’ impression chaleureuse du plaisir de se livrer un peu, les atomes qui se courbent à en devenir crochus, c’est bon la vie…. Pas pressé d’emmener mes bouteilles je repasserai par là plus tard histoire de nous revoir, de ne pas nous quitter trop vite.

Le soir à Pernand, une sublime bouteille. Un Rapet de 1990, une «Ile des Vergelesses», m’envoie au sixième ciel, le septième n’est pas loin….de toute façon.

Perdu dans les rues de Morey le lendemain matin; mais il est où le Castagnier??? Dans son jardin de la rue du même nom, bien sûr, à l’abri derrière les vingt centimètres carrés qui «affichent» le nom du domaine. Constatation amère, il me faudra revoir le docteur des yeux, ma vue baisse!!! Conversation à bâtons rompus dans la fraîcheur d’une cave, inimaginable sous cette habitation relativement récente… Je suis décidément en Bourgogne et nulle part ailleurs… En tout cas sûrement pas au pays des Châteaux!!! Valse de la pipette, du Charmes-Chambertin au Clos de Vougeot, avec plongées fruitées au cœur des Clos de la Roche et de Saint Denis, descente dans les Bonnes Mares. Eh oui, on ne se refuse rien! Madame Malo est toujours plus ou moins là, elle aime décidément le fût!!! On cause prix bien sûr. Le Jérôme qui joue si bien de la pipette, comme de la trompette d’ailleurs, refuse de vendre ses vins aux Chinois – qui pourraient aussi bien être Guatémaltèques – prêt à lui lui payer, Yuan sur l’ongle, la totalité de ses pièces de Bonnes Mares… Aaah, r’joue moi-z’en d’la trompeeeeeettteuuuu, d’là trompeeeeeettteuuuu!!!!!! J’aime bien cet air là et tant pis pour les tenants du Libéralisme effréné. Comme disait Madame Mère, « Pourvou qué ça doure… »

Morey toujours, mais chez les Loups cette fois de l’autre côté de la Nationale. Une silhouette de Décathlonien, c’est Alain Jeanniard qui apparaît au sortir de la cour, flanqué de deux Québécois aussi joviaux que déconneurs. La dégust va pas être triste me dis-je en ma Ford intérieure (dédicace spéciale ). M’étais pas trompé, ça dure. Ça peut vu que c’est très très bon. HCN R&B, puis les trois glorieuses Chambolle-Morey-Gevrey, de «la chantilly à la crème pâtissière en passant par la crème anglaise» dixit Alain, de «une couille à trois couilles en passant par deux pour Morey» dixit moi-même…. Mes deux comparses du Grand Nord ont bien aimé, des fondus de Bourgognes ces deux-là, sincères, enthousiastes, natures, deux bonheurs sur pattes, le cœur dans les yeux. Sûr qu’Alain se souviendra de la soirée qui l’attend!!!!

Changement de Côte le lendemain matin. En avance comme à mon habitude je fais le tour de la maison Morey-Coffinet, splendide et imposante bâtisse sur le haut de Chassagne-Montrachet. Personne. Tout le monde dans les rangs sans doute… C’est le fils, le Thibault, grand gaillard qui arrive, de la vigne comme je le pressentais. Le chai et les caves du domaine sont impressionnants de propreté, immenses, anciens. Nous sommes quatre cents ans sous la maison. De superbes voûtes du 16éme siècle bandent leurs arcs de pierres disjointes au dessus de moi. Je me sens «anachronique» tout à coup, au milieu de ces rangées de barriques pleines des jus délicieux du 21éme siècle…. Le Thibault est «taiseux», ils sont souvent comme ça en Bourgogne. Prudents, ils vous observent calmement et attendent. Une fraction de seconde je me sens «souris». J’en ris en silence!!! Un petit tour du Bourgogne blanc générique, quelques mots – je réfrène ma nature bavarde – et déjà ça évolue doucement. On cause, à droite, à gauche, à côté du vin surtout, histoire de se connaître un peu. Ah le foot, ça m’a toujours aidé et comme le Thibault traine ses crampons sur les pelouses de la région, «ça le fait» assez vite. Nous entrons en confidence dans les Chassagnes blancs, agrumes, fraîcheur et droiture tout du long. Plus de matière, d’amplitude et de fruits dans les Premiers. C’est la ronde enchantée des «Caillerets», «Romanée», «Farendes», «Dent de chien»…tous sont bel et bien beaux et bons, du fruit, un soupçon de gras, de la puissance bien maîtrisée, marqués du premier au dernier – superbe Bâtard tout juste né – du sceau de la rigueur, de la droiture sans concession de la pierre. Oui, je le dis comme je les ai ressentis, éminemment tendus. La pendule se tait ou plutôt s’arrête dans les caves, le rêve immémorial est près de se réaliser : Maître du Temps….l’espace d’un instant!!!! En remontant les siècles des escaliers, j’aperçois sur un mur, dans la zone «commerciale», un grand tableau de métal gris constellé de cadrans futuristes qui affichent les températures des cuves. La liaison est faite entre «Citeaux» et «La guerre des Étoiles», entre la Tradition recueillie et la High-Tech bien comprise. Thibault est le «Padawan» qui fait le lien… Sans que je dise un mot, il transforme mes «Farendes» 03 en 06. Plus qu’un signe, un geste complice et amical.

Le terme est proche. Comme souvent la tristesse, tel le calcaire dans les vignes, court sous la paupière….

Volnay, début d’après midi. Retard. Encore une machine en panne dans les vignes. C’est pas un moine qui nous ferait ça!!! Enfin il apparaît, échappé, remonté, extirpé, des grandes Œuvres Rabelaisiennes. Impressionnant! Fait pour protéger du soleil comme de la pluie, «Jean-Pierre Charlot des Entommeurs» est devant moi!!! Très gros contraste entre nous!!!! Waouuuwwww!!!!! Si ça se passe mal et si je dois plaquer, pas plus haut que les chevilles sinon, même le SAMU…. La tête est à cinq centimètres des poutres, l’œil sous le sourcil régulier, est perçant, vif, railleur. Large est le nez!! La narine palpite comme une aile de chair fragile, émotive et friande de mets fins mais roboratifs. La bouche est large, ourlée et lippue, les commissures regardent le ciel, l’homme est gourmand de mets, d’idées et de vie. La corpulence est avérée et la barrique du vigneron masque à peine… une sangle abdominale devenue plus discrète. Cet homme est bon, sensible et grande gueule, il aime l’humour et les gens, me dis-je «in peto» (à ce moment de mon voyage, je n’ai plus le budget pour les «Ford intérieures…). C’est du tout tendre, on vaaaaaaaaa, s’aiiiiéééémeeeer. Les fleurets sont mouchetés mais les bretteurs sont pugnaces. On se réééégale, c’est un grand moment de vérité humaine. Dieu que les discours stéréotypés, tout de provocation et de snobisme habités sont loins. Merci J P de cet accueil franc, direct et sans fard. «degustateurs.com…» le «gourou et les disciples» sont laminés à coup de grands sourires et d’apostrophes amicales et incisives. C’est bon à entendre comme est bienvenue la finale fraîche d’un Meursault de noble origine. Les bouteilles du domaine J.Voillot valent le voyage. Volnay et Pommard sont ici en majesté et les quelques vieux millésimes que j’emmène avec moi me promettent quelques feux d’artifices.

«Le Chevreuil» et ma très tendre compagne me consolent le soir même du départ imminent. Plus de rangs de vignes en pousses, de murets bancals, de villages immobiles, de soleil fragile entre les nuages. La chenille de fer des poids lourds à la queue leu-leu me ramène à la réalité oubliée des routes polluées qui «transversent» la France, de Beaune à Cognac……………………………………….

Allez, à l’Ouest toute!!!

Sur la Terre, des Vignes.

Dans les Vignes, des Hommes.

Dans le verre, le vin de la Terre, des Vignes et des Hommes….

 

EMOEMTIBUÉECONE.

GANEVAT, GAVE T’AN…

Aston Martin V8 « Vantage ».

Éloge de la pureté…

Si j’étais blonde, fraîche, avec des yeux de Husky et des cils longs, à se faire tout pardonner. Si de surcroît je rétro-olfactais avec une exquise innocence (feinte?), entre mes jolies lèvres plissées. Toutes sortes de vins, issus de tous les arrondis de la planète. Si je disais «minairrralité» à tous les coins de vidéos et que c’est top-fun-à- boire-lol-miam-miam-tendance-kit-de-survie-jeune-super-cool-trippant-hot-party-branché-vibe-du-web. Si je flashais comme un bonbon Anglais dans mes «p’tits hauts», qui pètent la joie et le printemps, en toutes saisons. Si je rehaussais mes jolis doigts blonds longs, d’une touche de rouge volcan en éruption. Si je parlais simple, comme le monde il est. Si je causais «nature», devant un joli fond gris – souris – beeiin sûr, avec un rang de bouteille floues, dans le fond, que c’est un as du market-in qu’a ciblé la bonne tranche de jeunes, mais pas trop, qu’aiment les Lounge cosy et qu’a d’la thune, nature. Si je ne me snobizais pas la tronche, avec des mots, qu’il faut une biblio pour les comprendre…

Eh bein, hé bein, oui bein, tout le monde tomberait fou amoureux du vin!!!

Et c’est bein ça qui compte!!! Non???

Elle ne doit pas encore avoir trop exploré les creux et bosses du massif Jurassien, la charmante. Me ferais bien guide occasionnel, avant qu’Olif ne sonne de l’olifant du fond de sa combe. La guerre de blogs aura bien lieu. Une guerre de rêve, une guerre pacifique, une guerre froufroutante et rieuse, une guerre en dentelle!!!

Vive la guerre des roses, épanouies, dans les jardins d’Ispahan…

La tradition Jurassienne, (du moins, telle que le gnou à burnous que je suis, la perçoit, derrière le prisme du «j’y connais rien, mais péremptoire, j’affirme», ainsi que font, à longueur de fibres, les petits marquis – araignées multicolores changeantes, sous les lumières artificielles des conventions établies – grands édicteurs de principes, lanceurs de modes, arbitres du bien boire), voudrait que le Jura sente le cerfeuil, la noix roulée dans le curry et que, TOUT, là bas, au fin fond du trou du cou du monde, soit jaune, sous un ciel et des barriques perpétuellement voilés… jusqu’à ce que les temps du «faut pas qu’ça cesse, parce que c’est comme ça et pas autrement», se mettent à la nuance.

Mais, si tu prends un enfant de par là-bas, et qu’à grands coups de bottes au cul, tu le sors de son fjord sec et que tu le colles au taf, dans un vrai pays de vin, comme la Bourgogne – au hasard(!!!) – pour qu’il boive autre chose que son jus de céleri habituel…ben ça te transforme le gars et, partant, ses vins d’après, quand il est grand!!! Attention, les vins du Jura, dans la tradition, entre les mains jaunes des grands faiseurs, c’est très superbe. Et j’insiste bien. Si tu te colles un Tissot dans l’Overnoy, tu connais le bonheur illico, d’autant que t’y intercales un Magnin, histoire de stimuler les hormones (je pense endorphine, anything else!). Ceci dit dit, le raisin, si tu lui caresses le cep toute l’année, si tu le laisses mûrir, assez mais pas trop, déjà, ça peut faire bon. Et si ce bon jus, bourré (c’est bien le moins pour un moût) de quiddité de terroir, tu l’ouilles amoureusement deux ans, tandis qu’il glougloute au frais dans ses demi muids de bois, y’a des chances, que le dit-Savagnin du millésime 2006, parcimonieusement récolté à 18 Ho/Ha, il fermente très confort et fasse sa malo comme un grand (je dis ça, pour faire l’oeno-technico, mais j’y connais rien)…

Trois ans et quelques broquilles plus tard, tu te bats contre la cire, pour extirper le bouchon de la bouteille de «Les Chalasses Marnes bleues» de J.F Ganevat – revenu au pays – posée sur ton bureau, qu’ça part en confetti entre les touches de ton clavier! Maudite cire jaune!!! Clin d’œil à la tradition???

Robe jaune doré, soutenu. Reflets à peine verts. Soie brillante, lumineuse qui irradie sous le verre. Fermé, replié, boudeur le vin. Foutez moi la paix, je pousse., j’me constitue, j’me développe…ça c’est le nez. Bon, attendre un jour de plus et voir. Ouvert un peu plus, le vin enfin, s’est. Ça sent le grillé, mais pas celui du bois. Puis, Annie aime les sucettes au candi. Oui, l’acidité a une odeur, celle du candi sur sa sucette de pierre, plongée dans la mangue sèche, le coing et les écorces d’agrumes. Mais il est où le Savagnin??? Et surtout, l’impression d’une grande pureté olfactive, quelque chose de tremblant sous le nez, aussi. De la race des grands jus de roche, des eaux cristallines, des grands blancs de toutes régions, que tu sais qu’ils sont «au-dessus», parce que justement, ils tremblent, ils vibrent tellement, que t’as peur qu’ils s’évanouissent ailleurs, avant qu’t’as le temps de lever ton verre. Comme une onde, spéciale aux blancs, qui transcende les cépages, les terroirs, les vignerons.

Bouche d’agrumes, d’épices, frappée au coing de la fraîcheur à pointe amère. L’acidité mûre est une lame qui coupe sans que le sang ne coule. C’est une foutue vivacité exquise, quelque chose comme le plaisir au bord de la douleur. Installée, roulée en boule en bouche, la matière, conséquente, se détend et enfle «surprenament». Comme un jus de cristal, une essence, un principe, un alcoolat, une quintessence, un substrat, une âme, un élixir. Sécheresse totale, la mangue, le coing, le citron, se sont envolés, n’en restent que les extraits.

La finale, salivante et longue, dépouille le vin de ses attraits, de ses atours. Doucement, fruit après fruit, laissant au palais, la trace saline de la sucette au caillou…

EMACHOMOTIONNEETICONE…

BAMBI IS ALIVE!!!

Fleurs sur Fleur.

 

 Non, non, non!!!

Bambi n’est pas mort.

Il court toujours, dans les vertes plaines de l’imagination enfantine. Les larmes rondes, grasses et brillantes qui coulaient de ses grands yeux de faon, déclencheront encore et toujours, de gros chagrins d’amour. Le soir, sous la lumière blafarde des ampoules basse tension de nos bonnes consciences. Chaque fois qu’un enfant pleure, c’est d’une émotion vraie qu’il s’agit. Il est rare que les adultes ne soient pas éplorés, dans une régression salutaire. Les petits qui pleurent sont beaux comme tout ce que nous avons oublié.

«Le vingt et unième siècle sera religieux ou ne sera pas…».

C’est du sérieux, c’est Dédé… qui l’aurait dit…mais c’est pas sûr. «On dirait» que c’est lui disent les enfants. Il n’était pas du genre bling-bling-people-show-biz-dégoulinant-par-ici-la-monnaie-que-top!-tout-le-monde-pleure, Monsieur Malraux.

Sa voix sépulcrale qui enterre Jean Moulin….

Ceci dit «religieux»…, j’aurais préféré «spirituel», plus subtil, ineffable, dans l’élévation. Quel que devienne ce vingt et unième siècle, le visionnaire ne s’est pas trompé.

 Le VEAU D’OR est de retour!!!

Élevé en batterie, génétiquement manipulé, sans trop de goût, sans trop de voix, dont les agitations, somme toute répétitives, sont à la danse ce que le coït du lapin est à l’art de l’amour. Rien de plus que ce les adolescents ont vénéré, depuis que les Charts façon mode existent. De l’ordinaire, du «qui n’a qu’un temps», celui des vibrations estivales, le temps des apprentissages et de l’éphémère. Faut dire à sa décharge d’adrénaline que pour l’effet père, le pauvre malheureux dépigmenté….l’a pas été gâté. D’autres et très nombreux mais invisibles, ont dégusté autant, voire plus…Tout est question de sunlights.

T’es dessous, t’es tout, t’y est pas, t’es pas là.

Moïse, reviens!!!

La Terre est le Temple, les marchands pullulent. L’indécence repousse ses limites. Des heureux partout, qui communient de toutes les larmes de leurs émotions primaires, exacerbées par les grands yeux morts des médias anthropophages. Jusqu’aux derniers îlots, aux quatre coins de l’Humanité dégoulinante, du fond des yourtes de l’Asie centrale, aux plasmas humides des Papous de Nouvelle-Guinée. Même sous les eaux de Papuat Barat, les poissons-clowns couinent. En revanche, les marigots de Floride, tout comme les Montagnes Rocheuses, exultent!!! Les crocodiles et les vautours sont au festin. Ça crique, ça croque, ça s’en met plein la panse, ça chiale, ça se roule dans la fange des sub-émotions, ça communie à la grand messe des gnous ébahis.

Et cette petite fille, poussée sur scène, qui dit sa peine et que dérobent, qu’avilissent, les regards obscènes, avides, rapaces, de tous les adorateurs, effondrés au plus profond du sordide…

C’est donc bien un cauchemar extravagant et inapproprié que je fais, lorsque :

« Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,

Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même

Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon cœur, transparent

Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème

Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,

Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse ? — Je l’ignore.

Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore

Comme ceux des aimés que la Vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,

Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a

L’inflexion des voix chères qui se sont tues. »

Paul Verlaine.

Pour m’extirper de la glu plasmatique, je me suis bu un verre, un bon verre des «Femelottes» 2007, du Domaine Chavy-Chouet. Un de ces Bourgognes blancs génériques qui vous remettent les idées et les valeurs en place. Ça citronne mûr, un peu de beurre frais, de la présence en bouche, du bonheur…C’est que le Romaric (Chavy), c’est pas un causeur mais c’est un poète…du vin!!!

 

EDÉMOPHATISÉECONE.

COMME UN PAPILLON…

 Norval Morrisseau. Chaman entre deux mondes.

—–

 Personne ne l’attendait, surtout pas moi.

 Pourtant, traversant l’épaisseur hébétée de ma conscience assoupie, le Chaman m’a visité.

 Il était noir, le poil hirsute. De couleurs vives et de peaux rapiécées vêtu, il était aussi l’aigle que les Indiens révèrent, le lion que chassent les Masaïs, la panthère noire de tous les cauchemars humains. Mille pattes agile, lézard figé sur les sables brûlants des déserts immémoriaux, phalène fragile et cobra dressé aussi, cet être étrange, intermédiaire entre l’homme et les forces de la nature, portait autour du cou un collier d’os séchés qui cliquetait au rythme de ses piétinements. Il psalmodiait d’étranges mélopées gutturales et douces à la fois. Pétrifié dans mon fauteuil, solitaire et insomniaque au milieu de l’épaisse nuit silencieuse, je le regardais. Une douce quiétude m’envahissait. Les brumes glauques de mes inquiétudes latentes se dissipaient. Rêve éveillé, cauchemar venu du fin fond des temps, à vrai dire cela ne me concernait plus. Je me perdais dans le jais intense de son regard. L’onde puissante et bienveillante de son pouvoir, doucement me rassurait. Je me sentais sa chose mais aucun danger ne me menaçait. Il m’accaparait sans toucher à ma liberté. Tout à fait au fait des mœurs occidentales, d’un geste furtif de la main, il me fit signe de remplir mon verre de ce vin qui trônait sur la table basse. Une fois n’est pas mortelle, c’est d’un vin de Bordeaux que j’avais fréquenté longuement, qu’il s’agissait. Il était assis sur mes notes de dégustation qui disaient…

 GRAVES, CLOS FLORIDÈNE 2006…

 Un cabernet, bien né et respecté, n’est jamais vulgaire. Son compère le merlot l’arrondit à souhait. Même plus large que long, il donne un plaisir qui n’a rien de convenu.

 Sa robe est rubis sombre, brillante, limpide, grasse comme le sang qui sourd d’un cœur brisé en plein élan. Sur ses bords instables, fleurit sous la lumière qui l’accroche, l’idée d’une pivoine.

 Ce nez, riche comme une terre grasse sous la pluie chaude, puissant comme la trace d’un troupeau qui fuit, est intense, complexe, très Bordeaux classique, élégamment boisé et toasté sans excès. Cèdre, fruits mûrs, framboise, fraise des bois, poivron mûr, réglisse, fumée et cuir gras montent, telles les fumées invisibles, d’un feu brûlant sous la pénombre liquide du vin. Cette bouche élégante, souple et distinguée, moelleuse et fraîche, unit les fruits mûrs à la menthe fondante. La matière est conséquente, sans trop, charnue mais fine, toastée. Les tannins sont ronds et crayeux. La finale est fraîche, longue, mêlant épices et poivre.

 Devant la bouteille, aussi vide que je suis plein, je me sens léger comme les plumes du capteur de rêves que le Chaman agite au ralenti… D’un geste lent de la main, puis de l’épaule et du corps, il m’emporte vers les terres du ciel, des contes enfantins.

 «Regarde» me dit-il.

 Vibrant, comme le plus incertain des mirages perdu, au plus loin d’un désert inconnu, je regarde les scènes folles et floues qui s’enchainent et j’écoute…

 «Longtemps, je t’ai crue écureuil, le poil dru, vive, à l’affut, curieuse de tout, prête à te repaître de vent et de noisettes. Incapable de résister à l’attrait des nourritures solides, toujours à prévoir, à planifier, à craindre le manque, la disette. Partant, j’ai compris qu’il te fallait et faudrait,irrépressiblement, amasser, entasser au fond de ton nid…on ne sait jamais! Aveugle, je te voyais. C’était au temps du printemps éblouissant des lumières, des douceurs, des tendresses, des illusions…

 Puis l’été est venu et ses orages fulminants.

 Alors, souris tu t’es faite. Courant de ci de là, anxieuse, fureteuse, craintive, tremblante, effrayée par le gros rat qui habitait chez toi. Il t’as fallu te méfier de l’acier froid qui tenait les fromages gras et odorants. Desserrer les mâchoires et te jeter avide sur l’un, l’autre et d’autres encore et toujours. Planifier, compter les graines, en demander, en gager, en vendre, pour mieux en racheter. Frémissante, inquiète, petite souris tu t’es enfuie, la tête basse, au détour d’un automne, ne te retournant pas, de peur d’un regard…

 De l’autre côté des mers tu es partie. Sur la place, aveuglée par la lumière crue des convoitises, petite mangouste grassouillette et cruelle, tu t’es installée, prête à dévorer tous les crotales des sables qui oseraient croiser ton chemin. Rien n’est plus dur, plus implacable, que le regard acide d’une mangouste exilée…»

 Sur le coussin de cuir, ma tête enfiévrée s’est embuée, a pleuré toutes les larmes de son cuir chevelu. Un verre vide s’est brisé sur le carrelage blanc. Les bords aigus des éclats de verre sont rouges du sang Bordelais perdu. Le soleil d’Octobre perce les volets disjoints….

 Sur la table de marbre ancien, une plume pâle tremble…

 Qu’est tu devenu, petit papillon fragile?

 

EMOTICONEDD.