Littinéraires viniques » Christian Bétourné

TOUS EN CÈNE…

 Simon Ushakov. La Cène. 

  

Vingt et une heures.

Diné sur le pouce. Douche. Pyjama en calicot mercerisé. Il fait frais. Petite laine. Comme chez soi. Téléphone!!!!!

Non, non, rassurez vous, Marguerite Duras est bien morte.

«P….n, qu’est-ce tu fous??? Onnnn t’aaaattennnnd depuis un moment!!! Écoute…»

A l’autre bout de la ville, le sans-fil – je parle du téléphone magique, ordinairement appelé portable – tente de capter sans succès les hurlements de la troupe. Le geste qui aurait du tuer, me fait sourire. Dans ma tête, une question incongrue est passée à toute vitesse, comme un écureuil le long d’un tronc. Va-t-il chier avec son zigouigoui coincé dans le calbar, comme Clavier dans les «Bronzés»!!!???

Silence stupéfait de mon côté. Alzy * a encore frappé… Je tourne et me retourne dans mon calicot. Bennnn… Un petit contre-temps les gars, mais je mets les gaz et j’arrive illico. Gros menteur me dis-je en parallèle!!! T’as oublié c’est tout. Même pas cap de le dire. Houuuuu, la grosse honte!!!

La grosse tablée des voyous ordinaires m’accueille.

Des sourires et des vannes.

Le Grand est là, les bras ouverts, accueillant. «Tata Anne», autrement affublée par mézigue d’un charmant «La Dédée», me fait des yeux qui rient et un sourire qui fait la gueule. Laurent, Charentais de cœur et réincarnation de Sardanapale le fier Assyrien, pelote ses foies gras avant de nous les servir. le Caviste fou, croisement malheureux entre une étoile du Bolchoï et un Bouledogue qui se serait fait refaire la gueule, efflanqué mais moins qu’avant…, ricane. Loulou, la Mongole décalée de l’Extérieur, est aphone ce soir, et sa voix flutée peine à percer. Édouard, le hussard au long sabre, rêve d’enfourcher la cavale. La Jeanne épanouie, et dont aucune ligne droite ne vient affadir la silhouette, est heureuse d’être là. Le Patrice est splendide comme à son habitude. Les quinquets allumés, la moustache en crocs soigneusement apprêtée, et les magrets avantageux. Voilà, le tour de table est fait, je retombe sur le Grand. Il a l’air heureux, frétillant, l’âme élégante et le cœur généreux. Rien que de très usuel chez lui. Je le regarde à la dérobée. Il vibrionne. Il savoure à l’avance, les bonheurs que sa générosité coutumière va dérouler, tout au long de ce moment d’amitié.

Nous régaler, il veut.

   

Magnanimes, nous sommes prêts. Le bonheur de donner, souvent, surpasse celui de recevoir.

La mise en palais se fait sur un Champagne Grand Cru Chardonnay J. Pernet qui déroule sous les nez silencieux, ses arômes fleuris, sa brioche chaude, son miel et ses fruits jaunes. Grand contraste avec la bouche, longue droite, toute d’agrumes et de craie.

Tous s’enfilent ensuite autour de la table ovale. L’orange et le rouge des assiettes égaient la nappe, et annoncent aux convives les couleurs saturées que prendront leurs visages, plus tard, au terme de la nuit joyeuse.

Les foies gras mi-cuits, découpés en tranches épaisses, nature pour les uns, piqué de cerises pour les suivants, apparaissent.

Un Cahors Montpezat 1990 roule dans les verres. Les nez plongent. Mieux vaut avoir un verre sous le nez que l’avoir «inside», me dis-je, fier de ma lucidité, aussi conne-branchée que temporaire. La robe est sombre, évoluée, quelques lueurs violettes persistent. Le nez envoie du zan, des épices et du chocolat. Damned, ça s’effondre en bouche, c’est petit, étriqué. Ad patrem!!!

Lui succède un Cahors Cessac Harmony 2004. Fruits et bois au nez. Belle matière charnue, confiture de prunes et fruits noirs. Frais, épicé, un poil rustique. Un bon Malbec consensuel qui ne me bouleverse pas pour autant.

Puis la Bourgogne s’installe à table. Le Stéphane, l’air faussement détaché, pose au milieu de la troupe, un Drouhin Puligny-Montrachet Premier cru 2001. Le bouchon est vierge… Étrange. Pas dans l’habitude de la maison…L’animal minaude dix bonnes minutes, avant de s’entrouvrir pour lâcher un joli pet citronné, façon des Îles. Puis replonge, et ne donne rien d’autre. Bof, rien de bien enthousiasmant, ça ne semble pas très complexe. La bouche est un peu maigrichonne aussi. Mettre le verre à gauche, et voir plus tard. Ah ben ouiiii. Quand j’y reviens c’est d’un autre voyage qu’il s’agit. Une autre dimension. Fleurs et fruits au nez, finesse et distinction. Tout est intimement mêlé… Mais c’est en bouche que la transformation touche au spectaculaire. A vrai dire, ça me troue… C’est comme dab en fait. Des certitudes et jugements trop rapides. Ne pas se prendre pour ce que je ne suis pas me dis-je… Humilité et profil bas, don’t forget et en toutes circonstances. Détendu qu’il s’est le Puligny, alangui, étalé, déplié. Y’a du vin dans la bouche. Et ça fait le beau. Et ça roule. Et ça gonfle. D’la belle came qui bedonne en bouche – citron confit frais… – onctueuse, fine, qui danse avec la glotte. Les épices apparues rehaussent la matière. Quelque chose de la turgescence vinique s’installe. J’oxygène encore et plus, et ça monte, et ça s’épanouit. Le vin étriqué s’est mué en vin à…. Il n’arrête plus d’enfler. Un vin de folots et autre génies. Posé sur le coin de la table de nuit, il aurait réveillé le Président Lebrun!!! Merci Monseigneur!!! Nous, on est d’accord avec toi!!! Toujours!!! Il t’en reste???

Le suivant à l’atterrissage devrait avoir de la voilure car c’est d’un Drouhin Puligny-Montrachet «Les Folatières» 2005 qu’il s’agit. Une millésime de grande réputation, un climat de près de 18 ha, conséquent donc pour la région. Versé, et mis à gauche aussitôt. Encore une fois, l’air et le temps vont aider à extraire l’esprit de la matière. Ça papote un peu, ça jacasse en périphérie. Tata veille au grain et au gratin. La Loulou muette sourit. Tiens j’ai le tympan gauche qui vibre. Non, non, le Caviste ne ronfle pas, il rétrolfacte comme un dogue en boule dans son panier. Le Patrice, les crocs de la moustache tendus à embrocher tout ce qui passe, se délecte, l’œil vague et le sourire extatique. Il faut dire que les vins ont fait leur effet, les yeux brillent comme des lucioles sous ectasy. La Jeanneton, le regard perdu au plafond, est aux anges, manifestement comblée. Ça va léviter sous peu. Juste à ma gauche, le hussard est prolixe et tout à la fois marmonne, le nez au fond du verre. Il lui arrive même de se répondre à voix basse. Le Grand embrasse la scène – la cène ??? – d’un regard énamouré et se nourrit en silence de nos présences. Il aime que l’on aime «sa» Bourgogne, qu’elle nous cause au creux des papilles, et adoucisse les visages marqués par les tracas du monde.

Mesdames, ce soir la crème de nuit est Bourguignonne!!!

Le vin s’est détendu lui aussi, et brille de tout son jaune chrysocale. J’y descends les yeux fermés. Non, je ne vous ferai pas le coup de la noisette grillée du Puligny des familles. Je lutte contre les clichés que ma mémoire propose, et m’ouvre au vin. Le silence s’installe, les conversations s’estompent, j’entre en conversation intime. Ça fleure bon l’acacia en fleur, le citron frais, la gelée de coing, le beurre frais. Quelques notes miellées aussi. La menthe enfin. Mais par dessus tout, le pamplemousse juteux domine, et fédère les arômes qu’il affine. C’est bien le mot, la finesse, qui résume le mieux le nez de ce vin. Droite, rectiligne, tendue, presque tranchante en bouche, la matière tout en retenue ne se livre qu’à peine. Seul le temps, le vrai, celui des caves aussi fraîches qu’obscures, le délivrera de ses crispations de jeunesse, lorsque au terme de ses rêves, il se déploiera.

Puis vient le temps du mystère – je parlais de la cène il ya peu… – qui se tient là, debout, sous le verre poussièreux d’une bouteile nue. Ni collerette, ni étiquette, ni falbalas. Le Stéphane boit du petit lait. Il se retient de nous aider, jubile et a du mal à se taire. Le jus sans nom remplit les verres. La robe est sombre. Sous la lumière artificielle, le verre levé à bout de bras dévoile un coeur brillant, pur rubis, rouge du sang d’une vigne encore inconnue. Un instant l’assemblée se fige. Sous les corsages, les kiwis, les poires, les pommes, les melons se tendent, et pointent le bout de leurs courtes queues agacées par l’angoisse. Sous le tissu des mâles, les prépuces se rétractent… S’agit pas d’avoir l’air c.. !!! C’est à chaque fois la même chose à l’aveugle. Les Egos s’inquiètent et se toisent, se dressent sur leurs ergos! Quelque chose d’un peu sauvage plane. Du fin fond des âges… Dans le verre aussi, subrepticement. Puis le vin se déchaine, et envoie grave. Des fruits rouges – ça mange pas de pain – en entrée, histoire de se mettre en nez, et surtout en confiance. Puis en rafales, de la mûre et du cassis, qui tournent très vite en confiture, de la réglisse, brute de bâton, du cuir, des épices et du poivre. La deuxième vague, un peu plus tard, révèle la cerise, un grain de framboise, une volute de tabac brun. Pas mal!!! Pas un village, un grand premier sans doute ou un grand cru. Morey me tente. Mille neuf cent quatre vingt dix neuf? J’annonce… Bingo pour le millésime, tiers de oui pour Morey. La matière est puissante, encore ferme, mûre. Elle roule et ravit la bouche, qu’elle marque de ses tannins soyeux et élégants. Les tensions ne résistent pas aux charmes du vin, qui Chambolle n’est pourtant pas. La basse cour caquète à nouveau. On dit et redit. On périphrase, on tourne en rond. Je me perds dans la réglisse épicée et la poudre de soie de la finale, dont la virilité ne me quitte pas. Tout au bout de sa persistance, comme un clin d’oeil jardinier, une pivoine dépose un grain de sucre parfumé sur ma langue pâmée. Stéphane, presque désolé annonce : Drouhin Bonnes-Mares 1999.

Silence.

Bien plus tard les millésimes 68 première mise, 68 deuxième mise, 69, 71,76, 77, 78, Cognacs de la Maison Prunier…Pas goûtés, pouvais plus. Le tenter eut été indigne de ces très beaux alcools. Mon nez, seulement, a survolé les verres. Tous différents, pourtant issu du même cépage. Le 68 première mise m’a enchanté. Pâte d’amande, fleurs, fruits confits, de mémoire…Une autre fois et sérieusement….

Ah, j’allais oublier. Façon de parler en fait. Je me la gardais pour la bonne bouche. La fraîcheur spontanée de Claire, l’une des «grandes» filles de la maison. Son regard espiègle qui tournait sur ce ramassis de vieux pochetrons! Encore que…

Un Bonnes-Mares-Puligny-carrément-Montrachet à elle toute seule.

 * Alzheimer enfant… 
 
 
 

 EPLUSMOTRESTICLAIRECONE.

LA BONNE GROSSE TEUF!!!

Robert Delaunay. Joie de vivre.

Il y a des repas, des soirées, comme ça… que l’on espère ou que l’on redoute.

Comme au bon vieux temps de la conscription, je comptais les jours inconsciemment. Plus le temps passait plus l’angoisse poisseuse montait, plus mes journées étaient perturbées, plus je faisais «c…r» mon monde. Désagréable sans raison, infâme sans complot, désabusé sans avoir tout vécu. La Bérésina du moral. Même Ma Mie, qui jamais ne rassit, perdait son sourire. Le spectre de la séparation planait.

Mais l’homme a des ressources que la femme ignore.

Vous dire, c’est bien le moins, qu’il me fallait accueillir amicalement et dignement Jean-Théobald, ancien de Sciences-Po, tâcheron à la Sous-Préfecture, constamment occupé à ourdir de sombres machinations à l’ombre de la machine à café, histoire «d’asseoir son autorité» tout en faisant «rebondir sa carrière». Jean-Théoche parle comme on tranche le jambon, la lame est sèche mais s’endort dans le gras. Sa diction en pâtit et l’intérêt de sa conversation faiblit. Jean-Babald s’écoute plus qu’il ne partage, c’est sa force et c’est mon soulagement. Pas besoin de lui répondre, un hochement de tête ponctué d’un «hummm» intelligent, suffit à lui faire accroire que vous buvez ses paroles. Dans la musique murmurante de son discours insipide je me sens rajeunir. Ah l’air niais que je savais prendre, au long de ces jours et ces cours interminablement linéaires que nous infligeaient certaines blouses grises, tandis que d’autres nous montraient les étoiles…

Marie-Esméralda l’accompagne, ordinairement. Beaucoup plus libérale, elle vogue sur les eaux tumultueuses et glauques de l’investissement, très mystérieux, comme il se doit. Elle en parle en termes vagues et sibyllins, redressant un buste qu’elle a conquérant. Son expression favorite qui clôt invariablement la conversation tandis que ses sourcils font flèche de tous poils, est d’une rare pertinence. «C’est du lourd…» dit-elle. S’ensuit un silence, pesant comme une gueuze dans la poche d’un noyé. On sent la présence vibrante du «Consortium de ceux qui en ont plus que vous ne sauriez l’imaginer», peser sur nos pauvres nuques de quidam de seconde zone. Les couleurs éclatantes de ses atours sont au bon goût, ce que la Ministre actuelle est à la Justice… Enfin, elle égaie. Ses saillies dévastatrices sont à l’humour, ce que serait «Black Sabbath» en concert à l’Abbaye de Solesmes. Elle, je l’aime, et son rire encore plus…Rien ne l’effraie, aucun surmoi, aucune limite, c’est de la galette pur beurre. Un vrai bonheur gourmand de la piloter, droit dans les récifs, quand la soirée se fait interminablement sinistre. Jean-Théobald vacille bien un peu, mais reprend invariablement le fil de ses palpitantes aventures professionnelles. Alors je flatte à nouveau La Marie, je la branche, je l’amorce, je la comprime et ça repart. Paf, une blagouille et c’est un rire infiniment aigu, tranchant comme un Bourgogne blanc 1996, qui attaque le cristal, qui coince et se déchire comme un shrapnell au dessus du Chemin des Dames. A la longue ça produit son effet et le Jean-Théche s’épuise. Ma douce s’éteint, un sourire plus navré que fané aux lèvres…

Voilà en gros, ce qui très bientôt, nous attend.

Une nuit, délaissant mon ouvrage, je me mis en tête de sortir de l’ornière conviviale qui, inexorable, approchait. Allez me dis-je vers les deux heures du mat, laisse toi aller, laisse émerger ta créativité, point besoin de créatine pour te débarrasser, en t’amusant, de ce poids qui te mine. Quitte à déclencher «innocemment» un petit scandale domestique, autant l’orchestrer, le «Deus machiner», y aller carrément, à la hussarde et te bien amuser, poil au nez!!!

Dix neuf heures quinze et ça sonne!!!

Je rajuste mon survêt élimé et passe une main fébrile sur une barbe de trois jours. Après avoir longuement hésité, je me suis décidé à me doucher et je le regrette déjà. Je me sens moins crédible, moins dans ma peau de ce soir. Ma douce, le regard écarquillé, n’a pas le temps de dire son désarroi que déjà j’ouvre. En cinquième, pied au plancher j’attaque, l’œil brillamment engageant. C’est un accueil princier, que celui qui les voient pour une fois balbutier, tandis que je les roule dans le bonheur tonitruant que j’étale, épais comme la croûte odorante d’un parmesan hors d’âge. L’alezane à la robe brûlée comme la crème éponyme, en tressaille de contentement. L’onde de plaisir qui la parcourt fait trembloter son fastueux poitrail qui porte sans faillir un somptueux et pesant pectoral de pur Lapis-lazuli. La crème au Lapis… Nefertiti est dans nos murs. Sa bise est tendre et sa main caressante me dit clairement sa délectation. Ses lèvres, qu’elle humidifie compulsivement, se couvrent de bulles fines comme le cordon du meilleur Sélosse. Légèrement en retrait, Jean-Théobuche est déstabilisé. Comment va-t-il s’y prendre pour reprendre la main??? Mais je tiens les rênes fermes et souples, et conduis mon attelage de percherons jusqu’au canapé. La tâche de vieille peinture blanche, qui illumine mon vieux falzar de bricoleur incompétent, répond à merveille au costard à rayures mode-branchée qui galbe les cuisses de fonctionnaire de mon bon Jean-Teiche. Rien à craindre. Concentré, il ne voit et n’entend rien, il réfléchit et affiche sur ses lèvres le sourire absent de celui qui cherche la façon dont il va amener son discours.

Une brève lueur chafouine éclaire un court instant son regard…

Eurêka!!! Bon Dieu, mais c’est bien sûr!!! Le vin, il va me parler vin. Il est certain ainsi de retomber sur ses pattes. Ça tricote sous son crâne. Le spectacle vacillant des synapses qui surchauffent est total. Un régal!!! Gourmand, je me délecte de ses paroles à venir. Ah, son Bordeaux de dessous les fagots, son Haut-Médoc des familles, son Château Glamouzeux, archétype flamboyant des soupes de tanins verts, ennemi du fruit et de ses déviances enjôleuses, chantre du pur jus de tonneau, intransigeant, immémorial, parangon sinistre du croisement approximatif entre le Nouveau Monde et la Tradition dévoyée. C’est le temps anthologique de la grande «Odyssea». Je le connais par cœur son grandissime picrate, pour m’y être blessé les gencives et l’idée de ne pas avoir à le boire, me réconforte d’avoir à l’entendre. A petites lampées tièdes, je m’en vais le déguster. Le cancre de mon enfance donne le meilleur de lui-même, et j’affiche le visage illuminé du crétin extasié. Seigneur que c’est bon, j’ai dix ans… Souchon est mon frère.

Et il fonce bien sûr et met le paquet. J’ai tout bon, je ne bouge plus, j’esgourde encore et toujours plus. Je flatte l’animal quand il faiblit et l’approvisionne en nourritures roboratives. C’est qu’il a besoin d’énergie mon Jean-Tuche. Il a beaucoup de choses à dire, avant de virer subtilement vers son pré carré, le premier étage de la «Sous-Préf», lieu de pouvoir par excellence, centre névralgique à partir duquel, d’une d’une main ferme, il contribue grandement à la gouvernance avisée de l’ombilic du monde qu’est le «Bureau de l’Identité et de la Circulation».

Discrètement je m’éclipse et prépare le Grand Blanc dont je vais les régaler. Ce soir pas question de mégoter, il me faut frapper fort les papilles et les imaginations. Avec des précautions de ballerine fraîchement ménopausée, je débouche et carafe un beau blanc sec, sobrement dénommé «Le Jus de nos Treilles», un VdPdJdlF, le dernier en rayon, arraché de haute lutte, à une mamie assoiffée de dentifrice liquide. J’irrupte, le col gracieux à la main, marchant avec les précautions feutrées d’un pingouin dans le bush Australien. Le regard épouvanté de ma très douce croise le mien… Elle se demande ce qu’elle fait là, ses pommettes qu’elle n’a d’ordinaire ni rouges ni brûlantes, la trahissent. Pas question de faiblir. Hardi mon gars, l’heure est venue de la dégustation… enfin la première. Dans les verres adéquats, la robe est belle, d’un jaune qui enchanterait les œufs anémiés des grandes surfaces. Pétant ce jaune. Boosté à «l’E 1912» que ça ne m’étonnerait pas. Jean-Tèche annonce :

– «Yquem»???

-Non, non lui dis-je, les Sauternes je crois, sont des liquoreux.

-Ils font un «sec», rétorque t-il d’une voix qui arrêterait un TGV lancé.

-Merci mon Jean-Jean, t’es pas le genre à tomber dans le premier piège à gland venu lui réponge. Ah t’es un bon toi!!! Allez, renifle et prends ton temps, c’est une rareté, ça n’a pas d’âge.

-Le sec est une rareté, le millésime c’est autre chose, assène t-il. Yquem vinifie quelques bouteilles les très grandes années…

Je ne dis mot et me contente d’opiner. Pas question de contrarier un tel maître. Quelle soirée édifiante qui me renvoie à plus de modestie. Le sec d’Yquem, en voilà une info… Marie des Asturies est toute ouïe, elle dévore son Théobuche des yeux et déguste à courtes lampées gourmandes, l’eau de vin brûlante. Proche de l’extase, elle lévite et pense à son canard. Il faut bien que, parfois, Thé-Thé se repose.

Ce blanc, il faut bien en parler, mais très peu, il n’y a pas grand chose à en dire. Pas de nez si ce n’est une légère odeur alcoolisée. La bouche elle, grimace et s’en souviendra, tant le liquide est agressif, acide un point c’est tout. Un beau candidat à la distillation. Voilà pour «l’Y d’Yquem»!!! Prévoyant, j’avais servi des entrées douces et crémeuses qui furent au vin de parfaites antidotes. Ma première expérience Sado-Maso. Très réussie.

Une grande souffrance peut conduire à un grand plaisir!!!

Une réputation, ça vous colle à la peau. «Grand» amateur de vin, ou plutôt perçu comme tel, nul, et surtout pas Jean-Thoche, ne pourrait imaginer boire chez moi, autre chose qu’un beau flacon, a minima!!! Et voici ma bouteille de rince-dentier, qui par un coup de baguette magique, se transforme en «Y»…Faute d’être un buveur d’étiquette, me voici contre mon gré, grand pourvoyeur en flacons prestigieux, ce qui est loin, très loin même, d’être la réalité.

Mais la fête continue, le temps vient de hausser les niveaux et d’entrainer Marie-Smémé au pays merveilleux des Grands Rouges de légende. C’est une vraie, une bonne, une grosse goulue gourmande. Vous la reconnaitrez aux légères chaleurs qui colorent son teint mat, comme à l’exquise brume qui perle sur sa lèvre supérieure duveteuse, dès que le moindre mets – de la vieille tranche de saucisson, à l’Ortolan sur sa broche – accroche son regard. Une cliente. Une sérieuse. Une appliquée. Qui aime ça et en redemande.

Une daube, cuite à n’en plus pouvoir et largement dopée aux épices et au Piper Negrum, entre en scène. Artistiquement confite dans son plat à Tajine, «comme là-bas», elle épate, elle éblouit, elle ravit, elle comble le regard de mes hôtes, sensibles, comme des milliardaires Russes, à tout ce qui rutile. Histoire de rester dans le ton et de remettre deux thunes dans le bastringue, je me lance dans un long discours creux et convenu, enfilant les truismes et les lieux communs comme autant de perles de bazar, pour expliquer l’accord mets-vin à venir. De quoi faire un article, aussi ronflant que prétentieux, dans le dernier des magazines «pipole dans la vibe», dans le genre «Hédoniste Rive-Droite». L’auditoire boit du petit lait, le bonheur d’entendre les inepties dont il se repaît à longueur de vie  l’enchante. Avec des précautions d’ostéoporosé, je dépose sur la table une carafe rouge, d’un Gevrey 2007 de derrière les gondoles. En moins de temps qu’il n’en faut au bâtard qui fréquente mes poubelles, pour engloutir une carcasse de poulet, la daube est dévorée par mes carnassiers. Le Gevrey (je ne donnerai pas le nom du négociant, si ce n’est qu’il a beaucoup flirté avec un politique à bandeau…), dont la classe est inversement proportionnelle à l’éclat artificiel d’une robe qui a connu les joies d’un filtrage digne d’une station d’épuration, coule à grandes rasades dans les gosiers délicats de Clodomir et Frédégonde. Le pinot anémié par des rendements Champenois, et affaibli, ou plutôt, assassiné, par un carafage intempestif, fait illusion au pays des vanités. Des arômes de «pas mûr», de racine fraîche au nez, une matière aussi maigre qu’acide en bouche, et une finale, oubliée dans les vignes, ou les vestiaires du PSG!!! Joueur et rassasié, Jean-Thûche fait son connaisseur, et disserte un moment sur les subtilités du millésime et la mâche du breuvage. Il est vrai que pour la mâche, la rafle verte ça aide…Un bémol cependant, des tanins, trop légers à son goût, qui m’ont laissé les gencives rétractées à ne plus pouvoir sourire des jours durant. En conclusion, c’est «Apocalypse Now», une comparaison rapide entre Bordeaux, réduit au Château Glamouzeux, l’égal des tous meilleurs et la Bourgogne toute entière…Ridicule cette pauvre Côte d’Or, balayée, éradiquée par la vindicte éructante d’un Jean-Thiche passablement secoué par le Gevrey. Vaincu, je baisse la tête. Magnanime, il sauve du naufrage l’exceptionnel Côte de Nuits qu’il a gaillardement éclusé, lui trouvant quelque chose de Girondin!!! Youpie, suis content.

C’est le temps de l’achèvement, le moment de l’hallali, l’instant cruel ou le torero sanglant se penche sur le Minotaure, la main visqueuse et le descabello tremblant.

L’instant sucré voit se matérialiser, sur la nappe tâchée, un énorme gâteau, plein de tout et d’autres choses encore. Un spécial «Sous-Préfecture», dodu, objet surréaliste, incongru en ces temps difficiles, enfant d’un pâtissier Allemand et d’une crémière Bulgare, un truc à tuer un innocent. Mais où a-telle pu dénicher – ou plutôt décoller – une pareille monstruosité, ma si douce qui n’y touchera pas??? Un anti Viagra !!! Va falloir que Théob se fasse une «deux litres» de Bandamor en rentrant, s’il veut se retrouver avant la fin de la semaine… Mais bon la basse-cour est fournie, les ersatz vrombiront de toutes leurs piles. La Mousmée est éberluée, figée, arrêtée, hypnotisée par l’engin. Elle a trouvé son Graal, l’Himalaya de ses rêves, l’anti Weight-Watcher, celui qui vous ruine en lippo-succions hebdomadaires, mais qui vous graisse l’œsophage de bonheur. En aurai-je une part, ou un fragment??? La bouteille frappée tape dans l’œil semi vitreux du cadre diminué. Un vrai bémol le Jean-Touche plus une, il s’est un peu répandu et les rayures de son costard tire-bouchonnent. Le bout des fesses sur le bord de la chaise et la nuque au milieu du dossier, il n’a plus grand chose du meneur d’hommes qui fait trembler les cantonniers alentours. C’est un gros effort qui le redresse et ses épaules, un peu moins larges que la chaise, peinent à lui remonter le fessier qu’il a façon «culbuto». Mais à l’impossible il est tenu et s’il veut se rafraîchir les amygdales, engluées par la friandise à l’eau lourde de ce Monbazillac dégoté au fond du fond d’un Hyper de campagne, une méga promo sur une infusion de canne à sucre qui ferait la fortune d’un dentiste avisé en mal de revenus, il va falloir qu’il se reprenne fissa. Pour être jaune il est jaune ce bougre de vin, un vrai canari fondu qui colle aux parois du verre tel un actionnaire à ses dividendes. Le propriétaire serait Canadien, que ça ne serait pas une surprise, du «suc de cabane» gras et lourd. La cérémonie de la dernière dégustation de la soirée se poursuit. Sous le nez, ça sent la betterave cuite à la cannelle. En bouche, les dents souffrent, et les plus fragiles se fendillent… La finale est difficile à estimer, tant la pâte colle au palais!!! Mais ce n’est qu’un avis très minoritaire, Marie-smalda et Jean-Béoche sont aux anges, l’œil révulsé, le menton maculé et le verre vide. Quelques regrets, vite résorbés, me chatouillent la conscience, le temps que Maritche, hébétée et heureuse, en plein trip de surconsommation frénétique, me sourit…Le café, pourtant bétonné, ne les améliore pas vraiment. Un second, à tuer un Italien, les laissent insensibles. Point besoin d’insister, il suffira de prier.

Alea jacta est…

Le lendemain vers quatorze heures, tout juste réveillé, l’homme de pouvoir, d’une voix retrouvée, me remercie.

Ouffff.

EPLEINMOLATIPANSECONE!!!

ET DIEU CREA LA CÔTE…

Bartolomeo Veneto. Lucrèce Borgia.

 Dieu, qui ne manque pas d’humour – Lumière suprême,  il joue avec les ombres –, a chopé Adam (l’innocent gambadait comme un con dans les verts pâturages…) par la nuque. L’ancêtre, confiant, s’est laissé faire en souriant. D’un coup sec et d’un seul, Adonaï lui arracha une Côte, proche du Py, qui n’était pas vitale, grâce à Dieu!!!

Et YAHVÉ-ELOHIM créa la femme.

Que ceux, qui se demandent toujours, pourquoi Monique ne refuse jamais un petit coup de rouquin, avant comme après la bataille, cessent de se torturer les méninges. Ils ont enfin la réponse à leur vague-à-l’âme post coïtal…

Quelques éternités plus tard, par un petit matin, l’œil chassieux et la barbe aussi dure que l’analyse cruelle d’un serial financier – manieur de fond de pensions voués aux développements durables -, lisant le Financial Times au bar du Fouquet’s, Jean Marc, enfile ses chaussettes de laine vierge. Il est temps pour lui, d’aller biner ses chers ceps, au pied de la Croix. Le millésime 2009 promet d’être grand. Entre ses doigts gourds et raidis par les tannins, la tasse de café brûlant irradie. La chaleur douce des plateaux Éthiopiens, monte, sensuelle et revigorante, le long de ses bras engourdis. Sous la couette de duvet bio, sa femme continue paisiblement sa nuit. C’est qu’elle est belle sa Christine. C’est par elle qu’il a conquis le Py… C’est pour elle, autant que par amour du sang de la messe, qu’il a pouponné ses lambrusques, pour en faire de vieilles souches tourmentées et souffrantes. Plus il les taille, plus elles se tordent sous les morsures amoureuses de son sécateur, plus elles pleurent au fil des ans, un jus riche et goûteux.

Va comprendre Alexandre!!!

L’hiver est coruscant cette année. Ça brille à vous consumer le cristallin. Les brumes du petit matin étêtent les collines alentour. Les vignes dénudées crèvent la neige fraîche comme autant de doigts arthrosés. De loin, on dirait un tapis de clous de vieilles girofles, égarées en Antarctique. Ce matin la Croix du Py est remontée au ciel. Nul doute qu’Adam, au dessus des nuages bas qui rognent le paysage, se gratte les flancs du bout du crucifix. Sur sa peau éternelle, la cicatrice pâle de l’Ève à tout jamais perdue, le démange. Comme une trace de l’enfer évité de justesse.

Dieu est grand, qui a créé le Py!!!

A la même latitude, mais sept cent kilomètres plus à l’ouest, le temps des hommes s’en va, tout aussi lentement. De la klepsydra invisible, qui marque les vies des bipèdes insolents que nous sommes, l’eau paisible qui s’écoule en silence, marque midi. Une mi-journée, lourde de tous les nuages sombres des amours légères, que les vents emportent, comme autant de feuilles décomposées.

«Mieux vaut boire seul que mal accompagné» se dit-il pensivement. De sa main gauche, ordinairement malhabile, il enroule le métal brillant de la vrille acérée, dans le bouchon tendre, qui se lamente doucement. «Quoi de plus sensuel quand on n’a plus que ses yeux pour pleurer?» pense t-il, s’esclaffant en silence. Le Côte du Py 2007 de J.M Burgaud a tant à donner qu’il croit le bouchon… comme repoussé par le vin. Il se marre derechef, heureux que personne ne puisse lire, derrière son front plissé, les stupidités qui l’assaillent. Ça sent bon la raviole fraîche et les aiguillettes rôties, sur la table. Une rasade de Morgon et ça va vibrer sur les papilles. D’un geste presque brutal, il verse à gros bouillons le vin, dans l’aiguière aux formes chastes et déliées. Du col effilé, montent en fragrances pures, la framboise fraîche, encore humide de la rosée du septembre d’alors. Dans le verre, replet comme un cul de contrebasse, le grenat sombre, agité de reflets violets, du vin à peine versé, tremble de tous ses atomes amoureusement brutalisés. Il contemple le disque brillant, dont la limpidité obscure, semble le remercier de l’avoir ainsi aéré. L’homme et le vin entrent en dialogue. Quoi de plus intime, quoi de plus musical que cet échange secret, assourdissant et silencieux? Émus, ils se regardent et se hument, comme deux amants frissonnants d’impatience. Les phéromones se toisent et s’attendent, pour mieux s’attirer. Le premier, le vin se donne. Sous les narines dilatées de l’homme aux yeux fermés, montent en vagues courtes et odorantes, les parfums frais de la framboise écrasée. Elle s’écarte aussitôt, libérant le sucre acide de la gariguette de Mai. Les fruits rouges du printemps embaument en ce triste jour de Février. C’est comme un soleil rouge, d’une totale pureté de fruit, qui lui déconnecte l’hypothalamus. S’ensuit une giclée d’endorphines, qui lui embrasent le corps et l’âme. Pâmé, il s’envole un instant. Sept euros cinquante le snif…

Ça va te mettre tous les dealers au chômedu, c’te bombe là!

Insensiblement, irrésistiblement, sa bouche s’approche, puis caresse d’une lèvre humide, le buvant du verre. Il l’humecte du bout de la langue, furtivement, puis s’écarte et replonge le nez vers le disque, au travers duquel, un soleil timide berce de fugaces lueurs incarnates. Lâchant prise, d’un geste maîtrisé, il relève le verre. Une gorgée de jus frais lui emplit la bouche. Surtout ne pas bouger, garder les yeux fermés, laisser le vin prendre place, s’insinuer, baigner langue, palais, joues et muqueuses. Puis, rouler tendrement la matière ronde et mûre, qui enfle comme un air-bag délicieux puis s’étire… à n’en plus finir… Certes le vin est jeune, mais le plaisir immédiat qu’il donne laisse espérer des lendemains enchantés. L’équilibre est magistral, entre les fruits mélés, la chair tendre et intense, les tannins polis au double zéro. Rien ne dépasse, tout s’accorde et joue ensemble le même concerto de plaisir… en raisin majeur!!!

Le jour où le Jean Marc a croisé la Christine, Dieu avait une idée derrière le cep.

Assurément.

EBEMOATITECONE.

MAIS QUI C’EST QUI M’A FAIT ÇA???

Véronèse. Mars et Vénus.

 

Ne vous attendez pas à monts et merveilles, mais à merveille peut-être.

Vous le croirez si vous voudrez…(les puristes me pardonneront, mais je l’entends à longueur de journée, même dans les lieux les plus «in», que je fréquente assidument, cela va de soi).

Pas de Montrachet dans ma cave, et nulle âme généreuse, nul GJE à l’horizon qui me supplie de partager la moindre bouteille… Point de Prince qui me sourit. Faut dire que… question Princesse, point très crédible ne suis. Point de mécène, point d’Arnault. Lequel, ébloui par la sûreté de mon palais, l’élégance discrète de ma plume, jette à mes pieds, quelques caisses qu’il me demande de sublimer par la magie de mon verbe, as generous as a Montrachet… Point de Libanaise pulpeuse qui m’enlève et me jette sous les douze mats de son yacht, me demandant de faire le treizième, les lombaires tendues à craquer, récompensé (moi, pas mes lombaires) par quelque flacon rare de chez Leroy venu, histoire de me refaire la moelle avant de retourner au turbin. Même pas une vieille rombière décatie à la poitrine aussi flasque que mon compte en banque, mais à la carte bleue aussi rigide que… la Justice. Laquelle, en larmes devant ma majesté, remplirait jusqu’à plus soif, mon immense Riedel – taillé «all exclusive» dans un diamant Sud Africain, gros comme un ballon de rugby – du plus immmmense, du plus intennnse, du plus subtiiil, du plus rarissiiiime des Montrachet, que vous – pauvres hères – puissiez imaginer. Tout droit sorti d’un domaine dont nul n’a jamais bu ou boira les vins, et dont je me gaverais jusqu’à rouler sous la table d’albâtre oriental, sur laquelle trôneraient en rangs serrés, langues de colibris, cervelles de cancrelats, magrets de Châs, mollets de serins, triceps de phasmes et autres nombreuses succulences térébreuses. Alors, comme la plus odieuse des stars de l’inutile, comme le plus people des égotiques, comme la plus hypocrite des ONG, j’humilierais la pauvre vieille veuve richissime, en recrachant son vin!!!

Oui, c’est pas très beau, pas très correct tout ça, mais ça me console.

La robe de ce vin «dit blanc», brille, limpide. Elle est d’un bel or pâle comme le teint de Marguerite. Les jolis reflets verts qui la nuancent, annoncent que la Margot (pas le vin), crachera ses jeunes os dans les camélias, sous peu.

Point d’erreur possible.

C’est un Chardonnay, or de la Côte si bonne, qui fume et s’ouvre sous mon nez. Le bougre n’est pas pingre et exhale de généreux arômes, complexes comme ceux des plus beaux des crus. Impression d’élégance, de finesse, de fruits à point. Fleur d’acacia, zeste et jus de citron mûr, pêche blanche, se donnent timidement. Un nez de bonne «facture»*, vibrant, fringant, délicat et tendu. L’aération et la montée en température libèrent quelques discrètes fragrances exotiques, un soupçon de vanille itou. Encore un qu’il va falloir attendre un peu…

Délicieusement gras et frais en bouche, le jus roule tout seul. Équilibré, il récite sa gamme, en tout point conforme aux prémisses olfactives. Puis il fait la boule, s’ouvre et s’étale. Une matière moyenne, certes, mais bien dans l’esprit général du vin. Agrumes et fruits tapissent et séduisent le gosier avec subtilité. Subsistent longuement, le poivre blanc, une belle acidité et un petit goût de craie qui s’incruste longuement.

Un Bourgogne « blanc » (des fois que ça s’rait pas clair…) 2007 du Domaine Buisson-Battault, tout ce qu’il y a de plus générique et qui m’en donne bien plus que mes sept euros cinquante*.

Un peu après, sur mes lèvres, le sel dont la vie est souvent avare, me régale.

 

EENMOBUISSOTINEECONE.

AU GUI L’AN NEUF!!!

Véronèse. Les Noces de Cana.

 Tous les ans on l’attend.

 Cette année je choisis en Août, la fête à neuf-neuf *.

A minuit les viandes saoules se rouleront des pelles rances, baveuses et aromatisées au Ricard, au Pinard, au Moussard, au Champard, au Montrachard ou à la Cocaïne selon qu’elles seront riches ou misérables, actionnaires ou intérimaires. Dans les rues des Métropoles, des hordes de voitures feront hurler leurs avertisseurs, tandis que d’autres brûleront à la périphérie, «tradition» oblige. Des accidents, des morts, des broyés et des blessés sans nul doute.

La routine.

Sous les cartons, les bâches, les tentes de fortune, au milieu des villes de nulle part, les paumés, les rejetés, les handicapés de la vie et de l’amour des autres, au cœur du cœur de la cour des miracles de l’occident triomphant, boiront à petite gorgées prudentes, des liquides chauds tendus par les mains anonymes, de quelques Saints laïques. La fête battra son plein. Au paroxysme, les homards, les rots, les mets délicats, les liquides subtils, dégorgés en longues vagues brulantes et acides, engorgeront les canalisations trop étroites de nos tout-à-l’égout… quelques heures durant.

Chiens, châs, vaches, cochons, ratons-laveurs, tamanoirs, mille-pattes, de nos agitations du trente-et-un, eux, s’en battent les flancs royalement et vaquent à leurs occupations essentielles. C’est pas les tiques à croquer qui manquent, ni les pâtées à baffrer et encore moins les femelles à saillir. De toutes façons nous les humains, on le leur rend bien. Leurs histoires, on s’en bat les c……s. Parfois «l’inconscience» est superbe quand elle est partagée, comme le miroir et son reflet.

Pour les saillies faut voir quand même…

Les arbres, ça les fait rigoler, eux, qui pour certains passent mille ans. L’hiver, en plus, ils ne font pas les beaux et vivent au minimum. Pas beaucoup de jus dans les troncs. S’agiter toute la nuit sur les musiques minimales et indigentes de vedettes éphémères, ils le voudraient, qu’ils ne le pourraient pas. Un baobab et un séquoia tendrement enlacés sur un sirop dégoulinant!!! Nom de Dion, la fête…

Alors les roches, les cailloux, les pierres, tout ce minéral qui nous fait palabrer à n’en plus finir, ça compte en millions d’années chez eux…Tu parles que les flonflons de nos grandes et grosse bouffes, les litres du vin de leurs copines les vignes qui leur chatouillent les côtes dans le secret des falaises, voir plus sans doute, si affinité, va savoir!!! Ça leur passe laaaargement au-dessus des strates. De toutes façons, ils ne comprennent pas. Entre deux battements de paupières chez eux, c’est à chaque fois Nouvel An chez les agités qui leur marchent dessus, sans même s’excuser, à longueur de Civilisations.

Les cailloux, c’est les Suisses de la Création.

Et la Nave va…

* Rien que pour la rime avec le Gui…

 

EY’AMD’LAOTIJOIECONE…

LA TÂCHE 1989 QUI TUE!!!

Des années qu’elle se reposait au calme, au frais, objet de toutes les attentions, de tous les soins, dans un environnement calme et reposant. Elle était régulièrement caressée du regard, parfois même une main tremblante d’émotion effleurait son ventre d’odalisque. On rêvait d’elle régulièrement qui illuminait nos nuits…la fulgurance de ses parfums, le goût sublime de sa bouche prometteuse transcendaient allégrement nos stress, soucis, cauchemars diurnes et nocturnes….Elle était la promesse qui donnait sens à nos vies!!!!

On, c’est la bande de gougnafiers qui ce soir là ne quittait pas de l’œil le tire bouchon, neuf pour la circonstance, qui non content d’avoir délicatement décapsulé la belle, s’était ensuite enfoncé au plus profond de son bouchon qu’il s’évertuait à remonter doucement avec respect et humilité. Je vois encore les yeux émerveillés des sus-qualifiés, autant de phares à iodes perchés au dessus de bouches entr’ouvertes et humides…..L’avidité régnait sur les esprits.

Las, avant que les verres n’atteignent nos nez, aux narines aussi avides qu’épatées, la lumière s’éteignit…

Je venais de perdre connaissance abattu comme le vieux chêne par l’attaque imparable d’un bouchon défectueux.

La Tâche est morte et je pars pour l’hôpital, le cœur en piteux état……

EMOTICONEEXPLOSIFIEE.

Ce texte a déclenché de très vives réactions sur site, de toutes sortes, du rire à la compassion. A la question, «Qu’avez vous bu à la place», il m’a bien fallu répondre…

Vous ne croyez quand même pas qu’un tel nectar se jette!!! A six, ça nous a fait chacun une hypodermique de 12 centilitres. Il est vrai que celui qui s’est injecté le fond de la bouteille s’est retrouvé en Colombie illico…..On ne l’a pas revu depuis. Comme dirait un mien ami, il a du se trouver une Meuf!!

La consolation est venue d’un magnum de Villageoise qu’un des protagonistes avait précieusement entreposé depuis des lustres dans le coffre de sa Twingo.

La vie, nous a sauvée, il a!!!

Dès que j’aurai surmonté l’inévitable épreuve du deuil, je contacterai la DRC. Pourvu qu’ils ne m’envoient pas le GIGN!!!

EMOTICONEMARTYRISEE.

LA ROCHE TARPEIENNE…???

L’attaque qui suit est un peu rude, certes, mais sans ressentiment aucun.

Il est vrai, que depuis déjà quelques années, après de rudes et vrais efforts, les frères Bret se sont hissés, à force de travail et de talent, jusqu’au Capitole. Une ambition qui ne sacrifie pas au consensuel. De leurs vins, depuis 2002, je me régale. Bon an, mal an, ils exaltent les grands millésimes et réussissent les «petits», sans patte trop lourde ou trop légère. Leurs vins, ne sont jamais, de chai, nés.

Pourtant, de loin en loin, parfois de près en près, récurrentes donc, quelques bouteilles, après avoir donné bien des bonheurs, tombent dans la misère oxydative, comme dans une maladie, que l’on peut dire honteuse.

La dernière en date, «La Roche» 2006, combinait «Tatinite» outrageuse et amertume quasi «Barbe de Capucin». Pour n’en citer qu’un autre, « Les Remparts 2002″, qui en leur temps m’avaient navré, eux aussi. «En Carementrant» 2006 aussi, carrément trop cuit après avoir été si prometteur! D’autres, que je n’ai pas compte-rendus (j’ai du mal… à dire du mal…), dans la catégorie «moins pire» étaient aussi touchés et se seraient sans doute complétement «pommés» au fil ou plutôt au «four» du temps, si je ne les avaient précipitamment bues, presque de force. Perdre un vin, pour fait de bouchon ou de déviance, je le confesse mes frères, m’enrage, me court-circuite la raison et me branche sur la boite à éructations, qui est à l’élégance, ce que le pétrole est à l’écologie. Le ciel veuille que vous ne m’entendiez jamais jurer. C’est à peu près comme un tonnelier qui se coince le doigt dans sa futaille, un vigneron lâché par son importateur Américain, un politique pris par la (les) patrouilles, un alcoolo devant un bouteille de coca, un Colombien devant un sac de farine, un hétéro feinté par un travelo, un cycliste qui perd sa selle…

Vous me direz mes bons, que d’autres aussi, qui «donnent dans le vin»feraient mieux de se mettre au Calva; mais, qui aime bien châtiant bien, je ne listerai pas ceux, qui m’ont aussi fait le coup, mais dont je n’attendais pas vraiment, de grandes secousses.

Il en va du vin comme du vivant…

Difficile de se sentir «trahi» par celle que l’on aime, qu’elle soit bouteille ou «gourde».

Histoire de me remonter le moral vinique, j’ouvre en direct et à nouveau, l’oeil humide, la papille turgescente, histoire de finir sur un sourire et une bonne giclée d’endorphine, «Les Carementrant» 2006 bis.

Pas de bol, si j’aurais su, j’aurais pas bu. Jaune de jaune et pomme cuite de chez la mère… Derrière l’attaque pourtant, au nez comme en bouche, y’aurait eu du vin!!! Les caves qui les ont «coucounées» sont d’une régularité exemplaire, treize à l’année, fidèles comme des «Carmélitres», propres, bichonnées. Pas de promiscuité douteuse. Les vins viennent du domaine. Alors???

Mais qu’est-ce qui z-ont t-y fait ces gars là?

Vérole de moine congestionné, me v’la reparti dans les tours!!!

EMOTIVRAIMENTCONE.