Littinéraires viniques » Drouhin

C’T'APRÈM, GINETTE LA GARCE VA CHEZ L’GYNÉCO …

Krishnamurti Costa. Ginette ?

Oui, ça y’est, j’en ai marre de faire ma choute sous la plume chipoteuse de cet enfoiré de Littinéraires Viniques ( ta mère comme d’aucuns, à juste litre, se moquent ) ? Allez c’est bon, je jette bas le masque, j’fais plus mon mirliflore (un mot à la con, ma dernière concession – c’est aussi bien que Wine session – , à cette plume aussi poseuse qu’acariâtre, avec ses anacoturluttes à la mords moi l’mont ). Et me voici comment que j’suis en vrai, à poils et à varices, en bas de contention troués, sous mon peignoir râpé qu’était rose avant d’tourner crade, et qui ferme pus et qu’on voit mon cul à faire un pique-nique en famille, tellement qu’il est élimé (mon peignoir pas mon cul, lui y s’rait plus souvent limé que j’dirais rien), prête à larguer mes rotoplos sur le zinc. Sauf que mon kil de rouquin je m’le dézinguerai c’soir, vu que c’t'aprèm j’ai gynéco !

Alors c’en est fini des romances à trois balles, des histoires à faire loucher mon chat, des phrases, « absconses » qu’y disent, et des chichis à la con. J’m'en vais vous causer d’la vie, d’la vraie, d’celle qui sent la rillette le dimanche et l’pâté la semaine. D’mon tous les jours quoi, d’ma vie de pov vieille garce qui s’emmerde plus qu’elle baise. Passe qu’à part l’Gustave qui m’farcit l’entre deux quand il est pas trop bourré (L’Gustave, pas ma fente), c’est à dire pas bien souvent, j’vous jure que j’me fais bien chier entre la table de cuisine et l’pot d’géranium !

Bon, ben aujord’hui c’est spécial, j’le vois tous les dix ans mon Indiana Jones du spéculum. J’aime pas trop ce genre de spéléo, sont trop froids ses bazars, ses fourchettes à huîtres flagadas, et c’te casque à lumière, ça m’rétrécit la rigole. Moi j’préfère quand ça m’chauffe et qu’ça m’fait monter l’eau au ras du lavabo, c’est meilleur pour la fête à minette. Quand qu’c'est comme ça, fini Ginette la Garce, là j’tourne direc Ginette la salope, pas genre chouchou coincée sur le dos qui bouge pas en comptant les mouches au plafond. Ah, non !!! C’est pas tous les jours qu’ça défouraille, alors le petit chauve, j’te le soigne, j’te le travaille à mort, faut qu’y m’donne tout, vu qu’moi, j’y vais à fond. C’est que j’suis vieille et moche, une ruinasse ! Alors j’compense par d’l'activité, j’arrête pas d’bouger, d’tourner comme une toupie molle sus l’dard du gars. A l’rendre aveugle. Et lui y m’dit après, putain t’es une sacrée toi, tu t’y connais dans les agaceries. T’es une gigoteuse ! Faut t’trouver la grotte sous l’gras, mais quand qu’on y est, ça souque à mort ! T’es la reine d’la barre à mine qu’y m’disent. Kerzauson, à côté d’toi, c’est rien qu’un manchot. Moi j’aime ça m’flatte. Dommage qu’y m’donnent pas un bouquet d’fleurs après.

J’aime les roses …

Les belles, les Ronsard, celles du jardin des autres, passe que moi, j’en ai pas d’jardin, j’ai qu’mes pots d’géranium. Sont beaux, j’les arrose. Sauf que l’chat, l’aime pisser d’ssus. Alors j’le zieute ce fumier, j’te l’chope, et j’y arrache une touffe pour qu’il oublie pas qu’y peut pas. C’est pour ça qu’il est tout brindzingue mon Youki, oui, j’l'appelle comme ça. On dirait un tapis plein d’trous. Ouais bon, c’est un nom d’chien, mais j’m'en fous, c’est Youki, et c’est tout !!! Toutes façons ça lui plait, vu qu’y m’a jamais rien dit.

Bon ben c’est pas tout ça, mais faut que je m’prépare. Ben ouais c’est grande toilette. C’est pas la langue de Youki, par-ci par-là qui ? C’est bon quand j’sors pas, et j’sors jamais, sauf pour les courses, mais j’m'en fout. Mais là, y’a du décavage à faire un peu partout, passe que, quand j’écarte devant l’toubib, j’aime pas quand ça craque. Deux trois brocs d’eau dans mon tub, une brosse d’chiendent, un pavé d’savon d’marseille, et j’me frotte dur la couenne. L’eau noircit vite, la crasse dégouline et ça sent la moule à l’ail dans ma turne. Youki, y s’barre sous la commode, il aime pas les éclaboussures et y s’lèche la toison en faisant des mines d’duchesse. ! Ouais faut que j’vous dise que dans ma baraque, y’a pus l’eau courante, et qu’c'est moi qui crapahute dans la cour pour remplir mes bassines. Y z’ont fini par m’la couper l’eau, vu que j’ouvre jamais l’courrier et que j’paye pas. C’est qu’j'ai pas trop d’sous. Ils z’osent pas me virer passe que j’suis trop vieille … Et y veulent pas d’histoire avec l’quartier, mon quartier que j’suis la reine depuis toujours. Enfin j’l'étais quand qu’j'étais jeune et qu’mes oestrogènes y’faisaient baver tous les matous du coin. J’en ai connu des bourgeois ! Y z’ont pas oublié les secousses que j’leur ai filées. Y’me protègent depuis ! Maintenant, j’suis la vieille duchesse de mes deux, increvable et intouchable. Moi ça m’va. Le boucher y m’file un peu de barbaque, l’épicier, des vieux légumes, des fruits pas trop pourris et j’me régale. Même Youki, il a droit à sa ration d’mou mou un peu puant. Mais lui, y s’en fout, il aime quand ça pue. Sinon y pourrait pas m’approcher, sauter sur mes genoux et ronronner comme une bouilloire, pendant que j’sirote mon verre avec des croûtes de frometon. J’aime bien les rogatons d’fromage, c’est le meilleur qu’a du goût. Alors l’épicier, y m’gâte, ça lui coûte rien, ça , et moi j’m'en fous plein la lampe …

Y’a pas grand monde dans la salle d’attente. Que d’la vieille bourge qu’a ses habitudes, qui vient s’faire reluquer chez tonton Gaston. Il les suit depuis leurs premières saillies, y connaît la musique. Quand j’entre, elle reculent dans l’fond d’la salle, les vieilles peaux. Elles savent bien que j’leur ai fait leur fête à leurs vieux gars, dans l’temps. Elle m’lont jamais pardonné ces coincées d’la ducasse à popaul, ces vieilles molles toutes raides, qui savent pas chalouper en cadence pour faire grimper leurs notaires aux rideaux ! Y s’fait vieux l’Gaston, l’est plus trop à la pointe, mais pour s’faire explorer les tubulures, ça suffit bien. C’t'un gynéco à l’ancienne, y travaille avec ses doigts et sa lampe de mineur. Y farfouille là-d’dans, y va vite fait au fond des choses, y ramasse un peu, y regarde si l’jus est encore bon. Y parle pas, moi ça m’va. Pis y m’fait pas payer. Une p’tite gâterie en douce, à genoux sous l’bureau, il aime, ça passe mieux quand y’a plus de dents, ça l’rassure, vu que j’tremble un chouïa quand même. Mais à chaque fois qu’j'lui enchante la flûte, il est tout drôle, y bafouille, ça m’fait peur. A la main y résiste mieux, mais y préfère ma bouche, y dit qu’c'est comme avec un steak chaud. Moi j’m'en fout du moment qu’la consult est gratos, j’veux bien lui faire avec les pieds. Les vioques toutes ratatinées sur leur siège, elle font des moues d’chihuahua, elles serrent leurs pifs tout crémeux et balancent des « pfffiiooouuu » toutes les cinq minutes. Pourtant j’m'ai lavé, merde ! C’est p’t'être mes loques, j’ai remis les mêmes. Ouais j’fais comme ça, j’change toutes les s’maines, je replie bien tout et j’remets dans l’armoire. Passé trois s’maines, j’lave dans mon tub avec l’eau d’ma toilette, un doigt de Paic et deux gouttes d’javel. C’est bien la javel, ça neutralise, sauf qu’ma serviette, j’ai beau l’arroser, elle reste grise et collante. J’fais comme ça, ça m’va, mais là, y’a qu’deux semaines, alors ça schlingue un peu. Pourtant j’ai fait ma Marie Antoinette, j’ai bien poudré et j’ai mis du qui sent bon qu’jai chouré à Monoprix. Mais bon les chochottes elles aiment bien m’emmerder comme ça, mine de rien ; elles la ramènent pas, vu que j’te les reclaque vite fait. Elles deviennent rouges comme des dindes à Noël, elles s’étouffent à moitié, mais elles trouvent rien à répondre, elles mouftent pas, deux trois p’tits cris aigus, et elles s’barrent en serrant leurs gros culs d’gravosses. Tout dans les fringues, rien dans la gueule. Alors pour moi, c’est d’la crème au beurre ces putes honnêtes qui font leurs fières.

J’aime bien la mode, ça m’rappelle quand j’étais luronne, ronde de partout, mais du ferme qu’avait pas peur de Newton. J’avais les lolos les plus fiers du quartier, y regardaient la lune, bien ronds avec d’belles tétines roses. Maintenant, sont plutôt raplaplas, Newton, il a fini par les avoir. Y’a rien d’plus triste que des bonbonnes vides qui t’regardent les genoux …

Salut Ginette, y’m'dit, l’roi d’la foufoune. Pis y s’tait, y laisse faire ses doigts. Y change de gants toutes les trois moules, ça lui fait des économies. Comme ça, y sont bien huilés et j’sens presque rien. Moi d’en haut, j’vois qu’son crâne tout nu, on dirait la pleine lune tellement qu’il est blanc et plein d’cratères. J’suis bien, ça m’chatouille un peu, c’est toujours ça d’pris ! Gaston, y ramasse un peu d’purée, y r’garde, pis y’m'dit, c’est bon, c’est pas pire qu’l'année dernière. La prochaine fois, tu t’laveras un peu mieux, passe que là, y’a des croûtes qui restent, ça m’gène pour rentrer. P…… ! L’enfoiré, j’ai tellement râclé qu’j'avais l’panthéon plus rouge qu’un cul d’babouin. Faudra que j’m'asseye une heure dans l’eau chaude avant de m’récurer la bête, le temps qu’ça fonde ou quoi ? Et qui c’est qui va devoir gratter l’tub à la pierre ponce, après ? Pis Pilate y’s'lave les mains deux fois, pendant que j’manque m’assommer en filant sous l’burlingue. J’lui fais son affaire vite fait, j’avale tout. C’est que j’becte pas d’la protéine tous les jours, alors je m’gave.

Et dire qu’si c’était Strauss Khan, j’serais riche à dollars !

La nuit tombe, plus noire que l’trou du cul d’mon taré d’Ursule quand qu’il était encore vivant. Maint’nant il est mort l’pauv, ça fait vingt ans. Un soir, il est rentré pas tout seul, avec une sacrée muflée dans l’musette. Y pouvait pus parler tellement qu’il était plein. Il a crevé la nuit, y s’est étouffé dans son vomi. Le salaud, y m’a bien fait chier jusqu’au bout, y m’a pourri les draps. Et qui c’est qu’a dû frotter tout l’tintoin? La Ginette, comme d’hab ! Il aimait ça la bibine, y buvait qu’du bon, sauf au bistro où qu’il éclusait du pichtegorne, vu qu’il était plus radin qu’un riche. Oh, on l’était pas pauv, l’Ursule l’avait d’la monnaie qui lui v’nait d’ses vieux. On aurait pu s’la couler douce mais c’putain d’pingre, y lâchait pas sa thune facile. Enfin, ça allait quand même, et y partageait son pinard avec moi. Du bon, du en bouteille, avec des belles étiquettes en couleurs. Y m’en reste plein. C’est qu’l'Ursule, l’avait une tite bite paresseuse, mais une grosse cave.

Alors ce soir, j’vas m’en claquer une, à sa santé !

Une tite jeune, qu’il avait rentrée juste avant d’clam’cer. J’vois pus très bien et l’étiquette a presque fondu, c’est qu’la cave, elle est plus humide que moi dans l’temps. Ah ouais, RomaSaint Viv1990 de chez Dro..in ? Bof, j’m'en fout. Du moment qu’c'est rouge et qu’ça glisse bien … Ben faut vous dire que l’soir, quand j’dépucelle une tite fiole, j’aime bien me coincer dans mon fauteuil en rotin, çui d’Emannuelle à poil dedans, avec Youki qui gratte sur mes gambilles ; enfin maint’nant c’est plutôt genre gros poireaux  tous plein d’poils mes gambettes, mais bon. Y gratte, y gratte le minet, l’est nerveux, y’a plein d’copeaux qui tombent quand j’enlève mes bas, avec d’grandes traces blanches sur ma vieille peau sèche. C’est toujours ça d’propre qu’a pas mangé d’savon, j’me dis. Donc, mon fauteuil, Youki la brosse, et du Chopin. Je m’sors un vieux disque d’sa pochette à moitié déchirée et je m’le colle sur mon Teppaz. Ouais, ouais, j’sais bien, c’est pas du gâteau, genre France Musique, ou genre, la chaîne à 20.000 balles, mais ça m’suffit et j’emmerde les noeuds pap !

Y’a que l’verre d’l'Ursule que j’lave toujours, jusqu’à qu’y soit beau et transparent. Ç’t'un truc qui m’est resté d’lui. Faut qu’c'soit propre qu’y disait, et qu’ça sente rien. Dans l’verre, houa, c’est beau c’te pierre précieuse toute brillante qu’on dirait un rubis. Je pose mon nez d’ssus l’bord, enfin la moitié, vu qu’mon nez c’est comme qui dirait une vieille courgette trop mûre. J’ferme les yeux. Et j’cours dans l’jardin d’mon grand père où qu’y avait plein d’fruits que j’croquais, en juin, planquée dans un coin. Mais quand y m’voyait ma bouche toute rouge, y disait rien l’Gédéon, y souriait dans s’grosse moustache blanche, avec du jaune d’la Gauloise qui pendait sur l’côté. Ça sent bon, trop bon, que j’pleure un peu dis donc ! Ouais c’est que l’vin, quand il est grand, ça m’fait ça, et y’a pus qu’ça qui me l’fait. On dirait même que j’sens la cerise qui croque sous mes chicots. C’est marrant comme rien qu’l'odeur, ça m’ravigote ! J’ai l’coeur qui sourit, et l’Youki aussi, on dirait presque. Dans la bouche, ça m’fait comme un miracle, comme si Sainte Thérèse elle m’embrassait. C’est du jus du bon Dieu, c’vin là, y devraient en boire plus souvent à l’messe les curés, y s’raient moins cons. Plutôt qu’à nous faire peur et à s’taper les enfants d’coeur. C’est que j’le sais moi, y’en a un qui m’la dit. Suis allé l’voir l’curé, j’y ai dit, si t’as l’battant trop dur sur la cloche, viens m’voir et laisse l’gamin tranquille ! L’a rien dit. Bon ben l’jus, il est caressant, l’a pas l’air comme ça, mais il est costaud, y t’remplit la bouche, mais tout fin, tout gracieux aussi. Avec une grosse pâte d’cassis avec du suc dessus qui m’fait des frétillements dans m’bouche et des frissons sous m’jupon (c’est rien qu’pour dire, passe que des jupons j’en mets pas). J’l'avale, même plus qu’un verre, et l’vin est toujours là, y quitte pas ma bouche, même quand j’l'ai bu.

Longtemps, longtemps…

Pis je m’suis endormie, au chaud dans ma sueur et mon p’tit bonheur, avec Youki qui roupille aussi et la bouteille vide posée à côté du fauteuil. Et Chopin qui tourne à vide toute la nuit.

Quand je m’réveille, l’Teppaz y fait, cratch, cratch, cratch …

Comme moi quand je m’gratte.

EMOMORTTIAUXCONES.

RÊVERIES ENBULBÉES …

Simon. Rêverie érotique.

Dans le secret des terres gorgées des eaux d’hiver, le bulbe se terre. Sous ses écailles rudes, il entretient le feu des printemps passés, des soleils fulgurants, des sèves échues, des élixirs à venir. Patient, il fait la boule sur son centre fragile qui brûle de tous les espoirs du monde. Dans son petit cœur liquide, tous les possibles, tous les avenirs, attendent que le ciel décide …

Sur les bulbes de tes seins, si doux que le cœur défaille et fait trembler la main, je poursuis le voyage aveugle, sous mes paupières closes. J’y dessine la source de la vie, je traverse les déserts arides et les palmeraies liquides. La pulpe de mes doigts, qui t’arrache un soupir, frémit, quand, entrouvrant les yeux, tu souris. Je suis le pèlerin qui chemine, maladroit et grelottant, sur leurs orbes émouvants. Dans la pénombre complice, je tâtonne, m’égare et me reprends, gravis la pente forte de ton téton saillant. Nul ne sait où il va, quand il lâche la bride du cheval fou qui se cabre. Galope, bel étalon vers la vie qui se donne quand tu ne l’attends plus. Chevauche par delà les steppes de l’Asie Centrale, glisse toi toi par les canyons étroits qui mènent à Zanzibar. Dans les méandres accueillants des fleuves qui s’étalent, demande à Arthur de te tenir la main. Va, ose, intrépide et suicidaire, frôle la mort comme un oiseau sanglant, pique, vire et fonce, vers les abris tentants qui t’appellent et t’effraient. Sur ma tête planent les ombres porteuses de Charles au goéland, de Stéphane si las, de Marcel à Deauville et de Bashung si grand, au ciel des éternels disparus …

Plus profonde est la nuit, plus mon ombre s’étale, plus clair est le jour, plus je m’embrase aux feux de tes paysages de grège. Le rai de pur chrysocale qui sourd des persiennes, comme une flèche parfaite, dessine sur ton corps d’élégantes arabesques, sculpte, creuse et souligne tes courbes serpentines, encense tes reliefs, toi qui n’existe pas. Au profond de tes ourlets, la lueur accède, et je pleure comme un enfant ivre. Ces visions, qui prennent forme, habitent mon lit, mieux que les femmes mortes qui l’ont sali.

Sous le pinceau de mes doigts, je te dessine à l’envi.

Sur les bulbes de ta pleine lune je poursuis mon doux périple, monte et dégringole, gravis, doigts et langue, jusqu’au creux de tes reins. Dans la rigole tendre qui souligne les rondeurs symétriques de ta croupe tendue, nichent des oiseaux aux couleurs chatoyantes, qui picorent, à becs légers, la combe ombrée qui l’orne. En glissant tout du long, je tombe face sud jusqu’au lac allongé où je me désaltère et me plonge en eaux tropicales. Je flotte sur la mer morte de ma couche à l’extase. Sur l’herbe spumeuse qui borde la source de joie, je me roule et m’ébroue. Mon doigt dessine la carte de mon cœur entre les boucles rases qui balancent au souffle de ma voix, les lisse, encore et plus, sans effet. Toujours elles se rétractent en vrilles serrées, et s’emmêlent, se lient, se mélangent et me perdent dans leur dédale, courtes, mais touffues comme jungle Birmane. Les épices chaudes, qu’exhale la toison de jais, balaient mes narines. Cannelle, et poivre noir sur baie rose, gibier, sous bois, citronnelle et cardajoliemome, t’es toute nue sous ton pull, ferment la ronde pimentée qui me retourne les sens. Interdit, je suis, sidéré, subjugué, conquis enfin, sans lutte aucune.

Sous mon dos brûlant, le drap colle …

Sur l’oblong de ton giron, me pose enfin. Gâteau crémeux, mat et ductile, couronne des rois, saupoudrée des gouttes d’or d’un soleil diffracté. Au centre de la vasque de chair satinée, l’œil aveugle de l’ombilic me regarde, dépression joyeuse, comme la bille d’un cyclope à demi endormi. En cercles concentriques je m’en rapproche lentement, bateau fou que le maelström attire un peu plus à chaque tour, comme un aimant puissant qui m’envoûte et m’entraine. Vers le centre, je bascule mes lèvres qui se posent, duvet léger, sur sa cible moelleuse. Ma langue pointe à peine et s’agite, déclenche le spasme infime qui marque le début subtil du plaisir naissant. Sous ma main au repos, les infimes picots de ta peau qui répond, me parlent et me disent oui. Sur ta sitar hémisphérique qui chante et roucoule en vibrant, mon oreille se pose. Ta musique me berce, ma main glisse à l’envers de tes cuisses.

Le monde est calme, l’air est doux …

Puis ensemble nous bûmes au même cristal, le vin fort, le vin de Nuits de Côtes, ce vin puissant des belles terres Bourguignonnes de la maison Drouhin venu, par le climat des « Procès » en l’année 2002. Dans le rayon d’or en fusion qui traverse la chambre, le rubis éclatant brille du soleil orange et fuchsia qui peu à peu l’embrase. Les fragrances giboyeuses de l’élixir de nos nuits chaudes se mêlent aux odeurs de sellerie d’un haras sauvage. Dans les sous bois alentours, les champignons spongieux s’écrasent sous nos pas. Aux arbres du verger, pendent les fruits rouges du printemps humide. Puis le jardin s’étale, et ses roses sucrées, épanouies dans les draps froissés, déversent leurs pétales poivrés. Enfin d’une bouche à l’autre, le vin voyage, roule ses flots fruités à gorges offertes. Sur ta peau, les gouttes échappées de nos bouches rieuses, roulent le long de ton sein, jusqu’à la cime, qui tend à mes lèvres sa perle purpurine. Tendrement je la cueille. La roule, qui m’inonde le palais de son café noir, de ses tannins poudreux, imperceptibles et tendres qui éclatent en fusées réglissées, longtemps après que le jour est levé …

L’amour est bleu,

L’air est feu qui couve,

Ta peau m’est organsin,

Tu chantonnes à voix basse,

La paix est sur nous.

EMOCOMTIBLÉECONE.

LES ETOILES DE NUITS ENTRENT AU COUVENT…

Fabienne Rhein. Les Frat’ernelles.

 Temps sec et frais en ce nocturne 19 Novembre 2009.

Comme une parenthèse au déluge ambiant. Le ciel pleure, quand la Bourse se vide!!!

Les étoiles sont dans ce ciel de nuit, mais faut-il dire pour autant qu’il serait habité?? La question n’est pas là… Seules ce soir sont dans la clarté, les «Étoiles de Nuits». Elles entrent au couvent, néanmoins…alors???

Bon, basta avec tes errements mystico-philosophiques, AOC est une association laïque d’amateurs de vins, qui libationne au Couvent de Recollets un point c’est tout.

Une certitude au moins, Saint Georges veillera sur nous.

Ce soir c’est Bourgogne. Belle soirée en perspective, que ces douze flacons de la Maison Drouhin alignés devant la haute silhouette du Stéphane. Il est grand le Stéphane, encore mince…parce qu’il est grand. Une main, qui se hasarderait le long de son flanc, y rencontrerait quelques discrètes rondeurs…Mais personne ne s’y risque, tant qu’il ne dort pas. Le Charentais est prudent, mais la Charentaise n’est peut-être pas prude, alors… Dire aussi qu’il rentre d’un week-end chargé en Bourgogne… Caves après caves… En apothéose, la Paulée de Meursault (j’enrage!!!). L’abnégation faite homme. Un grand amoureux, qui connaît la Bourgogne sur le bout du goulot. Il faut l’entendre la narrer, comme me parle un grand cru, le soir, au creux de la luette, avec finesse, élégance, grâce et simplicité.

Au risque de me répéter, cet homme, Grand Chevalier de l’Ordre des « Videurs des Divins Flacons », Grand Maitre de la Confrérie des « Gosiers Pentus », Grand Timonier de l’Union des « Arracheurs de Bouchons », Grand Ordonnateur des soirées des « Défonceurs de Capsules » (je vous la fait courte, car les autres titres du Sieur ne peuvent être ici dévoilés, tant ils touchent à des domaines ordinairement « réservés »…) est, de surcroît, grand ami de presque tous les vignerons des deux Côtes, dont le très fragile J.P.Charlot, qui est à la puce des vignes, ce que le Tyrannosaure est à Chaplin… C’est ma peau que je joue là, sauf à ne plus jamais mettre les pieds à Volnay.

Me suis égaré dans le labyrinthe des préambules je crois, mais la vie est courte et les chemins les plus tendrement longs, sont peut-être les meilleurs…???

Bon, ben, va falloir y aller. Savoir enfin que ce qui suit, est à lire, mais pas à prendre à la lettre. Mon esprit s’est par moment évadé, au contact d’aucuns de ces grands jus de vins. Gravir les flancs des monts de la délectation, et/ou se baigner dans les humeurs épicées de la subtilité, ne favorise pas la concentration Cartésienne, ni plus, la prise de note appliquée. Mes oreilles, ravies par le chant velouté des «Petits Monts», n’ont retenu que quelques bribes, des propos, richement incohérents, tenus par les dégustateurs patentés présents. Alors, merci d’être indulgent.

Douze DROUHIN, apôtres des villages et climats de la Côte, nous étaient proposés. Tous jeunets, inscrits aux registres en 2006, oui, les mêmes dans le millésime 78, eussent été sans doute, plus à point, mais à l’impossible, nul…

LES VILLAGES OUVRENT LE BAL.

 John Hoppner. Charlotte Papendick.
 

Tout au long de la soirée, les robes de ces vins, éclaireront la dégustation de leurs lueurs rubis, qui balaieront sous les lumières douces de la salle, toute la gamme des rouges, de la cerise tendre à peine pubère, au grenat sombre et éclatant des grands crus, en passant par le carmin velouté des premiers crus.

Chorey les Beaune : Un vin simple mais bien fait, sur les petits fruits rouges. Un vin de bonne soif, au fumé agréable, qui finit sur une fraîcheur un peu métallique, cependant. Une belle «charcutaille», l’aurait sans doute magnifié.

Vosne Romanée : Le charme de Vosne assurément, déjà. Un bouquet de pivoine en signe de bienvenue, puis une palanquée d’arômes fondus. Fruits rouges, cuir, vanille, poudre de cacao, en cascade complexe. Bel équilibre en bouche, la puissance maitrisée de Vosne pointe déjà le bout de sa séduction. La finale fraîchement épicée, dévoile de jolis tanins, réglissés et soyeux.

Chambolle Musigny : Un nez, encore sous l’éteignoir, qui daigne, après qu’il a bien pris l’air, laisser échapper des notes de fraise à peine écrasée. La bouche est subtile, comme se doit de l’être tout Chambolle bien élevé. L’image d’une crinoline, tendre, fragile et souple, qui valse entre les bras virils d’une jeunesse rieuse, me traverse l’esprit…Des tanins, encore saillants, qui demandent à connaître la lime attendrissante du temps, durcissent à peine la finale.

Gevrey Chambertin : La muscade, que l’amande rafraîchit, fragrance fugace et fragile, rode, délicate, l’espace d’un soupir. Puis le nez trouve le plaisir, dans une appétissante purée de fruits rouges. De la puissance en bouche pour ce village de bonne origine. Des épices ensuite, qui marquent franchement une finale aux tanins mûrs, réglissés, qui je l’espère, perdront de leurs épaules dans les trois ans… pour le moins.

Nuits Saint Georges : Un nez très aromatique, floral d’entrée, puis tout en fruits. Tout au bout, de la peau d’orange. L’attaque en bouche est sucre de fruits mûrs, la matière, conséquente, est encore en bloc, serrée. Le zan domine la finale aux tanins ronds, mais un peu verts.

LES PREMIERS CRUS ACCELERENT LA CADENCE.

 Maxwell Armfield. Faustine.

Nuits Saint Georges «Procès» : De vieilles vignes, de plus de soixante quinze ans, ont enfanté ce vin, qui vous plonge le nez dans la fourrure chaude, dès l’ouverture…Mais qui s’en plaindrait!!! De la réglisse, du cuir, de la cerise à l’eau de vie et son noyau, du cassis, puis du cèdre, suivent en foule bigarrée. Ça en jette, et ça pulse sous la narine, qui alerte les glands salivaires, lesquelles, accueillent en bouche un jus glissant, puissant et doux à la fois. C’est d’la bonne came ça madame!!!! Qui frétille sur la langue, et vous laisse en finale, le souvenir ému du passage impressionnant d’une marée gouteuse de tanins ronds, réglissés et croquants. Manquent à la fête, les fibres tendres d’une belle viande, rassie à point.

Morey Saint Denis «Clos Sorbé» : Les raisins de ce vin proviennent des vignes du «Père Jacquot», que Robert Drouhin vénérait, paraît-il. Les Bourguignons comprendront… dixit Stéphane, qui a trainé ses savates dans plus d’un chai. Il m’arrive de me perdre, délicieusement, dans les plis d’une robe de soie. Celle ci est profonde, comme l’eau d’un rubis Indien. Et quelle nez ma bonne!!! Rien n’y manque. Cassis, myrtille, cerise, ronce, réglisse, et fumé encore. La cadence vous dis-je!!! L’attaque, ou plutôt la caresse en bouche, est fraîche, comme une main réconfortante sur un front enfiévré. La matière, ronde, est d’un équilibre qu’envieraient nombre de Socialistes et Umpistes confondus, et confondants (Ah que la langue Française est belle et insolente!!!). Il y en a partout, dans tous les coins de l’hexagone buccal. Oui je sais…la bouche est ronde…sauf chez les gueules carrées. Les fruits sont aussi frais que rouges, les tanins sont aussi épicés que fins. La finale, encore un peu serrée, est longue et séveuse.

Chambolle Musigny 1er Cru : Ce «Cambolla» est une mosaïque, issue de différentes parcelles et finages, étoiles autour du soleil Musigny. Le premier nez est musqué, comme la trace d’un lièvre effrayé, surpris entre les ceps, un petit matin brumeux d’automne. Puis, le «paysage» olfactif, prend un air printanier, et s’élargit sur la fraise des bois, la cerise noire, les épices, la réglisse. Je perçois une touche de terre sèche aussi…La bouche réitère en tous points les bonheurs du nez. La finale est épicée, réglissée, sur des tanins de velours, fins comme un second degré dans une assemblée de primates.

Vosne Romanée «Petits Monts» : Ce climat, petit par la taille, est en haut de coteau et converse à mi-voix, dans le secret des vignes, des privautés insupportables, que le percheron à la crinière blanche – ne balaie-t-il pas effrontément de sa large queue, de vieux ceps irascibles!!! – se permet, tandis qu’il gratte en douceur, l’épiderme sensible du bas du dos du Mont?? Le Richebourg, en vieux sage, écoute et compatit…Le lièvre est aussi passé par là-haut. Il a laissé dans le verre, le fumet de sa fourrure chaude. Les cailloux du coteau, la griotte mûre, un soupçon de menthe, qu’exhauste un bouquet d’épices, marquent en finesse, le nez en devenir, de cet enfant de vin. La matière, déroule en bouche, les plis mouvants d’une soie, piquée d’imperceptibles tanins crayeux. La finale, encore sous le joug délicat d’un bois noble, s’éternise déjà, enrobant les papilles extasiées, d’un auditoire en prière.

Quand je vous disais que la Bourgogne tutoie le ciel…

LES GRANDS CRUS «MOLTO VIVACE».

 Cabanel. La comtesse de Keller.

Jeunes, hélas, trop jeunes.

Grands Échézeaux : Un jeune et grand Bourgogne, privé de ses cerises, qu’elles soient Griotte ou Burlat, serait un pauvre petit Chaperon, orphelin du rouge de sa cape. Divaguerai-je… Un peu sans doute??? Mais pas tant que ça, en fait. Les «Grands…» en bons orthodoxes, embaument la griotte d’emblée, la prune mûre aussi, la muscade, la menthe, le champignon frais, le cuir et les épices enfin. Ah, j’allais oublier le gibier à plume, qui voleta un instant, au sortir de la bouteille. Grand cru, grande matière??? Oui, pour celui-ci. Conséquente, tendre et tendue, elle vous relève les sourcils et s’installe, indolente. Que de promesses en bouche, jusqu’à la finale, épices, amande et réglisse en fanfare, fraîches et persistantes.

Griotte Chambertin : Petit «Grand Cru» que la Griotte; moins de trois hectares. C’est du bas pentu de la parcelle, qu’elle provient. Plus de terre, plus de puissance??? La robe est d’un grenat profond, presque ténébreux. Une lumière aigüe, d’un rubis éclatant, semble sourdre, du cœur du vin. Puissance toujours, au nez. Les arômes de fruits rouges, que la cerise domine (encore!!!), sont francs, et vous fouettent les naseaux. Le vin se donne sans préliminaire, le cuir neuf, la muscade, sont aussi de la noce. Puissance itou en bouche. La chair du vin se fait onctueuse déjà; la volupté demandera quelques années de plus…La bougresse ne boude pas ses tanins, ronds et soyeux, qui épicent avec beaucoup de fraîcheur, une finale qui s’étire, en relevant la queue. Une Griotte, qui me surprend je dois dire, habitué que j’étais jusqu’alors avec elle, plus à l’ingénue fragile, qu’à la cavalière énergique. Le temps domptera, sans doute, sa fougue.

Musigny : Le lièvre, décidément en pleine forme, est passé par ici aussi!!! Il s’éloigne vite et poursuit sa course folle, au long des coteaux du pays de Nuits. Élégance, me vient immédiatement à l’esprit. Le vin est jeune, mais affiche pourtant, la classe d’un jus, qui aurait fréquenté les écoles les plus huppées. C’est par petites touches raffinées, qu’il s’exprime au nez. Par petites bouffées de violette, de framboise, de cassis, de noyau de cerise, le nez se construit, timide encore. Le contraste, est patent en bouche. La matière est charnue, puissante («énorme»!!! pour les djeun’s), sauvage, «testostéronée» et fringante, comme un yearling fougueux. Élégance toujours, quand la finale s’élance, toute d’épices et de poivre habillée, longue comme un jour sans vin…Le temps sera son maître.

Douze vins, tous à leur place, parfaite illustration de la pertinence hiérarchique, patiemment élaborée par les générations Bourguignonnes… Quand le temps prend son temps… au temps des agités, des compulsifs, des «Nioxeurs» qui font du roman de Morand, leur unique et indiscutable bible, quelle leçon…!

Travailler lentement pour travailler mieux???

 

EMOTILIEVREOUTORTUECONE???

TOUS EN CÈNE…

 Simon Ushakov. La Cène. 

  

Vingt et une heures.

Diné sur le pouce. Douche. Pyjama en calicot mercerisé. Il fait frais. Petite laine. Comme chez soi. Téléphone!!!!!

Non, non, rassurez vous, Marguerite Duras est bien morte.

«P….n, qu’est-ce tu fous??? Onnnn t’aaaattennnnd depuis un moment!!! Écoute…»

A l’autre bout de la ville, le sans-fil – je parle du téléphone magique, ordinairement appelé portable – tente de capter sans succès les hurlements de la troupe. Le geste qui aurait du tuer, me fait sourire. Dans ma tête, une question incongrue est passée à toute vitesse, comme un écureuil le long d’un tronc. Va-t-il chier avec son zigouigoui coincé dans le calbar, comme Clavier dans les «Bronzés»!!!???

Silence stupéfait de mon côté. Alzy * a encore frappé… Je tourne et me retourne dans mon calicot. Bennnn… Un petit contre-temps les gars, mais je mets les gaz et j’arrive illico. Gros menteur me dis-je en parallèle!!! T’as oublié c’est tout. Même pas cap de le dire. Houuuuu, la grosse honte!!!

La grosse tablée des voyous ordinaires m’accueille.

Des sourires et des vannes.

Le Grand est là, les bras ouverts, accueillant. «Tata Anne», autrement affublée par mézigue d’un charmant «La Dédée», me fait des yeux qui rient et un sourire qui fait la gueule. Laurent, Charentais de cœur et réincarnation de Sardanapale le fier Assyrien, pelote ses foies gras avant de nous les servir. le Caviste fou, croisement malheureux entre une étoile du Bolchoï et un Bouledogue qui se serait fait refaire la gueule, efflanqué mais moins qu’avant…, ricane. Loulou, la Mongole décalée de l’Extérieur, est aphone ce soir, et sa voix flutée peine à percer. Édouard, le hussard au long sabre, rêve d’enfourcher la cavale. La Jeanne épanouie, et dont aucune ligne droite ne vient affadir la silhouette, est heureuse d’être là. Le Patrice est splendide comme à son habitude. Les quinquets allumés, la moustache en crocs soigneusement apprêtée, et les magrets avantageux. Voilà, le tour de table est fait, je retombe sur le Grand. Il a l’air heureux, frétillant, l’âme élégante et le cœur généreux. Rien que de très usuel chez lui. Je le regarde à la dérobée. Il vibrionne. Il savoure à l’avance, les bonheurs que sa générosité coutumière va dérouler, tout au long de ce moment d’amitié.

Nous régaler, il veut.

   

Magnanimes, nous sommes prêts. Le bonheur de donner, souvent, surpasse celui de recevoir.

La mise en palais se fait sur un Champagne Grand Cru Chardonnay J. Pernet qui déroule sous les nez silencieux, ses arômes fleuris, sa brioche chaude, son miel et ses fruits jaunes. Grand contraste avec la bouche, longue droite, toute d’agrumes et de craie.

Tous s’enfilent ensuite autour de la table ovale. L’orange et le rouge des assiettes égaient la nappe, et annoncent aux convives les couleurs saturées que prendront leurs visages, plus tard, au terme de la nuit joyeuse.

Les foies gras mi-cuits, découpés en tranches épaisses, nature pour les uns, piqué de cerises pour les suivants, apparaissent.

Un Cahors Montpezat 1990 roule dans les verres. Les nez plongent. Mieux vaut avoir un verre sous le nez que l’avoir «inside», me dis-je, fier de ma lucidité, aussi conne-branchée que temporaire. La robe est sombre, évoluée, quelques lueurs violettes persistent. Le nez envoie du zan, des épices et du chocolat. Damned, ça s’effondre en bouche, c’est petit, étriqué. Ad patrem!!!

Lui succède un Cahors Cessac Harmony 2004. Fruits et bois au nez. Belle matière charnue, confiture de prunes et fruits noirs. Frais, épicé, un poil rustique. Un bon Malbec consensuel qui ne me bouleverse pas pour autant.

Puis la Bourgogne s’installe à table. Le Stéphane, l’air faussement détaché, pose au milieu de la troupe, un Drouhin Puligny-Montrachet Premier cru 2001. Le bouchon est vierge… Étrange. Pas dans l’habitude de la maison…L’animal minaude dix bonnes minutes, avant de s’entrouvrir pour lâcher un joli pet citronné, façon des Îles. Puis replonge, et ne donne rien d’autre. Bof, rien de bien enthousiasmant, ça ne semble pas très complexe. La bouche est un peu maigrichonne aussi. Mettre le verre à gauche, et voir plus tard. Ah ben ouiiii. Quand j’y reviens c’est d’un autre voyage qu’il s’agit. Une autre dimension. Fleurs et fruits au nez, finesse et distinction. Tout est intimement mêlé… Mais c’est en bouche que la transformation touche au spectaculaire. A vrai dire, ça me troue… C’est comme dab en fait. Des certitudes et jugements trop rapides. Ne pas se prendre pour ce que je ne suis pas me dis-je… Humilité et profil bas, don’t forget et en toutes circonstances. Détendu qu’il s’est le Puligny, alangui, étalé, déplié. Y’a du vin dans la bouche. Et ça fait le beau. Et ça roule. Et ça gonfle. D’la belle came qui bedonne en bouche – citron confit frais… – onctueuse, fine, qui danse avec la glotte. Les épices apparues rehaussent la matière. Quelque chose de la turgescence vinique s’installe. J’oxygène encore et plus, et ça monte, et ça s’épanouit. Le vin étriqué s’est mué en vin à…. Il n’arrête plus d’enfler. Un vin de folots et autre génies. Posé sur le coin de la table de nuit, il aurait réveillé le Président Lebrun!!! Merci Monseigneur!!! Nous, on est d’accord avec toi!!! Toujours!!! Il t’en reste???

Le suivant à l’atterrissage devrait avoir de la voilure car c’est d’un Drouhin Puligny-Montrachet «Les Folatières» 2005 qu’il s’agit. Une millésime de grande réputation, un climat de près de 18 ha, conséquent donc pour la région. Versé, et mis à gauche aussitôt. Encore une fois, l’air et le temps vont aider à extraire l’esprit de la matière. Ça papote un peu, ça jacasse en périphérie. Tata veille au grain et au gratin. La Loulou muette sourit. Tiens j’ai le tympan gauche qui vibre. Non, non, le Caviste ne ronfle pas, il rétrolfacte comme un dogue en boule dans son panier. Le Patrice, les crocs de la moustache tendus à embrocher tout ce qui passe, se délecte, l’œil vague et le sourire extatique. Il faut dire que les vins ont fait leur effet, les yeux brillent comme des lucioles sous ectasy. La Jeanneton, le regard perdu au plafond, est aux anges, manifestement comblée. Ça va léviter sous peu. Juste à ma gauche, le hussard est prolixe et tout à la fois marmonne, le nez au fond du verre. Il lui arrive même de se répondre à voix basse. Le Grand embrasse la scène – la cène ??? – d’un regard énamouré et se nourrit en silence de nos présences. Il aime que l’on aime «sa» Bourgogne, qu’elle nous cause au creux des papilles, et adoucisse les visages marqués par les tracas du monde.

Mesdames, ce soir la crème de nuit est Bourguignonne!!!

Le vin s’est détendu lui aussi, et brille de tout son jaune chrysocale. J’y descends les yeux fermés. Non, je ne vous ferai pas le coup de la noisette grillée du Puligny des familles. Je lutte contre les clichés que ma mémoire propose, et m’ouvre au vin. Le silence s’installe, les conversations s’estompent, j’entre en conversation intime. Ça fleure bon l’acacia en fleur, le citron frais, la gelée de coing, le beurre frais. Quelques notes miellées aussi. La menthe enfin. Mais par dessus tout, le pamplemousse juteux domine, et fédère les arômes qu’il affine. C’est bien le mot, la finesse, qui résume le mieux le nez de ce vin. Droite, rectiligne, tendue, presque tranchante en bouche, la matière tout en retenue ne se livre qu’à peine. Seul le temps, le vrai, celui des caves aussi fraîches qu’obscures, le délivrera de ses crispations de jeunesse, lorsque au terme de ses rêves, il se déploiera.

Puis vient le temps du mystère – je parlais de la cène il ya peu… – qui se tient là, debout, sous le verre poussièreux d’une bouteile nue. Ni collerette, ni étiquette, ni falbalas. Le Stéphane boit du petit lait. Il se retient de nous aider, jubile et a du mal à se taire. Le jus sans nom remplit les verres. La robe est sombre. Sous la lumière artificielle, le verre levé à bout de bras dévoile un coeur brillant, pur rubis, rouge du sang d’une vigne encore inconnue. Un instant l’assemblée se fige. Sous les corsages, les kiwis, les poires, les pommes, les melons se tendent, et pointent le bout de leurs courtes queues agacées par l’angoisse. Sous le tissu des mâles, les prépuces se rétractent… S’agit pas d’avoir l’air c.. !!! C’est à chaque fois la même chose à l’aveugle. Les Egos s’inquiètent et se toisent, se dressent sur leurs ergos! Quelque chose d’un peu sauvage plane. Du fin fond des âges… Dans le verre aussi, subrepticement. Puis le vin se déchaine, et envoie grave. Des fruits rouges – ça mange pas de pain – en entrée, histoire de se mettre en nez, et surtout en confiance. Puis en rafales, de la mûre et du cassis, qui tournent très vite en confiture, de la réglisse, brute de bâton, du cuir, des épices et du poivre. La deuxième vague, un peu plus tard, révèle la cerise, un grain de framboise, une volute de tabac brun. Pas mal!!! Pas un village, un grand premier sans doute ou un grand cru. Morey me tente. Mille neuf cent quatre vingt dix neuf? J’annonce… Bingo pour le millésime, tiers de oui pour Morey. La matière est puissante, encore ferme, mûre. Elle roule et ravit la bouche, qu’elle marque de ses tannins soyeux et élégants. Les tensions ne résistent pas aux charmes du vin, qui Chambolle n’est pourtant pas. La basse cour caquète à nouveau. On dit et redit. On périphrase, on tourne en rond. Je me perds dans la réglisse épicée et la poudre de soie de la finale, dont la virilité ne me quitte pas. Tout au bout de sa persistance, comme un clin d’oeil jardinier, une pivoine dépose un grain de sucre parfumé sur ma langue pâmée. Stéphane, presque désolé annonce : Drouhin Bonnes-Mares 1999.

Silence.

Bien plus tard les millésimes 68 première mise, 68 deuxième mise, 69, 71,76, 77, 78, Cognacs de la Maison Prunier…Pas goûtés, pouvais plus. Le tenter eut été indigne de ces très beaux alcools. Mon nez, seulement, a survolé les verres. Tous différents, pourtant issu du même cépage. Le 68 première mise m’a enchanté. Pâte d’amande, fleurs, fruits confits, de mémoire…Une autre fois et sérieusement….

Ah, j’allais oublier. Façon de parler en fait. Je me la gardais pour la bonne bouche. La fraîcheur spontanée de Claire, l’une des «grandes» filles de la maison. Son regard espiègle qui tournait sur ce ramassis de vieux pochetrons! Encore que…

Un Bonnes-Mares-Puligny-carrément-Montrachet à elle toute seule.

 * Alzheimer enfant… 
 
 
 

 EPLUSMOTRESTICLAIRECONE.

STILL ALIVE AFTER LA SAINT VIVANT…

Maxwell Armfield. Faustine.

 Romanée Saint Vivant 1998.

Le nom du vin, déjà est un monde.

Dans le verre, un pur rubis pâle et lumineux.

C’est un voyage dans l’imaginaire auquel ce vin convie. Un voyage dans l’Androgynie des origines, au pays de la Romanée, le Roman «Roman» de Romane, au pays de Saint Vivant de Vergy, l’abbaye Médiévale en laquelle œuvraient sans doute de solides tonsurés – amateurs de chairs et de vins, ripailleurs et mystiques – traversés par les énergies puissantes de la terre et les intuitions subtiles de l’âme. Un vin, élevé par Drouhin, qui porte en son nom l’union contrastée de la matière et de l’esprit. L’espoir d’un équilibre, d’une quadrature, d’un chemin sur le fil de la lame…

Il est bon de se laisser aller à rêver avant de boire.

Le nez au dessus du verre m’emporte dans les brouillards translucides du petit matin. Le nez humide d’une biche gracile se pose sur ma joue… Des fruits en foules rouges. Le premier jus qui sourd du pressoir. Parfums de vergers et de vignes. Pinot mûr qui s’écrase dans les doigts. Fragrances fines. Parfums mouillés. Les détailler car il le faut bien… Airelle, groseille et framboise délicates déposent au nez une brume odorante et fragile, qui s’enroule comme une liane parfumée aux confins exaltés de mes rêves intimes. Cerise aussi, Bourgogne oblige… Le temps semble impuissant, l’automne n’atteindra pas ces arômes d’au delà de mes vicissitudes.

Le faune en moi chantonne, subjugué par les charmes de Romane.

Le jus glisse en bouche, lisse et rond comme la hanche innocente de l’enfant. Lentement il enfle et se déploie, libérant la caresse progressive d’une matière tendre et puissante. Comment imaginer tant de force et d’élégance combinées??? L’esprit est dans la matière, il la sublime, mais sans elle il ne saurait s’exprimer… La pâte de cassis perlée de sucre croquant, comme un éclair dans un ciel d’été, exalte la chair du vin. Le jus enfle et conquiert le palais. Les papilles titillées défaillent. Chopin s’unit à George dans un final tumultueux, longuement, tendrement.

C’est le temps du Tao, de l’équilibre à jamais signifié.

 

EINMOTEMPTIORECLLEONE.