Littinéraires viniques

B.B ON MY MIND…

B.B King. Yann Dubois.

Six jours de cette musique!

Douleur, espoir, joie mêlés. La chronique des drames humains et des amours rédemptrices, coule dans les rues de la ville.

On a vu certaines années, des passions défaillantes renaître et d’autres, rejoindre les flots épais des souvenirs déchirants…Ma disparue était ma force, ma substance, ma grâce, mon envie, mon désir et ma paix.

Au cœur de la cité, sur les gradins herbeux qui descendent en demi-cercles doux vers la scène, le public paisible s’étale chaque soir. Sur les pelouses vertes, le long des allées arborées, comme sous les frondaisons des vieux troncs vainqueurs de toutes les tempêtes, de loin en loin, les tâches blanches des tivolis légers accueillent de petits concerts de pure et vieille musique, dès le matin. Mini concerts de proximité vraie. Loin des rituels et des caprices programmés des étoiles pâles du système. Les mains noueuses et les trognes uniques des jeunes pousses ou des légendes obstinées, tirent des guitares usées et des harmonicas acides, de quoi bercer tous les désespoirs. Sourires émouvants, dents d’or et d’argent, «élégances» Américaines, mais cœurs tendus, ouverts comme des figues mûres, hors du temps, des modes et des banalités affligeantes. Les papys fatigués et leurs émules fringantes donnent, donnent et donnent encore, le meilleur de leurs âmes lumineuses.

Encore une fois, la musique du Diable nous dit que la vie est ombre et lumière, indistinctement accouplées dans les dédales inconnus de nos consciences peu éclairées. Douloureuse banalité.

Moments de grâce et de pur partage.

Le soir les grands aigles sombres des talents disparus fulgurent, planent et jouent dans les nuées humides qui roulent leurs eaux noires au dessus de la scène. Ils protègent et inspirent celles ou ceux, qui sous la lumière des sunlights aveuglants, enchainent riffs rageurs et voix de cuivre brut. Suzan Tedeschi est sous leurs ailes. Théodis Ealey derrière qui, la pauvre Duffy, oie égarée chez les grands fauves, a bêlé, comme un canard aux navets, sa musique de pré-ado, Jacky Payne, W. Wolfman Washington le seront aussi. Tous seront inspirés.

Peu de dindes on the ground, in the afternoon. Celles qui s’y égarent dénotent. Perchées sur leur échasses, elles traversent l’enfer à longs pas pressés. L’œil fixe et semi vitreux, dans le reflet duquel se mirent les huîtres de la côte, elles passent, dédaigneuses et rejettent les caresses qu’elles recherchent. Que de regards durs et parfois vides derrière le blush. Les parachutes dorés, les jetons sans peur ni honte de tous les conseils d’administration, de la région et d’ailleurs, habillent leur longues silhouettes évaporées, des atours encensés par les revues glacées. Élevées à l’ombre des chais, derrière les tiroirs caisses des quelques commerces florissants, elles préfèrent les affres des soldes chics et les terrasses alanguies de la grand place, aux foules cosmopolites, cosmo-ethniques, cosmo-éclatées pour certaines, aux dreadlocks épaisses, aux cow-boys fatigués – la vie multicolore et souriante en somme – qui hantent comme autant de vieilles âmes rassemblées, les voix de velours des jardins.

En ces temps de Blues à Cognac, les anges ont déserté les fûts. Ils tourbillonnent, invisibles, entre les branches agitées par les vents sonores des trombones baryton aux bronzes lourds, et les soupirs ambrés des saxos énamourés.

Ce soir, le blues est en moi. Il exacerbe et panse mes plaies tout à la fois. J.C is on my side, but the Devil’s voice continue de susurrer à mon oreille ses litanies méphitiques…

Vu de haut, les gradins sont noirs, denses, compacts. Plus un brin d’herbe n’est visible. Le grand drap blême des chairs indistinctes, remonte la pente douce de l’amphithéâtre naturel et déroule ses plis, loin sur les hauteurs que dominent, remués par le vent frais, les grands arbres noirs attentifs. Dans la lumière diffuse que pulse la scène par à-coups, épaules contre épaules, c’est un seul grand corps qui m’effraie. L’histoire remonte à ma mémoire. Les grands chaos, les grandes folies, tout comme les grands rassemblements qui ont troublé les siècles et justifié tant de massacres, défilent à toute vitesse devant mes yeux.

Épouvantable stroboscope. Je frissonne.

Mais la foule s’agite. Le voici.

Soutenu d’un bras par un colosse placide, il s’arrête à l’entrée de la scène, élégant comme un dictateur Africain. Panama blanc bordé de noir, redingote gris anthracite, dont on le débarrasse promptement. Une invraisemblable veste brodée de fleurs et d’argent recouvre le bouddha. C’est un très gros B.B qui s’assied au centre de la scène sur un fauteuil bleu électrique, comme le vieux pilote d’un de ces grands rafiots désuets qui sillonnent le Mississippi. En trois notes, le Band, la vieille troupe noire, blanchie sous la poussière de craie broyée des routes interminables, a entrouvert la boite des arcs-en-ciels rauques et soyeux à venir…

La Messe de toutes les messes…

Le Roi des Bleus à l’âme, rond comme un lion repu, immobile, regarde l’humanité aux yeux écarquillés qui l’attend. Le culbuto d’amour, le vieil enfant espiègle, d’un geste gauche, prend dans ses bras épais la guitare d’ébène, ourlée de blanc qu’on lui tend. «Lucille» la noire. Elle est pleine à craquer, des velours, des soies, des satins, des taffetas, des pongés, des chanvres bien sûr, et des dentelles diaphanes des crinolines fragiles du vieux Sud. De toutes les misères rauques des peuples en souffrance. De tous les cris d’agonie. De tous les désespoirs du monde aussi. Il la serre contre son corps, lourd de toutes les agilités qui l’ont nourrit, puis sa main droite se crispe sur son cœur. Certes il l’aura cherchée longtemps, mais elle là enfin, cette foutue jeunesse! Celle qui met tant de temps à s’installer…pour ne plus qu’on puisse la quitter…

Il est au centre. Du public. De la scène. Et ce soir, de la musique bleue. Derrière lui le vieux Band, agrégat de solistes d’expérience et de talent. Ça envoie! Une puissance, une énergie maîtrisées. Les années on the road again and again, les concerts enchaînés, les coups durs, le sacrifice des joies ordinaires, rien ni personne, n’a pu éroder, déliter, corrompre, l’indéfectible passion qui les anime. Ça assure grave. Le respect, voire la dévotion que le B.Boss leur inspire, transpire de la moindre de leurs notes, du plus petit de leurs déhanchements boudinés.

Tout le monde, celui du subtil, de l’invisible est là. Les Hiérarchies sont en visite et planent comme autant de vortex rutilants aux dessus des têtes blanches. On leur a donné bien des noms, bien des desseins depuis les origines. On a tué en leur honneur, on les a aimés, adulés, on a menti, on a cru les utiliser, les asservir… Naïvetés! Les légions n’ont pas de maître sur terre, et sont sourdes aux élucubrations étriquées de l’entendement fini des hommes. Ce soir, elles protègent et exaltent les vieux missionnaires du Blues. Allah, alias God, Bouddha, Zoroastre, Zeus, Jupiter, Adonaï. YHVWH, est là. Il anime, sans les guider, les mains des porteurs de lumière, de ceux dont les pieds sont ancrés dans la terre, et dont les têtes s’abreuvent aux arpèges surnaturelles.

Le rythme du Diable est dans les souliers vernis de B.B. Ben oui, il est comme ça le Diable. Du genre à choisir les souliers, les croquenots, les godasses, les pompes, qu’on ne regarde jamais, mais qui pourtant tracent la route bleue. Ce sont eux qui dirigent la manœuvre. On ne voit qu’eux, grands panards habillés de nuit flamboyante, habités par l’incoercible passion du rythme. Ils battent à l’infini et pour l’infini, comme deux cœurs noirs de velours moiré.

Du cœur de l’amphi, B.B est au théâtre. «Deus ex machina», il est entré sur scène, a salué la foule et d’un petit geste de la main, l’a prise en main. Tout au long du spectacle, car c’est bien d’un spectacle qu’il s’agit, rôdé, carré, à l’américaine, il jouera gentiment avec le public. Grand moment que celui de la présentation des musiciens qu’il maltraite, avec humour et tendresse. Miracle des miracles, son bavardage incessant que malaxe l’accent grasseyant du Sud, est compris de tous. Les rires fusent pile-poil!!! Et surtout, oui surtout, B.B réussit à donner le bon tempo. Tout le monde bat des mains en rythme.

Et ça Madame, jamais vu, je n’avais!

Un quart d’heure d’une heure et demie, qui s’en est allé comme une eau claire, dénouer ma gorge serrée.

Rock me baby, but rock me slow…

EVENIMOVENITIVICICONE.

DANS LA MAIN DE MON PÈRE…

J. Patenier. Charon traversant le Styx.

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Quand il pleuvait dru…

Quand le soleil faisait luire le bitume prêt à fondre…

Quand à l’automne, les feuilles des Ginkos Bilobas tombaient à terre en tournoyant, telles des queues de petites baleines agonisantes…

Quand les orages violents de l’amour maladroit,déchiraient la poitrine de l’enfant pétrifié.

Par tous les temps, en toutes saisons, mon père enfournait la menotte de l’angelot dans sa large main. Le très petit que j’étais – qui garde le souvenir mouillé de ces instants fugaces de bonheur parfait -, levait régulièrement les yeux vers ce visage qu’il ne voyait que de profil. Ça le rassurait. Une onde douce et chaude l’enveloppait, le nourrissait, l’apaisait. Elle donnait à ses regards d’enfantelet cette brillance sereine, celle d’un astre à son lever qu’aurait filtré un très vin blanc. Dans le vague de sa conscience naissante, il regardait la main de son père, si douce, si chaude, comblante, dans laquelle il se nichait à chaque fois qu’il le pouvait, comme un oisillon qui attendrait ses plumes…

Sur la petite table, qui jouxtait son lit de misères – qui n’en finissaient plus de l’écraser comme un raisin trop mûr -, dans l’obscurité de cette chambre aux volets clos, brille son alliance. Sans qu’il m’ait même été permis de penser à tendre la main, l’anneau d’or qu’il porta sa vie durant, et qui luit dans la pénombre de son absence – si surprenante que mon cœur, un instant, ne pulse plus -, s’est enroulé autour de mon annulaire gauche. Trop grand. Et mon doigt trop petit. Comme sa main qui tenait naguère le bout de mon aile de verre. Je la revois, décharnée, réduite à l’essentiel, toute d’os et de peau translucide, presque froide dans la mienne. Dans ses derniers temps, régulièrement, je lui rendais un peu, trop peu, de cette énergie, de cet amour discret, qui m’avait construit, puis protégé tout du long de mes cahots. Efflanqué comme un vieux loup de verre, le loup de mer me souriait toujours, oublieux de son état. Dans le bleu, autrefois outremer, de ses yeux doux, jour après jour, l’opalescence s’installait. Les yeux du moussaillon devenaient blancs, comme ceux des grands poissons, échoués sur les sables ivoirins des mers transparentes. Si proches des au-delà. Doucement, lentement, imperceptiblement, ils s’éteignaient. La camarde, la garce-charogne, comme à son habitude, silencieusement implacable, gagnait la partie et lui suçait la vie.

Prenant son temps, comme à plaisir.

Nous avons souvent parlé, à petits mots lourds, de l’instant abolissant le temps, de ce dernier «passage de la ligne», qu’il savait imminent. Il me souriait, soucieux de moi, digne, alors qu’aucune foi ne le pouvait aider. Sans doute, qu’autour de lui les vortex incandescents de tous les anges réunis à son chevet le calmaient? Je lui disais la paix qu’il connaîtrait, l’Amour total qui l’accueillerait, la certitude que nous nous croiserions de nouveau, plus tard. Après, dans ce longtemps, très proche au regard de l’éternité. Il m’écoutait en silence. Puis il me souriait, de ce regard d’enfant qui fut le mien jadis. Plus personne, jamais, ne m’emmènerait nager en riant sur les flots paisibles de ses mers intérieures. Jamais, non plus jamais, je ne plongerais dans la fraîcheur céruléenne des yeux de mon papa…

Fra Angelico. Ange en Adoration.

Cet homme aimait à rire et la compagnie de ses semblables lui plaisait. L’humour ne l’a jamais quitté. Il est passé de l’éclat de rire au sourire, puis il ne resta bientôt plus que cette brillance glauque dans ses yeux, qui s’éclaircissaient encore un peu, mais à peine, quand mes grosses plaisanteries de vieil enfant en souffrance arrivaient à percer les mystérieuses épaisseurs de sa lucidité défaillante. Très tôt, trop tôt, il me parla des jours d’après. Quand il aurait prit son envol et rejoint les escadrilles fournies des aventuriers ultimes. À moins qu’il n’ait choisi d’expliquer à Charon comment traverser le Styx! Lui, qui, à tout juste seize ans, ramait dans la rade de Brest, torse nu, en plein hiver, embarqué dans une baleinière, en compagnie d’une bordée de moussaillons ivres de vie. «La Danse Macabre de Camille Saint Saëns», me dit-il, aurait à sonner, juste l’instant d’avant que les flammes incinérantes ne le renvoient à la poussière…

Après que ses cinq sens l’eurent quitté, Saint Saëns égrena pour l’honorer les phrases tonnantes et les volutes douces, de sa danse.

Six longues minutes, toutes à lui, les plus longues de ma vie…

EHUMOMITIDECONE.

C’EST VENDREDI ET LE VIN SERAIT MEDECIN DE L’ AMOUR?

 Yoshitaka Amano. Yose.
  

Foutre de Diafoirus, soyons donc de parti-pris, voire de mauvaise foi.

«Le Vin, médecin de l’Amour»? Mais quelle idée!

 Est-ce à dire qu’il faille boire pour oublier?

 Soit, qu’il faille s’imbiber pour fêter?

 La litanie douloureuse, de tous les breuvages qui ont adouci ma gorge, alors que mon cœur d’artichaut venait d’être vendangé, pigé, foulé, par les piétinements délicats des donzelles cruelles de mes jeunes années, aurait suffit à donner aux moines de Solesmes, de quoi pleurer en Grégorien pour l’éternité. En boucle, les Derviches du Couvent de PERİŞAN BABA, auraient pu toupiller de longues incantations, comme une «scansio» à l’infini. Leurs longues robes ondulantes auraient aimer tournoyer, rafraîchir mon chagrin moite, éventer mon front brûlant. Les Soufis aériens, en extase, m’auraient épargné ces libations sans fin, dans lesquelles tombent trop souvent ces cœurs martyrisés, mal égrappés, qui sont à l’amour du vin, ce que la médecine est à la subtilité de l’âme.

 Pour autant qu’il m’en souvienne, peu m’importait que le jus soit d’ «Amoureuses» issu, ou de «Vide Bourses» exsudé… Quand le manque de la délicate me taraudait le coeur et me rongeait les chairs, le plus mauvais des verdagons faisait l’affaire. L’acidité du jinglet, conjuguée à l’aigreur de l’affliction, m’arrachait, même les larmes que je n’avais plus. Alors «Saint Amour» ou pas, je m’en battais les…pampres! Illusion du piccolo en rasades, dont je me gavais… croyant m’anesthésier.

 Seth a jeté Osiris au Nil. Isis, sidérée, le pleure. Croyez vous qu’elle se soit jetée sur les jarres du Fayoum, pleines de vins forts, pour soigner son âme en détresse? Hébétée, rassasiée, elle n’eût pu courir le long des berges du fleuve et retrouver son amant, son frère, sa moitié d’âme, à Byblos, en plein Liban.

 Non, le Temps est, seul, médecin de l’Amour. Inexorablement il apaise ou décuple. Au mieux le vin, aussi délectable soit-il, peut, faute de pire, accompagner l’extinction des petits feux ordinaires dont se gorgent nos sociétés du paraître…

 Mais que cela ne m’empêche pas de célébrer les souvenirs flamboyants de celles qui, parfois, m’ont comblé. Que cela ne m’éloigne pas des douceurs réitérées dans lesquelles m’enroule – depuis que l’âge m’a gagné autant que j’ai gagné sur lui – celle dont le nom m’est plus doux que la robe frissonnante de la pouliche fragile, celle qui a trouvé la clef, celle qui m’emporte au delà des portes de l’Olympe!

 Satyre apaisé, je chevauche la grâce.

 Avec ELLE, mon ultime palindrome, ma ravissante qui me ravit.

 Et le vin, Nectar des Dieux – enfin ceux qui le méritent – célèbre à chaque occasion, les noces toujours recommencées de ce miracle inespéré. À deux, encore à deux, toujours à deux, nous trouverons dans l’humeur changeante des vins en devenir, la force de conjurer le temps. Au dessus de nos verres humides, nos yeux le sont aussi…

 Alors au lieu de le soigner, l’Amour – comme s’il était malade, souffreteux, anémié, exsangue, moribond!!! – m’en vais le bichonner, le faire reluire comme un sou neuf, le caresser comme un nouveau né, ne pas en croire mon coeur, lui baiser les pieds qu’il a mignons, lui parler à voix basse, pleurer ces larmes paisibles que le mystère appelle, lui faire sa fête, à chaque seconde, à chaque bouteille, rire, jouer, chanter, roucouler, me rouler dans l’herbe et dans les plumes.

 En un mot comme en mille Romanée Conti, vibrer, délirer, jubiler –Mozart, à l’aide! – crier, hurler, EXULTER!

 Alors je quitte sans regret les souvenirs anciens des amours mortes, que jamais les vins n’ont pu remplacer, et pour fêter l’Amour vivant qui aime l’unisson d’avec la dive, c’est un Valençay blanc 2007 d’André Fouassier que je choisis de sacrifier. Le bel amour se repait de simplicité

 Quand la galette de froment sort du four, ça sent bon, c’est la fouace. Vous y avez incorporé olives, noix, amandes, tomates, fromage…ce que vous voulez. Et c’est beau, c’est doré, épais ce qu’il faut, ça craque et ça fond dans la bouche, ça vous graisse un peu les doigts. La bonne excuse pour les lécher…

André Fouassier, c’est d’abord cette analogie improbable, pour moi. Je sais, c’est idiot, ça ne tient pas la route de la logique toute puissante. Tant pire! Rien de tel qu’une approximation – souvent, mais pas toujours – pour faire une belle rencontre. Le hasard, cette notion vague à laquelle le scientifique fait appel quand il ne sait pas, «fait bien les choses». Vive les contre-allées, les chemins de traverse, les virages et les hommes inutiles, les rebelles ordinaires, les allumés silencieux, les vaches qui pètent dans les prés, les bois morts que la mer rejette, les pessimistes joyeux, les enculeurs de mouche, le lichen au nord des arbres, les écureuils camés et Jim Morrisson.

 Le regard qui embrasse…

 La robe est pâle comme l’Ophélie de Rimbaud, cadavre exquis dérivant au gré des courants. Littéraires surtout. Quelques reflets verts la moirent…elle flotte depuis longtemps!

 «Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles …
On entend dans les bois lointains des hallalis.
Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir;
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.»

L’odorat qui suppute…

Ça ne pue pas le sauvignon et c’est beaucoup!

Ce nez de vin est une bombe olfactive. Comme si surgissait du passé, l’arrière boutique d’une vieille boulangerie, à l’heure où la fouace, longuement pétrie, sort du four, et méle son parfum brûlant, aux souvenirs odorants des croissants du matin et des crêmes au beurre de la veille. Ça embaume les épices patissières, les fruits jaunes bien mûrs, la banane, la badiane et la réglisse …

Le baiser de la chair du vin…

En bouche, ça ne donne pas dans la demi-mesure. La matière est riche, puissante, pelote de fruits jaunes – toujours – et exotiques, grasse d’une réglisse anisée. Un vin qui ne passe pas sans rien dire, qui vous enchante les muqueuses comme la plus rousse des sorcières le ferait d’un coeur à l’abandon… Une acidité bienvenue perce le gras du vin, équilibrant l’ensemble, qui sans cela, se serait écroulé dans le sucre.

La finale qui tue…

La chair du vin charme et s’attarde. Puissante et souple, elle fait sa «pneumatique», Georges Orwell dixit. La crème de fruits gourmands, comme un soleil finissant, met un milliard d’années à s’éteindre. La réglisse, longuement épicée, lui succède et explose sur mes papilles ravies, que la cannelle apaise. Puis la tension du vin subiste, seule comme une lame de Tolède en Suède et s’étire, ainsi qu’un ressort libéré, pour me laisser une bouche, propre, à l’égal d’un silex sous la pluie.

Sur une compoté d’abricots tièdes, ou à l’apéro.

Et peut-être…

Juste avant ou juste après…

Encore que, pendant?

ETIMOAMOTITANCOTONE!

COMME MONTAIGNE ET ZÉLIGE EN JUDAÏQUE…

Gaston Bussières. Salambo.

Le souvenir de La Boétie accroché à la chair et à l’âme, il galope vers le Château… Je me suis d’abord demandé si Michel Eyquem de Montaigne qui fut maire de sa ville, l’avait entendue résonner sous les sabots de son cheval…

Les pieds à l’écho de la Terre, sous le bitume et les strates empilées des histoires anciennes, je remonte la Judaïque vers la place Gambetta. Comme ça, sans y penser vraiment, l’idée que cette rue est plus une veine qu’une artère, me gratte le derrière de la tête!

Les pensées sont bizarres, elles arrivent sans crier gare, sans s’annoncer. Sans sonner du cor, elles vous prennent au corps, et s’installent. Vous êtes chez elles, plus que chez vous. Elles ont le regard dur de celles qui ont le pouvoir. Vous êtes, sans jamais vous en douter, sous influences. D’où viennent-elles? La seule certitude, c’est qu’elles ne sont pas vôtres. Les idées sont des amantes libres. Pauvres coquebins que vous êtes, avec vos poitrines pubescentes et ces épaules, que vous rejetez – maigres ou musculeux – en arrière. Et ça roule sous vos harnais de loups dociles! Vous ne pouvez que les recevoir et les servir, quand – et seulement – elles le veulent bien.

La rue continue de débobiner ses maisons, rangées comme des enfants sages, tandis que je me bats, sans espoir de victoire, contre les apophtegmes qui m’assaillent comme les derniers des Kényans. OUI, seul le bas-humour, ce très mauvais jeu de mots – celui que vous gardez pour vous, et qui ne fait rire que vous, et encore pas toujours – me libère un instant de leurs tentacules collants. Imaginez les, insidieux, visqueux, putrides et mous. À l’assaut de vos oreilles, vos narines, puis de vos sinus, ils font un bruit de frottis humide. Vous ne souffrez pas, c’est comme un malaise sourd, diffus, indiscernable. Ils s’enroulent, se glissent, se lovent, entre les circonvolutions rosâtres de vos cortex sans défenses. Puis ils vous colonisent le reptilien, vous empaument le cervelet, avant de vous sidérer le bulbe rachidien. Vous êtes foutus. À la mort de la vie! Jamais vous ne saurez, qu’ils vous manipulent, comme le dernier des margotins. Trônes ou Diaboli? Jamais vous ne pourrez, même imaginer qu’ils vous soufflent dans la tête. Vous êtes contraints de vous empêtrer, toujours plus. Vous empiffrer. Vous gaver. Consommer, croire en la sacro-sainte croissance. Ramer. Bosser. Trimer, encore plus, jusqu’à vous traîner, gémissants, au plus près de la mort qu’ils vous préparent. Et basculer, en toute béatitude vers le dam que vous n’attendez pas.

Pour le sens de la Vie, tu repasseras!

La Judaïque, elle, est droite comme un «I». Elle vient de la barrière et file vers Gambetta. Comme la Garonne vers l’estuaire. Telle la veine vers l’artère, direct au cœur. Rien n’a jamais pu la tordre. Des Romains à nos jours, son avancement n’a pas changé. Elle est longue comme une aiguille à chapeau. Paisible. Et j’avance d’un bon pas. Une petite pluie fine et pénétrante, quasi tropicale, force les bananiers à percer le goudron. La Biblique me susurre sa Kabbale, plutôt qu’elle ne me parle. Levez les yeux, et vous saurez. Un peu de ce que voudront bien vous confier ses façades noires où nichent les incubes. En longeant la Piscine éponyme, je l’entends me dire «oui». Oui, elle m’adopte et me libère de l’Octroi. La Judaïque est ma complice. Dorénavant et jusqu’à désormais, je suis chez moi.

Autant que chez elle? Pas sûr…

Une veine quand même, qu’elle m’ait accepté, pour le moment.

Le long de mon dos, la sueur a collé le drap à ma peau, comme le drapeau à l’idée de patrie. Une chape de plomb, froide comme le dernier sarcophage, me fait une tête de pierre, au martyr d’un burin sourd, qui n’en finit pas de cogner. Dam, bammmm! Comme un aveugle, qui donnerait de la tête à la porte d’un cinéma muré. Mes dents crissent, et j’entends sous mes os chanter mon sang. Poisse, matin glauque des réveils douloureux, que les rêves conglutinants empêchent. Mâchoires soudées au chalumeau des angoisses sidérantes, mains froides et pieds bouillants. Je m’arrache à la nuit comme une peau de sole. Dans la douleur des vaisseaux éclatés, à la périphérie des iris écarquillés par le souvenir brûlant de ce moment d’inconscience aigüe, à la force des petits bonheurs à venir, je m’extirpe. Étrange monde que celui des songes.

Plus vrai que nos certititudes à la mords-moi fort?

Accroché au clavier de la machine, les doigts gourds et les synapses soudées, je peine. Sous l’os, mes idées sont confuses, ma conscience sourde est gelée. Je ne suis qu’un obscur récepteur, qui allonge sur l’écran opalescent, des soupes de mots rouges, comme cette pivoine au jardin, qui ploie et se noie, sous le poids des gouttes translucides, froides et pesantes, qui la brûlent. La journée va dégouliner sans que je puisse m’ébrouer…

Sous les onglets du navigateur, sur le panka des pixels flexueux, le «Bureau»…

Je clique et reclique machinalement, les yeux à l’intérieur. Tout en haut, à gauche du burlingue de la bécane à pédaler des mots, et à croiser des fantômes, le petit logo – livre lie de vin – de cave me prend l’œil et réussit à me rabouler du monde du «je ne sais même plus où j’étais». La souris croque le nævus de texels. En deux coups de dent, elle saigne sur l’écran la longue liste des vins, et pointe une ligne que je n’ai pas choisie! Voilà que ça bégaie. Ce n’est pas moi, mais le Fatum qui décide, continûment. La «Caravent» qui passe, Languedocienne du «Pic Saint Loup», 2007, toute en «Ellipse», de «Zélige», fait mine de se donner à moi, comme la dernière des hétaïres…

Mais elle me prend, sans que je puisse piper.

Elle est nue devant moi, posée sur le bureau de cuir et de bois. Le long de son goulot maigre, une fine goutte de sang noir a roulé sur l’étiquette étroite qui la couvre à peine. Une dentelle, de fer forgé fragile, en traverse le ventre blanc. Sur son nombril, gracile est gravée, minuscule tatoo, comme l’arcane d’un tarot ancien : «Ellipse»! Sa mère est Syrah, son père Carignan et l’ami de la famille Mourvèdre. Dans le rôle du facteur : Cinsault. Sous sa peau châtaigne, je devine des trésors…

Dans le cristal fragile arrondi, elle a glissé son offrande. Sous mes paupières, closes tant je suis recueilli, les sables oranges d’un désert alangui au pied de l’atlas, vibrent d’une lumière de fin des siècles. C’est un soleil impuissant qui s’enroule autour de son grenat secret, sans jamais pouvoir en percer le soleil noir du cœur enténébré, blotti et dansant, au creux du ventre du vin.

Dans le sillage de Salammbô qui festoie aux jardins d‘Hamilcar, flottent les parfums de Carthage. Le carnage qui s’annonce est dans le vin au fumet de sang et de viande crue. Mais l’amour rôde et les fruits rouges enchevêtrés, montent en volutes enivrantes du vin qui se déploie. La fraise est masquée un temps, par le noir de fruits puissants, qu’exalte la menthe poivrée. Vin de vie, qui suinte la renaissance de ces raisins noirs transfigurés.

Mais que réservent à ma bouche craintive, ces parfums, tellement imbriqués, qu’ils en deviennent bien plus fondus que moi? L’abomination des confitures boisées, qui sont au vin, ce que je suis à la littérature? Dieux du vin, Ahura Mazdâ des effluves, Shesmou des pressoirs antiques, ne faites pas de ce vin, un de ces baumes onctueux et lourds, qui embouteillent les rayons colorés de nos cavernes, dont les néons artificiels et aveuglants, chantent l’uniformité! Puissiez vous donner à ma bouche impatiente, ce que le Languedoc, enfin recherche. Ce vin élégant, équilibré et frais, qui de tout temps, rafraîchissait les voyageurs intrépides.

L’aubier, fuligineux et tendre, de de ce jus soyeux, serti dans son écrin grenat, tapisse de ses tannins mûrs et légèrement croquants, l’épithélium craintif de ma bouche inquiète. Mais la punition redoutée m’est épargnée. Les Dieux, en ce jour, sont Amour et me donnent à goûter belle matière maîtrisée. Et de ces fruits mâtures, juste l’instant d’avant qu’ils ne basculent dans l’excès. Arrachés au soleil, quand après avoir donné la vie, Amon-Ra s’apprête à brûler les baies qui auraient oublié… qu’il peut aussi donner la mort. Bienheureux ceux qui croient aux équilibres, aux élégances, que seule la mesure permet d’ espérer.

«Ellipse» en est la preuve faite vin.

Les fruits s’attardent, généreux et friands. Puis le salto avant, que ma gorge déclenche, libère un souk d’épices cacaotées et caféiées, qui m’arquepincent la tête et les sens. Le Zellige des splendeurs Marocaines, comme un papillon invisible, a caressé d’une de ses ailes ce jus gourmand, et l’a poudré d’un voile multicolore d’aromates subtiles. Elles prennent leur temps, diablesses rompues aux subtilités des plaisirs réitérés. Fines, elles s’insinuent et me donnent à frôler l’âme mutine du vin, lentement, voluptueusement. Au bout du plaisir, la trace, droite comme La Judaïque, du socle de pierre, qui permet à la vieille rue de traverser la ville et les temps.

À se révulser les mirettes!

L’odalisque au ventre blond, qui m’est chère, dort au loin. Elle aurait aimé.

EVENMOTRETIDOUXCONE.

UN GANEVAT GAGNANT PAS GAVANT…

  

 

  De «Chamois» ailés, en «Paradis», il fallait bien que J.F Ganevat, en totale exaltation, un soir automnal d’après son dur labeur, glissât sur quelques peaux de raisins oubliées, lâchât la bouteille de marc distillée par son papa – qu’il ne faisait que regarder – se souvenant de son jeune âge… et que – enfer et damnation – celle ci tombât dans une cuvette de jus de Savagnin fraîchement pressé.

Le temps s’arrêta au cadran de la Jurassienne, tandis que Jean François, estourbi par sa chute, le crâne historié d’une bosselette zinzoline, se reposait, un peu éteint, quelque moment. Au réveil – difficile – les tempes vrillées par un tire-bouchon virtuel qui semblait vouloir lui manger les yeux de l’intérieur, fou à Rotalier, il contempla ce qu’il prit pour un désastre. Une bordée de jurons du cru lui remirent les yeux en face du bouchon.

Il comprit qu’il était temps de se glisser sous l’édredon…

C’est ainsi que cette «Apothéose», faite Macvin, vint au jour dit-on. Certes, je n’y étais pas, mais c’est ce qui se dit dans les caves, par là-bas, à voix basse… Sûr qu’un montagnard qui a fait ses classes en Bourgogne, ça fait un peu désordre en ces contrées reculées. Certains autochtones, gardiens des traditions immémoriales, n’y cultivent-ils pas l’art des sonneries à l’Olifant, les soirs d’après dégustations un peu longues? Il paraît même que le Juraco-Bourguignon et le dégustateur-sonneur aiment à faire le bœuf togetheurs.

Légendes, médisances, jalousies?

Rien de bien grave ou très méchant là-dedans. Une bien belle anecdote croquignolante et locale, qui nous change un peu des courses à l’échalote Élyséennes, dont les médias complaisants, nous bourrent les esgourdes, à longueur d’images proprettes. Autrement croustillant, que les frasques Jet-Settées des grandes bringues falotes, qui dégoulinent leurs poitrails siliconés et leurs culottes sans chevaux, sur les couvertures glaciales, des mégazines insipides, qui formatent les cortex anémiés de nos enfants fragiles…

Bon et le Macvin dans tout ça?

Tout frais échappé de la cave, il s’est installé au creux accueillant de mon beau grand verre sensuel. La chaleur, brutalement, s’est abattue sur les vignes Charentaises. Une petite brise côtière frise les feuilles tendres des arbres nouveaux nés. L’atmosphère est calme en cette soirée douce, propice au flirt vinique. Macvin, macvin, mac qui aime à goûter avec moi les vins de nos fusions… Le premier et dernier croisé, au détour d’une soirée sans relief, m’est bien loin en mémoire et portait un nom Majoral et le prénom anodin d’un tube de Balavoine. Souvenir d’une liqueur sucrée, à la finale abruptement âpre, qui m’avait fait abandonner l’idée d’y revenir un soir, même en fin d’une de ces vêprées glauques, qui font affleurer les désespoirs empilés…

Mais «Ce qui ne me détruit pas, me rend plus fort» disait l’ami Friedrich à moustaches. Alors, m’en allai retenter l’aventure illico!

Sera-ce divin ou Jurassic-marc?

J’avais cette phrase, idiome idiot, à l’esprit, quand, le front plissé et l’œil mi-clos, je me décidai à regarder le breuvage qui tremblait à mi-verre. J’essuyai à peine les rondeurs du crown-glass (spécialement taillé pour la circonstance, chez Leitz). La légère buée qui le nimbait, donnait à la mistelle, une opalescence qui fit place à la limpide brillance des ors ambrés et des calcites oranges – au bord du sang – parfaitement fondus, dès que la peau, tout juste tannée du Chamois de Ganevat, rendit au poli du cristal, sa liquidité première. Je levai le Graal à la santé du soleil finissant. Ses rayons rasants lasèrent la liqueur, qui diffracta mille arcs-en-ciels fragiles. Une robe à faire silence. Que je garderais plus volontiers au secret de ma mémoire, que l’hypothétique corps – fut-il de pur albâtre – qui aurait pu s’y blottir…

Quelque chose d’une tendre absence, me traversa le cœur…

Je fermai les yeux, embués à leur tour, et fit le vide. Je me fis nez, totalement. Plus concentré que le plus puissant des natrons Thinites, je me penchai. La fraîcheur de la cave donnait aux arômes un relief marqué. Dans l’ordre d’apparition sur scène, ce furent les fruits confits, l’angélique particulièrement. Puis la menthe et le citron vert saluèrent longuement. Le miel passa timidement. La menthe, au contraire, cabotine, n’en finit pas de s’étaler, fine et fraîche. Ils avaient attendu leur heure, pour mieux apparaître, en toute puissance. Intimement unis, le cèdre, le genévrier, le cade, qu’encadraient pruneaux au jus et purs Corinthes, prirent le temps de faire belle révérence. Sur trois jours, le bouquet fut aussi changeant qu’une brassée de courtisans emplumés.

Le baume me prit la bouche, en un grand et long baiser. L’attaque fut étagée, tripartite! A parts égales, sucre, acidité et piment m’emmenèrent en Trinité! Une vraie sphère solaire pétrie de fruits confits, de sucre candi, d’essences apicoles, s’installa, indolente. Elle tourna et roula comme un derviche fou, avant qu’elle ne laisse percer par de fines lames acides puis trouer par le jus des piments rouges…

Beaucoup de précautions en fait pour vous dire que ça finit franchement «minéral»! Quand je dis que ça finit, ça prend son temps… Ça s’éternise, ça se dépouille tout doucement, comme la strip-teaseuse dont vous avez toujours rêvé…. Au bout du bout de la finale, le noyau poivré d’une mangue, longuement sucé, subsiste.

À la re-lecture, je me dis que ce Vin pourrait être à la chair, ce que l’Amour est à la pornographie!!!

Comme une Apothéose

 

EÉMOBERTILUCOÉENE.

AU SOMMET DU SAUT, LA DOUCEUR DU DOLCETTA DE L’AUBE…

 Fra Angelico. L’Annonciation.
 

 

  J’ai planté quelques bulbes de «Vinum bonum laetificat cor hominis», oubliés depuis le crépuscule des Temps, au fin fond des greniers redondants de ma vie moderne. Dans mon Jardin Secret. Là, à l’abri des vapeurs méphitiques qui me nettoient le cervelet – à le rendre transparent, fade et mimétique – luttant contre les forces contraires et submergentes des «FrontsdeBoucs» et autres «Twoisillons» anémiés, qui gazouillent à perdre becs et ongles, le long des allées convenues du «conformisme à la mode» (magnifique pléonasme en fait si l’on y regarde bien), parcimonieusement arrosés par les eaux tièdes des fleuves malingres et déminéralisés de la Précaution et du Bien-Penser associés, ils se réchauffent difficilement au Soleil mourant du tissu social bafoué. Ils croissent petitement, assourdis par les croassements assourdissants des «Winners» conquérants, et les puérils enchantements des «Datings» à la petite minute. L’Univoque Médiocrité des Petits maîtres à gouverner, pèse de tout le poids mièvre de sa puissance affichée, sur leurs jeunes coques sidérées.

Surmonteront-ils ces épreuves harassantes, et remettront-ils au jour, la joie de fouler encore les chemins de traverse, contre miasmes et diarrhées? Leurs enfants que j’espère rebelles, le vivront peut-être un jour, tandis que depuis quelques lustres, siècles ou millénaires, je sucerai la racine des derniers pissenlits à disparaître…

Je leur souhaite néanmoins, de connaître encore longtemps, les petites joies des vents coulis, des ruches prolifiques et des baisers soyeux.

Pendant ce temps – que les Itinérants de la Com hystérique déchirent à coups de quenottes, blanchies sous les brosses à reluire – quelques obscurs s’accrochent à leur amour du vin, comme autant de papillons téméraires face aux vents mauvais de la déréalisation ambiante. Sur les pentes abruptes des collines Piémontaises, le Sieur Sottimano «Ti amo imo pectore », soigne les enfants de sa vigne. Les chants cristallins des rouge-gorges amoureux, ponctuent sa tâche, de leurs ariettes mutines. Les rangs anciens de «Còtta», pointent vers les cieux leurs griffes crochues, que les premières feuilles fragiles, adoucissent. «Cùrra», et «Pajoré», chenus, courbés sous la mémoire de leurs vendanges passées, remontent au bout de leurs bras raccourcis, la sève nouvelle, puisée tout en souffrance (la vigne est de «culture» Judéo-chrétienne…), au tréfonds des sols avares. La nature vit sa vie, lentement, comme il se doit… Je ne connais pas Andréa, si ce n’est, ce que m’en ont dit mes amis, dont un sang mêlé (mi-bouchon-Lyonnais, mi-Corléone) et un amateur à poil doux, absolument fiables. Or donc, comme je les aime, je les ai crus, et j’ai pris leurs dires, pour amour comptant. Or donc bis, un homme fin, généreux – même plus que très – simple, qui vous invite à la table familiale, s’il vous sent sincère. Goûtez ses vins, ils vous en parleront.

La sinusoïde fleurie est mon chemin préféré et ce sera ma seule concession à l’attitude scientifique! École buissonnière et fourrés, fourrés de nids de plumes d’oiseaux et d’oies blanches, chemins de traverse qui vont droit aux essentiels. Contre-allées latérales, qui ne quittent pas le droit chemin, mais le bordent et jamais ne le prennent. Flâneries au ralenti, versus le temps des impatiences fébriles, des priorités et du rendement, sans engagements réducteurs, sans chapelles révérées, sans gourous enamourés. À la recherche effrénée mais lucide, d’une Liberté qui se refuse, d’un idéal, dont la force est d’être à portée, mais jamais tout à fait…

Mais il est temps de me lancer à la conquête du «Sommet du Saut» – traduction, vérifiée es-qualité – du dialecte Piémontais «Bric del Salto», qu’Andréa me donne à boire en Dolcetto d’Alba 2008. Petite douceur de l’aube? Je n’en vois qu’une, la hanche ronde et douce sur laquelle ma main au ralenti, aimerait à se poser tendrement, au réveil.

Les étiquettes d’Andréa sont sobres, pas du genre «je m’la pète comme les œufs». Noir sur crème, et fin liseré doré. Rien de très top-tendance-nom-original-à-la-con! Une sobriété, qui laisse au vin tout son mystère. Et rien de tel que le mystère, pour me fouetter les sens et l’imagination. Le congé doré, qui ajoute au charme discret de ce flacon Buñuelien, me pousse, à ces rêveries indolentes que les siestes estivales inspirent.

Sur le terroir de Neive, les très vieilles vignes de dolcetto, donnent à la robe de la douce, une profondeur pourpre intense, dont hélas manquent bien des regards, plus proches des janthines pélagiques à flotteur muqueux, que des yeux mauves de Madame de Guermantes. Ainsi va le monde, qu’il faille chercher la vie dans les yeux du vin… Discrets, introduisez-vous dans ces soirées «Wine-victims» qui sont au vin ce que le Rap est à Fauré et rassasiez- vous des jacasseries branchouilleuses des caracoles charmantes, somptueusement souquenillées, qui pullulent en ces lieux sans âme, et polluent la Toile de leurs remarques insipides et de leurs commentaires creux. Dans les rangs des vignes, au soleil déclinant, quelques pies à queue noire jacassent elles aussi. Elles se jettent-set-et-match, aussi niaises qu’affamées sur les gouttes d’or, que le soleil joueur, pose sur les tiges folles des herbes mouillées.

Un vin de mûre, sous les deux appendices, puis de cerise et de fruits rouges en foule, avec une myrtille, une seule au bout de l’olfaction et de la bouche – goutte subreptice d’acidité – qui perce la trame d’une matière conséquente, du bout de sa vivacité. Un jus fluide, glissant, qui imprègne le palais du bonheur de boire. À l’avalée, étrangement le vin est en suspens. La finale est remontante, riche de tannins serrés mais mûrs qui gratifient la bouche, après que la réglisse a passé, d’une légère et élégante amertume.

Au sommet du saut, le temps s’arrête, l’athlète suspend son vol et tutoie les Anges.

Comme s’il entrait en éternité…

Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !

Suspendez votre cours :

Laissez-nous savourer les rapides délices

Des plus beaux de nos jours !

 

ESAUTMODETILANCOGENE.

LA DIVINE SURPRISE…

Vraiment pas pour faire ma chochotte, mais ce bandeau sus-affiché, quand même, c’est pas beau???

Envoyé à l’instant par le demi scarabée, qui, sous ma très virulente direction, m’a, plus que largement très aidé à mettre en forme et en ligne, ce Blog! Petit Yaka de Ch’Nord, sois, ici, en live, très sincèrement remercié! Vous dire tant que j’y suis, que l’animal est, très exactement, ma moitié d’âge. A nous deux nous sommes trois…

Le Blog est encore bien jeune. À peine plus de cents jours, lui. Pourtant je lui dois déjà – c’est fou ce que je dois – plus de rencontres franches, joyeuses, sans arrière-pensées, qu’en bien des lustres, d’avant qu’il ne vagisse sur la Toile. Je ne citerai pas tous les confraternels Blogueurs – quand même le très oecuménique Sonneur Jurassien qui m’a fort gentiment « intronisé » sur son espace ultra fréquenté – avec lesquels je partage le bonheur d’aimer les Vins, tout esprit de Chapelle absent (tandis que sur bien des Fora, le combat des Egos bat son plein), et les mots surtout. Je souris de toutes mes vraies dents à toutes les charmantes qui me lisent, toutes uniques et différentes à la fois… À La très sémillante F E, à la trés pétillante T’Ch, à la près polyglotte I, à la très Parisienne M GG, la très mutine Evoenos et à toutes celles qui ne me lisent pas encore, mais dont la vie va changer dès qu’elles s’y mettront.

Un clin d’oeil appuyé, bien sur, aux Navigateurs rebelles qui préparent – et j’en suis- une piraterie de haute volée…

Mille excuses enfin, à toutes celles et ceux que mon humour de charretier et mes hallucinations itinérantes, indisposent peut-être. Qu’ils soient certains que j’aurai l’inélégance de continuer. Que toutes les Pipettes, les Mangeurs, Les Fédérésmais pas cons – les OenoBons, les Cateurs pas Vindi, les Live from Burgondia… j’en oublie, soient remerciés d’exister….

Que l’Amour de ma vie continue, au travers des difficultés, à me sourire, et à partager – en pensée pour le moment – le verre, au creux duquel scintille, devant mes yeus embués, le Nebbiolo d’Alba Duemilasette 2007 d’Albino Rocca, que je déguste, à petite lampées gourmandes, en vous écrivant…

J’embrasse goûlument, à bouche forcenée, mon Matou, le Nico, Paulo, Cyril, Sandra, Géraldine, Sylvie et surtout, plus que toutes, la mini-jolie Marilou!

Puissent les Dragons de Komodo partager ma joie!

EHUMOMITIDECONE…


SUR LES AILES DES ANGES…

Ange. Anonyme.

Stan déroule ses notes de soie feutrée, qu’une touche de raucité exalte. Oscar, petite boule accrochée au piano l’accompagne, le sert, avant de partir dans la côte, d’un seul coup de rein… Ça feule autour des larmes d’ivoires, c’est d’une tendresse exquise, ça me remue la moelle de l’âme. Lionel et ses gouttes de cristal, musicales, tendues et rondes à la fois, comme les plus élégamment équilibrés des grands blancs que la Bourgogne permet. Comme les caresses réitérées du beurre tiède de la pulpe de mes doigts, sur la hanche ronde de l’amour de ma vie, endormie…

Dieu que c’est beau et bon!

Que de mois, que de jours, que d’heures, que de secondes. À espérer, à rêvasser, à bailler, à vrombir, à fulminer… Aux souvenirs d’organsin d’une peau tendre envolée. Aux fumerolles d’encens. Aux fragrances intimes. Collés à l’âme, soudés à l’os. Qui vous persillent la chair. Des stigmates opalescents qui marquaient ma conscience trouble, de la ressouvenance tremblée de cette silhouette à nulle autre pareille, de la pivoine tendre et de l’émail de son sourire. Comme une lente désespérance qui n’en finissait pas, qui se traînait, éprouvante, délétère, acide comme un mauvais vin, comme une messe à l’envers, comme une eau de tribulation…

Jusqu’après le neuvième cercle des pires géhennes,

D’où l’on ne revient jamais plus,

Je m’étais perdu.

Là-haut, sans doute me contemplaient-ils? Pures énergies d’amour, vortex sublimes, ils souffraient de mes affres et me soufflaient le chemin que je ne voyais pas. Tout ce temps, Geburah pesait sur mes épaules, de l’atroce et juste accablement qu’exercent les Maîtres du Karma.

Plus lourd que ça, tu meurs!

Alors, dans un revirement des destins dont ils ont le secret, les Anges fulgorèrent. Ce fut au prix d’autres douleurs, que cessa l’insoutenable solitude des cœurs. En ce printemps que la terre n’en finissait pas d’accoucher, le bleu tendre de mes ciels intérieurs s’illumina doucement, en prenant son temps.

Peu m’importait maintenant qu’il plût, tonne et vente!

Je retrouvais le pays du grand beau…

Il paraît que les Saints sont de Glace en ce début mai? Du Beaujolais aux terres Oriennes, en croisant les Roches jumelles au passage de Fuissé, ils seront carrément coagulants.

L’Auberge de Clochemerle, au creux de Vaux en Beaujolais est un havre de finesse et de bon goût. Delphine est en salle. Longue comme un bambou blond, sans jamais trop en faire, elle ne vous reçoit pas, mais vous accueille. Les nids fleuris qu’elle vous propose (Gentiane, Camélia, Orchidée…) sont de vraies plumes de tourterelles qui vous poussent à roucouler. En cuisine, avec son air d’ado pas fini, Romain Barthe (une homonymie pareille ne peut que vous rendre subtil…) est à l’assiette ce que Chopin est à Beethoven. Faites lui confiance, il vous promènera les papilles le long de ses secrets. Cela s’appelle le menu «Plaisir». Voyage inventif, dont chaque étape vous dévoile un peu de ses arcanes. Tout y est finesse, grâce et subtilité. Aux antipodes de la barquette pour cosmonaute et/ou des luxes gustatifs habituellement révérés, vous finirez – oubliant (mais pas vraiment..) les charmes de votre compagne – par fermer les yeux, bercés que vous serez, par la salsa des croquants, le tango des moelleux, la valse des soyeux, le «molto vivace» des épices, furtives et troublantes, qui mettront vos sens en lévitation. Pour revenir, sur la terre souvent trop ferme des additions massives, sachez que les prix vous renverront aux temps anciens d’avant l’Euro… Et que dire des vins qui promeuvent à prix doux, les plus beaux Crus du cru? Un Morgon «Javernières» 2008 de L.C Desvignes, à la chair conséquente, aux tannins veloutés et au glissant crémeux, se roulera avec finesse entre les plus délicates des textures qui n’en finiront plus de vous complaire. Lorsque vous regagnerez votre nid de plumes, au détour d’une fenêtre basse, en attendant mieux, les mamelons assoupis des collines avoisinantes vous souhaiteront bon repos.

Après une petite halte froide et pluvieuse à Fuissé, le pèlerinage se poursuit en Côtes de Beaune. Saint Romain, haut perché au pied de ses falaises, vous accueille. Plus précisément, c’est à la Maison d’Hôtes de la Corgette que vous prenez vos quartiers de presque hiver. Impressionnante la maison, aux chambres perchées comme des refuges au plus haut d’escaliers, dans le dédale desquels, les enfants que nous fûmes, auraient aimé avoir pu jouer. Véronique double-nom, presque sosie de Sharon Stone, règne en douceur sur les lieux et surtout – et cela est de haute importance – sur les petits déjeuners gourmands…

L’heure est aux replis, tant le temps ne veut pas. Pluie et froidure. Les Saints qui sont aux seins ce que l’esprit est à la chair, sont proches de l’apostasie! La Bourgogne a ceci de spirituel, qu’elle vous offre ses caves, sombres comme des cryptes anciennes et plus nombreuses que raisins sur vieux ceps bellement conduits. Quoique enténébrées, elles vous illuminent le cervelet, tant l’accueil qu’elles vous réservent… le plus souvent, est discrètement chaleureux. Vous n’en abuserez pas, parce vos moyens sont à la mesure du temps des pèlerins pauvres et que les vins par ici, quoi qu’on en dise, ne sont pas ordinairement bradés. Alors vous en visitez deux, parce que ceux qui y élaborent leurs élixirs, qu’ils fassent Œuvre au blanc ou au Rouge, sont de vrais Alchimistes, toujours insatisfaits, en quête perpétuelle de leurs limites, de leur «Vin Philosophal». Cette improbable perfection, qu’au delà de leur humanité ordinaire, inconsciemment, ils recherchent. Ils ne sont que le «Chemin», sans jamais savoir, ce faisant, qu’ils œuvrent à leur propre évolution, plus spirituelle qu’il n’y peut paraître. Souvenez vous que la Bourgogne des origines, de Cluny à Citeaux, est terre de moine, au creux de laquelle la matière vise à retrouver le «Spiritu»!

Passé Chagny, vous côtoyez les merveilles…

Vous longerez, timides, les murets de pierres sèches du Montrachet, vous passerez Puligny la pâle aux murs d’ambre. Droit, presque tout droit, vous entrerez à Meursault dont les façades parlent d’opulence. Vous enfilerez la rue de la Velle, «la génisse qui veut?» pour vous parquer en douceur – à droite toutes – dans la courette étroite du Domaine Buisson Charles. Là, Michel, au sourire et à l’œil pétillants, au verbe mesuré et aux gestes lourds du poids discret des affections sans chichis, surgira de nulle part,. Puis Catherine, toute en courbes onctueuses, vous sourira du bout des doigts. Enfin Patrick, Essa voix grave, vous dira peu mais bon – l’œil bavard – ce que sa retenue peine à exprimer. Non pas qu’il ne sache – il sait le bougrot – mais parce que sa parcimonie sans affectation, donne aux mots le poids qu’il faut. Sans que vous n’ayez rien vu venir, vous vous retrouverez entre verre et pipette, à faire la ronde des fûts. Le nez, la bouche et l’âme, au cœur des 2009 en élevage. Moment à plein temps, hors du temps. Rire et gravité, comme une métaphore de la Vie. Sûr que ce millésime, qui se met en place à son rythme, ce vrai rythme que nos empressements futiles ont oublié, sera beau. Toutes les cuvées du générique aux «Santenots», ronds et pleins de la chair des fruits mûrs des Juins à venir, auraient plu à Tchekhov! La brochette Murisaltienne – des (très) «Vieilles Vignes» au «Charmes», en passant le long des «Tessons», «Cras», «Bouchères», «Goutte d’or» – vous enlace en finesse, sans jamais chercher à vous séduire, façon «regarde voir comme je suis belle et bonne »! Vous retrouvez alors ce que Beaune et sa Côte peuvent donner de finesse de tension et d’équilibre, de richesse contenue aussi. Vous vous sentirez plus proche de l’ostensoir que de l’ostentatoire…

Les caisses au coffre, vous repartez…

Cette année, vous ne dépasserez pas Beaune, car elle vous a convié ce soir aux Caves de l’Abbaye dont les pilastres anciens s’enroulent autour de vous. François, Pascal et Aurélien, Maud aussi, que vous ne connaissiez ni d’Ève ni d’ailleurs, vous y ont invité. La Toile a voulu que leurs chemins croisent le votre. Ne résistez jamais aux surprises du Destin, vous passeriez à côté des essentiels, que nos futilités aveugles ne perçoivent que trop rarement. Vins prestigieux de vignerons nouveaux et assiettes de bons produits régionaux battent la mesure des échanges qui se bousculent, au portillon de nos curiosités mutuellement avides. Le Charivari Tohu-bohuesque d’une cohorte d’Américains en goguette, n’empêchera pas la bulle rose des amitiés naissantes de palpiter. Au cœur des agitations, comme un silence qui bat – soie fragile – comme un c(h)oeur unique. Comme une poudre chatoyante d’écailles de papillon sur les doigts d’un vieil enfant surpris…

Pas plus tard que le lendemain.

La pluie froide, compagne indéfectiblement fidèle du séjour, continue à vous clouer (à toute chose malheur est bon!) sous l’édredon. Il faut bien que vous vous en extirpiez pour gagner, l’après-midi avançant, Chassagne-Montrachet. Le Thibault Morey du Domaine Morey-Coffinet vous y attend. Ce sont des retrouvailles, que ce taiseux de Thibault vous offre avec délicatesse. Vous vous perdrez pour mieux vous retrouver dans les cryptes anciennes des caves du douzième siècle. Le long des impressionnantes rangées de fûts, pleins des jus en élevage de presque toutes les parcelles essentielles de Chassagne, vous écarquillerez vos mirettes de buveur halluciné, lorsque la faible clarté des lieux vous fera deviner – plus que lire – les noms des «Caillerets», «Dents de Chien», «En Remilly», «La Romanée», «Blanchots-Dessus», «Les Farendes», «Les Pucelles», «Bâtard Montrachet», en blanc et «Morgeot», «Clos Saint Jean», en rouge. Tout 2009 est là qui ronronne en silence sous les douelles. Alors vous aurez droit à la pipette infernale, celle qui enchante, qui ravit, qui comble, vos voeux les plus fous…

Oh oui, comme vous aimez que Bourgogne la Blanche vous emmène sur les chemins escarpés de l’équilibre. Qu’elle vous caresse l’échine du fil élégant de sa lame. De surcroît, vous rêvez que les fleurs d’acacia, d’iris, de tilleuls, vous puissent chatouiller les naseaux. Que vous avez exigeants et taillés fins. Qu’outre le nez, vous ne détestez pas que la chair mûre de la pêche blanche, voire le brugnon pâle ou encore la mangue et/ou l’ananas – mais en soupçons – vous tapissent sensuellement la chambre des plaisirs oraux. Qu’après cela, vous adorez aussi, que les épices fines, du côté de la menthe, du gingembre, de la réglisse (mais subtile et pure) et du poivre, blanc comme la craie sous la pente, s’allongent longuement, langoureusement, au-delà de la fameuse finale, dans votre gorge énamourée.

Mais Bourgogne la Rouge vous trouble tout autant. Du «Clos Saint Jean» au «Morgeot» vous voyagez dans les ondes rubis, des jus des plus frais des pinots. Vous passez du Yin délicat du Clos, qui célèbre la Burlat, au Yang plus sombre de la cerise noire du Morgeot, dont les jeunes tannins fougueux, vous mordent un peu les gencives.

Alors, pour sûr, vous vous dites, pantelants, que vous avez bien fait de pousser la porte de la caverne d’Ali-Thibault-Baba!

Le retour aux réalités quotidiennes, l’inévitable retour au bercail, vous surprend la veille du matin du départ…Mais vous avez eu bonne fortune sur ces terres bénies et vous n’y pouvez mais! Alors…

Et moi tout comme vous…

Le ciel vous accompagne, chargé des nuages sombres de vos regrets. Quelques éclaircies, subreptices, vous disent, que les cliquetis célestes qui vous font croire un instant que Lionel s’agite au fond de votre coffre – au passage des dos d’âne qui sécurisent les villages que vous traversez – vous parlent des petits trésors, qui illumineront, au fil des mois à venir, vos soirées ordinaires. Sur l’asphalte figé- mouillé qui vous précède, comme la vie que vous n’en finissez pas d’avaler, les reflets multiples des bohneurs récents, vous parlent déjà des joies et des épreuves qui vous guettent encore.

EDEOMOGRATITIASCONE.

EN ATTENDANT QUE COULENT LES VINS DU VENDREDI…

Dante Gabriel Rossetti. Veronica Véronèse.
 

 

 Tout le monde sait que Vendredi est jour de Vénus!

Les autres jours de la semaine la célèbrent à l’envi, aussi et plus souvent que rêvé. Mais ne divaguons pas. Sur FB, Twit…vous en entendez parler. Le dernier Vendredi du mois, les amateurs de toutes plumes se fendent d’une contribution vinique autour d’une bouteille. La dive est choisie dans le cadre d’un «thème» décidé par le(a) Président(e) du mois. L’idée d’un «éphémère» – ne sommes nous pas, tous, de passage, au regard de l’éternité du temps, qui dépasse nos entendements finis de petits humains qui «s’la pètent» (A. L Chad…dixit) – permet aux sensibilités de toutes soies de s’exprimer, à toutes les amitiés de donner leur meilleur.

Et cela n’a pas de prix! Si ce n’est celui du partage gratuit.

Je voudrais, sous ces mots, rendre un hommage, discrètement vibrant, à la très polyglotte vigneronne, qui nous permet d’ Olarguer les amarres, chaque mois. Celle, dont l’«Iris» douce, est plus grande que le plus dévorant des regards. Celle qui n’est pas «Rutz» du tout et vraiment pas «Rude(l)»!!! Elle n’est certes pas seule, mais elle est celle qui à grandement oeuvré, à redonner vie à cette manifestation de l’Amour du Vin, toutes «Chapelles», un fois n’est pas coutume, réunies.

Mais «Lisson» donc la belle(dont je connais pas encore les vins) à ses travaux des champs et préparons les bouteilles, qu’il nous est convié de partager, avec tous ceux que le vin émeut…

Bonnes dégustations à tous et bonnes lectures.

Et que Vienne Vite le ViVifiant Vendredi Vingt huit Mai!

 

EVIMOVELETIVINCONE!

CASTAGNETTES ET MANZANILLA…

Joan Miro. La mort du torero. 

  Soirée du Club AOC en ce 18 du joli mois de Février.

Brrrrr…

Autour de 20 heures, les rues de la ville sont quasi désertes en cet hiver têtu. Seuls quelques égarés frissonnent, le long des trottoirs glissants. Une bruine, fine et froide, huile les sols qui renvoient au ciel noir, les images déformées des bipèdes tristes qui se pressent, à petits pas précautionneux. La nuque ployée et le regard absent, ils dansent un ballet frileux qui les mènent, tressautants, vers la chaleur apaisante d’un foyer qu’ils espèrent tiède. C’est ainsi qu’ils les ont rêvés à chaque pause, tout au long de la journée. Dans le contrejour glauque d’un réverbère luisant, une araignée intrépide a tissé une toile fragile, que le petit vent nocturne agite mollement. Elle brille de tous ses minuscules diamants liquides, comme l’espoir d’un printemps proche. Les estomacs vides crient silencieusement, leurs désirs de viandes rôties et de légumes juteux. Les bouches, sèches comme de vieux cartons d’emballage sur le port d’Aden, font la carpe, à l’idée des vins glissants qu’ils imaginent, déployants leur fruit frais, sur leurs papilles racornies.

La soirée sera douce à ceux que la crise épargne…

Ce soir la maison Prunier, productrice de Cognacs sans concessions, nous accueille et Stéphane, maître des lieux, descendant flamboyant d’une lignée Bourguignonne tombée dans l’alcool distillé, mais qui mêle à ses gènes Oriens quelques mésalliances Belges – c’est dire que le bougre est fine gueule – fait les cents pas devant la porte. Je suis presque le dernier arrivé. La petite vingtaine d’habitués du Club, agglutinés comme moutons qui craignent l’orage, œil craintif et verres sous le bras, se réchauffe comme faire se peut. Le groupe est silencieux. C’est que l’affaire est d’importance!!! Pensez, affronter ces vins mystérieux, ces Andalous étranges, liqueurs de Soléras, secs comme les corps tendineux des toréros dans la poussière des arènes Ibériques, il y a de quoi inquiéter ces Charentais élevés au biberon rassurant du Bordelais tout proche…Quelques rires brefs se noient dans l’humidité ambiante. La seule femme présente est inquiète. La tension de la meute l’effraie. Elle glousse en rafales courtes et nerveuses. Fort heureusement la plupart des mâles sont coupés et les quelques rescapés sont hors d’usage ou sous calmant.

La horde s’ébroue puis s’installe en salle de dégustation…

Mais il convient un instant d’être un peu (mais pas trop longtemps) sérieux avant de se lancer dans le cœur de la dégustation proprement dite et de présenter la région, le vignoble et la méthode de vinification.

LE VIGNOBLE :

Le vignoble de Xérès s’étend sur une superficie de 10496 ha dans la province de Cadix, la plus méridionale d’Espagne, s’étend en forme de triangle de Xérès au nord à El Puerto de Santa Maria au sud et San Lucar de Barrameda et le fleuve Guadalquivir à l’ouest.

La région de Jerez de la Frontera a donné naissance sur sa terre calcaire, avec son air marin et son ensoleillement particulier, à l’un des vins les plus réputés d’Europe. Chaque année, plus de cent millions de litres quittent l’Andalousie occidentale pour les pays de l’Union Européenne. Plus au nord, la région de Montilla Morilles.

UN POIL DE GEOLOGIE PRUDENTE :

Le vignoble n’est ni homogène ni compact, il est le plus concentré dans sa partie centrale, au Nord-Ouest de Xérès où chaque colline porte un nom de vigne et non de cru qui ne renvoie pas à un vin précis, les vins de Xérès étant, comme en Champagne des vins d’assemblages. Mais en dehors de ce noyau de vignes là-bas célèbres et réparties en « pagos », comme Añina, Macharnudo, Carrascal, Balbaina, ce sont souvent des parcelles viticoles parsemées sur les croupes des collines en raison de la terre qui les accueille et donne aux vins sa qualité : l’albariza, marne calcaire pulvérulente blanchâtre, dont l’épaisseur peut atteindre 8 mètres et possède la particularité de constituer une réserve hydrique protégée par une sorte de croûte de 10 à 20 centimètres qui se forme à la surface par évaporation. Cette albariza est le plus souvent située sur les sommets des collines et sur leurs flancs, répartition qui explique la localisation des vignes, alors que les sols bruns profonds se concentrent dans les basses terres et sont plus propices aux cultures herbacées industrielles.

LA VINIFICATION :

Le goût particulier du vin de Xérès vient de la méthode de vinification employée. En effet, la maturation du Xérès se fait en présence d’air, dans des fûts de chêne. Il se développe à la surface une pellicule de levures appelée «flor», qui empêche l’oxydation du vin. Cette méthode est également utilisée dans la vinification du vin jaune(vin du Jura).

L’étape suivante utilise le système de la «solera». Trois rangées de fûts contenant le même type de xérès sont stockées les unes sur les autres. Dans chaque rangée, le xérès a un degré de vieillissement différent : en bas le plus vieux, en haut le plus jeune. Les vieux éduquent les jeunes…

Élevage en Soléras.

On soutire régulièrement de la solera (rangée du bas) environ un tiers de xérès destiné à la mise en bouteille. A chaque fois qu’on soutire un certain volume de vin, on le remplace par du vin du fût supérieur et pour finir, on remplit la rangée supérieure ou «criadera» avec du vin de l’année. De cette manière, le vin jeune est transvasé du haut vers le bas et est mélangé avec des vins plus âgés. Ainsi, les caractéristiques des xérès se maintiennent au cours du temps.

TYPOLOGIE ET APPELLATION :

Le vin de Xérès dispose de 2 des 60 DO (Denominación de Origen) d’Espagne : Jerez-Xérès-Sherry et Manzanilla-Sanlucar de Barrameda, 2 DO différentes mais avec la même vinification et le même conseil régulateur. Elles ont été les deux premières DO espagnoles, créées en 1933 et concernent seulement les finos.

Les VOS sont des Soléras «mises en route» depuis plus de vingt ans.

Les VORS ont elles plus de trente ans.

LES FINOS :

Les robes des Xérès.

Les Finos sont les moins alcoolisés (environ 15°), très secs et obtenus à partir d’un vieillissement sous voile (appelé «flor»), une technique également utilisée pour l’élaboration du vin jaune dans le Jura à partir du Savagnin. Une variante, les finos des environs de Sanlùcar de Barrameda, sont vendus sous l’appellation Mazanilla.

  • Manzanilla : Ce sont les plus légers des finos. Ils sont élevés dans les Bodegas de Sanlucar de Barrameda, petite ville côtière, où l’air marin apporte, dit-on, un plus incontestable à la qualité des vins. Ils ont parfois un petit goût salé qui fait penser aux olives. Ils titrent 15,5 à 17% d’alcool, comme les finos.
  • Manzanilla pasada.
  • Fino (très sec et titré à 15,5° en moyenne).
  • Fino amontillado.
  • Amontillado : Ce sont de vieux finos avec plus de corps et une robe plus soutenue ( topaze brûlée ). Ils sont très secs. A la dégustation on perçoit un arrière-goût de noisette. Ils titrent en moyenne 18% d’alcool.

Les Amontillados sont de vieux finos qui ont perdu leur voile (ils sont donc plus oxydés) et qui ont vieilli en solera. Ce sont probablement les plus riches Jerez avec les Palo Cortado, une autre variante à mi-chemin entre Fino et Oloroso.

LES OLOROSOS :

Les Olorosos sont plus alcoolisés que les finos (18° à 20°) et plus charpentés. Ils ont des arômes qui rappellent ceux du Whisky. (C’est d’ailleurs plutôt l’inverse car les meilleurs Whisky vieillissent dans d’anciens fûts de Jerez.)

  • Oloroso (franchement capiteux, jusqu’à 18°)
  • Medium
  • Palo cortado
  • Cream
  • Pale, pale cream, golden, brown sherry, etc.
  • Moscatel
  • Pedro ximénez

CEPAGES UTILISES :

  • Palomino Fino
  • Muscat, Moscatel en castillan
  • Pedro Ximenez

OUF, voilà qui est fait.

(Puisse cette modeste mais nécessaire compilation – je l’espère sincèrement – satisfaire les amateurs sérieux, autant qu’elle m’a….)

Aude Jonquières d’Oriola. La chimère rose.

Passons enfin aux choses de la gorge et du cœur et préparons nous à célébrer ensemble, les Noces Rouges et Noires des vins de Xérès.

La porte de la salle une fois refermée, le silence s’installe, épais comme un Alvear P.X 1927. Les visages sont tendus. Les verres, alignés par trois sur la table, tremblent eux aussi. L’instant est grave et l’ignorance totale dans laquelle baignent les impétrants, distille subtilement – et c’est bien la moindre des choses pour des Cognaçais purs «Grande-Champagne» – la peur primaire. Les sourires figés font les visages benêts. L’air est âcre, les aisselles aussi.

Tous ou presque regrettent d’être venus.

En ces temps où le paraître est essentiel (sic), il importe de n’être pas surpris…

Je me régale. De rien. De tout. Des images stéréotypées qui me traversent la comprennette. Les toréros exsangues, la Carmen énervée, le sable chaud, l’odeur des arènes, cet ivrogne d’Hemingway, la guerre d’Espagne, le grand Sud sec, le battement fébrile du cœur des belles quand la lame fine estoque le Minotaure. La mort sensuelle. Le rouge et le noir. Les américaines en pâmoison. Le halètement des corps exaltés sous les soies voletantes. La pupille de jais, les lèvres rouges. Autant d’orgasmes différés… Arriba Espana!!!

Pour illustrer cette région qui vit naître Flamenco et Corrida, rien de mieux que les vins de LUSTAU, l’une des grandes figures andalouses du Xérès au même titre que Gonzalez-Byass, Domecq, Sandeman, Croft, Bobadillo et autres maisons réputées.

C’est ainsi qu’entrent successivement dans l’arène :

LUSTAU Manzanilla «Papirusa» :

Un nez d’une rare générosité. Pèle-mêle surgissent sous mes narines fascinées, l’iode, les algues fraîches, le miel d’acacia, la poudre de cacao, le champignon cru, la pistache et la noix fraîches, enfin le poivre. En bouche la matière est à la fois dense, aérienne et d’une sécheresse absolue. En Véroniques ondulantes, apparaissent les fruits secs, l’amande amère, le noyau. La finale est longue, et persiste sur le sel iodé et les fruits jaunes.

LUSTAU Puerto Fino :

Un nez de «Chardonnay Bourguignon dans son vieil âge» pour Stéphane et je partage ce sentiment. Il y a quelque chose d’épuré, de retiré des tracas de la vie ordinaire qui transparait de ce très beau fino. Des arômes de sésame grillé au nez. En bouche, c’est une très belle matière lissée, puissante et fine malgré tout. Le vin est rond tout de réglisse, salée de vieux rhum et de badiane associés. C’est long et d’une fraîcheur régalante et pure.

LUSTAU Alvéar PX :

Une curiosité que ce Pedro Ximenez vinifié en sec. Des notes de rancio, une bouche qui laisse apparaître gras et fraîcheur. La finale, correcte, est une caresse de porto salé.

LUSTAU Palo Cortado «Péninsula» :

La première robe d’or ambré de la série. C’est l’eau de vie de cerise, le vieux pineau et la cannelle qui dominent le nez luxuriant de ce vin, à mi-chemin entre Fino et Oloroso. Toute la finesse aromatique d’un Amontillado alliée à la puissance, mais dans un demi registre, de l’Oloroso. La bouche, d’une rondeur que souligne un gras discret, est complexe. Amande, pruneaux, épices mentholées, jaillissent d’une matière, qu’une ligne acide équilibre parfaitement. La finale toute de café et de chocolat noir, laisse longuement en bouche, la douceur tendrement astringente d’un lait d’amande.

LUSTAU Palo Cortado Almacenista «Vides» :

Les Almacenistas sont de petites Bodegas indépendantes, «gardiennes de l’orthodoxie» qui travaillent leurs vins en partenariat avec les grandes maisons. «Vides» est le nom de la Bodega d’où provient ce Palo Cortado d’une quinzaine d’années à la robe d’ambre brun. De cette solera s’élèvent en vagues successives des notes de sel fumé, d’amande, de tourbe, de chamallow et de vanille. L’attaque est explosive, la matière est dense, fruitée, épicée. La finale laisse en bouche la trace rémanente et grasse d’une liqueur fraîche mais épicée.

LUSTAU Almacenista Amontillado «Gonzalès Obregon» :

Ce Fino del Puerto à la robe fauve délivre de francs arômes de mandarine confite, de Calissons d’Aix et de pruneaux au thé. En bouche c’est un demi-sec d’une grande finesse qui se livre généreusement. L’attaque est douce. Suit une belle vivacité qui aère la puissance indéniable de ce vin réglissé, aux accents de vieux rhum salé. La finale, généreuse, est subtilement anisée (badiane).

LUSTAU Amontillado Old Dry 20’s :

Une robe vieil or pour suivre. Plus de 20 ans «d’âge» donc pour ce vin aux arômes riches, de noix, de pruneaux, de torréfaction, de réglisse à la violette, de noisette grillée et de dragée. Le vin roule sa douceur en bouche avant d’exploser en vagues fraîches et parfumées. La poire confite le dispute aux notes épicées de zan, de caramel tendre et de cumin noir. La matière est dense et gouteuse, la finale interminable enchante le palais. C’est Carmen au sommet de la séduction.

LUSTAU Almacenista Oloroso de Jerez «Angel Zamorano» :

L’or «mahogany» de l’Oloroso brille intensément dans le verre. Un vin de mise à mort, doux et tranchant comme une lame, qui chante le désespoir des virilités qui s’affrontent. Un nez puissant et obsédant de whisky tourbé, de fruits fumés, de noix sèche, de noyau et de poivre, blanc comme le sol brulant des arènes. La bouche est riche et puissante. L’anis réglissée et les pruneaux macérés épicent le palais, comme le sang bouillonnant et épais d’un Minotaure, sidéré par l’estocade. Un bel Oloroso tout de sucre et de fraîcheur.

LUSTAU Oloroso Old Dry 20’s :

La robe d’acajou brille intensément, bien plus que mes sens passablement saturés…Le nez est aussi riche que les parures des plus belles Dames, alanguies sur les gradins surchauffés de mes arènes imaginaires. Du vin, s’échappent de chaudes fragrances de chocolat, de vieux cognac de confiture de prunes, de fumé et d’épices cuites. Le toucher de bouche est d’une douceur élégante et maitrisée. Courte promesse de félicité qui brutalement, déploie une acidité franche qui donne à la matière proprement somptueuse, un équilibre aussi aérien que surprenant. Le vin aux accents subtils de vieille eau de vie, de réglisse et d’épices, douces comme la paix des braves, est d’une longueur exceptionnelle.

LUSTAU Solera Reserva Moscatel Superior «Emilin» :

Un Muscat de Solera à la robe d’un brun foncé. Le nez est caressant et mêle des notes de crème de café, de crème de noix de coco, de céleri et de cacao. La bouche, fraîche et sucrée à la fois, ronde et dense, est une fantaisie moelleuse de figues sèches, de pruneaux juteux, de cannelle et de pêches jaune au sirop. Un vin de «dame» que les péones boivent en cachette

LUSTAU East India Solera :

Palomino fino et PX, pour la douceur. Les épices dominent le nez de ce vin, sombre comme les ciels menaçants, sous lesquels naviguaient les gréements en partance pour les Indes. Les tonneaux de Sherries, qui leurs faisaient ballasts, vieillissaient ainsi au gré des houles…Des notes de confiture de fraises, de fleurs et de vieux rhum s’y ajoutent. La bouche est d’un équilibre magistral, sucre et acidité sont fondus. Les raisins secs, les noyaux aux épices et la réglisse emplissent agréablement la bouche. La finale fraîche et longue, sur les champignons mouillés et crus, est surprenante.

LUSTAU PX «Murillo» :

Un vin noir, impénétrable et huileux. Le nez est très expressif, sur la crème de cassis, de mûre, sur le raisin de Corinthe, le coing, le miel, la rose, la menthe et la rhubarbe. C’est un sirop de vin qui remplit abondamment la bouche, riche d’une sève onctueuse aux parfums de pruneaux au café, de caramel au sel, d’épices douces, de cannelle, et de sirop de cabane. La finale s’étire à n’en plus pouvoir, tendre mais fraîche et laisse au palais un voile très fin de liqueur de cassis. Un «vin de méditation», comme disent les critiques inspirés, ou les toréros épuisés… dans la fumée du cigare d’après combat.

Les regards sont pensifs et les papilles sont roses malgré le nombre de vins traversés. On voit des sourires et des sourcils, froncés par la belle surprise, plus que par le mécontentement. Le voyage en «Lustau Country» qui se voulait dépaysant, voire aussi provocant que la cambrure outrée d’un banderillero en pleine extension, a conquis les gorges et les cœurs. Ces vins de vieille tradition peuvent souvent heurter nos goûts hexagonaux, parfois repousser les plus attachés à leurs habitudes viniques, mais jamais ils ne peuvent laisser indifférent.

Un temps j’ai caressé l’espoir d’interviewer Don Emilio LUSTAU

Une soirée à Cadix, plus précisément à Jerez de la Frontera. Une terrasse qui domine la ville dans la tiédeur d’une soirée, après une visite des vignes et des installations de la Calle Arcos. Un verre embué de LUSTAU Solera Gran Reserva Very Rare Oloroso Sherry « Emperatriz Eugenia » posé sur une table basse carrelée d’azulejos multicolores. La fumée odorante d’un cigarro monte, toute droite, dans le ciel vieux rose, tacheté de nuages translucides…

Mais Don Emilio est mort depuis des lustres et le Consortium qui lui a succédé ne fume pas les cigares, tordus comme de vieux ceps, qu’il affectionnait tant.

Las, le progrès est passé par là-bas aussi…

Alors, histoire de lui faire la nique, je me tourne vers le passé et Shakespeare répond aux questions qui me brûlaient les lèvres :

“Un bon sherris sack possède une double vertu : il vous monte au cerveau, vous sèche les sottes et mornes vapeurs qui l’enveloppent de leur crudité; vous rend l’entendement prompt, vif, ingénieux, riche d’une fantaisie pleine de subtilité, de feu, de charme; laquelle par l’instrument de la langue et de la voix donne naissance aux traits d’esprit les meilleurs qui soient. Seconde vertu de notre excellent sherris: il vous réchauffe le sang; lequel étant auparavant tout froid et rassis vous communiquait au foie cette blancheur, cette pâleur, qui est l’emblème de la pusillanimité et de la couardise; mais le sherris, lui le réchauffe et le fait circuler de l’intérieur jusqu’aux extrémités. Il vous éclaire le visage, et celui-ci, comme un fanal, sonne le tocsin pour tous les citoyens de ce minuscule royaume qu’est l’homme; sur quoi les troupes vitales et les petits esprits de l’intérieur se portent vers leur capitaine, le cœur; lequel, grossi et gonflé d’une telle escorte, accomplit tous les actes de bravoure : c’est du sherris que lui vient cette vaillance. Ainsi, l’habileté aux armes n’est rien sans le sack, car c’est lui qui la met en branle; et le savoir n’est qu’un tas d’or gardé par le Malin jusqu’à ce que le sack lui donne licence d’entrer en action et en usage (…) quand j’aurais mille fils, le premier principe d’humanités que je leur inculquerais sera de renoncer aux breuvages sans force et de s’adonner au sack.» (Henri IV, II, 4, 3)….”

 

 

EGRAMOCIASTIAMICOGONE.