Littinéraires viniques » 2007

QUAND MON PALAIS DEGUSTE AU CHÂTEAU…

 Léonard de Vinci. La vierge, l’enfant Jésus et Sainte Anne.

 

Dans ma quatre-roues non motrices que j’aime, j’ai glissé sur la RN 10 comme un céphalopode entre les hannetons aux carapaces luisantes, lourds (dans tous les sens du terme…) en caravanes longues. Rien à voir alentours, le regard fixe, les lombaires humides, attentif aux yeux rouges du cul des monstres. Les routes encombrées tuent les paysages. Puis j’ai franchi le pont qui n’est pas d’Avignon. Personne n’y danse sous les radars affamés. Mon copilote, dame à la voix morne, me guide. Je l’écoute comme un enfant sa mère. Les mères, mais pas toutes, aiment leurs enfants petits, et même vieux parfois. Celle-ci, pourtant inhumaine, qui me porte dans son ventre binaire, m’entraine ensuite, passé les voies aussi rapides qu’impénétrables, sur les départementales buissonnières. Là je tourne et vire dans le secret des paysages qui offrent à ma sérénité retrouvée, le calme des arbres en touffes feuillues, la paix des plaines herbues et des reliefs doux. Cette femme dyadique est plus tendre que ces vieilles marâtres aux seins secs, qui maltraitent encore leurs vieux enfants douloureux. Quelque chose de la rencontre à venir me pacifie. Mon cerveau droit déconnecte, le gauche s’exprime où loge, d’amour et de soie, de paix et de joie pure, primesautier, mon ange, mon maître qui me guide. Mon pied se fait léger, je musarde, je me glisse en douceur et roule sur le bitume étroit entre les premières vignes du Médoc. Petits châteaux, domaines inconnus des médias cannibales, ceps tordus aux entre-rangs encore trop souvent roussis, villages immobiles se succèdent.

Puis vient Labarde, Cantenac enfin.

Timide, j’entre dans pâle mère (?). Palmer de son vrai nom. Place Mähler-Besse, je me range et m’extraie de mes tôles. Quelques secondes déplient mon corps contraint par le voyage. Sous mes pieds les galets blancs me massent. Les énergies circulent à nouveau dans les méandres fatigués de ma vieille carne. Des bâtiments anciens, petits et grands m’entourent, comme dans un village qui en a vu d’autres. Légère, elle apparaît à l’angle d’un bâtiment aux volets vert d’eau. Un corps menu, que souligne et mets en grâce un jean étroit sous un coton tissé translucide mais pas trop, me sourit de ses yeux clairs pétillant de bulles. Un sourire vrai sur des lèvres ourlées. Le teint frais, rose hâlé, découvre des ivoires réguliers. La T’Chad herself, dans toute sa splendeur, se matérialise. Elle ne se penche pas vers moi. Pour une fois, je suis à la hauteur. La petite est menue, gracieuse. Elle sent bon le cuir frais et les fleurs de printemps, quand nos visages se touchent un instant. Ses lèvres n’embrassent pas le vague du ciel blanc de brume, mais mes joues. Je le lui rend bien. Oui, c’est bien elle que j’avais pressentie. Une fois encore, La Toile n’a pas menti. « Rouge, Blanc et Bulles » sera mon guide, intelligente, finaude, joueuse et habilement bordélique. Vivante !

Comme j’aime !

Palmer, que je n’aurais pas l’outrecuidance de présenter, grand Troisième Margalais, est en révolution douce. On s’active, on casse les murs pour mieux dévoiler le Château, on retrace un parcours. Palmer veut se donner au yeux de ses visiteurs. Annelette m’explique. Nous cheminons. Derrière la bâtisse, arrêt et échanges à baguettes rompues avec le paysagiste qui restructure jardins et chemins. Tête burinée, poils blancs et visage de vieux faune au regard droit. Les mains terreuses, épaisses, faites pour tailler, planter. Au service de convictions, de projets, d’amour de la nature, qui nous parle de liberté, de terre propre, de plantes et fleurs vivantes, à marier en bouquets comme des taches de couleurs en désordre apparent, sur l’herbe verte du parc, entre les vieilles essences centenaires. Chêne liège, tout en superbe, à la peau grumeleuse, platane altier, châtaignier imperturbable, arbre mystère (pour moi) comme un croisement hasardeux entre un érable et un vieux plant de cannabis, aux feuilles pointues et dentelées à la fois… Mais je délire.

Nous tournons autour du château. Le mur qui longeait la route est tombé, puis reconstruit très bas, plus en retrait, après qu’une porte d’angle, fermée d’une grille bleue, finement et étrangement sculptée, pierres et fines briques rouges en strates, a été magnifiquement restaurée par des tailleurs de pierre respectueux des traditions et de leurs beautés. Le château, en majesté, régale désormais le regard du chaland. Nous remontons un instant la départementale et entrons au chai à barriques en construction. Ici encore, tradition et histoire sont au service de l’architecture. Le bâtiment immense abritera et protégera des aléas climatiques les vins entonnés qui patiemment attendront la fin de leur élevage. La vaste salle reproduit à l’identique les allures et frontons du passé.

Retour au « village » existant. Une porte discrète s’ouvre sur une salle de dégustation immaculée. Sur les murs, aux deux tiers de la hauteur, une frise à la gloire du raisin brise de ses couleurs vives, l’austérité quasi monacale du lieu. Au centre une table haute, carrelée. Sur la table une batterie de grands verres attendent. Alter Ego et Château Palmer 2010 à leur côté. Elevage en cours bien entendu.

Quelques lustres avant que l’âge m’ait assagi, je fréquentais ces vins. Les étiquettes noires et ors m’étaient familières. C’était au temps où les grands vins de Bordeaux étaient encore abordables aux bourses plates des amateurs énamourés. Alter Ego est château noir sur fond or. Palmer est son inverse comme l’est une photo à son négatif. Château d’or sur fond noir. Comme deux eaux fortes gravées dans un intangible passé. Seul pour moi le millésime est nouveau. Les jus sont d’encre, violette comme purée de myrtilles fraîches. Alter n’est pas austère, qui s’étale en largeur à mon palais consentant, après qu’il m’a lâché au nez ses parfums floraux puis rouges et noirs de fruits mûrs et crémeux. Le millésime fait son office, ajoutant à ce vin « horizontal » fait pour être avenant dès sa jeunesse, une droiture, une rectitude, une « verticalité », qui augurent d’une belle évolution à terme. Puis vient le temps de Palmer. Qui se goûte parfaitement. Une belle boule de vin, parfaite sphère de purs fruits purs d’une précision et d’une définition nanométriques, sussure à mon palais, avec race et élégance. Certes le yearling est fougueux, pas complètement assagi et « débourré », mais la matière, pas brute pour autant, est splendide. C’est une soie sensuelle de tanins, poudre de craie finement épicée, qui laisse au palais ses fines touches réglissées. Le vin semble se plaire en bouche, et luette franchie, il semble toujours présent, et… longuement. Déguster c’est recracher, mais là, je ne sais pourquoi, atteint d’une amnésie aussi subite que partielle, j’ai oublié.

Bacchus, dans sa mansuétude, m’a pardonné !

Annabelle, du château elle aussi, qui veille sur le 2,0, se joint à nous. Nous débarquons en « Gare gourmande » restaurant de poupée, minuscule, avenant qui ne peut accueillir qu’une poignée de voyageurs gastrolâtres. Les deux brunettes s’entendent comme larronnes en goguette. Regards complices et sourires jumeaux. Anne s’est éclipsée, Laurence est apparue… Sur la table apparaissent deux bouteilles du château, dans les millésimes 2007 et 1991, auxquelles courte vie est promise. La première est ouverte, rieuse, qui se donne sans détour comme un enfant confiant. La seconde issue d’une année difficile – la vigne a connu un gel printanier qui a détruit la récolte (20 à 80% selon les endroits) – et pluvieuse pendant les vendanges. Carafé le vin est un rubis brut, peu brillant mais sans aucune turbidité. Les notes mentholées dominent un nez automnal fait de fines touches d’humus humide, de champignon frais (certainement des ceps « Têtes de Nègres », bordelais oblige !!), au travers desquelles quelques notes myrtillées subsistent. C’est une dentelle de Bruges qui honore mon palais. Le vin, à son sommet, est d’une exquise délicatesse de toucher et de texture. Il roule en bouche, caressant comme l’aile d’un papillon poudré une paupière. Me vient à l’esprit l’image de la Fée Clochette ! Mystère des analogies fulgurantes. A l’avalée, les épices douces accompagnent les tannins, si fins, qu’ils semblent, poètes, avoir disparu…

Retour au village. Conversation à blogs rompus. Tendances, chapelles, guéguerres picrocholines, embrouillaminis de la Toile, papotages diserts, le temps doux s’étire…

La dame à la voix plate, patiente, me parle. Je roule en mode automatique. Les sourires légers des filles de Palmer m’accompagnent au creux de ma mémoire immédiate. Je franchis à nouveau le pont laid recouvert de fourmis affairées. Regards las, sourcils froncés, sourire béats, doigts qui fouillent, qui tapotent, qui grattent, spasmodiques, les volants brûlants sous le soleil blanc. Carcasses multicolores impavides, odeurs de gomme et de bitume chaud.

Retour vers les vignes, trop souvent rouquemoutes des maltraitances chimiques réitérées de la Champagne, qui se dit Grande… Cognac pointe le bout de mon logis…

Je souris à mon palais qui garde le souvenir secret des vins et du bonheur des filles du Château.

 

EMELANMOALCOOTILISEECONE…

L’HOMME QUI PARLE A LA QUEUE DES LOMBRICS…

Clin d’oeil : Egon Schiele. Cardinal et Nonne.

 

Souvent, hommes sourient d’un air faux…

Là haut sur sa Montagne proche de Saint Emilion, « Pierre Le Grand » nous accueille, Daniel « Le Cardinal » Sériot et moi, à vrai sourire ouvert. L’environnement, du genre immense souche post industrielle, est surprenant ! De grands bâtiments des temps anciens, solides, marmoréens, construits pour défier les temps, disséminés ça et là, comme des Cathédrales profanes érigées à la gloire du Bacchus triomphant des jeunes années du siècle d’avant. Ils dominent les environs comme des pyramides occidentales. Un Château, volets entrebâilles au fond d’une vaste cour d’allure un peu froide, est assis sur la roche calcaire qui affleure. Sûr qu’il y a peu, relativement au lent temps de l’histoire des roches, le domaine était vaste, qui regroupait nombre de propriétés riches et prospères. Les générations qui se sont succédées, décades après décades, responsables ou dilettantes, ont peu à peu lâché les brides du bel équipage et « l’empire », bribe après bride s’en est allé, érodé par les vents mauvais. Les pierres, depuis 2005, de Pierre, la propriété, ont subies - résistant au mieux aux outrages des hommes plus que du temps – les affres d’un entretien négligé. Leur redonner le lustre de naguère, demanderait des moyens gigantesques, qui ne sont pas – dureté de la vie oblige – la priorité du moment.

C’est que le bestiau à l’œil clair qui sourit aux pampres de ses vignes, colosse aux pieds d’argile sur calcaire, tient avant tout à rendre à la terre qui porte ses lambrusques, sa vigueur originelle. C’est qu’il est convaincu, l’Obélix des Astéries, que les très vieux braves fragiles qui ont survécu à la maltraitance des homoncules, méritent d’être à nouveau respectés. Sur les 26 parcelles qui font les 12 hectares de vignes, il s’est mis en tête – pour être « aimable » il n’en est pas moins opiniâtre – de permettre aux troncs, tordus par l’âge et les misères qui leur ont été faites, de ses vieilles souches (les plus vénérables datent de 1901, les plus jeunes de 2002. entre elles, 1902, 1934, 1946 !) de replonger leurs racines dans les mystères nourriciers des argilo-calcaires de ce terroir qui fut beau. Alors, raisonnable comme un ex-citadin modeste (ils ne sont pas légions) devenu viticulteur par choix, il travaille dur à soigner la terre. Pas étonnant alors qu’il soit, depuis 2007, certifié en agriculture raisonnée.

Les deux pieds plantés dans le sol, à l’écart d’une largueur d’épaules, il nous raconte d’une voix douce son quotidien. Le temps est au beau en cet Avril bleu et semble s’y plaire. Les argiles de surface sont craquelées. Pierre écarte herbes et fleurs diverses qui colorent les rangs, et les fractures en quadrillages grossiers apparaissent. Mais sous les 45 cm (en moyenne) de terre, la roche fissurée est là, l’humidité aussi. La liane y plonge ses doigts, qui cherchent les failles étroites ou les parties délitées, pour s’y enfoncer en zigzags toujours réinventés. À la recherche de son mystérieux miam-miam. Vieux courbus boiseux et/ou de chairs sur herbes tendres, fleurs et insectes. Tel un microcosme en paix (rires !), au sein chaud duquel il fait bon se trouver, en ce Samedi 23 avril à 18 heures et douze minutes exactement.

Le hasard est une idée ancienne qui a la vie dure…

Or donc « 1901 ». Trois hectares en sept parcelles de ces enfants du début du siècle, cabernet franc et merlot mêlés à « l’ancienne ». Près de 20000 survivants à toutes les guerres chimiques qui, bon millésime mal an, remplissent à ras col (50% Merlot, 50% Cabernet franc dont les raisins macèrent ensemble en cuve) entre 1000 (un accident !) et 5000 à 6000 flacons d’un sombre élixir juteux. Les 9 hectares (45 ans de moyenne d’âge) restants, en 19 parcelles à combinaisons variables, vont au Château Beauséjour (de 8000 à 27000 bouteilles de 70 à 95% de merlot selon les années) puis à Charme de Beauséjour (« Vestibule » eut été plus judicieusement amusant !) et enfin à la cuvée Tradition.

A vieux ligneux, bon bois ! « 1901 » s’en va malolactiquer dans 60 à 100% de bois neuf. Il y passe, de l’embryon à l’éléphanteau, quelques 15 à 20 mois. Beauséjour copie l’Ancien dans 30 à 60% de fûts vierges et reste au chaud dans le ventre des douelles entre 8 et 14 mois. Tout cela, qui va de soi, en fonction de ce qu’exige la qualité des années.

Anecdote sur le gâteau, les vieux bois de « 1901 » – il a fallu quelques années pour mener l’entreprise à terme – ont été, en collaboration avec Monsieur Vauthier propriétaire du Château Ausone, littéralement scannés par le regard analytique d’un ampélographe. Chaque pied a été étudié minutieusement. De ce travail scrupuleux, 31 « étalons » presque parfaits, beaux, solides, résistant  mieux que les autres aux maladies et aléas divers du grand âge, sont ressortis vainqueurs. Ce sont eux, qui depuis fournissent les « petits bouts de bois » destinés à remplacer les souches mortes. C’est qu’ils sont fragiles les chenus aux silhouettes tourmentées ! Le moindre choc les brise comme cristal labile… Au fil des rangs, entre les vieux sages survivants, pointent le bout de leurs rameaux juvéniles nombre de nouveaux nés prometteurs. Depuis l’aube du peuple des vignes vivantes, les générations se suivent, permettant, époque après siècle, aux hommes qui les accompagnent, la possibilité d’un espoir de grand vin.

L’eau de la clepsydre, insensible à nos émotions qui tordent le temps, l’accélérant ou le ralentissant, imperturbable, a coulé. Le quart d’heure a passé les deux heures, sans que soif ni faim nous réveillent. Il est comme cela, qui jalonnent la vie de perles rares, des moments presque parfaits, comme des gouttes d’eau claire accrochées aux fils en balance de la toile d’une épeire entre deux rameaux de bois, le soir après l’orage, à l’instant précis où le soleil bascule.

Au juste instant, ils tombent en Terre mais vous restent en mémoire.

Beauséjour, qui l’est sans conteste, est de ceux-là…

Cinq jours ont passé, je n’ai pu résister. Quid de ces vins dont les parents m’ont conquis. Leurs enfants de jus ont-ils ce caractère qui marquait les vignes ? Le jus de l’union de l’argilo-calcaire, des bois torturés et de l’homme attentif, coule enfin dans mon verre, en ce début de nuit, à l’heure où les lombrics forniquent. Dans le silence des heures noires, le vin sera communion ou détestation !

Capsules et bouchons se sont donnés sans peine, comme si les vin, impatients de chanter dans ma gorge, avaient poussé de leur côté. C’est Beauséjour 2007 qui entre le premier en lice, car c’est bien d’une joute sensuelle qu’il s’agit. La robe est toute de fièvre pourprée intense, brodée d’un fin liseré violet, elle rutile sous la lampe. Le disque sombre, qui roule dans le verre comme une danseuse espagnole lascive, lâche ses volutes invisibles et odorantes de mûre, de fruits rouges et d’épices suaves mêlées. Le toucher de bouche est peluche fondante qui s’insinue entre langue et palais. Puis le jus fait sa boule de fruit qui s’ouvre et se resserre sur des tannins encore fermes. Mais le tout est mûr, bien équilibré et d’intensité moyenne. A l’avalée, le vin pourtant tombé au fin fond du corps, persiste un moment. Frais, il laisse aux lèvres une trace de sel fin.

Puis vient à moi « 1901 » 2007 et c’est un jus de centenaire (rire) qui glisse sur la rondeur du verre comme une eau de sang, amarante et lumineuse. Le vin roule au long des hanches de cristal que mon poignet agite. Quand il s’apaise, demeure sur la paroi comme l’image translucide d’un aqueduc gras. Fugace, l’image d’une violette tremblante se pose sur le verre, dominant un instant les parfums floraux qui échappent à la surface mouvante. Suivent des fruits en foule, un nez de cade, un marché d’épices, quelque chose d’un peu sauvage et l’idée d’une crème pulpeuse. Le souvenir d’un poivre frais aussi. L’attaque est douce, onctueuse, tendre, délicate, subtile. La matière est dentelle de tannins fins et réglissés, après que la violette et la cerise font leur grosse boule qui caresse la bouche puis enfle plus avant. Une puissance contenue encore jeune, une tension manifeste, structurent ce vin. L’image d’une ballerine fine et forte à la fois, qui danse sur des pointes claires, s’imprime un instant derrière mes yeux clos. Je me résous à la séparation. Éploré (rire) j’avale… Après la bascule « post luettique », le vin semble toujours présent, laissant à marée basse et bien longtemps après que le poète a disparu, ses tannins croquants, mûrs et réglissés. La sève de ce vin, sommet de Montagne, est de race certaine bien que de millésime moyen. Il pourrait de haute lutte, en terrasser plus d’un de mi-Côtal (singulier au regard du Coteau ordinaire)…..

Et pendant ce temps là, qu’il fasse nuit, qu’il fasse jour, sous nos pas lourds d’humains maladroits, dans le dédale invisible de la géologie des sols, quelque part entre terre grasse et roche dure, à la sombre clarté des micro-feuilles d’argile piquetées de cailloux blancs, les lombrics aux corps gras, comme des laboureurs invisibles, transmutent inlassablement la terre, sauvée de la bêtise crasse des hommes… ?

LOMEMBROTICONE…

L’ARAMIS DE METHAMIS…

Le cœur sur la croix *.

Du dix septième siècle à nos jours,

il n’y a qu’un battement d’aile de colibri…

Et la réincarnation étant ce quelle est, c’est çà dire une croyance que partagent plus d’humains que notre Europe majoritairement cartésienne et comptable est censée en fédérer, pourquoi ne pas penser, ou plutôt pressentir du bout du cerveau droit – voué aux gémonies en nos démocraties pétries de certitudes inébranlables (pour ce qui concerne les démocrates de chair, il y a toujours moyen de s’arranger en matière «d’inébranlablement»…) – que l’Aramis d’Alexandre Dumas est de retour sur notre belle orange bleue ? Pour les embranchés égarés qui me liraient sur leur I-Phones 12 entre deux sessions d’un co-working en Vinocamp sous la tente, leur dire qu’Alexandre est un auteur «ancien» qui n’a point connu l’I-Pad, la High Tech, ni l’amphigouri clinquant cliquetant.

Malheur, enfer et damnations égales, il lui a bien fallu, lui Aramis le roué diplomate, le subtil prélat, croiser les chemins très ordinaires et réitérés au fil de l’histoire, des enchristés de l’époque, tous plus courtisans et girouettes folles des vents portants que notre Jack de la Saint Jean, archétypal et recousu comme un spinnaker en bout de route du rhum…

Oui Aramis is back ! Il a enfilé une autre peau. De deuil. Qu’il n’a pas volée. Lui, le prélat à l’âme défroquée, l’amphibolique. L’augural, le fuselé, qui traverse le siècle et la Compagnie des Mousquetaires de bien sinistre façon. Pour finalement tirer sa révérence, le Kharma lourdement accoré aux basques. On le reconnaît à l’amour du chapiteau qui ne l’a pas quitté. Il a troqué la plume contre le galurin paillé – l’épée vaut le sécateur – la Cour du Roi et ses fastes pour la solitude des vignes. Il garde en ce temps d’aujourd’hui, de son passé de ferrailleur délicat, sous la lèvre inférieure, la pointe drue de sa triple bacchante crochue d’antan. La boucle d’argent, qui lui perce l’oreille, signe de sa présence discrète le fer de ses tourments passés.

Il a posé la flamberge pour manier la pipette qu’il pique gaillardement dans le flanc de ses fûts, vers le ventre obscur. Le sang des vignes qu’il suce est chargé de l’amour qu’il leur porte. A prendre les vies il a renoncé, pour la donner à boire aux palais curieux de ceux que les vampires – succubes modernes – réincarnés autour de la corbeille des avidités spéculatives, n’hésitent pas à saigner à vif. Dracula changé en « trader »? Mais il n’a pas finit pour autant de payer les effets des moeurs légères de l’éclatant cavalier au coeur de papier mâché. La dame plus de pique que de coeur, apeurée par les arias, s’en est allée voleter ailleurs. L’Aramis/Olivier B, se retrouve clouté, coeur à cru, au pilori des adorations proscrites. Comme un cep sous eutypiose, étranglé par la finance, il a perdu bonne partie de sa sève. Mais les maîtres du Karma, sévères à l’ordinaire, donnent parfois dans le facétieux. Reconnaissant les indéniables efforts du spadassin des vignes, ils lui accordent l’aide – de peu de poids certes – mais gratuite, d’un quarteron de blogueurs illuminés.

Nul ne sait ce qui adviendra, mais l’amicale bouffée d’air apportée semble le regonfler. Ses vins se vendent un peu plus, pas suffisamment sans doute, mais se vendent… La Toile (humour karmique !) a oeuvré. Le buzz a dépassé le laps ordinairement très bref consenti à l’attrait futile de l’éphémère. La machine tient bon et le temps, pour une fois, prend son temps !

Puissent ces quelques lignes relancer la machine,

et dénouer les fesses des banques qui l’échinent… ?

Les « Amidyves » 2007 continuent d’enchanter mon palais à jamais conquis par leur chair onctueuse. Un nez aussi généreux qu’un poème de cassis, mûre et cerise tressé. Une telle attaque onctueuse et suave, une telle densité fondante, j’en redemande jusqu’à ce qu’amour s’ensuive…

*image empruntée au site du vigneron

 http://vigneronajt.centerblog.net/

EPUGMONATICECONE…

 

QUAND SAIGNE LE COEUR DU VIGNERON…

Botticelli. La Madone aux cinq anges.

 

Attack Massive, voix d’ange et coeur battant…

Cognac, loin des vignes à vin que j’affectionne.

Certes le Bordelais est juste là, passé ma cour. Pourtant je ne baguenaude plus sur les bords de la Gironde depuis vingt ans au moins. Mais je garde l’âme du guetteur, silencieux comme ces Sioux capables de scruter les vastes plaines des jours entiers, sans bouger, à chercher le bison blanc… A l’affût jours et nuits. Silencieux, enfin pas toujours… Je lis, j’écoute, j’observe, je suppute sans l’être pour autant, j’entends, je questionne, puis je laisse faire l’alchimie subtile dans l’obscurité de ma conscience sourde. Les informations glanées se télescopent, se corroborent, s’empilent, s’entassent, s’opposent, se neutralisent, bref, font leur chemin, librement. Dilettante je me veux et je n’interviens pas dans leurs échanges ou leurs conflits. Ça mijote, ça macère, ça glougloute, mes levures endogènes travaillent en silence.

L’ inconscience est ici une culture de la confiance.

Un beau matin, tout est en place, mes neurones ont classé le fatras, mon coeur a crémé le tout de sa lucidité paisible et je décroche. Le téléphone. Oui, un simple téléphone sans aucune de ces indispensables «applications» genre, micro-ondes-vibro-masseur ou mon frère (jeu de mot pitoyable qui se veut illustrer la vanité insane de ces petites machines à branler l’ego). Ça court dans les câbles, ça se connecte, ça bidouille dans les airs, dans le sol et miracle, me parvient, de là-bas, de quelque part en France, voire de Navarre ou de Bourgogne, ou d’autres contrées encore, récemment rattachées, la voix d’un homme que j’arrache un instant à sa vigne. Et de deviser. D’écouter, de palabrer parfois à l’Africaine, d’échanger, de rire, de déconner grave souvent et très vite. Et ça fait mouche toujours… Quelque chose du royaume de l’indicible, ce lien étrange qui se moque des fils, des cables, de l’absence, nous unit, les atomes crochent, nos âmes, par devers nos egos, se plaisent et ça n’en finit plus.

Quelques jours après les cartons pleins de bouteilles sont à ma porte. Souvent, très souvent, je n’ai rien encore payé, tandis qu’au loin, il rogne, il effeuille, il ébourgeonne, il s’affaire, paisible et confiant, dans les rangs des lianes qu’il accompagne, les pieds dans la terre qu’il aime, le coeur à parler aux vignes muettes qui ne lui répondent qu’au chai.

Et puis un jour que vous n’attendiez pas, tandis que vous sirotez paisiblement, en prenant le temps, un verre de vin sombre et odorant, après qu’il s’est détendu dans la carafe à large cul dans laquelle vous l’avez mis à son aise. Après qu’il a déployé, prenant le temps qu’il doit et mérite, ses ailes odorantes et fragiles, trop longtemps à l’étroit dans la bouteille sobrement étiquettée «Amidyves» 2007, vous apprenez, au détour d’un petit message de pixels bleus, que le mec qui s’est échiné à vous préparer ce jus qui vous extasie grave, a posé son chapeau entre les rangs de ses vignes ! Définitivement. Olivier B, qui en a marre de grimper les Côtes du Ventoux, à lâché son sécateur à caresser la syrah… Instantanément vous comprenez ce que le mot sidération veut dire. Pourtant le vin dans le verre, qui brille doucement à la lumière arficielle, au coeur de cet hiver sinistre, embaume et vous empalme la langue, comme le meilleur des baisers d’amour que vous avez jamais reçus. Vous frissonnez jusqu’au bout de la moelle, de plaisir et de tristesse confondus.

Quelques bouteilles des vins de ce vigneron au chapeau me restent. Je ne suis pas prêt de les boire. Mais je dis à ceux qui ne le connaissent pas, de l’assaillir de demandes, de le recouvrir de bons de commande, de l’asphyxier sous des monceaux de mails, de débarquer chez lui, «tout nu avec une plume rose dans le cul». Que les plus belles femmes du web vinique, nues commes des riedels graciles, frottent leurs seins lourds, leurs sexes phéromonés, leurs hanches agiles et charnues sur lui. Qu’elles s’empalent en ondulant et hurlant, qu’elles le chevauchent comme des cavales sauvages, qu’elles le vident, qu’elles l’épuisent. Qu’elles l’emmènent jusqu’au plus haut  des barreaux de l’échelle des plaisirs, qu’elles le roulent dans les farines levurées des orgasmes volcaniques et biodynamisants, qu’elles soient Chiennes et Madones, Mamans et Putains, qu’elles le libèrent de ses colères, et qu’elles impriment au creux de ses reins, le souvenir ému de leurs désirs dévorants. Qu’il repose exsangue et bégayant, le cep apaisé, sur leurs flancs tropicaux qui palpitent encore. Sorcières célestes, qu’elles le charment ! On ne sait jamais…

Pendant tout le temps qu’Olivier B s’est échiné,

Madoff faisait du lard dans son loft,

Sûr qu’il tirait le diable par la queue pourtange,

Le Diable, magnanime, rêvait la vie des Anges…

EFAISMOPASTIL’CONCONE…

VOYAGE AU BOUT DE LAFAURIE…

Nous aurions pu subir une leçon fastidieuse, assénée par un «Chartronné», compassé, docte et pontifiant…

Vous pourriez aussi penser qu’il va vous falloir passer au travers de mes vaticinations prétentieuses (pléonasme), réitérantes, abstruses, qui n’en finissent de vous agacer, alors que seul le pinard, dont au sujet duquel je suis censé enfin causer (aberrations syntaxiques multiples), n’en finit plus d’être sur le point d’arriver, alors que vous êtes pressés, parce que votre temps est aussi précieux que vous vous sentez indispensables, parce que la vie est courte (charmante Lapalissade), qu’il vous faut aller de l’avant pour ne pas reculer et risquer de vous faire empaler (enculer pour les puristes), qu’il vaut mieux agir que blablater, que vous êtes un de ces entrepreneurs dont dépend la survie de l’espèce, que les I-Phones clignotent autour de vous comme des putes surmaquillées, tandis que la batterie de votre I-Pad bat la chamade et que vos Blackberries sonnent l’hallali des coeurs meurtris. Parce quà cause de tout ça et du reste (expression bien utile), vous allez louper cette putain de grosse transaction juteuse qui vous fait, sinon rêver – parce que le rêve c’est pour les autres – mais bander dur. Oui tout ça, et autres certitudes et truismes inoxydables, propres aux esprits en phase avec ce temps particulier de l’évolution Humaine.

Quant à la Connerie, comme Dieu (qui forcément en est le père!), elle a toujours été, elle est franchement, et elle sera inexorablement, de toute Éternité.

Et bien non, cette fois, je serai efficace comme un comptable, descriptif comme un pro du BTP, froid comme un winemaker Lapon, je serai au service éclairé du vin. Comme un oenologue, entre autres Bordelais, je ferai  mon pro » qui est allé tâté la grappe au travers des brouillards automnaux, là-bas, au bout des ceps de Lafaurie, dans un voyage au fil de la rivière…

Eh bien oui, en cette sinistre veille de Toussaint, sous les rideaux compacts d’une pluie froide qui vernissait la ville, Eric LARRAMONA (ça ne s’invente pas un nom pareil…), le sourire aux yeux, « décontrasté » et immédiatement amical bien que Directeur Général de LAFAURIE-PEYRAGUEY, nous a rejoints au Couvent des Recollets, siège « ordinaire » des dégustations orchestrées par le club AOC dont j’ai l’insigne malheur d’être le scribe très besogneux.

Lafaurie-Peyraguey, 1er Cru, est l’une des valeurs confirmées de l’Appellation Sauternes, 40 ha de vignes disséminées. Une surface moyenne dans la région Bordelaise. Le château, à la confluence de la Garonne et du Ciron subit les assauts des brouillards matinaux dès l’automne venu, lesquels conjugués à la puissance solaire de la journée permet au champignon magique de faire son grand-oeuvre. Botrytis cinerea, car c’est de lui qu’il s’agit, fond alors sur les Sémillons, Sauvignons et Muscatelles bien mûrs, concentrant les grains fragiles en agglomérats flétris et poussiéreux.

Souvent la grâce nait de l’infâme….

OUF, c’est fait!!!

Un gros effort pour moi, que celui de donner dans le dépliant technico-touristique. Vous dire aussi, et enfin, que les terres du Seigneur de Peyraguey descendent, depuis mille six cent et des…. en trois niveaux successifs de graves pyrénéennes, du Château vers les eaux. Que celui qui n’a pas compris s’en aille fûreter du côté de : http://www.lafaurie-peyraguey.com/

- LES VINS :

2007 : Il a quitté, à regret, le ventre rebondi de sa barrique de mère, aspiré par une pipette indiscrète pour venir jusqu’à nous….Il aura fallu soixante vendangeurs et sept tries, pour enfanter ce millésime. Dur travail, qui ne donne, au bout du rang, qu’un panier de grappes ridées!!! L’or pâle colore à peine les joues de ce foetus anémié, qui pleure des larmes grasses sur les parois du verre. Le futur nouveau né est fermé et ne livre que quelques fragrances fermentaires, puis des notes de fruits jaunes, de raisin, sec et frais tout à la fois. Du nez à la bouche et l’affaire est tout autre. L’espoir d’un vin apparaît, le sucre est frais, parfumé à l’ananas, mentholé un peu, épicé d’une légère verveine. Le bois transparaît en finale, le rôti aussi.

2002 : La robe de ce « sous-estimé » est brillante, son or est moyen. Toujours cette fraîcheur au nez (le Botrytis concentre les sucres certes, mais l’acidité tout autant). L’écorce d’amande grillée, le Corinthe fin, s’élèvent en d’invisibles fumerolles. La bouche est droite, minérale, tendue, à peine adoucie par les rondeurs bien mûres de l’abricot juteux (encore l’abricot…) et des fruits exotiques. Comme une volupté de jouvencelle… Un régal en l’état.

2003 : L’ambre est dans le verre et le vert est dans l’ambre. Quelle liqueur! De longues jambes fuselées glissent paresseusement sur les parois, pour se fondre, dans un ralenti glycérolé, au disque rebondi… qui peine à épouser le calice. C’est une soie tendre qui emplit la bouche, qui frôle le palais en vagues réglissées. Ca explose, lave douce de noble botrytis, de tendre purée d’abricot, de fruits confits, de pain d’épices. Comme une chaude fraîcheur opulente et safranée qui n’en finit plus… La pierre pour conclure, très longtemps après.

2001 : Voici de l’or franc rehaussé de vert tendre pour la robe de ce millésime copieusement encensé. Ce soir la Diva est boudeuse, elle n’est pas prête à pousser son grand air. Elle minaude, la star capricieuse, et jette à peine, au nez de ses adorateurs transis, quelques notes de mandarine confite, de propolis timide, et de réglisse retenue. Une pincée de poivre blanc, comme une grimace gracieuse. En bouche, agacée par les bruits grossiers des rétro-olfacteurs maladroits que nous sommes, elle donne la leçon! Sa voix élégante, fine, tendue, nous enseigne la race et l’équilibre, en quelques notes fruités et fumées. Tout y est, mine de rien. Le café frais et la pierre brute sur le contre ut final…

1997 : Une pure lumière d’ambre jaune-vert, brillante et limpide. Telle, est teinte, la robe somptueuse de ce vin impressionnant. La puissance et la grâce réunies. Des notes pétrolées fugaces puis une verveine digne d’une vieille Chartreuse, de la figue sèche, du fumé grillé, de la… des… encore, ça n’en finit plus d’exhaler, je n’y arrive plus. Grasse, douce, puissante, soyeuse, fondue, toute en épices, en écorce d’orange confite, et voilà pour la bouche de ce grand vin. La finale, interminable, délivre de nobles amers frais.

1990 : L’âge de la majorité chez l’homme, du sortir des langes pour Lafaurie!!! La couleur de la robe rappelle les « facéties » du bébé : ambre orangé qu’égaie une lueur vert-bronze. Le nez ne se donne pas d’emblée, il faut l’attendre et l’aérer longtemps, l’oublier et le reprendre. Quant enfin il daigne, c’est à la rigueur toute minérale qu’il nous convie d’abord. Puis il s’adoucit, se civilise. Des notes épicées, fumées, fruitées, de menthe poivrée, d’agrumes, d’encaustique jaillissent du verre. La bouche est charnue, d’une grande finesse, toute de botrytis noble, de caramel au lait, et d’épices.

1959 : La robe de ce quinquagénaire est d’ambre et de ténèbre. Sous la lumière, des lueurs orangées et or l’éclairent. C’est la fleur d’acacia qui ouvre le bal, royal, de ce vieux vin ingambe. Lui succèdent le tabac – Virginie et Cuba pour une fois réunis – la réglisse anisée, l’orangette, la peau de noix fraîche… En bouche, le tertiaire pointe le bout de son âge, le cuir aussi s’acoquine. La matière est profonde, bien jeune encore, toute d’agrumes croquants et de fruits blancs frais. La finale est d’une belle amertume crissante, qui laisse en bouche comme une poussière de tanins.

Il pleut toujours et encore au dehors… «Il pleut sur Nantes, donne moi la main, le ciel de Nantes rend mon coeur chagrin…». Et moi, suis en vrac, à Cognac.

 

EBOMOTRYTITICOSÉENE.

LA SUPPLIQUE A SUPPLY…

Gérard David. Ange de l’Annonciation.

 Oui…pour les chineurs de perles noires surtout. Tant pis pour 2011.

Concélébrons à nouveau et avant tous (c’est ça le chasseur de tendance) cette année encore proche qui voit Monsieur Eric vendanger le «Mourvèdre des Crouzets» 2007. J’ai eu beau scruter Gogol Earth en long en large et en relief, point de parcelle perdue sur les flancs du Baudile à me mettre sous les yeux. Appelé à la rescousse Géo l’hexagonal ne fit pas mieux.

Les «Commentateurs» étant immodérément issus du croisement hasardeux entre le Phaseolus communis Pritzel et le Phaseolus compressus **, je remercie à genoux le père fondateur qui me donna vie. Merci à toi, Ô César des mondes liquides, d’avoir permis à mes papilles curieuses de goûter cette bénédiction faite vin. Oui, sans toi ma vie eût été toute autre et la fadeur convenue des breuvages encensés par les prescripteurs installés, aurait sinistrement continué à réjouir mes tristes habitudes d’amateur ronronnant.

Voilà c’est fait. Si après ça je me fais virer, c’est à désespérer de vouloir jouer au Jack Lang des courtisans virtuels…

Or donc revenons à ce génial Mourvèdre.

Toujours et encore et pourvu que ça dure. Je m’en régale déjà en regardant l’œil humide de la bouteille opaque. De la bonne grosse boutanche à verre épais et large cul qui vous remplit la main d’un honnête homme. Lourde comme les seins d’Andréa Ferréol dans «La Grande Bouffe», mais en plus ferme… Un vin comme ça, jeune et de Baudile (Vin de Pays du Mont…) issu, va falloir l’aérer, le détendre, l’assouplir, l’apprivoiser, faute de quoi il va me faire son gros bourru boudeur, cul serré et tanins hérissés. Casanova devait être un fin dégustateur me dis-je, souriant, vieux matois, aux souvenirs exquis d’anciennes joutes et de récentes aussi, VdV oblige!!!

Vous allez vous dire, j’en suis sûr : «Il déraille encore plus que dab le vioque!!!(vocable emprunté au vocabulaire, d’ordinaire pauvre, du lecteur ulcéré). On lui a pas donné sa tisane et son bromure hier soir ou quoi!! C’est pas qu’il nous ferait une poussée hormonale éphémère et tardive??? Va encore falloir gober ses hallucinations, ses états d’âme, ses radotages, ses idées fixes???».

BEN OUI, il a eu fallu!!!

D’un coup sec et viril, à l’ancienne, le col du flacon bien serré entre les cuisses, j’attaque le bouchon. Ça couine un peu sous le sommelier. Normal c’est jeune, mais ça capitule de suite. Ça fait un joli «glop». sonore, net, sans chichi. Faut dire que c’est pas le genre vieille chochotte qu’a bourlingué dans tous les caboulots d’Amsterdam, mal conservée, qu’a eu chaud plus d’une fois et qui rend son bouchon quasi délité, dans un borborygme humide, comme une Bretonne qu’attend son marin de mari, plein hiver sur les quais de Paimpol *. Non, c’est un beau bouchon, cœur de liège, un vrai géant qui pète clair et qu’était encore bien au chaud dans la poche de l’Eric y’a pas si longtemps. Puis je verse dans le Spiegelau ventru un beau jus d’un rubis foncé, au cœur noir comme une haleine de dragon. Deux tours de poignet et le vin tapisse, une seconde immobile, les parois du verre avant que de se répandre en larmes grasses tout autour du disque. La pierre précieuse, aux reflets violacés, brille sous la lumière douce d’une lampe de bureau. C’est que ces jours-ci le soleil est en Afrique…

Sous le nez, des jardins. Dans les jardins, profusion de fruits rouges gorgés de jus. La rosée caresse la terre du Mont qui exhale ses senteurs humides, ses parfums de bois rares et les effluves épicées des poivriers avoisinants. Les épices douces s’enroulent autour d’une pointe de cannelle, d’un soupçon de vanille, d’un fragment de bois de réglisse et d’une goutte de jus de rôti grillé. Mélange des genres…

Et j’ai le nez ravi! Poussière sur le plumeau, le sentiment de humer la complexité harmonieuse d’une crème de liqueur. Usant de stratagèmes, je retarde l’instant de la rencontre. Dieu qu’attendre est exaltant. Comme il est doux d’avoir le pouvoir de se freiner. Au bout de deux jours quand même Chérie, je peux??? Oui viens, me répond dans un zéphyr odorant, le vin dont la surface ondoie sous le souffle de mon impatience. Mais qu’il est souple ce jus qui se donne tout en se retenant. C’est gras, tendre et serré à la fois. Une pelure de tanins mûrs et délicieux, un chocolat Grand Cru en bouche, fin, subtil, équilibré bien que du Sud (comme quoi y’en a qui savent faire…). La puissance est là cependant, contenue et s’exprime dans le registre de la subtilité plutôt que dans celui de l’esbroufe. En finale, le vin s’allonge indécent, en toute fraîcheur et installe sa réglisse épicée sur mes papilles turgescentes qui n’en finissent pas d’exploser…

14°8 parfaitement maîtrisés.

A la relecture je me dis que cette matière sauvage aurait tout aussi pu donner un bloc monolithique, indigeste, lourd et alcooleux. Il fallait savoir la lire et la dompter. Certes le terroir, notion dont nous nous gargarisons souvent, est importante sinon essentielle, mais sans la patte du vigneron…

Alors Monsieur Supply-Royer, je vous en supplie, ne changez rien à vos manières d’être et de faire, même pas les prix. Dix euros chez un caviste en ligne.

* Vous avez de la chance, je la vois debout, sinon…

** Le premier qui trouve gagne un Gaffiot hors d’usage…

 

EBEAUMODEALATIBAUCODILLENE.

FONROQUE L’ÉQUILIBRISTE…

 

Fonroque. Salle de dégustation. Octobre 2010. 

 

Le tapis de vignes vertes que l’automne caresse à peine, comme une troupe d’enfants sages, s’étale de toutes ses feuilles autour de la maison ancienne, cossue sans plus, qu’en Bordelais on érige vite en Château…

En ce dix septième jour de ce mois d’Octobre 2010, le ciel est à la bouderie. Un ciel de winemakers, bas de plafond, humide, lourd de gros nuages gorgés d’eau comme éponges grises gavées. Il reprend la lumière de l’été, le feu est en veille. Les jours raccourcissent imperceptiblementement, les énergies débordantes de la saison chaude refluent et s’en vont hiberner, lentement, – au contraire de l’homme perpétuellement agité comme une puce dérisoire – sous les terres, vers les magmas brûlants… Insensiblement les sols se taisent, la vie s’enterre pour mieux renaître.

 
 Alain Moueix, homme d’intérieur.
 

D’entre les portes lie de vin du chai attenant aux pénates, un homme apparaît. Grand, mince, à son rythme intérieur, comme replié vers son essentiel. Sans le manteau gras qui enrobe ordinairement le succès matériel. Il sourit mesurément aux visiteur matinaux. Rien de moins, rien de trop, en phase me semble-t-il d’emblée, avec les énergies paisiblement actives de ce matin calme. Fugace, l’image intemporelle d’une être en prière profane, comme un éclair bref, me pique le cœur. Dans son regard bleu pâle qu’un soupçon d’ardoise adoucit, brille une lueur, douce comme un feu apaisé au terme d’une flambée; c’est la lumière argentée d’une conscience ouverte au monde mais étrangère à la surface des choses.

L’homme ne tourne pas le dos tandis qu’il remonte, l’arrière vers l’avant, le chemin crayeux qui fend la houle des vignes vers le haut du coteau. Doucement, clairement, méthodiquement, il nous présente les dix sept hectares de lambrusques auxquelles il a décidé de donner le majeur de lui même. Certes elles sont siennes ces pamprées, au sens que les hommes donnent à la propriété, mais il est à elles autant, au nom d’un pacte muet qu’ils ont signé en secret au nom de l’équilibre des rôles. L’homme a besoin de la nature mais elle peut aisément se passer de lui. Nous ne sommes maîtres de rien, pas même de nos illusions puériles. Certes il ne nous dit pas ça clairement, mais cela transpire de ses silences.

A la tête du domaine depuis 2000, tout en douceur – hurluberlu à tête sage – , unique dans cette région plutôt conservatrice, il remet posément, avec humilité cette nature accueillante à l’équilibre. Après un passage au biologique, il approfondit sa réflexion et perçoit la naturelle nécessité des eurythmies énergétiques. Pour recevoir le meilleur il commence par soigner. Dès lors, il met la biodynamie au service de la flore des lieux. Rassurez vous, je ne me prends ni pour un Rudolf Steiner de salon, encore moins pour un Bachelard miniature et surtout pas pour un Goethe d’opérette, et vous épargnerai les leçons de douzième main, chères aux petits maîtres qui pullulent comme oïdium par temps pluvieux sur les fils de la toile. En raccourci et sous toutes réserves, il s’agit «simplement» de redonner puis d’assurer la «santé du sol et des plantes», dans la «compréhension profonde des lois du vivant», acquise par «une vision qualitative et globale de la nature»… Sagesse ancienne, somme toute, que les apôtres du toujours plus fustigent au nom de la science pure et dure, mère de l’agriculture intensive et productiviste.

Conversation devant les marmites du Diable!
 

C’est dans ces chaudrons «maléfiques» que sont chauffées, infusées, filtrées, dynamisées les eaux «homéopathiques» qui seront aspergées dans le respect du calendrier lunaire – des rythmes de la nature donc – sur les sols et les vignes.

Préparats de bouse de corne de vache.

Dans la malle aux trésors simples d’Alain Moueix, la bouse transfigurée après un hiver en corne de vache enfouie en sol, dans ces pots de terre remplis d’une substance légère, aérée, odorante, aux parfums d’humus, de sous bois et de champignons frais. Certes, ces quelques exemples ne sont qu’illustrations superficielles de la « méthode » Biodynamique et toutes critiques des «spécialistes» sont, par voie de conséquence, inutiles…

Le millésime 2009 en élevage.

Mais le temps passe dans le sourire des vignes qui se préparent au repos. Nous passons au chai. La vendange 2010 à peine rentrée fermente, parcellisée, dans de petites cuves en béton. Les levures croquent les sucres. Les parfums ambiants célèbrent les fruits, et les jus fraîchement recueillis sont les élixirs crémeux de ces framboises juteuses et humides, oui ces tétons rouges qui fondaient sur la langue à l’aube tiède d’un jour de l’éte dernier. Ça se goûte comme bonbons! Dans la pénombre de la salle de repos, les fûts font oeuvre d’élevage pendant dix huit mois. 2009 nous tend la pipette. La dégustation des vins à l’école du bois m’est d’ordinaire difficile, pour ne pas dire désagréable, tant les jus apparaissent destructurés, durs, dominés pas des tanins «genre» artichaud cru. Ce matin, rien de ces désagréments habituels. Du bas de la pente aux sols argileux-ferrugineux, au sommet de la côte – terre très peu épaisse sur roche calcaire – tout est bonheur en bouche et recracher n’est pour une fois pas urgent (d’ailleurs, j’oublie à plusieurs reprises…)! De la puissance en largeur des Merlots du bas des terres, à la verticalité tendue des vignes sur calcaire, tout se resserre et s’élance en douceur. Les Cabernets-francs (15 à 20% en moyenne) sont parfaitement tendres, onctueux et mûrs. En salle de dégustation le 2007 en bouteille, long et fruité est d’une parfaite pureté de nez et de bouche et d’une gourmandise avérée qui pousse à s’en délecter. Le millésime 2008, plus puissant, concentré, ne se donne qu’avec pudeur et ses parfums de framboise, de truffe et de zan, n’apparaissent qu’à la longue. Ces vins conjuguent nez pur et bouche précise. Élégance, tension, minéralité, matière conséquente et à terme race et distinction caractérisent, plus ou moins intensément selon les années, les vins de Fonroque. Mais toujours cette pureté, cette définition nette et cette précision d’horloger de la vigne, comme si les ceps en bonne santé donnaient leur meilleur en retour.

Dans le silence, le millésime 2009 s’accomplit…

Le temps a passé si vite que la faim nous a oubliés!

Nous quittons le Domaine, bouteilles au coffre. Alain nous accompagne sans un mot de trop, toujours juste et pondéré. Dans la voiture, au sortir de l’allée qui borde l’entrée, nous sourions calmement sans plus, comme si ces heures passées à Fonroque nous avaient appris la juste mesure – si rare – qui sied aux relations de qualité.

De part et d’autre du chemin, les vignes nous saluent imperceptiblement du bout de leurs bras ligneux. Un souffle de vent léger agitent leurs feuilles, fragiles comme des éventails délicats…

 

EAUMOPATIRACODISNE.

À LA GARDE NOIRE…

La Garde Noire.

 Une Maison d’Alsace Jean Baptiste ADAM comme il y en a tant d’autres en Bourgogne ou ailleurs… Un vin le Riesling Kaefferkopf Grand Cru 2007.

Mais ADAM, je ne sais pourquoi, à peine lu, je me retrouve apnéïque en réa – qui n’est pas paradis! Un corps d’ébène qui fut puissant, vieilli, immobile. Seul le bruit cliquetant des robots crève le silence sépulcral de cette salle High-Tech. Depuis deux lustres et demi, Jean Pierre Adams survit. Coma abyssal dont il n’est jamais sorti. Karma-Coma? Ah, la Garde Noire… La gigantesque, l’infranchissable, une ligne qui n’était pas Maginot. Pas de ces boursouflés richissimes qui traînent leurs fatuités incultes, oreilles bouchées et regards vides, sur les vertes pelouses des paradis de pacotille. Les idées auraient elles leurs vies propres, leurs associations intimes, à l’insu, secrètes et qui renvoient notre sentiment de liberté pleine et entière au rayon des illusions pas perdues pour tout le monde? Trésor-Adam(s), comme si le premier homme gagnait au Loto!!! Ça se bouscule, ça s’entrechoque dans l’espace-temps. Oui c’est bizarre les neurones, ça peut occulter le quart d’heure passé et vous aspirer dans le plus profond des comas dépassés du passé…Sans doute pas des jumeaux le J.B et le J.P, ou alors une grand mère volage, séduite au coin d’une grange, au cours de je ne sais plus trop quelle guerre du siècle dernier, au temps où les les colonies et les DOM-TOM n’étaient pas avares de chair à canon bon marché… Depuis on leur sert une solde de misère… Ah la République, qu’est si généreuse avec avec les tatas et les tontons qu’en ont pourtant tant, l’est pas toujours ben glorieuse la bougrasse!!!

Parenthèse 1.

«Ô temps, suspends ton vol! et vous, heures propices,

Suspendez votre cours!

Laissez-nous savourer les rapides délices

Des plus beaux de nos jours!

Assez de malheureux ici-bas vous implorent;

Coulez, coulez pour eux;

Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent;

Oubliez les heureux.

Mais je demande en vain quelques moments encore,

Le temps m’échappe et fuit;

Je dis à cette nuit: «Sois plus lente»; et l’aurore

Va dissiper la nuit.

Aimons donc, aimons donc! de l’heure fugitive,

Hâtons-nous, jouissons!

L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive;

Il coule, et nous passons!»

Alphonse de Lamartine.

Jean Baptiste… Hérode, Salomé, de quoi s’attendre à une tête de cuvée!

Un vin issu d’une sélection des parcelles les mieux exposées du Kaefferkopf, comme il se doit donc… Les terres granitiques et marno-calcaires, l’année favorable ont porté et façonné ce vin que je regarde tandis qu’il roule jaune à reflets verts, au long des flancs rebondis du verre qu’illuminent à peine les lueurs plombées d’un ciel menaçant. Les cieux sont obstinément ténébreux ces temps-ci et gardent en cet automne triste, le cœur éteint et fade d’un hiver opiniâtre qui aurait sauté l’été. Seules les robes pâles des vins qui m’égaient, parsèment mes jours de soleils anciens que le verre des bouteilles exacerbe. Un peu, le temps que l’illusion d’éternité, qui me berce et nous bercent malgré nous, encore et toujours, s’atténue…

Parenthèse 2.

«Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Et nos amours

Faut-il qu’il m’en souvienne

La joie venait toujours après la peine.

Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure.

Les mains dans les mains restons face à face

Tandis que sous

Le pont de nos bras passe

Des éternels regards l’onde si lasse.

Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure.

L’amour s’en va comme cette eau courante

L’amour s’en va

Comme la vie est lente

Et comme l’Espérance est violente.

Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure.

Passent les jours et passent les semaines

Ni temps passé

Ni les amours reviennent

Sous le pont Mirabeau coule la Seine.

Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure.»

Guillaume Apollinaire.

Non, le Nirvãna n’est pas l’absurde «Paradis» auquel accèdent les justes, il en est même l’antithèse puisqu’il n’est pas un lieu mais plutôt un état de paix intérieure totale et permanente, la fin de la croyance en un Ego autonome et tout puissant. Ah mais!!! Le voilà qui déraille encore, qui nous emmêle et nous perd dans ses errements abscons et hors de propos. A force de dérailler, il va se retrouver planté, debout sur les pédales, hors de souffle, les mollets saillants et la tête… peut-être enfin au Nirvãna?

Ce vin me conduira t-il au détachement?

Le soleil timide pousse un rayon peureux entre les ouates grises d’un ciel gonflé de pleurs en attente. Le vin flamboie un instant et brasille d’un jaune vert-gris limpide. Je baisse la tête vers la surface du disque qu’irise mon souffle paisible et attentif. Les effluves simples mais franches d’un citron qui aurait quelque peu confit me caressent les cellules olfactives. Patient et concentré je cherche d’autres fragrances. Quelque chose de fruité, plutôt blanc, me parvient. Puis quelques notes diluées, justes miellées, tendres et mûres. En point d’orgue une touche tout juste anisée. Le tout, harmonieux et frais.

Trois mille papilles prennent le relais. C’est du sérieux la bouche, y’a du monde à l’ouvrage. Le toucher est doux, à peine gras. Puis comme souvent sur les Alsace que je fréquente ces temps-ci, le fruit apparaît. De la pêche blanche qu’adoucit un soupçon de miel. Très vide l’acidité perce et tend le vin, l’élève et le gonfle. Sur la rétro, des épices empierrées. Ça finit long et très frais. J’en ai la langue qui bande.

A Brahmâ, Vishnu, Shiva.

 

EMOTICAUUUMMM…

CE SOIR JE CLAQUE DU BECK…

 Schneekugel mit Teddybaer.
 

Je ne peux toujours pas écouter Bashung sans avoir le coeur dans la gorge…

 Le soleil de Septembre brille de ses feux encore chauds, avant de nous planter orphelins quelques mois. Le monde, lui, est froid. «Les petites choses qui luisent» sont toujours «des hommes dans des chemises». Bashung plane, bel aigle envolé. Le peuple des acariens en costard-cravate, s’est remis de ses fausses inquiétudes. Putain ça repart comme en quatorze. Le top justbeforetoday, c’était les assurances vie Américaines rachetées à bas prix aux loosers que la crise – Sainte crise, encore merci – avait  jetés à la rue. Les traders flamboyants sont encore et toujours à la curée. Villages de toiles, associations médico-caritatives se sont affairées… Plus tu penses ignoble, plus la thune tombe. Les banques vertueuses aux poches lourdes ont largué les bonus comme napalm au Vietnam. Obama aurait bien voulu bien a t-il semblé, but he couldn’t…

La grippe à la mode de chez les grands labos pharmaceutiques boostés par notre ravie plantureuse, a plané sur nos civilisations frileuses. Les maladies peuvent tuer dis donc! Un scoop. Il est temps de goûter à nos jus de raisins fermentés. Va savoir…!!

Pendant ce temps là les vignerons  inconscients au volant de leurs Porsches poivrées comme Chambertin Grand Cru *, vont bientôt vendanger.

Sur le flanc des collines, comme un trait d’union vert qui relie le village de Dambach aux ruines du château de Bernstein sur la crête, les vignes souffreteuses du Frankstein peinent à produire. Orientées en arènes Est et Sud-Est, elles plongent leurs racines assoiffées au plus profond de la roche de granit à deux micas…, qui ne font chanter que les vins. La terre, enfin les sables de granit délités par le temps et l’érosion, est pauvre. A terre pauvre, vins riches mais droits ?

LES VINS DU DOMAINE BECK-HARTWEG.

La première des coquines à couiner sous mon vieux tire-bouchon qui est à l’ouverture des cols ce que Rocco est à la plomberie, c’est la «Prestige». Ça ne fait pas un pli, le bouchon «glope» comme le dernier des péteux, avec un bruit sec.

Riesling «Cuvée Prestige» 2008 :

Sur l’étiquette un peu kitsch – ce qui n’est pas pour me déplaire – en ces temps de design branchéglacéloungedéjàdémodé – dans un coin, l’ours de Dambach se régale de raisins, au creux d’un blason rouge et noir…

La robe est jaune citron pâle à reflets gris.

A l’ouverture le vin perle un peu. Pas de pétrole à l’horizon olfactif. Le nez est franc, pur et droit sur la pêche blanche, la rhubarbe crue et le citron Beldi confit dans sa saumure.

Le toucher de bouche sucré-salé est net, la matière est juteuse, un gras léger lui donne une consistance bienvenue qui attendrit et modère l’acidité bien présente. Une note de fruits jaunes arrondit la dominante citronnée qui affole les papilles. La finale correcte se dépouille de sa chair fruitée, le vin se tend comme les reins de ma belle joueuse pour laisser au palais de fines notes de sel et de noyau de prune. Finale tranchante, vachement minérale (j’emmerde la Science) en fait!

Le lendemain, le vin a été bu sur deux jours, quelques volutes de rose ancienne, de fleur d’aubépine et de jasmin aussi – fugacement – s’échappent du dernier verre, vide of course!

C’est bien bon, difficile de ne pas y retourner illico. Sur un tajine citron confits et poulet, une cuisine Thaï aussi, épicée?

Riesling Grand cru Frankstein 2006 :

Toujours cette robe pâle d’or gris.

Une belle finesse sous les naseaux, toute en citron confit, en sucre d’orge, en miel un peu, en fruits blancs, enrichie par une note de mandarine, en poivre blanc aussi et en épices enfin. Mais… un nez relativement fermé cependant, même le lendemain, qui ne se donne pas totalement. Petite bouderie adolescente passagère?

En bouche le toucher est d’une grande finesse, marqué par une impression minérale qui semble tendre et fondre à la fois les composants de la palette gustative. Sans doute la qualité première de cette «pierre franche» est-elle de donner au vin ce supplément de subtilité?? La matière est conséquente, charnue, mûre, bien équilibrée par une acidité aérienne qui cisèle le gras, le léger sucré et les fruits. Finale riche qui se dépouille lentement, jusqu’en son cœur de sel et de pierre.

Un bout de foie passait par là, Frankstein l’a vidé de ses lipides parfumés. Personne ne s’est plaint. J’ai même entendu quelques bruits suspects de succions appuyées, suivies de soupirs profonds. Le bonheur serait-il dans la bouche???

Gewurztraminer Grand Cru Frankstein 2004 :

Cette fois la robe est d’un or gris plus soutenu.

Le premier nez parle de fleurs, jasmin et acacia mêlés. Puis viennent les fruits jaunes réglissés, le pain d’épices, le miel et les épices. Un nez très fin, une fois encore.

La bouche est douce et opulente de prime abord. La matière est riche, ronde, grasse ce qu’il faut, toute en fruits mûrs réglissés exhaussés par les épices et tempérés par une fraîcheur minérale qui donne à l’ensemble un bel équilibre. La rétro sur la pêche blanche accentue l’impression épicée, presque pimentée. Très belle finale florale qui tourne au noyau de pêche finement amer pour s’étirer et se dépouiller ensuite, révélant ici aussi, la pierre salée.

Pinot noir «F» 2007 :

Robe rubis foncé, limpide. Reflets violets et vieux rose.

Mon premier pinot noir Alsacien envoie. Un nez dédié aux fruits mûrs. Cassis, fraise un peu sur fond de mûres. A l’aération des notes de réglisse, de fumé, d’épices, de caillasse.

La bouche se repaît d’une belle purée de fruits rouges frais, avec plaisir. Le vin est consistant mais reste fluide et roule agréablement. De beaux tannins fins, mûrs et légèrement crayeux émergent ensuite du velours de fruits et parlent de la jeunesse du vin. Mais ça ne gâche pas le plaisir. La finale est longue. Elle conjugue à nouveau les fruits réglissés et fumés puis s’étire et s’épure dans le temps, découvrant une minéralité fine. Un peu de sel sur les lèvres. La bouteille n’a pas fait long feu! Le pinot noir et l’Alsace sont faits pour s’entendre.

* Mais non, je blague…

 

ECAILMOLASTISEECONE.

LA SÈVE DE SANG DES TERRES NOIRES…

 Lumière de l’ombre.

 

 Tard le soir, les cardes épineuses des chimères aux brandons ardents, vous prennent à la moelle.

Dans la moiteur des nuits suffocantes, les forces anarcho-anabolisantes du chaos se liquéfient, et gouttent  jusqu’à vous gorger comme une éponge écarlate, de peurs bleues et de soleils flavescents. Les barrières s’éffondrent. L’Œuvre est au Rouge. le Noir est en Œuvre. Le cramoisi, le feu, la sève – forces vitales – fécondent le ventre glabre du monde. Chutes, vertiges, basculements, incandescences, forces primordiales, tellurisme, jaillissements, éruptions, implosions, brûlures, plaisirs et douleurs, vous rongent les chairs, vous cryogénisent les sangs, et vous mordent à l’âme. Heures d’effroi. Instants de terreur. Délectations acides. Le fuligineux est né du rouge, comme le fut le charbon du feu, et l’obsidienne noire, du volcan. Quand viennent les ténèbres, remontent des fosses que l’on croyait à jamais dévasées, le bacchanal de la nuit des âges. Lignes et courbes s’opposent et s’épousent. Les solitudes s’éclairent, de toutes les nitescentes dissolutions dépravées de l’esprit festinant…Il faut bien chasser la mort, la maritorne aux yeux de jais. Sous les halètements conjugués des chairs en fusion, les magmas globulaires bouillonnent, dans les caquelons rougeoyants des démons déchaînés.

Vous n’êtes plus que mollesses pantelantes, et peaux distendues!

J’ouvre les yeux et dessoude les mâchoires que je tenais serrées. Au centre de l’aréole de cristal de mon verre, comme un téton céleste, une goutte incarnate subsiste, telle l’œil de Dieu au cœur de la sphère. Mon verre est vide et je suis sidéré, comme celle qui fut faite sel, pour avoir osé se retourner! Je ne sais si je remonte ou redescends d’autres mondes. C’est un retour que je fais, du centre de la terre, ou de je ne sais quelle puissante galaxie, nouvelle née.

Les temps étaient tristes. Je m’étais dit qu’une gorgée de bon vin m’aiderait à traverser l’épaisseur touffue de ces heures térébrantes. Sans l’avoir vraiment choisie, c’est une bouteille de la Tenuta delle Terre Nere que j’ouvrais. Humour noir! Une sélection parcellaire en fait, la «Calderara Sottana» 2007, sombre Sicilienne, qui suinte de vieilles vignes, à flanc nord d’Etna. Les respirations apaisées d’Encelade portent, à 650 mètres d’altitude, les vieux ceps de Nerello Mascalese et Capuccio dont les jus incarnats sourdent des terres volcaniques, tel un magma sublimé…

Dans les rondeurs apaisantes du verre, le rubis grenat liquide épouse le rose fuchsia. La belle eau limpide du vin, est tout juste percée par la lumière de ce jour aveuglant qui peine à effleurer son cœur.

Somptueux! Que dire d’autre de ce bouquet odorant qu’exhale le vin, tandis qu’il s’ouvre, comme la corolle d’une pivoine issante dans la rosée d’une aube humide. Le temps du vin n’est pas le notre… C’est une ode à la cerise noire, tout d’abord. Dans son expression la plus subtile. Comme le substrat quintessencié de toutes les variétés, élégamment entrelacées. Puis en foule, des notes de framboise, de cassis, de liqueur de noisette apparaissent. Plus avant, des touches de poivre, de terre broyée, de réglisse, de truffe, de cuir, de cendre, de goudron, de fumée légère et d’huile de cade, endiablent le nez.

En bouche, le vin se fait suave, acide, granuleux et puissant, tout à la fois. La matière, imposante mais élégante, est hérissée de petits tannins «à la Barolo», taillés fins, mûrs, crayeux – comme une soie de ponce – qui percent la boule de fruits rouges fumés, comme une volée d’aiguilles fraîches et minérales. Elles tendent le vin. Derrière mes yeux clos, fugace, l’image d’un gymnaste qui fait le pont. Les embruns que les vents du nord portent jusqu’aux flancs élevés de l’Etna, laissent sur mes lèvres le souvenir ailé de la mer proche. La finale, oblonguissime, sur la réglisse fumée, me caresse le palais de sa langue de feu noir…

Tard le soir, le Guépard élégant de Visconti me regarde….

 

EEMOVATINOUCOIENE.