Littinéraires viniques » Olivier B

ACHILLE ET NATACHA À LA PEINE …

Helmut Newton. Après le coiffeur.

Noir vertige. La pupille du Diable ?

Et la lumière qu’elle reflétait chatoyait comme un mensonge précieux.

Achille au sortir de sa « Leçon » tremblait, assoiffé, les neurones en ébullition, le sang pulsant à longs jets ardents dans ses veines. En passant devant la vitrine d’un magasin discret, il tomba en arrêt devant une pierre noire taillée en pyramide tronquée, arrondie, et montée sur une bague en vieil argent finement travaillé. De cette pierre éclairée par le néon de la vitrine, sourdait une étrange lueur, glauque et piquante à la fois qui attira Achille vers l’étalage. En quelques secondes, collé à la vitre, le calme revint, son esprit s’apaisa à sa grande surprise, la pierre, à distance le lavait de ses échauffements. L’agitation mentale dans laquelle il était englué retomba d’un coup, comme un geyser privé de pression. La bague enserrait maintenant son annulaire gauche, le métal finement ciselé était creusé sur les côtés de fines découpes en forme d’arcanes complexes, vaguement ésotériques. L’onyx noir, pyramide épointée à demi arrondie, marquée de quatre angles polis, avait la patine de l’ancien. Quand Achille regardait le bijou, celui-ci émettait par intermittence une lueur cireuse, voilée comme une lune par la brume nocturne. Perplexe il ne pouvait que ressentir sans pouvoir expliquer, comme si la bague avait un charme, le pouvoir d’absorber la peur, l’angoisse et autres émotions lourdes et négatives. Et le mettait en légèreté, le dépressurisait ; une imperceptible euphorie l’habitait. Une intuition, sans rapport apparent, fulgora, vive et précise, il eut la certitude d’avoir réussi son oral.

Attablé à la terrasse d’un café, Achille revécut avec une précision surprenante le film de son épreuve du matin. Le jury compassé, silencieux, vieilles barbes académiques et sinistres, l’avait toisé, verbe autoritaire et formules caustiques, regards ennuyés, dédaigneux, qui ne le voyaient pas, l’un dormant à moitié, l’autre intéressé par les jardins sous la grande baie qui occupait tout un côté de la vaste pièce, un troisième dessinant ses rêves, un autre encore qui prenait à la volée et soulignait rageusement ses premiers mots. L’atmosphère glaciale faillit le congeler, jusqu’à ce que s’ébrouant, il repoussa ses notes, se leva pour faire sa leçon en marchant dans la salle, haussa le ton, mit de la vie dans ses phrases, s’agita, brassa l’air comme font les ailes d’un moulin, ce qui ajouta à l’assurance feinte de son propos. A oser vivre et argumenter avec force et conviction ses notes, certes il ne captiva pas d’emblée les barbons qui en avaient entendu d’autres, mais en quelques minutes, il capta l’oreille, puis l’attention du jury qui se mit à l’écouter vraiment. Difficile de ne avoir le regard attiré par ce canard qui cancanait en battant des ailes ! Plus ils semblaient attentifs, plus il les oubliait, haranguant les anges et dialoguant avec les auteurs, passant du phrasé sourd des émotions au ton vigoureux de la démonstration, osant même, sans en abuser, quelques traits d’humour pas toujours très littéraire. Et le temps fut à nouveau aboli. Il comprit qu’en captivant l’auditoire il le le privait de la perception du temps, en anesthésiant les esprits. Et que cette entreprise était aussi délicate que temporaire. Épuisante aussi ! A la fin de « l’envoi », après une dernière pirouette, comme un funambule au bord de la chute fatale, il se tut, la musique impressionniste qui donnait chair à son texte cessa. Alors cette fois, il regarda franchement les membres du jury, juste avant qu’ils n’avalent leurs sourire et que la morgue ne marquât à nouveau leurs visages. Ils le congédièrent d’un geste, mais presque aimablement, après quelques questions de détail, pour la forme lui sembla t-il …

Achille caressait le bijou d’un doigt distrait, machinal, son souvenir s’effaçait, il était serein, sûr de son fait. Il sentait battre lentement son sang sous la bague, encore étonné de son achat. L’avait-il achetée ou s’était-elle donnée à lui ? Il évita la réponse spontanée qui lui venait, mais qu’il rejeta d’un revers de tête. Natacha le regardait, là dans l’eau des nuages boursouflés qui couraient sous le vent dans le ciel d’azur, au-dessus des toits. Parfois le soleil peinait à percer la ouate épaisse, le nuage pleurait une eau de lumière d’émeraude tremblante, vibrante sous ses yeux plissés, pâle comme le regard de Natacha Dynamo. Qui lui revenait, peau blanche ductile, hanches ondulantes, seins généreux et plantés, prunelles vibrantes. S’y replonger, plus près, oser murmurer « Te voir, quand, où ? … Il marcha toute la journée, au large des foules moutonnières sur les Champs, dans les petites rues, passant et repassant la Seine à user les ponts. Il flâna longtemps au Père Lachaise, caressant les marbres froids des vanités disparues, frôla Apollinaire, sourit à Jeanne Avril, fut écrasé sous Balzac, s’inclina devant Bérenger, s’arrêta devant Jules Berry, salua Blanqui et Jean Baptiste Clément, fredonna devant Cherubini, soupira devant Héloïse ..

Gare du Nord. Il s’était assit dans un coin en attendant le train du retour. Le flot ininterrompu des voyageurs hagards roulait devant lui comme un fleuve en crue. Les visages blêmes des travailleurs épuisés par leur journée de travail, épaules voutées et mines tristes, peinaient à trouver leur chemin dans le fatras joyeux des vacanciers en partance, autour desquels trépignaient en grappes bruyantes des enfants pleurnicheurs. Désespérément, Achille luttait et tremblait en silence. L’envie de se lever et de courir comme un affamé vers la salle obscure qu’illuminerait le beau corps de Natacha et ses opalescences, ravissantes sous la lumière rasante des projecteurs, le paralysait et lui mettait le cœur à vomir entre les dents. Une onde chaude lui brouilla la vue, le déconnectant de sa conscience claire.

Sa main poussa la porte.

Au pied de la scène, la foule des admirateurs ennuyés patientait, papotait, buvait force alcools et bulles fades, la fumée des cigarettes tenues à bout de doigts désinvoltes montait dans la pénombre en volutes grasses. Les numéros se succédaient, glamour de surface, exhibitions mécaniques, vernissées, qui glissaient sans âme, vêtues de lumières sophistiquées et de musique sans reliefs. Achille accroupi, seul au milieu des affalés, dénotait, s’accrochant d’une main à la rampe. S’il avait pu se voir, le spectacle de ses yeux sombres, rétrécis, douloureux, profondément enfoncés, qui luisaient comme deux escarboucles en détresse sur la peau livide de son visage creusé par l’angoisse, l’aurait effrayé ! Il paraissait avoir mille ans et vécu mille vies. A plusieurs reprises, il faillit s’enfuir mais jamais il ne parvint à s’arracher au désir. Un million d’aiguilles lui brûlaient la poitrine, c’était un cœur de porc épic qui battait sous ses côtes, pauvre cœur épique de souris en panique, il haletait et sentait dans son dos l’eau de sa peur qui ruisselait. Quand la salle se tut et devint plus noire que les crocs de la terreur poisseuse qui lui serraient la nuque, ses souffrances disparurent quand la joie l’inonda. Une joie pure, enfantine, évidente. Il sentit que le bleu de ses yeux revenait et lui mettait la tête à l’azur. Dans les coulisses Natacha le perçut et sourit à l’unisson. Quand le projecteur inonda son visage, son regard déjà le caressait. Elle ne le quitta pas, sans jamais ciller, son regard liquide le désaltérait plus sûrement que l’eau fraîche d’un torrent de montagne. Il nagea jusqu’à ses pupilles qui l’engloutirent. Achille était en elle, il sentait jusqu’au moindre tressaillement de ses muscles, il plongea au cœur de la belle qui exacerbait sa propre féminité, l’inondant de sa douceur sauvage. Ouvert comme une huître pantelante sous le couteau, son eau se mélangea à la sienne. Natacha ondulait comme une liane souple, ses chairs frissonnaient sous sa peau, les ondes d’Achille couraient en elle, de la nuque aux talons elles la cajolaient, l’enjôlaient, et l’emmenaient au sommet de plaisirs inconnus. Au bout de son numéro, ses adorateurs, mains désespérément crochées vers elles, sans espoir de l’atteindre, l’entendirent râler de plaisir. Natacha que le sexe des hommes n’avait jusqu’alors jamais satisfaite, connaissait un sommet de tendresse et de plaisir mêlés, dans un aboutissement surprenant, qui la laissa longuement déployée comme un bel étendard sous le vent. Les riffs saturés des guitares et les chants rauques qui accompagnaient son numéro, se turent ; dans le silence épais, elle murmura « Je t’attends… ». Seul Achille l’entendit. Elle se leva enfin, rasant, féline, le bord de la scène, joua un instant avec le public, frôla d’un doigt léger la seule joue d’Achille, puis s’évanouit dans la coulisse. Les regards envieux des spectateurs frustrés réveillèrent Achille qui se retrouva plus seul que jamais.

Il dégringola des cimes enchantées au profond des abysses.

Le temps d’un soupir.

A l’entrée des artistes, il fit les cent pas longuement, se parlant à voix basse. L’impatience finit par le submerger, il s’en fut à pas lents, se retournant souvent. En vain. Derrière la porte, Natacha qui le sentait tout proche, brûlait de le rejoindre, mais le corps massif d’un homme à la haute stature menaçante lui barrait le passage. Elle était tombée sous la coupe de cet animal frustre, juste après qu’elle eût quitté, sur un coup de colère, l’atmosphère trop tiède à son goût du nid de ses parents adoptifs. Certes Léon et Rosine étaient des amours qui l’avaient nourrie de tendresse, mais l’âge venant, Natacha croyait étouffer dans l’étroite boutique engluée dans le cours immuable du temps des horloges. Un soir d’été à se dénuder, l’orage qui menaçait au dehors avait éclaté dans l’appartement. Une rage froide l’avait prise au ventre, une colère effroyable, vestige de ce passé douloureux dont les images floues la traversaient parfois sans qu’elle pût les arrêter, les reconnaître et les mettre à distance. Cette violence terrible l’avait prise et dépassée pour se mettre à hurler, pur napalm, par sa bouche. Les traits déformés, laide, hors d’elle, elle les avaient agonis, humiliés, blessés, eux qui n’étaient que douceur et compréhension. Ils eurent le sentiment que le monde déflagrait, découvrant que leur enfant, leur soleil, leur fleur en bouton, leur centre absolu, se métamorphosait en une goule effrayante. Natacha s’enfuit comme elle était vêtue, en claquant sauvagement la porte. Zlatko le Serbe l’avait sauvée deux jours après, quand une bande de zombies sous crack qu’il approvisionnait, l’avaient coincée dans un squat malodorant. En deux coups de couteau, ils avait balafré les junkies et nettoyé les lieux. Natacha, affamée, terrorisée, le suivit, soulagée, naïve, confiante et reconnaissante. Il la mata sans difficulté, à coups de phrases frisantes et douces, lui parla les mots de miel qui attirent les abeilles innocentes et fragiles. Elle se prit dans la toile de l’araignée, comme la libellule abusée par le soleil diffracté par les perles de rosée du petit matin. Devint sa chose décérébrée. Prisonnière et heureuse de l’être.

Alors, coincée contre la porte, à un mètre d’Achille, elle ne résista pas et suivit comme un chien son maître, déchirée mais obéissante. Achille la vit passer devant lui, sans un regard, l’ogre qui l’enserrait sous son bras ne le remarqua même pas. Sa main droite qu’elle tenait dans son dos, se crispa brièvement, puis se tendit vers lui dans un geste qui lui interdisait de la suivre …

Achille s’en est allé,

Le coeur en marmelade,

Dépité et contrit,

En murmurant tout bas,

Pauvre bougre,

Natacha, pourquoi ?

Le sort souvent s’amuse aux dépens de celui qui brusquer le veut. Mais le jeune Achille ne le sait pas encore, non plus que ce même sort donne parfois à ceux qui en acceptent l’inéluctable règne, plus qu’espéré. Il lui faudrait oublier, en attendant.

En pleurant en silence,

En s’efforçant,

De rire à la vie.

Achille, agnat fatigué du jeune désespéré, intensément déroule le film intact de ces moments de joie, et de résipiscense intimement entrelacés. Comme à son habitude l’ancien s’est fait berner par les ventouses de la nuit. Comme à chaque fois qu’il aligne ses mots de peu sur l’écran éblouissant des vanités virtuelles, par un tour de magie qu’il ne peut expliquer, les pixels tremblotants l’aspirent au temps de ses amours anciennes, au souvenir de ses victoires sans importance, et lui font ressasser ses bonheurs entraperçus. C’est souvent le peu de vin qui chatoie sous la lampe au coeur de l’obscurité ambiante, dans l’écrin fragile d’un cristal à long pied, qui le fait basculer, quand il ne sombre pas. Reviviscences émouvantes, grain des peaux oubliées, sourires esquissés, hanches qui se cambrent, chairs qui craquèlent sous la flamme des incendies de l’enfance, fusions avilissantes et rires perlés, émergent des lacs de rubis odorants qui l’emportent dans l’ailleurs des vieux rêves avortés.

OlivierB, vigneron de combat, paysan maltraité, combattant opiniâtre, arrache en 2008, au Mont Ventoux, ces raisins de grenache et de syrah aux jus sombres comme les abysses inexplorés. C’est ce vin de souffrance, ces Amidyves à la robe finement bordée de roses brodées et d’orangé naissant, longuement aéré qui le plonge aux temps passés des splendeurs de Natacha. Les parfums crêmeux des mûres de septembre le ravissent au présent fuligineux, les cerises confites le captivent, les épices orientales l’emportent, la réglisse et les bois exotiques achèvent de le charmer. Dans l’élan, il porte le vin à la bouche, y retrouve les fragrances intactes qui ensorcèlent ses papilles pâmées sous le flot des fruits mûrs. La crème de vin à l’attaque douce s’étale, le jus enfle sur la langue jusqu’en milieu de bouche, puis éclate en fusées fraîches qui lui montent au ciel du palais pours retomber en bouquets de flaveurs fruitées, épicées, suspendues un instant au firmament du plaisir par une acidité revigorante qui les relance. Le temps suspend son vol quand le vin avalé persiste longuement, se dépouille de ses atours du jardin des délices, pour étaler au grand jour ses tannins fins, enrobés et croquants, et la trace à jamais présente du soleil tombant au revers du Ventoux. Et l’eau de vie des cerises qui chante sur la langue …

Dans le verre vide,

Des eaux des yeux,

D’Achille,

Le souvenant vieux,

La rose se déplisse,

Comme Natacha en délices.


EMOMEURTITRIECONE.

L’ARAMIS DE METHAMIS…

Le cœur sur la croix *.

Du dix septième siècle à nos jours,

il n’y a qu’un battement d’aile de colibri…

Et la réincarnation étant ce quelle est, c’est çà dire une croyance que partagent plus d’humains que notre Europe majoritairement cartésienne et comptable est censée en fédérer, pourquoi ne pas penser, ou plutôt pressentir du bout du cerveau droit – voué aux gémonies en nos démocraties pétries de certitudes inébranlables (pour ce qui concerne les démocrates de chair, il y a toujours moyen de s’arranger en matière «d’inébranlablement»…) – que l’Aramis d’Alexandre Dumas est de retour sur notre belle orange bleue ? Pour les embranchés égarés qui me liraient sur leur I-Phones 12 entre deux sessions d’un co-working en Vinocamp sous la tente, leur dire qu’Alexandre est un auteur «ancien» qui n’a point connu l’I-Pad, la High Tech, ni l’amphigouri clinquant cliquetant.

Malheur, enfer et damnations égales, il lui a bien fallu, lui Aramis le roué diplomate, le subtil prélat, croiser les chemins très ordinaires et réitérés au fil de l’histoire, des enchristés de l’époque, tous plus courtisans et girouettes folles des vents portants que notre Jack de la Saint Jean, archétypal et recousu comme un spinnaker en bout de route du rhum…

Oui Aramis is back ! Il a enfilé une autre peau. De deuil. Qu’il n’a pas volée. Lui, le prélat à l’âme défroquée, l’amphibolique. L’augural, le fuselé, qui traverse le siècle et la Compagnie des Mousquetaires de bien sinistre façon. Pour finalement tirer sa révérence, le Kharma lourdement accoré aux basques. On le reconnaît à l’amour du chapiteau qui ne l’a pas quitté. Il a troqué la plume contre le galurin paillé – l’épée vaut le sécateur – la Cour du Roi et ses fastes pour la solitude des vignes. Il garde en ce temps d’aujourd’hui, de son passé de ferrailleur délicat, sous la lèvre inférieure, la pointe drue de sa triple bacchante crochue d’antan. La boucle d’argent, qui lui perce l’oreille, signe de sa présence discrète le fer de ses tourments passés.

Il a posé la flamberge pour manier la pipette qu’il pique gaillardement dans le flanc de ses fûts, vers le ventre obscur. Le sang des vignes qu’il suce est chargé de l’amour qu’il leur porte. A prendre les vies il a renoncé, pour la donner à boire aux palais curieux de ceux que les vampires – succubes modernes – réincarnés autour de la corbeille des avidités spéculatives, n’hésitent pas à saigner à vif. Dracula changé en « trader »? Mais il n’a pas finit pour autant de payer les effets des moeurs légères de l’éclatant cavalier au coeur de papier mâché. La dame plus de pique que de coeur, apeurée par les arias, s’en est allée voleter ailleurs. L’Aramis/Olivier B, se retrouve clouté, coeur à cru, au pilori des adorations proscrites. Comme un cep sous eutypiose, étranglé par la finance, il a perdu bonne partie de sa sève. Mais les maîtres du Karma, sévères à l’ordinaire, donnent parfois dans le facétieux. Reconnaissant les indéniables efforts du spadassin des vignes, ils lui accordent l’aide – de peu de poids certes – mais gratuite, d’un quarteron de blogueurs illuminés.

Nul ne sait ce qui adviendra, mais l’amicale bouffée d’air apportée semble le regonfler. Ses vins se vendent un peu plus, pas suffisamment sans doute, mais se vendent… La Toile (humour karmique !) a oeuvré. Le buzz a dépassé le laps ordinairement très bref consenti à l’attrait futile de l’éphémère. La machine tient bon et le temps, pour une fois, prend son temps !

Puissent ces quelques lignes relancer la machine,

et dénouer les fesses des banques qui l’échinent… ?

Les « Amidyves » 2007 continuent d’enchanter mon palais à jamais conquis par leur chair onctueuse. Un nez aussi généreux qu’un poème de cassis, mûre et cerise tressé. Une telle attaque onctueuse et suave, une telle densité fondante, j’en redemande jusqu’à ce qu’amour s’ensuive…

*image empruntée au site du vigneron

 http://vigneronajt.centerblog.net/

EPUGMONATICECONE…

 

QUAND SAIGNE LE COEUR DU VIGNERON…

Botticelli. La Madone aux cinq anges.

 

Attack Massive, voix d’ange et coeur battant…

Cognac, loin des vignes à vin que j’affectionne.

Certes le Bordelais est juste là, passé ma cour. Pourtant je ne baguenaude plus sur les bords de la Gironde depuis vingt ans au moins. Mais je garde l’âme du guetteur, silencieux comme ces Sioux capables de scruter les vastes plaines des jours entiers, sans bouger, à chercher le bison blanc… A l’affût jours et nuits. Silencieux, enfin pas toujours… Je lis, j’écoute, j’observe, je suppute sans l’être pour autant, j’entends, je questionne, puis je laisse faire l’alchimie subtile dans l’obscurité de ma conscience sourde. Les informations glanées se télescopent, se corroborent, s’empilent, s’entassent, s’opposent, se neutralisent, bref, font leur chemin, librement. Dilettante je me veux et je n’interviens pas dans leurs échanges ou leurs conflits. Ça mijote, ça macère, ça glougloute, mes levures endogènes travaillent en silence.

L’ inconscience est ici une culture de la confiance.

Un beau matin, tout est en place, mes neurones ont classé le fatras, mon coeur a crémé le tout de sa lucidité paisible et je décroche. Le téléphone. Oui, un simple téléphone sans aucune de ces indispensables «applications» genre, micro-ondes-vibro-masseur ou mon frère (jeu de mot pitoyable qui se veut illustrer la vanité insane de ces petites machines à branler l’ego). Ça court dans les câbles, ça se connecte, ça bidouille dans les airs, dans le sol et miracle, me parvient, de là-bas, de quelque part en France, voire de Navarre ou de Bourgogne, ou d’autres contrées encore, récemment rattachées, la voix d’un homme que j’arrache un instant à sa vigne. Et de deviser. D’écouter, de palabrer parfois à l’Africaine, d’échanger, de rire, de déconner grave souvent et très vite. Et ça fait mouche toujours… Quelque chose du royaume de l’indicible, ce lien étrange qui se moque des fils, des cables, de l’absence, nous unit, les atomes crochent, nos âmes, par devers nos egos, se plaisent et ça n’en finit plus.

Quelques jours après les cartons pleins de bouteilles sont à ma porte. Souvent, très souvent, je n’ai rien encore payé, tandis qu’au loin, il rogne, il effeuille, il ébourgeonne, il s’affaire, paisible et confiant, dans les rangs des lianes qu’il accompagne, les pieds dans la terre qu’il aime, le coeur à parler aux vignes muettes qui ne lui répondent qu’au chai.

Et puis un jour que vous n’attendiez pas, tandis que vous sirotez paisiblement, en prenant le temps, un verre de vin sombre et odorant, après qu’il s’est détendu dans la carafe à large cul dans laquelle vous l’avez mis à son aise. Après qu’il a déployé, prenant le temps qu’il doit et mérite, ses ailes odorantes et fragiles, trop longtemps à l’étroit dans la bouteille sobrement étiquettée «Amidyves» 2007, vous apprenez, au détour d’un petit message de pixels bleus, que le mec qui s’est échiné à vous préparer ce jus qui vous extasie grave, a posé son chapeau entre les rangs de ses vignes ! Définitivement. Olivier B, qui en a marre de grimper les Côtes du Ventoux, à lâché son sécateur à caresser la syrah… Instantanément vous comprenez ce que le mot sidération veut dire. Pourtant le vin dans le verre, qui brille doucement à la lumière arficielle, au coeur de cet hiver sinistre, embaume et vous empalme la langue, comme le meilleur des baisers d’amour que vous avez jamais reçus. Vous frissonnez jusqu’au bout de la moelle, de plaisir et de tristesse confondus.

Quelques bouteilles des vins de ce vigneron au chapeau me restent. Je ne suis pas prêt de les boire. Mais je dis à ceux qui ne le connaissent pas, de l’assaillir de demandes, de le recouvrir de bons de commande, de l’asphyxier sous des monceaux de mails, de débarquer chez lui, «tout nu avec une plume rose dans le cul». Que les plus belles femmes du web vinique, nues commes des riedels graciles, frottent leurs seins lourds, leurs sexes phéromonés, leurs hanches agiles et charnues sur lui. Qu’elles s’empalent en ondulant et hurlant, qu’elles le chevauchent comme des cavales sauvages, qu’elles le vident, qu’elles l’épuisent. Qu’elles l’emmènent jusqu’au plus haut  des barreaux de l’échelle des plaisirs, qu’elles le roulent dans les farines levurées des orgasmes volcaniques et biodynamisants, qu’elles soient Chiennes et Madones, Mamans et Putains, qu’elles le libèrent de ses colères, et qu’elles impriment au creux de ses reins, le souvenir ému de leurs désirs dévorants. Qu’il repose exsangue et bégayant, le cep apaisé, sur leurs flancs tropicaux qui palpitent encore. Sorcières célestes, qu’elles le charment ! On ne sait jamais…

Pendant tout le temps qu’Olivier B s’est échiné,

Madoff faisait du lard dans son loft,

Sûr qu’il tirait le diable par la queue pourtange,

Le Diable, magnanime, rêvait la vie des Anges…

EFAISMOPASTIL’CONCONE…