Littinéraires viniques

A LA FRAISE ARRACHÉE …

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La fraise de La De.

—–

Sous la langue agile,

D’une ancienne nubile,

Aux seins abondants,

Turgescents

Et charmants,

Une fraise poivrée,

Au jardin arrachée,

Luisante de rosée,

Fraîche et pomponnée,

Se laisse caresser .

Sa chair fragile

A le goût

Des baies roses,

Des paupières closes,

Et des larmes salées…

—–

Elle soupire,

Et sa chair fragile,

Sous la langue attentive,

Frémit comme une grive,

Remerciant l’héliophile,

Sa bouche cantabile,

Ses dents de bédéphile,

Et ses lèvres si lisses.

Et la douce vampire

Qui gémit et transpire,

Sous sa jupe d’isopyre,

Écarte ses cuisses

De porphyre,

Et son bonbon

Juste laqué …

—–

Le petit jour se lève

Sous le soleil timide

Qui perce les volets,

Au jardin les jonquilles

Sourient au vent douillet

Qui berce la charmille.

Dans la pénombre, fébrile,

La fraise éclatée,

Laisse son jus couler.

Sur les lèvres écarquillées,

Roses et gonflées.

Le souffle parfumé,

De la fille languide,

Dépose un doux baiser,

Berce le fruit éclaté

Qui tortille, pâmé,

Au fond de son gosier …

—–

Viennent les jours heureux,

Et les petits matins brumeux,

Les tendresses gobées,

Les plaisirs partagés …

DANS LA CRYPTE, OUBLIÉ.

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La De fait sa Vlad.

—–

Sur les sommets noirs, le soir, plane Dracula,

Le catafalque lugubre file au ras des monts,

Mors aux dents, sous le fouet, les cavales folles

Ramènent le maître blême aux entrailles du château.

—–

Loups aux crocs qui claquent, chauves laids qui sourient

De toutes leur âmes mortes, honnies, brumes létales,

Démons, sorcières, goules, chairs pâles et lustrées,

Ombres immenses, flambeaux éteints, miroirs ternis.

—–

Au pied des tours maudites de son château lugubre,

Toutes les bêtes fauves, regards hallucinés,

Pupilles dilatées, iris de cuivre tigre,

Hurlent à l’unisson, horrible soumission.

—–

Babines humides et salives fétides,

Pelisses hirsutes, légendes infernales,

Des puits noirs sans fond enfin remontées,

Aux pieds du maître impavide, domptées, elles s’ébrouent,

C’est le temps des turpitudes, des miasmes, de la boue.

—–

Le peuple des maudits, des chassés, des infâmes,

Enfin réuni, rêve de bouter les dames,

De déchirer leurs antres, de boire à leurs sources,

Au graal écarlate de leurs chairs fragiles.

—–

Lui qui fut Vlad du temps bien avant les corbeaux

Quand les fleurs rutilaient au salon des amours,

Atours, velours, rires d’enfants des beaux amants,

Sous le ciel pur, le soleil rouge ne brûlait pas.

—–

Le sang chéri maudit des petits êtres frais,

A boire chaud, à même les artères déchirées,

Aux gouffres béants sous la dent, ivoire qui croque,

Lycanthropes velus ou succubes infernaux.

—–

Espoirs de lait perdu, soie des regards nus,

Robes qui glissent, escaliers dérobés,

Quand le soleil brillait dans le regard bleu reine,

Elle qu’il aimait entendre respirer, à mort.

—–

Les blancheurs vénérées, le cristal qui tinte,

A ses lèvres humides, goûter son âme douce,

Perdre la mort qui rôde, gagner l’éternité,

Il pleure dans son tombeau, les fleurs sont fanées.

—–

A hurler de douleur sous les terres amassées,

Depuis des lustres. Éteint au milieu des ténèbres,

A chasser l’amarante des nourrissons déchus,

Les vierges se sont pâmées sur leurs gorges funèbres.

—–

Il aurait tant aimé n’être alors jamais né,

Avoir pu, avoir su, échapper au destin,

Glisser entre les failles du temps des mortels,

Et n’avoir pas connu la sorcière aux dents longues.

—–

« Diable de feu au regard de braise folle,

Lucifer mon frère, quand tu t’es effondré,

Que n’es-tu passé loin, plutôt que de me prendre,

J’aurais bien voulu vivre les fortunes humaines !».

—–

Et ce rêve effrayant, ce bonheur qui l’obsède,

Elisabeta se meurt, nul pour l’empêcher,

A la mordre à mourir il n’a pu se résoudre,

Alors il se morfond le diaphane empaleur.

—–

Combien sont disparues toutes ces jeunes années,

Quand la mort faisait peur, quand il la redoutait,

Et ce vent qui coulait dans les cheveux des femmes,

Quand il croyait que Dieu n’était que pure bonté.

—–

Il se voyait alors, belle plume et grand cœur,

Se promenant au bras d’une pâle crinoline,

Organdis frissonnants, rose et bonne mine,

Et des brassées de fleurs de soleil et de joie.

—–

Las, plus de trépas ni de cœur pieu qui lâche,

L’éternité encore, ultime punition,

Et le noir absolu, le doux soleil nié,

Les miroirs se fendent, les ombres disparaissent.

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Maintenant il rugit comme un damné qui meurt,

Il a maudit le sort, il aurait tant voulu

Anéantir Dieu et ses anges terribles,

Et retrouver le temps de ses amours goulues.

—–

Le temps n’est plus, Dieu l’a trahi, rêves perdus,

D’un pieu pointu sous le sein nu, regard voilé,

Fontaine de sang rouge, comme un porc, étêté,

Sous la crypte glaciale, affamé il triomphe.

—–

Dans ses yeux effrayants, un ange s’est miré …

LA LOUVE AUX DÉLICES.

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La belle de La De.

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Elle est tombée d’en haut, un météore de miel,

De piment, paprika, herbes folles, coin de ciel,

—–

Ma Louve en pelisse sang de feu.

—–

J’étais au fond des temps, et j’attendais la mort,

Mais elle m’a prit la main qu’elle a serrée si fort,

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Ma Louve en pelisse sang pal bleu.

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Mais loin, si loin, quand l’amour au-dessus des nues,

Crève les nuages, le corps, l’âme, elle a paru,

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Ma Louve en pelisse sans adieu.

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Gémis pauvre maudit, ton cœur, pierre qui pleure,

Et tes yeux, les lagons saignent, au loin elle demeure,

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Ma Louve en pelisse sang de peu.

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Ta peau, oripeau, chien galeux, craque et brûle,

Dans le canyon, loin du Colorado, elle hurle,

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Ma Louve en pelisse sang des cieux.

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Crocs plantés, regards, cris dans le noir, et l’espoir,

Je rêve de coulis, ventre dur, et la boire,

—–

Ma Louve en pelisse sang soyeux.

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Dieu de feu, tout là-haut, tu ris dans les nuages,

Quand je pleure, ô malheur, le chant du coquillage,

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Ma Louve en pelisse sang de Dieu !

—–

Les anges en nage, les mésanges en extase,

Nul ne peut m’arracher que chevauche Pégase,

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Ma Louve en pelisse à deux.

—–

Elle a bu toutes les lies, croqué à pleine vie,

Bourlingué, vogué, tenu à deux mains les ris,

—–

Ma Louve en pelisse d’adieux.

——

Il ne faut pas lui dire ce qu’il faut qu’elle soupire,

La Louve est une farce qui a vécu le pire,

—–

Ma Louve en pelisse camaïeu.

—–

Sur la mer si lisse, qu’une aile la caresse,

Nous irons naviguer au profond des détresses,

—–

Ma louve en pelisse aux délices …

ENTRE LES RIRES VOILÉS.

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La farandole de La De.

—–

Vos noms sont des romans jolis contes d’enfants

Qui courent dans les chants comme de beaux amants

Au secret des palais en dentelles de voyelles,

Des perles aux eaux pures, enchâssées, très belles,

Hérissées de secrets, de silences, de consonnes.

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A Venise sont morts les fils de Visconti,

Chevelures de corbeaux sous la morgue discrète,

Plein été, il fait chaud, les longues redingotes,

Âcre la sueur coule à défaire les plis,

On s’évente aux bars blancs des hôtels alanguis

—–

Derrière les portes closes de leurs paupières poudrées,

Au fond des lacs obscurs de leur iris dorées,

Dans le silence bruissant des jupes, des taffetas,

Entre les rires voilés, les volières et les chats,

A l’heure blanche qui meurt quand le soir va tomber.

—–

Le soleil d’or est fou dans le ciel de cobalt,

Dans les vieilles demeures les fauves meurtris,

Se déchirent sans un mot. De leurs tailles cambrées

Ils dominent la plèbe mais personne n’entend

Les cris étouffés qui sourdent de leurs rangs.

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Vos beaux noms, belles femmes en bottes zibelines,

Rendent fous les oiseaux, ils en perdent leurs plumes,

Et les chevaux renâclent, escaladant les dunes,

Ils se cabrent, croupes dures à croquer vos pralines,

Sous vos atours charmants, les frissons de la lune.

—–

Et je rêve le soir comme un vieux tamanoir,

Langue si folle qui affole les fourmis,

Tandis que dans le noir de vos roses boudoirs,

Cachées sous l’édredon, sous vos draps, dans vos lits,

Au silence vous êtes et je suis en sursis.

DOMAINE DE L’A 2012. Castillon Côtes de Bordeaux.

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Dans une carafe aux courbes hottentotes, voici trois heures, la bouteille au col sévère a pleuré à gros bouillons de chagrin – une bouteille que l’on vide de son amour de vin est toujours en larmes. Le jus odorant qu’elle emprisonnait depuis peu s’étire. Il a soupiré de plaisir, je l’ai entendu gargouiller.

 Alors, plus mutin qu’une deb à l’idée du bal qui l’attend un soir prochain, oui une de ces debs du genre rebelle à papa – putain il fait chier le vieux avec son fric ! -, une des très rares qui ne porte pas la robe chantilly de tissu précieux montée par une des stars de l’inutile en vogue, le vin a déployé sa robe de grenat étincelante, au coeur de laquelle la lumière automnale se concentre en un point lumineux que j’ai peine à regarder. Une robe de velours aux reflets de pivoine grasse.

 Or donc le vin en jette, et de belles lueurs appétissantes. A le regarder ainsi cligner de l’oeil, le nez se penche sur le verre. A peine l’est-il que les fruits rouges et mûrs l’accueillent, cerises, cassis et autres douceurs, des baies rouges assurément, aux parfums en harmonie veloutée avec la robe du vin. S’y marient épices douces et fragrances de violette. Sur les parois du verre, glissent des rus glycérinés qui ajoutent à l’appétence olfactive. Des parfums de bon bois aussi, des parfums de jeunesse que le temps estompera. A humer ce vin me reviennent « Passiflore, Magnolia, Acanthe …. » les noms des cuves tronconiques du Chai du domaine.

 Le vin n’envahit pas la bouche, il la caresse. Ici tout est velours (oui encore!), la matière est conséquente sans être ostentatoire, d’une de ces fraîcheurs que j’aime tant, cette fraîcheur des calcaires transmutée par la vigne. Les fruits roulent en bouche, un jus de printemps, élégant, racé.

 Il est tard les convenances se sont diluées, la soirée passant, les photographes sont partis, le consensuel a fondu, les corps sont chauds. Sous les mains caressantes du jeune Jean-Hubert de service, la Deb roule des hanches, elle a le regard mouillé …

 Ce vin n’est pas bon, il est délicieux, la nuance est d’importance et les petits tannins fins et enrobés qu’il dépose au palais, avec la fraîcheur et le sel fin qu’il laisse au bord des lèvres, sont à mon avis la marque du domaine.

 Stéphane Derenoncourt sait caresser La Colombe …

EPOUVANTABLES ET FOLLES …

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Par La De : Derrière le masque des apparences.

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Ce sont des amoureuses épouvantables et folles

Qui aiment à naviguer le long des berges molles

Pourtant elles ne refusent jamais les barcarolles

Quand elles parlent ou rient, un concert d’aréoles .

–—

Elles aiment le mou comme les chattes et les poux,

Si vous leur souriez, elles vous sautent au cou,

Quand bien vous les grondez, ça finit par des coups,

Les amoureuses sont de belles amantes d’amadou.

–—

A la moindre allumette, ça y est, c’est la fête,

Et les enfants de cœur avec leurs burettes,

Les très beaux grands hommes aux subtiles braguettes,

Tous et toutes se mettent à leur conter fleurette.

–—

Elles se pâment, se répandent et souvent pleurent,

Elles ont beau se coucher, elles ne manquent pas de cœur,

Le matin elles adorent les tartines et le beurre,

Quand ça craque sous leurs crocs, tout le monde a si peur.

–—

Ce sont des amoureuses inénarrables et drôles,

Sur leurs pattes de grue, elles déambulent, affolent,

Les mâles à barbes courtes et idées près du cul,

Ça entarte à tout va, ça mord et ça bidule

Ça purule, ça fait des bulles, ça canicule.

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Ce sont des nauséeuses blêmes et dévastées,

Sous leurs chiffons, les vieilles lunes sont mortes,

Délitées, très usées, à bouffer des cloportes,

A se vouloir béantes, elles se sont refermées.

–—

Les amoureuses sont mortes, lasses à pleurer …

ET VICTOR ET TRISTAN …

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La De et ses mystères.

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Pastilles de menthe dans la gorge de l’amante,

Coule le vert opale des humeurs vagabondes,

Du fond des temps anciens, elle remonte et se plante,

Jambes d’opale, belle et luminescente,

Sur le bord de ma bouche, une langue se gorge

A mordre les dents, à vomir, par Saint Georges !

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Les dragons noirs sont morts, emplumés et déchus,

Ils ont tué l’espoir, le soir et les vertus.

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Dans le soleil couchant, les roses sont fanées,

Les épines égratignent les peaux trop caressées,

Dieu a crevé les yeux des humains désolés,

Dans les plaines incertaines, au pied des contreforts,

Volent les âmes tremblantes, et la vie et la mort,

Allons boire à la lie, les fruits des mandragores.

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Et me dorent les yeux de leurs ongles si beaux,

Me relèvent un peu quand je courbe le dos.

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Blêmes eaux lustrales, je tourne le madrigal,

La folie qui s’approche et me cloue sur son pal,

Volent les souvenirs, pleure le dormeur du val,

Et Victor, et Tristan avec leurs grands yeux blancs,

Ils regardent au loin mourir les goélands,

Bande de poètes qui hurlaient à tous vents.

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O dis moi toi ma loi, que je mourrai vivant.

NE LÂCHE PLUS MA MAIN …

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La paluche de La De.

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J’ai couru sur les grèves, j’ai perdu ma vertu.

Dans les eaux tropicales, au tombant, la tortue

Nage la chamade, raide, demi vêtue,

Elle plane la naïade, comme mes espoirs. Pendus.

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Dans les eaux bleues si pures, les requins sont partout,

C’est l’heure de la pâture, ils tournent comme des fous,

Dogues rogues ou marteaux, sur leurs flancs de soie pâle,

Pleure le rémora aveugle. Suce les eaux.

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Sur les flancs des volcans, on dit qu’ils sont éteints,

Pauvres gens, vous n’avez jamais vu ses beaux seins,

A vous crever les yeux et fondre les aciers,

Comment ne pas s’éventrer, s’étriper. Or fin.

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Les beaux rapaces voraces, aux becs de pierres précieuses,

Leurs grands yeux arc-en-ciels, leurs courbes délicieuses,

Ils glapissent là-haut et je ne suis qu’un nain,

Leurs voix sont sirupeuses et leurs corps purs diamants.

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J’ai rêvé des siècles, attendu plus d’une ère,

Connu le meurtre, la ciguë, les bouches trop claires,

Dévalé les sommets, griffé aux bruyères,

Ne sachant qui j’étais, aveuglé aux chimères,

A l’aube comme à la nuit, planant entre les sphères.

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J’ai briqué les latrines aux cactus des déserts,

Sous les voiles multiples, j’ai parcouru les mers,

Accroché au mât lourd, nageant dans les eaux troubles,

Buvant tous les naufrages, et j’ai souvent vu double,

A frôler, à me fendre, aux vraies lames de jais.

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J’ai déchiré les hautes tristesses, ravalé

Les grands murs des enceintes, sous tous les soleils rouges,

Aux pieds des déesses noires je me suis prosterné,

Je suis mort mille fois, le cœur percé de flèches,

Os brisés, cuir cru lacéré, scalpe la peau-rouge !

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J’ai tué des bouddhas, émasculé des chats,

J’ai violé plusieurs fois onze mille vierges,

Et me suis repenti en avalant des cierges,

Je suis monté là-haut, j’ai déchiré des bas,

Vomi toutes les fientes des enfers. Bien puni.

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Ne lâche plus ma main, oublie que Dieu se fâche …

JE TRICOTE MES MOTS.

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Quand La De fait sa Pénélope.

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Du soir au matin frais,

Puis la moiteur épaisse,

Qui ronge les couleurs

Du monde. Désolé

De sentir la mort lente

Des feuilles éplorées.

A demi assoupi,

Je tricote mes mots.

—–

Mais il me faut tirer

Le fil de ma pelote,

les oiseaux se sont tus,

Les feuilles des arbres las

Pendent comme leurs ailes

Aux nervures flétries

Des érables assoiffés,

Dieu que mes rimes sont pâles.

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Et l’azur est tombé

Sur la terre écrasée,

Deux trois notes pures

Au campanile rouge

Ont peine à résonner.

La vie s’est éclipsée

Les torrents asséchés

Et mes voyelles aussi.

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Je peins la bouche sèche

Et mon pinceau hésite

L’air est flou et se tait

Mes doigts brûlent du feu

Qui court. La salamandre

Noire, aux toits écarlates

Sans un bruit s’est nichée.

Les consonnes ont sonné.

—–

Comme beurre les mots fondent,

Ma plume ébouriffée

Se noie dans la chair grasse

Des chaleurs du jour.

La pelote affaissée

Dans ma paume languide

Coule de tout son jus

Sur ma folle calame.

—–

Je tricote mes mots

Sur la laine de ton dos,

Tes soupirs m’exaltent,

Dieu que mes rimes sont pâles

Plus encore que ta peau.

Et mes voyelles aussi.

Tout au creux de ton lit,

Les consonnes ont sonné,

Elles glissent assommées,

Sur ma folle calame.

Comme le cerf qui brame,

Je tricote tes eaux.

ET LE VOL DES IBIS …

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L’arbre aux ibis de La De.

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Du coeur des arbres noirs s’envolent les blancs ibis,

Sous la plume fragile bat le pouls de l’oiseau,

Sous l’encre des flots sombres, calices et artifices.

Les eaux sont à l’étal et le ciel est si beau.

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Regarde donc là-bas quand le soleil farouche,

Quand la mort et sa horde, quand au mors de ta bouche,

En vols agglutinés se rassemblent les mouches,

Bruissent comme les branches, les ibis se couchent

—–

Les vols en escadrilles aux pattes en ardoise,

Sur le ciel mourant, toutes en ombres chinoises

Leurs ailes battent lourdes, elles font bruit de velours

Et traversent les ondes et la mer à rebours.

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Ils sont rouges brûloirs, sanglants les longs fins becs,

Sur leurs pattes faucilles ils arpentent à sec,

Et les siècles aussi comme Thôt les heures,

Sous leurs bec recourbés les aloses en frayeur.

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A petits pas prudents ils vont par les étangs,

Leurs têtes, des masques, carnaval de Venise,

Sous leurs long manteaux pâles comme rêves d’antan,

Ils tremblent doucement quand se lève la brise.

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On les disait sacrés au temps des pyramides,

Ils trônaient dans le temple, graciles et hiératiques,

Et cet oiseau fragile était l’égal d’un dieu.

C’était au temps ancien, bien avant les cantiques.