Littinéraires viniques

FLORENTINE ET ZANCA.

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Le Lion de Saint Marc. A. Dürer 1494.

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Elle avait une jolie frimousse, des ongles sales, de petits yeux noirs, de ces yeux pointus au regard trop souvent perçant, glacial et méchant; mais chez elle il était étonnamment doux et confiant. Son visage au front bombé, à la bouche minuscule et charnue, rouge comme une burlat bien mûre, tout rond, un visage de porcelaine précieuse, un sourire de poupée ancienne. Mais une épaisse touffe de cheveux noirs bouclés l’auréolait comme une menace diffuse. Florentine était son nom. Elle seule savait la crasse sous ses ongles, alors la coquette, pour cacher la misère, recouvrait ses longues griffes de pigment rouge qu’elle volait dans les boutiques des broyeurs de couleurs. Giacomo Frataguzzi était l’un deux, il voyait bien le manège de la brunette, mais l’homme était brave et fermait les yeux …

Elle sortait à peine de l’enfance qu’elle n’avait pas eue. Une mère minée très jeune par la phtisie, toujours à fuir de bauges en taudis, à gagner trois sous à la force de son cul qu’elle avait large et capable d’accueillir plusieurs donateurs à la fois. Entre ses seins abondants, fermes jusqu’aux bouts bruns posés sur deux larges rustines pustuleuses, elle avait toujours su faire cracher au bassinet les imprudents rapiats qui croyaient avoir pu se soulager les génitoires à bon compte. Or donc une maîtresse femme qui ne s’en laissait pas compter. Ses errances continuelles laissaient Florentine tout à fait libre de grandir à sa guise. Alors elle courait toute la journée dans les ruelles étroites, dérobant un fruit par-ci, un bout de pain par-là, puis s’enfuyait en riant sur ses petites jambes nerveuses, sourde aux cris des commerçants qui la coursaient en vain. Dans l’encoignure d’une porte elle croquait le butin de ses rapines, l’œil aux aguets, prête à déguerpir à la moindre menace.

Dans la Cité de Saint Marc, riche et puissante, Florentine n’était qu’un petit chat noiraud, une pauvresse sans importance. L’eau courait sous les ponts de Venise charriant son lot d’immondices, et il n’était pas rare de voir dériver un cadavre d’animal ou d’homme parfois. Dans les ruelles on pouvait entendre les cris des hommes en lutte. A Venise, dès que le soleil prenait ses quartiers de nuit, dans les venelles étroites les fers prenaient l’air, des comptes se réglaient, des gens étaient assassinés pour d’obscures raisons. Les gondoles aux nez de rats, noirs et pointus, fendaient le courant de la marée montante. Florentine cherchait un abri, la pluie froide détrempait sa chemise rapiécée, les ponts étaient déserts, les hommes avaient quitté la ville en guerre. Francesco Bussone conduisait à la conquête des terres Lombardes une armée hétéroclite de mercenaires à la solde de la République de Saint Marc.

Elle se faufila par la porte entrebâillée d’une taverne enfumée de sa connaissance dans l’obscurité réconfortante de laquelle elle aimait à se réchauffer, elle se glissa entre les tables bondées autour desquelles des hommes, presque tous hors d’âge, taquinaient des prostituées déliquescentes et exténuées. L’unique pièce était sombre comme un cul de basse fosse, et les grosses bougies jaunes et coulantes, disséminées au hasard de la pièce, donnaient à la scène des allures infernales. Sur les murs sales les ombres des occupants dansaient comme des succubes en bacchanale. La jeune fille s’accroupit au coin de la cheminée, se frotta le ventre et les bras, secoua sa tignasse détrempée, et la chaleur du grand feu la réchauffa un peu. Près d’un des murs ruisselants, un jeune homme attablé la regardait à la dérobée. Florentine, habituée qu’elle était à se méfier d’un rien, s’en aperçut aussitôt. Grand, mince, le visage fin à la bouche large, aux lèvres minces surmontées d’un nez aigu, ses yeux pâles aux paupières lourdes laissaient filtrer au travers de cils sombres et recourbés un regard absent, rêveur, tourné sur lui-même. Des vêtements bleu nuit, informes, maculés et fripés, flottaient autour de son long corps maigre. Affalé sur son siège, ses jambes chaussées de hautes bottes fatiguées tressautaient par moment, la droite surtout tremblait continûment. Florentine lui trouva l’air fragile et inquiet. D’ordinaire distante avec tout ce qui était masculin, elle eut instinctivement envie de le protéger et se trouva troublée par ce qu’elle ressentait. Elle frissonna. Zanca fut surprit quand il croisa ces yeux brillants dans l’ombre. Au cœur de ces pupilles rétrécies les flammes de l’âtre se reflétaient, inquiétantes. Le regard de la petite ne cillait pas et la lumière vive de ses yeux de perles noires le transperça plus sûrement que la plus effilée des dagues. Il tressaillit et bredouilla dans sa barbe naissante qui lui faisait figure de lynx famélique. Le garçon était aux abois. Jusqu’à il y a peu il appartenait à la garde de Ermolao Donato le chef des Décemvirs. La mort récente de celui-ci le laissait sans le sou, et ses talents de spadassin sans scrupules ne lui rapportaient que misères. Juste avant que Florentine ne le cloue d’un regard à sa chaise, il se demandait comment quitter la taverne sans avoir à payer sa chope de mauvaise bière. Outre ce problème à résoudre, il surveillait fiévreusement, comme un animal poursuivi par la meute, à longueur de jour, se réveillant la nuit au moindre soupir sous le pont qui l’abritait, la moindre âme alentour. La garde de Donato était traquée, il le savait, et tous ses membres devaient disparaître.

Florentine observait les reflets mouvants qui se poursuivaient sur les murs de la taverne. Elle aimait, quand la vie lui donnait un peu de répit, regarder le monde. Les humains surtout, leurs dégaines, et ce qu’elle percevait d’eux confusément. Et l’étrange Zanca, qu’elle ne connaissait pas, contre toute prudence l’attirait. La petite, elle avait un peu plus de quinze ans mais ne le savait pas, se leva et s’en alla s’asseoir à la table du garçon qui baissa les yeux. A chaque fois qu’elle vivait une émotion particulière, Florentine sentait entre ses cuisses battre les flancs tremblants d’un cheval imaginaire, et l’odeur de la bête absente lui montait au nez. Face à Zanca, ce fut si fort que le cheval se cabra, ce qui la fit se redresser brutalement sur son siège et s’accrocher des deux mains au rebord de la table de bois brut. Le jeune homme sursauta, elle lui sourit simplement, les paupières du garçon s’affolèrent, il se recroquevilla un peu plus. Florentine y vit s’envoler un papillon et cela l’émut aux larmes. Sans se soucier de ce qui les entourait, la petite lui parla bien une heure sans presque s’arrêter, si ce n’est pour respirer. Le silence de Zanca ne la gênait pas, elle voyait bien à son regard qu’il l’écoutait vraiment, et la ride profonde qui marquait son front trahissait son intérêt. Par moments sa bouche frémissait, ses yeux se voilaient. Alors il se reprenait, redevenait méfiant pendant qu’il balayait du regard la pièce entière. Puis il revenait vers elle, se contentant de pencher un peu la tête pour surveiller discrètement la porte du bouge. La jouvencelle, de sa voix étrangement grave lui racontait Venise, ses chapardages, sa vie de bourlingue, ses petites joies et ses petits secrets. Elle gloussait par moment quand son histoire devenait triste, et son rire de mésange charbonnière, fait de trilles aiguës, mettait au plafond enfumé de la pièce de grand lavis de ciel bleu. Zanca oublia ses peurs et s’esclaffa à plusieurs reprises quand elle lui confia, en chuchotant presque, comment elle dépouillait prestement de leurs bourses trop lourdes ceux qui la laissaient s’approcher. Plus la foule était dense, plus les badauds au marché se marchaient sur les chausses, meilleure était la récolte !

La température montait dans la taverne, le feu ronflait et les boissons accentuaient la chaleur. Les esprits s’échauffaient, les rires allaient crescendo, les gaupes à demi renversées sur les tables étalaient leurs charmes fatigués sous les canailles avinées qui plantaient leurs chicots dans les chairs écroulées. Ça sentait l’aigre et le gibier faisandé. La porte s’ouvrit sous la poussée de gens d’armes bruyants aux épées d’acier luisant. Zanca se laissa tomber sous la table, Florentine se retourna et jeta à la face des soudards une bordée de quolibets bien sentis. Les rires fusèrent, qui décontenancèrent un instant la troupe, plus habituée aux réactions de peur qu’aux moqueries d’une enfant. La gamine, coutumière des fuites en catastrophe, prit le garçon par la main et l’entraîna vers une fenêtre ouverte à l’opposé de l’entrée. Ils bondirent dans la rue, vifs comme deux chats en chasse, et se mirent à courir de toutes leurs jambes dans la ruelle sombre qui descendait vers le canal. Florentine filait en riant, et Zanca, gêné par la flamberge qui battait sur son flanc, serrait les dents et peinait à soutenir la cadence. Le garçon glissait sur le sol humide tandis que les pieds nus de la pucelle faisaient merveille, évitant les obstacles du sol inégal, dérapant en souplesse dans les virages serrés. Bientôt il ne sut plus où il se trouvait, mais Florentine qui connaissait Venise comme sa poche multipliait les changements de direction, quittait les rues fréquentées pour des passages étroits et déserts dont les murs des hautes maisons qui les bordaient étaient presque à se toucher. S’ils avaient pu lever la tête, ils auraient eu peine à voir ne serait-ce qu’une des étoiles scintillantes qui constellaient le puits sans fond de la nuit Vénitienne. Bientôt les bruits cliquetants de leurs poursuivants s’estompèrent et le silence s’installa. Zanca à bout de souffle s’affala contre un mur, la jouvencelle, nullement éprouvée se laissa glisser contre sa poitrine. Il l’entoura de son bras, spontanément. Stupéfié par son audace il se dégagea aussitôt, mais la jeune fille se blottit plus encore. Il sourit dans l’obscurité. Le parfum musqué des cheveux l’entourait, il respira doucement et cela le ravit. Son souffle se calma, son corps aux muscles durcis par l’effort se détendit, il était bien, et se mit à espérer que cette quiétude odorante durerait infiniment. Le babillage de Florentine l’émouvait, elle lui posait mille questions auxquelles il n’avait pas le temps de répondre. La tête lui tourna quand deux lèvres humides et douces butinèrent sa joue. Sous ses paupières closes, un vol de colibris s’égaya.

Le sommeil les gagnait, ils respiraient en cadence, ils avaient chaud. On aurait cru deux oisillons blottis l’un contre l’autre dans un nid de plumes douillettes alors qu’ils reposaient sur le sol boueux d’une venelle crasseuse. Soudainement un bruit sourd venu d’en dessous de nulle part les fit sursauter, une tuile s’écrasa à côté d’eux, puis une seconde, puis plusieurs à la fois. Très vite des éclats d’argile dure les griffèrent ou crépitèrent sur les murs. En cette nuit de 1451 la terre tremblait violemment et Venise vacillait. Puis une pluie de pierres folles, de plus en plus lourdes, arrachées aux murs branlants des maisons, une pluie de caillasses, une pluie tueuse, s’abattit sur eux. Les deux jeunes gens terrorisés ne comprenaient pas ce qui se passait, les yeux levés ils voyaient trembler les étoiles, c’était comme si le ciel s’effondrait, comme s’il se désintégrait, et des pans entiers de la voûte céleste, noirs comme la peste, s’écroulaient sur la ville. Une tuile tranchante heurta le crâne de Florentine, le sang gicla et lui brouilla la vue, elle s’écroula à demi inconsciente. Zanca se jeta sur elle, la terreur l’avait gagné, ce qui advenait dépassait son entendement, mais dans un réflexe qu’il ne réfléchît pas il protégea de son long corps maladroit la petite blessée. Et se mit à pleurer.

La terre trembla à nouveau, plus longuement cette fois, la pluie de gravats s’intensifia, ça tombait de tous côtés, le garçon sentit jusqu’au plus profond de ses os la terrible rage des éléments, il s’allongea plus encore sur le corps de la jouvencelle inconsciente, et lui qui avait toujours détesté les croyants, leurs bondieuseries et les fastes insolents de l’église toute puissante, se mit à prier comme le dernier des pleutres. L’amour le submergeait, il promit à Dieu, à cette puissance voilée qui hurlait sa rage à la face des hommes en cette nuit de terreur, d’endurer les plus atroces supplices, il jura de jeûner aux pieds de Saint Marc, à laisser fondre jusqu’à ses os s’il l’exigeait. Mais Dieu demeurait sourd, inflexible et cruel, la terre en folie voulait exterminer cette race maudite, Dieu n’avait plus foi en l’homme.

Les hauts murs surplombant le couple enlacé qui ne faisait plus qu’un seul corps cédèrent d’un coup et s’écroulèrent lourdement autour des amants qui ne le seraient jamais. Et Zanca crut au miracle, Dieu les épargnait ! Mais la dernière pierre, plus lourde que la Marangona du campanile de Saint Marc, juste après que le silence fut revenu, écrabouilla les têtes fragiles des deux enfants. Dans Venise apaisée, seuls les cris des blessés épargnés par la fureur des cieux résonnaient encore.

Bien à l’abri dans les caves de son fastueux palais, Franceso Foscari, pensif, se resservit un verre de ce succulent vin de Vénétie qu’il affectionnait tant. Ses armées finiraient bientôt, une fois la terre calmée, par venir à bout de ces Lombards détestés. Dans la pièce d’à côté, les premiers bubons de la peste noire rongeait déjà les enfants du Doge …

LES LARMES DE TON ÂGE …

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Sous l’oeil de La De.

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Tu es l’ailleurs

Qui glisse

Entre mes doigts,

Le sable

Que nul ne retient,

L’eau qui tue

Par son absence,

Le vent

Qui balaie

Les feuilles rousses

Et dépouille

Les arbres…

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La lame

Qui déchire

Mon flanc.

Arrache moi

A la mort

Qui guette,

Souris moi

Au soleil

Levant,

Petite âme,

Jolie flamme,

Tu me desquames,

Et me laisse

A la rame

Trop longtemps …

—–

Chevalier noir

Du désespoir.

Tes poires …

—–

Sur le sable blanc

Qui borde la plage,

Je m’allongerai,

Sur le banc

Qui luit au large,

J’irai m’étendre.

Et j’attendrai

Que la lune

Soit pleine

Pour la mordre

A pleine dents,

Soleil

Sanglant …

—–

Je marquerai

Au rouge

Ta peau pâle,

Au fer brûlant

Tes seins

Opalins

Et mes doigts

Curieux

S’égareront

Sous ton jupon.

A ta menthe poivrée

Je m’enivrerai …

—–

Épée noire,

Bouclier blanc,

Fourreau gluant …

—–

Et tu ne voudras pas,

T’agiteras,

Te rebelleras,

Me cracheras

Au visage,

Les larmes

De ton âge,

Me grifferas,

A me tirer

Des perles

De purin,

Jusqu’à ce que,

Je meure

Du mien …

—–

Goule,

Ma houle,

Tu roules …

—–

Arracher ta cuirasse,

Jeter au feu,

Ton bouclier,

Extirper

De ton cœur,

A pleine bouche

Vorace,

A me briser

Les dents,

Tout ce qui

L’étouffe

Et me bouffe

La rate

Au court-bouillon

Mon raton …

—–

Oeil du diable,

Tes tours pendables,

A cheval sur mon râble …

—–

M’enflamme,

Me brûle

Ou me glace,

Selon que souffle

Sirocco

Ou Noroît.

De proche

En loin,

Mon coeur,

En quartiers,

Se prend

Pour la lune

Qui monte

Ou décroît …

—–

Trémousse moi,

Dans ton détroit,

Engloutis moi …

—–

Ma gaulée,

Au sourire

Gaulois,

Qui me laisse

Pantois,

Mais droit

Comme un « I »,

Au fond

De mon lit,

Jusqu’au jour,

Où,

Ce sera

Lou-garou

Et Lilou.

Je me garde

Debout …

DES BOUQUETS NOIRS.

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La Zig De Zag.

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Foutu comme l’as de pique

Visage de porc-épic

Une vraie tête de zig-zag

Des yeux comme des aimants

Et ce regard très vague

Qui n’est pas très perçant.

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Le soleil a fondu

La pluie s’est abattue

Chaque fois qu’il est sorti

Les rues se sont vidées

Le monde s’est aplati

Les enfants ont pleuré.

—–

Crois-tu que j’ai hurlé

Ameuté le quartier ?

Non je lui ai souri

Pauvre femme ou bel homme ?

Qui avait l’air transi

Me prends pas pour une pomme.

—–

Dites bonnes gens charmants

Armés de vos tridents

Vous devriez plutôt

Allez il est grand temps

Faire la bête à deux dos

Et vous limer les dents.

—-

Personne ne comprend rien

A ma petite chanson

Seuls les chats et les chiens

Ronronnent à l’unisson

Moi même je me demande

Si je m’appelle Cassandre ?

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Le soleil s’est couché

Puis il s’est relevé

Quand on ne le voit plus

C’est pas qu’il est perdu

C’est qu’il laisse la lune

Montrer son trou du cul.

—–

Une histoire sans morale

Je préfère avoir mal

Plutôt que de baver

Mieux vaut loin s’en aller

Cueillir des bouquets noirs

Sous les soies des peignoirs.

ZOULOU, MÊME SI …

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L’étrange papillon de La De.

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Je suis,

Le reître

De tes Seins,

Qui se dressent

Pour moi.

Les fruits,

Du roi.

Au claquement

Humide,

Torride,

Languide,

Turgide,

Du lingam,

Si fort,

Métaphore

De mon doigt …

—–

Je suis,

L’ami,

Le frère,

Dans la ouate

De la natte

Qui pleure,

Langue rose,

Qu’enfle

La soif,

Velours

Tressé,

Dos courbé,

Et qui

Miaule,

Bouche

Édentée,

Pour son lait …

—–

Je suis

L’entomologiste,

Hermès,

Trismégiste,

Qui te cloue,

Papillon

D’émeraude

Taillée.

Couteau

Gluant,

Au lit

Qui tremble

Sous tes reins,

Te plante,

Ma lente,

Toi qui

Poudres

Mes yeux

Qui plongent

Dans les tiens.

Viens …

—–

Je suis.

Celui qui

Hume

Dans le vent

Le parfum doux,

Mon ange

Bleu,

Qui enlace

Tes cheveux.

Partout,

Zoulou,

Tes brumes

Me parfument

Tu es, ma Lou,

Mon enclume,

Ma prune,

Pas brune

Pour un sou,

Partout …

—–

Je suis

La ceinture

De chair

Qui enserre

Tes flancs

Qui dansent

Au rythme

Fou,

Ma bayadère,

De tes délires

Brûlants.

Sanglant

Je meurs,

Pur beurre,

Me noie,

Suis

La proie

De tes doigts.

Ta bouche

Me mouche,

Je louche …

—–

Je suis

Puni,

Meurtri,

Flapi,

Groggy,

Zoulou,

Chou,

Caillou,

Mes reins,

Lombaires,

Tu es ma chair,

Mon air,

Ma vie …

—–

Ma palette est large

Et mon pinceau

Furieux!

Alors,

La sève

Brûlante,

Perdue,

Cherche

Ta vasque

Accueillante,

Étroite,

Serrée,

Pour dépôt

De bilan.

Jus de gland,

Miel d’amour,

Intérêts

Payés,

Rubis

Sur toi.

Délivre moi …

—–

A l’écrire,

Je sens l’émoi

Monter en moi,

Se concentrer

Au bout de la tige

Qui larmoie,

Déjà …

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Au fond du jardin,

Ma dolente,

Pantelante,

Sous l’arbre à fruits

Qui bruisse

Sous le zéphyr,

Au puits,

J’irai croquer

La cerise rose

De ton désir …

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Pierres

Concassées,

Concupiscence

Exacerbée.

Marteau broyeur

De ton cœur.

MA CARAVAGÉE.

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La De en piqué.

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 Ma Caravagée épique abeille bleue

L’azur lumière aiguë à l’obscur de tes yeux

Hiver sérieux brumeux lourdes morts offertes

Il fait si froid si cru à clouer la fenêtre.

Aux arbres en squelettes pendent les silhouettes

Des amis de Villon décharnés à la lettre

Tous les mots oubliés des amours de vélin

Et les regards éteints crevés des cristallins

Les soleils adoucis au pinceau de Vermeer

Les azuleros cinglants l’astre de Grenade

Les naseaux écumants le fumet des manades

La terre est au silence les couleurs dissoutes

Les platanes figés le long des longues routes

Qui mènent à la mer. Dans le silence salé.

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Humeur déliquescente et le spleen remontant

Du ventre des vieux livres souvenirs entêtants

Aux chairs déchirées aux pages décortiquées

Les ronces épineuses fichées aux os des âmes

Les souvenirs perdus sur la mer qui brame …

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Les larmes ont séché un grand rire a jailli

Le tissu du grand ciel s’est ouvert tout en bleu.

FRELONS D’AZUR.

Sans titre 1

Frelons d’Azur

Rauques

Timides

Aux paupières d’Arménie

Frangées de songes

De nuits d’Or

Hésitantes et ardentes

Palpitées et chuchotées

Crème de cerise

Vampée musquée exquise

Gouffre d’onde sèche

Billes de pur mercure

Fluides et glacées

Éloigner ce qui pourrait

Museler ce qui saurait.

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Tes yeux, mon âme.

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Aux parfums emprisonnés

Mélancoliques miroirs

Piquetés de rires fous

Aiguillons de Saphir souple

Étincelles de tendre Zéphyr

Versatiles

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Mon âme, tes yeux.

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Torrents d’enfance

Caracolent

Dévalent mes flancs

Neiges ensoleillées

Éboulis chaotiques

Avalanche punique

Débâcle entre mes hanches

Laves éternelles

Au bleu lapis

Nacré de noir cobalt

Et d’asphalte pourpre

Brûlent mes lèvres

Ouvertes

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A jamais.

D’HUMEURS ET DE LANGUEURS.

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La De a le blues.

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Un ciel d’eau grise, de plume, de duvet et de plomb,

A faire pleurer les corps au fond des puits sans fonds,

Quand la terre est gorgée d’humeurs et de langueurs.

Et la mer disparaît et l’horizon se brouille

Les fantômes surgissent, les sinistres dépouilles.

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Plus une âme ne passe, les corps sont au déni,

Plus un son sous la brume, et s’apaisent les cris,

Dans les cieux étouffés l’azur a disparu

Les silhouettes tremblent quand le ciel se répand,

Les vies au ralenti, plus de souffle battant.

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Aucune ride sale, la mer est de métal,

Éole ensommeillé et les femmes létales

Sont glacées, sidérées, vols de poules mouillées.

L’oeil ouvert du cyclope, un volcan de mercure

Les bibles ont perdu leurs belles enluminures.

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L’automne a disparu, et ses rousseurs fanées

Ne jonchent plus les rues, le temps s’est dilué.

Dans les villes distendues les passants ne sont plus,

Le temps, soupe brouillée, les saisons, déraison,

Les hommes vont gémir à ternir leurs blasons.

YSOIR ET BÉRANGER.

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Antonio del Pollaiolo. Portrait de jeune femme 1465.

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 La lance se rompit en déchirant les chairs, les os éclatèrent, le heaume ensanglanté se détacha du crâne broyé et le corps lourdement en-cuirassé du chevalier, mort avant d’avoir touché le sol gras de l’enceinte, s’écroula d’un bloc. Le cheval du vainqueur se cabra. Le foulard brodé de l’élue absorba la bouillie de sang vermeil, d’esquilles d’os et de cervelle grisâtre qui jaillissait de l’œil crevé du vaincu. Le corps fut emporté prestement par une troupe d’écuyers effrayés.

Dans la tribune d’honneur Ysoir fille de Gildric, Comte de la Roche de Gulde, s’empourpra quand le plein sang écumant, aux naseaux dilatés, s’arrêta en piaffant devant la balustrade. Béranger chevalier de Courtepierre releva la visière de sa bourguignotte cabossée, et son regard noir de rapace la bouleversa tant qu’elle recula sur son siège de bois sculpté. Puis il ôta son casque, un flot de cheveux sombres, drus et bouclés coula sur ses épaules recouvertes de vieille ferraille sans éclat, et il baissa la tête sans sourire pour lui dédier sa victoire. Ysoir le détaillait à la dérobée, elle ne souriait pas non plus mais son souffle s’accéléra sous sa cotte-hardie de fin tissu bleu ciel. Béranger s’attardait plus que de mesure devant la tribune d’honneur ce qui énerva Gildric. Le comte, agacé par ce qu’il pressentait, congédia le jeune homme d’un geste nerveux. En réponse celui-ci, cabra fièrement son étalon, et sur une dernière volte élégante s’en fut à petit trot.

Dans la bourse accrochée au demi-ceint d’argent qui lui entourait souplement la taille, Ysoir gardait précieusement une feuille de parchemin, pliée et repliée, aux bords noircis à force d’être dépliés. Écrites au centre, quelques lignes d’une écriture fine et élégante, en forme de petit poème :

 Damoiselle, jouvencelle,

Vous êtes entre toutes, celle

Dont la mine ivoirine,

Ma doucette, mon hermine,

Éclypse toutes pucelles

Comparée à icelles,

Jamais ne les regarde

Ce ne sont que geignardes.

Mon cœur à vos genoux

Je suis à vous, de buis, de houx.

Malulf de Montmorency fils de haute famille en était l’auteur. Depuis leur plus jeune âge les deux jeunes gens, par la volonté de leurs pères, étaient promis l’un à l’autre. Jean II de Montmorency le puissant baron et Gildric furent longuement compagnons de guerre, de chasse et de coureuses. La veille de la bataille de Crécy les deux frères d’armes, plus saouls que les soudards teutons qui les servaient, se promirent d’unir leur descendance. Gildric n’avait qu’une fille alors âgée que quatre ans, Jean choisit son plus jeune fils de deux ans son aîné. Le lendemain dos à dos les deux hommes se battirent comme des fauves et sortirent indemnes et glorieux de la féroce empoignade qui vit la défaite humiliante des armées de France. Unis par la force des sangs versés, ils veillèrent dès lors fort jalousement dans l’attente de l’union espérée. Et rien n’est plus fort qu’un serment de guerre, de sueur et de sang. Plus suspicieux que les meilleurs chaperons, ils écartaient fermement, jouvenceaux et femmelettes qui eussent pu porter préjudice à leur dessein. C’est ainsi que Malulf fut courtoisement éduqué. Le garçonnet frêle et de santé fragile dénotait. Ses frères étaient de massifs gaillards rustres et nobles à la fois. Pendant qu’ils s’exerçaient au maniement de l’épée d’arçon, de la légère et de la masse d’armes en vidant maints hanaps de vin suret, le jeune garçon lisait les auteurs grecs, latins, les traités arabes d’astronomie et de poésie. Puis il se mit à l’étude de l’Ars Nova, des œuvres de Guillaume de Machaut, bientôt la théorie musicale rassemblée par Jacques de Liège lui devint plus familière que les rots et les rires gras de ses frères. Il aimait à déclamer des vers en s’accompagnant au psaltérion jusqu’à ce qu’il lui préfère le luth. Ysoir devint son unique muse, il lui vouait un amour aussi sincère que platonique. Souvent il lui rendait visite et chantait pour elle. Le jeune homme était très pieux, bien sage pour un jouvenceau, il préférait la messe de Notre Dame aux tavernes enfumées, et les ribaudes dépoitraillées buveuses et grandement odorantes l’effrayaient vivement.

Ysoir enfant sage et soumise, longues tresse blondes et grands yeux de prairie, se sauvait tantôt, seule jusqu’à la rivière, pour s’y baigner nue à l’abri des grands saules qui pleuraient leurs feuilles jusqu’au ras des eaux vives. Elle était d’un caractère ordinairement doux mais il lui arrivait, et cela la surprenait elle même, d’être prise d’étranges chaleurs et de tremblements de colère rentrée. Ses joues rougissaient un peu, les larmes perlaient, son ventre avait faim mais la nourriture ne l’apaisait pas. Elle mangeait peu. Sans qu’elle sache pourquoi, parfois la nuit, elle sentait monter en elle une folle sauvagerie qui la menait, à la lueur des torches grésillantes, dans la cuisine, où elle arrachait aux broches les reliefs des viandes encore saignantes qu’elle dévorait à pleines mains. Elle n’aimait tant rien que ces moments de goinfrerie, et le sang froid des viandes juteuses qui coulaient jusque dans son cou. Malulf était certes charmant, tendrement doux et sa voix haut perchée disait si bien la musique des mots … Ses mains étaient petites, ses bras comme des branchettes, sa peau beurre et soie, son torse étroit au bréchet de poulet, lisse comme une plage après la tempête, tout cela était bel et bien bon. Elle attendait sagement que vienne le temps des noces. Pourtant la viande crue …

En ce jour de grand tournoi, quand le chevalier de petite noblesse l’avait regardée en silence, de ce regard franc et brûlant qui lui tourneboulait l’âme et lui chauffait le ventre, elle en était venue à oublier Malulf et ses minauderies de troubadour en herbe. Et cela lui paraissait si naturel qu’elle n’en fut pas surprise …

Au soir de sa victoire, dans la pièce à vivre de son château qui n’était qu’un logis, le jeune homme soupira longtemps. Il se consola, ou plutôt s’anesthésia, à grands renfort de mauvais vin jusqu’à s’écrouler devant les derniers feux de la cheminée. Il se réveilla aux premières lueurs, la tête lourde et le cœur triste. La dernière croisade était terminée depuis une cinquantaine d’années et Béranger aurait allègrement maudit le ciel de l’avoir fait naître trop tard s’il n’avait pas craint les foudres de Dieu. Au lieu de quoi il était condamné à traîner sa vie durant sur ses terres pauvres, lui qui pour n’être pas serf n’en était pas moins quasi misérable. Jamais cette pucelle au port gracieux qui lui avait enflammé les sangs ne serait sienne, le Comte Gildric y veillerait et lâcherait sur lui ses hommes et ses chiens si nécessaire. La guerre, oui la guerre, cette guerre qui devait durer cent ans n’en n’était qu’à ses désastreux débuts et la chevalerie française venait de se faire exterminer à Crécy, Philippe VI, lui même blessé au visage, avait dû battre en retraite. La nouvelle de cette cuisante défaite s’était répandue dans le pays. Béranger en ce matin de désespoir, y vit l’occasion de s’illustrer en rejoignant les quelques troupes indemnes du roi. Il irait et reviendrait couvert de blessures et de gloire. Gildric, homme d’honneur, le regarderait alors d’un autre œil. Les préparatifs lui prirent la journée. Il enfourcha sa monture au soleil baissant et s’enfonça au petit trot dans la forêt proche.

A la brune, Ysoir assise, dans la salle du château devant la vaste cheminée dans laquelle se consumait un demi chêne, fixait l’âtre d’un regard absent. Le bois crépitait, des gerbes d’étincelles jaillissaient des énormes braises écarlates, par instant le bois craquait et claquait sèchement sous les morsures des flammes voraces, de grandes langues bleues illuminaient la salle et la sortaient un instant de sa langueur. Le Comte la regardait étrangement. Sa fille l’inquiétait. Elle semblait abattue. Elle d’ordinaire si bavarde, toujours à lui narrer les petites joies de sa journée, était muette. Ses yeux avaient perdu de cette lumière joyeuse qu’il aimait à voir scintiller quand elle le taquinait. Lui revint en mémoire le tournoi du matin et le visage rayonnant de sa cadette quand l’outrecuidant lui avait trop longuement dédié sa victoire. Le Comte s’éclipsa, laissant Ysoir à ses soupirs, puis fit mander le capitaine de sa garde et ses deux bourrus de fils. La conversation dura un bon moment. Seul Gildric parla d’une voix dure qui ne souffrait pas la moindre réponse. Les hommes s’en furent, il retrouva son fauteuil. Ysoir n’avait pas bougé. Elle ne tourna pas même la tête quand il réapparut.

Elle galopait derrière le visage du chevalier, leurs chevaux allaient grand train, il riait. Elle ne voyait rien d’autre que ce visage, le reste de la scène était flou mais elle sentait le vent qui glissait sous son voile et la croupe de son cheval vivait entre ses cuisses. Elle montait comme un garçon. Ysoir exultait sans un mot, des larmes de bonheur coulaient sur ses joues blondes. La grande salle s’obscurcissait, le feu avait faibli, c’était mieux ainsi. Sous ses paupières mi-closes elle continuait à chevaucher, ses lèvres entrouvertes murmuraient continûment le prénom du chevalier.

Ce matin là, très tôt, le ciel blanc tramait la lumière du ciel, affadissant les couleurs du paysage, les ombres gommées ôtaient tout relief, l’horizon avait disparu, la terre et le ciel confondus poussaient à la déraison. Des bruits de voix assourdis qui montaient de la cour du château réveillèrent la jeune fille. La conscience encore froissée, elle se leva. La chambre était grise, et quand elle se dirigea vers la fenêtre la faible clarté du jour ne suffit pas à percer la large chemise de lin qui couvrait son corps . Elle se pencha par la fenêtre. Dans une charrette un corps sans vie recouvert d’une toile sale reposait. Son père, ses frères et quelques hommes d’armes l’entouraient. Le comte faisait forces gestes en désignant le corps d’un doigt vengeur, ses deux frères aux pourpoints tachés de sang séché riaient dans leurs barbes en gonflant fièrement la poitrine. L’aîné s’approcha du chariot et d’un geste sec découvrit le cadavre. Béranger gisait sur le dos le visage lardé de longues traînées de sang noir. Deux poignards dont la garde dépassait à peine étaient profondément enfoncés dans ses yeux crevés.

Ysoir ouvrit grand la bouche, aucun son n’en sortit, son regard, comme le ciel, se voila, elle s’écroula sur elle même. Autour d’elle sa chemise dessina une fleur décolorée aux pétales fripés.

AND THE LAST ONE VENUS.

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The last one Picassa from La De.

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Et les mots de Venus ! Et le fouet de Mars !

Vient la pluie du printemps, le cuir entre les dents,

Les grandes déferlantes et les soupirs épars,

Les os écarquillés d’aciers étincelants !

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Les mots se sont pressés comme des oranges fades,

Les soleils empierrés leur ont tiré les sangs,

Tombent les âmes vagues égarées en tornades,

Dans le ciel d’un bleu dru les vents tonitruants !

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Enfouies, dévastées, gémissantes et navrées

Les mers aux lames lentes, les monstres déchaînés

Sous les caresses atroces des corps dilacérés,

Les âmes en partance vers d’autres embardées…

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Dans leurs regards hagards aux miroirs sans tain,

Leurs pupilles noircies dessinées au fusain

Sont durcies plus encore que l’amour au plus fort…

Dans le ciel blanc si vide le soleil est à l’or.

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Un matin de satin, une nuit d’organdi,

Quand personne ne sait si la lumière sera

Elles reviendront peut-être habillées par la nuit,

Avides de soupirs au fil de la Volga…

ANAPHORE MA SOEUR …

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L’ana-euphorique de La De.

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Jamais je n’ai senti autant que ce jour plein,

Jamais je n’ai senti au-delà des grands pins

Jamais je n’ai tant vu le début et la fin

Jamais les plis soyeux de la rose au jardin

Jamais tes doigts de feu languissants sur ma main,

Jamais ton regard bleu qui subjugue le mien,

Jamais, fille de peu, allongé sur ton sein,

Jamais belle âme rouge à la peau de jasmin

Jamais je n’oublierai ton rire de clavecin,

Jamais me lasserai de tes sourires coquins,

Jamais me passerai d’aujourd’hui pour demain.

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Jamais je n’ai couru plus fou qu’un bouquetin,

Jamais je n’ai juré à perdre mon latin,

Jamais je ne croirai aux serments toujours vains,

Jamais ne la vendrai pour poignée de sequins,

Jamais au lendemain de la veille au matin,

Jamais de voiles vendues au détour des chemins,

Jamais je n’ai goûté au sang tombé du sein,

Jamais me suis roulé aux linceuls de lin,

Jamais je n’ai aimé révérer les grands saints,

Jamais de vertus mièvres engraissées au purin,

Jamais la nuit tombée me noyer dans le vin.

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Toujours me vêtirai d’atours volés aux daims,

Toujours je maudirai les gares privées de trains,

Toujours je chérirai les pauvres baladins,

Toujours détesterai faconde et baratin,

Toujours j’éviterai fagots pâles blondins,

Toujours m’acharnerai à briser les burins,

Toujours je chanterai le désert des bédouins,

Toujours à ton côté aux rivages Byzantins,

Toujours ton regard lourd qui caresse l’airain,

Toujours à tricoter les mots et le satin,

Toujours dessinerai du bout de mon fusain

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Anaphore ma sœur, suspendu à tes reins.