Littinéraires viniques

SES CHANTS SILENCIEUX …

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La vision de La De.

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Odeurs ointes d’encens, sur l’autel en pénombre,

Les temps anciens, crus, si sombres, splendeur intérieure,

Extase en queue de paon, dans sa cellule l’ombre

Qui brûle les frimas des froidures extérieures,

Hildegarde à sa plume chante la gloire de Dieu.

Peu lui chaut les lourds glaives de feu, ensanglantés,

Les rois, les guerriers, les destriers blancs fumants,

Les flèches noires qui trouent les chairs excoriées,

Le chant clair des épées aux champs entrechoquées,

Les Ducs sous leurs pourpoints qui fauchent les manants.

Sous le drap de toile fine, parfois le diable se glisse,

Et fait trembler sa main, il lui parle de vice,

De Dieu, de l’abandon, de ses entrailles qui pleurent,

Grands yeux rouges du démon, son rire qui l’appelle

Elle a mordu sa main, celle qu’elle a si belle,

Alors le Prince hurle en lui griffant le ventre.

Souvent elle pince la corde, le silence du couvent

S’émeut. Oui, elle ose y jouer avec le vent.

Ses notes de cristal brasillent à la Chapelle,

Les voix claires des sœurs plongées au cœur de Dieu

Résonnent, sont amplifiées par la voûte Romane,

L’air est si doux aux anges et le siècle si brutal !

Des Laudes aux Vêpres, ses genoux écorchés,

Sous sa robe talaire, sa chape et son voile,

Au pied de son sauveur, Hildegarde en prière,

Tourne son regard vers la croix qui surplombe,

Le cœur en bouillie, la douleur irradiante.

Sous la plume qui crisse, agile sous sa main,

Coule une encre d’amour que boit le parchemin,

Dieu la garde malgré tout. Envers, même les loups

Au dehors en oublient de japper de hurler,

Leurs yeux la supplient, leurs langues rouges l’espèrent.

De Matines à Complies elle prie sans dire un cri,

Ils n’iront plus chasser, leurs membres sont broyés,

Les ours et les chiens décarcassent leurs chairs,

Elle gît face contre terre, des chausses au scapulaire,

Ses chants silencieux s’envolent jusques aux cieux,

Elle sait bien que jamais Dieu ne l’écoutera.

–—

Elle écrit pour les hommes, les enfants et les rats.

LE PETIT CHAT EST MORT …

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Il est pas beau le chat de La De ?

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Les guitares, sons désaccordés. Aux pieds gelés

Tout au fond des souliers, les ongles calcinés

Saignent comme des gorets aux dents déracinées.

La montagne est pelée, les arbres fatigués,

Les feuilles désargentées, et les gens, fauchés

Comme les blés ne sont plus dorés, même à Béziers.

Les lustres entamés par les rouilles, délabrés,

Les requins sont jetés par dedans les fossés,

Les lumières ont pleuré des larmes désarmées,

Les mers bleues avalées et les récifs griffés,

Le petit chat crevé, la souris anémiée,

Les greniers sont vidés des derniers grains de blé,

Les soupirs sont fanés, les amants enterrés,

Au fond des trous percés par des cafards mâchés.

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Regardez comme je sais arracher vos goussets,

Vos montres arrêtées ne peuvent plus chanter.

Dans la brume glacée, les gorilles désossés,

Au désert crevassé, les grenouilles emportées,

Les lacets sont plumés, les poules sont gavées,

Sous les dents carnassières, un oiseau a craqué,

Dans la nuit désertée, des femmes vont pleurer,

Des enfants assassinés, des aveugles châtiés,

Le lune sera cachée derrière les rochers,

Au loin, de la fumée, il est temps de rentrer.

Et dans les bars bandés, les putes seront bondées,

Le tramway violet, les busards déplumés

Ont volé tout là-haut, et les étoiles perchées

Sur des mâts de misère ont perdu leur cachet.

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Les impasses, noires de minets défigurés,

Ont perdu leurs quinquets, leur boue et leurs pavés,

Gavroche démissionné, Jean Valjean dépassé,

Eluard est paumé et Desnos est brisé,

Regardez comme je vais le long des contre-allées,

L’herbe n’a pas repoussé après qu’on l’a fumée,

Aragon a voté et Prévert a roté,

Colchiques dans les prés, les yeux seront crevés,

Les rasoirs affûtés, les homme dépités,

J’ai chanté tout l’été comme la cigale l’a fait,

Et je suis harassé par ces rimes à hurler,

Les canons sont limés, les filles sont tirées,

Par les cheveux tressés des chevaux bien coiffés,

Le petit chat est mort, Molière l’a tué.

—–

Allez viens avec moi, il est temps de partir,

Là-bas où les nuages sont plus doux à mourir …

L’AVATAR BOITEUX.

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Le bout de son soulier heurta le bord du trottoir, Mangemor, étonné, s’étala, il n’eut pas le temps d’amortir sa chute avec ses mains. Son crâne fit un bruit de coque de cacao brisée qui résonna dans le silence de la nuit, à faire fuir les matous en maraude. L’os mince de son temporal éclata en cent esquilles d’os aiguës et sa cervelle graissa le caniveau humide. Il mourut comme une ampoule qui s’éteint un soir d’orage. Le vieillard n’eut pas le temps de fêter le septième anniversaire de sa majorité et moins encore de pousser le dernier soupir ordinairement réservé à ceux qui trépassent. Car les élus se reconnaissent, entre autres, enfin pour celui qui voit plus loin que le bout de son cerveau épais, à cette étrange privation ; ils partent ainsi, sans mourir pour autant, avec au fond de leurs poumons le dernier souffle de vie, et dans leurs regards qui ne s’éteignent pas, toute la joie qui manque au monde.

Raymond Teulab, son père, était charpentier de marine, il passa sa vie à travailler dur sur les chantiers de Rochefort, taillant à longueur de jours, et de nuits parfois, d’énormes troncs de chênes royaux tirés des forêts de Tronçais. Un matin, le lendemain de la naissance de Mangemor, ce colosse aux longs cils recourbés et aux mains délicates, périt écrasé par le mât de bois lourd qu’il finissait de tailler, quand une élingue d’acier céda sous la bourrasque tempétueuse qui depuis deux jours montait la mer en neige. Pendant ce temps-là le nouveau né tétait distraitement sa mère, ce n’était pas un des ces affamés accrochés aux tétons, non, il suçotait à peine, le regard fixe et le corps détendu. Hortense avait beaucoup vécu avant de se ranger. Un soir des années vingt, cette ancienne égérie du Bahaus reconvertie aux soirées délirantes des Surréalistes alors au sommet de leurs recherches, rencontra affalé sur le zinc d’un bar mal famé, Raymond passablement ivre qui la renversa rudement sous une porte cochère. Elle jouit si fort sous le marteau roide du charpentier qu’elle ne le quitta plus. Sa vie changea du tout au tout. Amoureuse à la folie du polisseur, elle quitta les fulgurances des artistes, oublia en un tour les poètes qui l’adulaient et se mit au tricot, à la cuisine, voua son âme à son foyer, sans que cela ne la dérangeât jamais.

Une étrange maladie, rarissime, réapparut avec Mangemor, une maladie si singulière que la science même en ignorait l’existence. Elle n’apparut d’ailleurs que fort peu au cours des millénaires passés. Quelques érudits mystérieux, religieux extasiés, ésotéristes fumeux, cabalistes à kipas, et autres illuminés en lévitation, en parlèrent à mots cryptés dans leurs grimoires, mais nul ne les comprit. Cette maladie affecta déjà quelques êtres différents, et même d’autres entités, bien avant que l’espèce humaine s’en vienne pondre sur terre. Sans remonter à l’origine des temps – ce serait fastidieux – on peut dire que l’un des plus anciens infectés apparut au sixième siècle avant notre ère, puis un second plus médiatisé (sic) au début de l’ère chrétienne, un troisième au début du septième siècle enfin. Et d’autres aussi, très peu, disparus de la mémoire des hommes. De tous temps, ces fous extraordinaires marquèrent l’histoire qui le leur rendit bien mal. Mangemor dont personne ne se souvient, ni ne se souviendra, était pourtant de cette lignée de malades aux vibrations hautes que les nécessités ordinaires de la vie n’affectent pas. Cette inexplicable maladie submerge l’humanité de celui qu’elle élit, elle prend l’être tout entier, corps, âme, esprit, et seule ne subsiste que l’apparence qui le relie encore à ses supposés semblables. C’est ainsi que Mangemor, dans une ultime et violente contraction, fut expulsé du ventre de sa mère. Les yeux et la conscience grands ouverts, il se vit atterrir entre les mains de la sage femme bredouillante, et les niaiseries ordinaires débitées à voix crémeuse par la moustachue en blouse bleue le laissèrent impavide. Le garçon ne hurla pas comme le commun des nourrissons, il voyait parfaitement, et s’il l’avait voulu, il eût pu s’entretenir dans un langage parfait avec celles et ceux qui croyaient l’accueillir. Toutes ses facultés étaient complètement développées, il était en totale harmonie avec plus que la terre, le cosmos tout entier et toutes ses musiques, des plus dissonantes aux plus éthériques. C’est dire qu’il souffrirait toute sa vie, torturé qu’il serait par les hurlements de rage, les cris de colère, les orgasmes approximatifs, et les innombrables douleurs de toutes les existences ou autres formes de vie qui peuplent l’infini des possibles. Il ne pouvait rien dire – il le comprit d’emblée – ne rien laisser paraître et patiemment attendre d’avoir l’air d’avoir l’âge.

Très tôt on s’aperçut que l’enfant avait une jambe malingre, plus courte que l’autre, et son pied qui n’affichait que quatre orteils pointus aux ongles effilés en fit un boiteux. De complexion fragile et gracile, il aurait fait pitié si ce n’était son regard étrange qui ne cillait jamais, qui perçait les êtres jusqu’à l’âme sans qu’il eut besoin de le vouloir. Lui qui aurait dû vivre la vie d’un disgracieux moqué, tyrannisé par ses semblables, ne fut jamais importuné, pas même dans les cours des écoles. Il n’y fut pas roitelet non plus pour autant, mais les enfants, et même les petits délinquants des quartiers, jamais, mais vraiment jamais, ne le blessèrent, l’insultèrent ou l’importunèrent. Spontanément, sans savoir pourquoi, quand une dispute éclatait, il arrivait en traînant sa patte folle et les cris baissaient, les vibrations noires qui emmènent les âmes ordinaires à la violence, se dissipaient. Ceux qui savent entendre auraient pu percevoir les criaillements rageurs des diablotins qui se consumaient à son approche. La pluie se calmait quand il traversait péniblement les rues. Il passa sa vie, toute sa vie hors d’eau, au cœur des hivers les plus rigoureux, les nuages faisaient trouée autour de lui et jamais l’eau du ciel ne le mouilla. Comble de miracle, tandis que tous étaient trempés jusqu’aux os, nul ne s’étonna jamais qu’il reste au sec, c’était comme si les consciences, voilées, ne voyaient plus les évidences. Une force étrange le possédait, ou plutôt l’habitait, qui le guidait sans cesse vers les terres de violence, vers les êtres en conflit. Les faibles, les victimes, les martyrs des préaux venaient vers lui, l’entouraient ou le suivaient, sans un mot, il n’y prêtait pas attention, il lui suffisait d’être là, silencieux pour que les âmes fussent rassérénées.

Sa mère ex-égérie des cercles poétiques déclamait à voix haute Aragon, Eluard, Desnos, Breton et autres flamboyants, à longueur de soirée. Lui, ses préférés étaient – il ne savait pourquoi – Rutebeuf et Villon, dont les vers tournaient en boucle, nuit et jour, sous l’os de son crâne de moineau. Bien sûr, il ne les avait jamais lus, mais leurs volées de mots lumineux lui étaient pourtant familières, comme si il les avaient écrit lui-même. Sa mère et lui ne conversèrent jamais, mais Hortense l’aimait follement sans pour autant chercher à le protéger ou l’étouffer, elle se contentait de lui sourire dès qu’il apparaissait. Au plus fort de son amour elle posait une main sur son cou sans un mot. Elle lui vouait une adoration absolue proche de la dévotion. Dans ces moments là, rares mais précieux, il n’entendait plus les douleurs du monde, il se croyait, ou plutôt il voulait se croire comme les autres, rentré dans le rang. Mangemor ne brilla jamais à l’école, il restait invisible dans le creux du peloton, et n’apprenant rien, il obtenait néanmoins de ces résultats qui ne déclenchent pas les commentaires. De ce fait il ne fut jamais jalousé. Dire qu’il était transparent n’est pas lui faire injure. Bien qu’il ressemblât, en pire, aux enfants puis aux hommes de son âge, il fut toute sa vie un être très à part.

Une nuit, il avait peut-être six ou sept ans, alors qu’il dormait malgré l’incessant tintamarre des folies humaines qui le traversaient, une voix, différente de celles qui l’assaillaient, résonna dans sa tête. Non, résonner n’est pas le mot car en fait elle était douce et aurait dû être inaudible tant le vacarme était assourdissant, pourtant il l’entendit plus clairement que toutes les autres. Dieu, mais il ne sut pas que c’était lui, lui parla. La voix lui dit : « Avatar du peule des avatars de Raphaël mon Archange bien aimé, tu seras le porte parole muet de mon Amour. L’esprit Saint est sur toi. Va, Sois et Soulage par ta présence et ton silence ». Ce fut tout, la voix ineffable se tut. Mangemor ne connut donc pas une destinée sublime et « médiatique » – le silence ne fait pas recette – , ce que Dieu – ou supposé tel – lui susurra dans le creux du cortex lui resta à jamais présent à l’esprit. Et Dieu ne lui parla plus jamais, de toute façon Dieu n’est pas du genre à se répéter. Aussi l’enfant grandit, apportant de-ci, de-là, soulagement silencieux – et temporaire – à ceux qu’il croisait. Comme il vibrait plus haut et bénéficiait d’une protection subtile, les cailloux, les coups de poings, les agressions en tous genres, tout comme la pluie ne le mouilla jamais, l’épargnèrent même dans les plus dangereuses circonstances. Un soir sous une tempête terrible, il avait peut-être douze ans, les cheminées, les tuiles, les arbres, tombaient des toits, des grêlons énormes comme des petits melons pleuvaient en grappes serrées du plus haut du ciel, détruisant tout sous leurs averses, Mangemor lui, à petits pas bancals, rentrait à la maison sans presser le pas, il sortait de l’école et le chemin à parcourir était long. Le vent soufflait plus fort que tous les dragons de l’enfer, une tuile cassée, coupante arriva sur lui, visant sa gorge de chardonneret, mais elle s’arrêta brutalement à quelque centimètres de son cou et se fracassa au sol. La rue n’était plus qu’un torrent boueux qui charriait des tonnes de détritus, pourtant, il marchait au sec, l’eau l’évitait mais personne ne s’en apercevait. Quand il poussa la porte du logis, il était aussi intact qu’un bout de bois au désert. Ce qui n’étonna pas Hortense, habituée qu’elle était, à cette étrange immunité dont son fils bénéficiait. La vieille muse des surréalistes, ne se posa jamais aucune question, tout compte fait cela ne lui paraissait guère plus extraordinaire que la pipe de Magritte ou la fontaine de Duchamp. Dieu qui fait bien les choses avait donné à Mangemor la génitrice qu’il lui fallait.

Mangemor grandit, traversant tous les dangers sans dommage, il allait toujours au pire, ne s’intéressait qu’aux malfrats en herbe et aux diablotins incarnés, spontanément, et toujours sans dire un mot d’apaisement, il fendait la foule des imprécateurs agglutinés, jusqu’au cœur des batailles. Et du haut de sa carcasse de deux sous, il approchait son corps meurtri des endiablés. En quelques secondes, l’air lourd et vicié des égrégores noirs était purifié et les enragés se calmaient, la foule se dispersait, Dieu souriait sous ses nuages. A l’école il poursuivait son train-train discret, en avançant sans faire de bruit. A dix huit ans, il se retrouva bachelier sans avoir eu à se fouler, puis il passa un concours qui l’envoya éduquer les rats des rues. Le lendemain de sa réussite, sa mère cassa sa pipe (sic), il n’eut pas de chagrin, il savait bien qu’elle irait au paisible bonheur une fois la porte des densités franchie. In petto, à l’instant où elle tomba en terre, il se murmura sans tristesse, « A la prochaine Malène … » car c’est ainsi qu’il l’avait surnommée, et chacun sait que les surnoms affectueux n’ont aucun sens pour le commun. Un soir d’hiver au fond d’un cul de sac plus obscur encore que les rues proches aux lampadaires éclatés, attiré par des geignements plus gémissants que ceux qui lui parvenaient de toutes parts, de ces geignements de douleur qu’il ne confondait plus depuis longtemps (c’est qu’il lui avait fallu bosser dur à affiner ses sens!) avec les hululements de plaisir plus gras, plus longs et plus sourds, il claudiqua sans se presser et se retrouva face à une brute aux chairs épaisses, tatoué jusqu’aux orteils, piqué de clous épais, d’épingles à nourrice, les oreilles distendues par de grosses rondelles de bois qui lui explosaient les lobes, les dents noires, blanches ou métalliques, un de ces animaux fraîchement débarqués sous enveloppe humaine, qui tabassait à coups de poings et de pieds, ivre d’alcool de came et de rage, une blondinette rachitique, aussi peinte et piquée d’inox que son bourreau. La pauvrette, tout aussi allumée que l’immonde barbare, saoulée de coups, plus saignante qu’un poulet égorgé, tressautait sous les godillots ferrés qui lui défonçaient l’abdomen. Il s’en fallut de peu qu’elle ne passât. Mangemor qui en avait pourtant vu bien d’autres, effaré par le spectacle qu’il découvrait, s’approcha, ses yeux brillèrent un peu et le bestial arrêta de cogner. L’égrégore invisible attiré par la violence était particulièrement épais, truffé de succubes, d’incubes, de boufres, de boucs nains, de cabrouets, de légions noires aux vibrations méphitiques que la férocité de la scène excitait à mort. Cette petite femme de balsa fragile émut le banban. Un avatar n’a pas d’émotion, hors l’adoration du divin ! Alors le branlant, en un tour de ciel se retrouva vibrant moyen comme le dernier des hommes. Un diablotin futé, profitant de l’aubaine, mordit Mangemor au mollet. Gagné par le venin du diable, tout comme l’aurait fait un homme ordinaire, il bondit et frappa à son tour le bestiau tatoué. Le rustre ne répliqua pas, bras ballants, il fut instantanément débranché, cloué sur place. Le diablotin, au contact des hautes vibrations régénérées par l’attaque, s’était désintégré, mais il avait eu le temps, la seconde qu’il fallait pour tromper le bancroche … Mangemor, surprit de s’être laissé ainsi contaminer par un démon de quatre vingt dix neuvième catégorie, n’en fit pas un plat – pas de quoi fouetter une hostie – , il se pencha sur la petite ensanglantée.

Dieu, oui celui des anciens – testaments et autres duretés – n’apprécia pas du tout qu’un avatar, fut-il de Raphaël le Grand, se laissât ainsi approcher par un démon de rien et se conduise comme le dernier des homoncules ! Jamais un avatar n’avait ainsi failli à sa mission. Quelqu’un à qui Dieu avait prit la peine de parler ne pouvait oublier, et se laisser ainsi émouvoir par la première traînée ! Quand Dieu s’est penché sur toi, c’est gravé à jamais, du reptilien au cortex c’est pyrogravé profond !! Il faut un sacré toupet pour oser oublier, ne fusse qu’un instant ! Aussi Dieu qui ne manque pas d’humour punit derechef Mangemor. En lui envoyant une traînée diarrhéique subite qui lui brûla les entrailles. Il dégusta, lui qui jamais n’avait connu la moindre douleur, comme un damné aux enfers de Dante. Les spasmes furent brefs mais intenses. Le boiteux céleste endura, ce qui ne l’empêcha pas de soigner aux petits oignons la petite éplorée. Instantanément tombé en folie d’amour, il l’épousa deux mois plus tard, Dieu ne se manifesta point, très occupé qu’il était par d’effroyables événements dans une galaxie lointaine. Mangemor ne tournait plus très rond depuis l’épisode du diablotin, il voulut un enfant ordinaire, délivré des contraintes « avatariennes » , alors, oubliant que c’est YHWH qui décide, il se mit à l’ouvrage sans jamais faiblir. Crochemouille, c’était le nom de la petite, au contact de l’avatar de seconde catégorie, s’était complètement métamorphosée ; oubliées les substances, les clous et les piercings, ne subsistaient que les tatouages sous lesquels – ils la couvraient du haut en bas -, battait un petit cœur ressuscité au contact des vibrations hautes. Mais l’avatar eut beau éjaculer comme un beau diable, remettant cent fois le métier sur l’ouvrage, il ne s’accordait que peu de repos, sa semence faite de poussière d’étoiles ne l’engrossa jamais.

Dieu veillait au grain ! N’est-il pas le seul Père impérieux de tous les avatars possibles, dans les siècles des siècles … ? Certes Mangemor n’était pas tout à fait au bout de ses peines, ce séjour sur terre était supposé être le dernier, il n’était pas encore parfait et ses petites sautes vibratoires l’attestaient. La fin du chemin est toujours le moment le plus difficile, et solder ses comptes se serait pas de tout repos. Alors peut-être, à condition d’y parvenir, serait-il définitivement délivré de l’incarnation, libéré des contingences, et appelé à une destinée d’avatar de première catégorie. Mais tout cela n’était pas encore tout à fait clair pour lui, l’ego résistait, s’accrochait, ne voulant pas périr. Voilà pourquoi le pauvret qui percevait encore un peu son nombril faiblissait parfois, retombant dans les désirs des humains ordinaires. Crochemouille se lassa vite de son incapacité à la fertiliser, elle se remit à traîner dans les coins sombres, loin de lui elle fut reprise par ses errements passés. Un beau soir, elle ne rentra pas, elle s’enfuit avec un routard à clébard. Mangemor ne la reverrait jamais. Karma, karma quand tu nous tiens ! Le fluet en fut affecté, mais le destin le tenait entre ses crochets, protégé par la lumière qui l’habitait il continua son œuvre silencieuse. Hélas ces événements, encore une facétie du sort, l’avaient affaibli, il lui arrivait d’avoir des baisses de vibrato, dans ces moments là il n’entendait plus les bruits du monde, cela le reposait un peu, mais en contrepartie, ignorant qu’il était des causes profondes de ces parenthèses de silence, dès qu’il s’approchait des sauvages dont il avait la charge, la petite allumette prenait de grosses dérouillées qui l’envoyaient régulièrement aux urgences dont il devint un familier. Quand ses vibrations remontaient, les brutos lui mangeaient l’herbe dans la main. Le bancal se méfiait maintenant et restait à distance un bon moment, s’assurait qu’ils commencent à ramollir avant de s’approcher d’eux franchement. Mais il arrivait que son pouvoir faiblisse d’un coup, alors, si par inadvertance il n’avait pas prit soin de se remplir les poches de cachetons, de beuh ou de poudre de perlimpinpin pour les amadouer, il était bon pour une séance de punching-ball dont il sortait en sang. Les infirmières des urgences, apitoyées par sa douceur – il ne se plaignait jamais – étaient aux petits soins. Parfois même elles entrebâillaient un peu leur blouse pour que la vue de leurs rondeurs lui donne un peu de bonheur. Mais la plupart du temps, Mangemor avait les paupières tellement gonflées qu’il n’y voyait plus guère. Depuis le départ de Crochemouille, les charmes des femmes le laissaient de bois, il allait sans cesse, cherchant les lieux les plus glauques, risquant une fois sur trois sa peau, c’était bien ce que le ciel voulait, la tête baissée, résigné, il mangeait les restes de son karma, sans mot dire. Mangemor ne priait jamais, son âme s’en chargeait, il l’entendait nuit et jour qui psalmodiait à la gloire du Divin et de sa famille. Oui, à la différence des autres humains, lui qui ne l’était plus tout à fait, avait une conscience claire de tous les corps dont il était l’union. Certes, il était « un » mais il sentait très nettement en « lui » la présence et le travail incessant de tous les états subtils dont les humanoïdes aux sens épais, ignorent l’existence. Autant le monde hurlait en lui nuits et jours, autant il percevait son être comme une conjonction en action constante, autant il vivait au quotidien dans une solitude totale. Qui l’indifférait. La nuit il parlait aux cellules de son corps, il les remerciait de travailler à le porter au sein de l’épaisse matière, et les petites étoiles de vie lui répondaient, chantaient jusqu’au plus profond de ses entrailles et oeuvraient plus vite encore à réparer les terribles dégâts qu’elles enduraient à chaque monumentale rouste qu’il prenait. Aux urgences les médecins s’étonnaient de le voir se reconstruire aussi vite, lui si frêle, si maladif, ils n’en revenaient pas de le voir en deux jours remis à neuf. Certains sous le manteau laissaient entendre qu’il aurait déjà dû mourir plusieurs fois. Un soir une ambulance le déchargea en charpie, lardé d’une dizaine de coups de couteaux, le visage en bouillie après qu’une dizaine de dealers enragés l’ont écrabouillé à coups de poing américain. Cette nuit là, on cru qu’il ne s’en relèverait pas, pourtant au bout d’une semaine, il sortit de l’hôpital, encore un peu faible, encore un peu boursouflé, mais presque complètement cicatrisé.

La vie d’un avatar, n’en déplaise aux croyants aveugles, n’est pas rose bonbon ! Nul ne sait combien les anges ont souffert avant d’atteindre la cinquième branche du chandelier ! Mangemor trinquait, il sentait bien, sans en avoir la certitude pour autant, qu’il n’était plus très loin du dernier tourment. Le temps passait, son corps maintes fois brutalisé, couturé de cicatrices serpentines, ressemblait au patchwork des ses innombrables incarnations. Cousue, décousue, recousue sa peau semblait faite de mille fragments aux couleurs juxtaposées comme sur la palette vivante d’un impressionniste fou. Quand il se voyait nu dans son miroir, sous la lumière chiche du petit matin, il lui arrivait de se faire presque peur. Mais au fond de son être, son âme priait sans discontinuer. Et la perception assourdie qu’il en avait le rassurait un peu.

Il fut mis à la retraite sans l’avoir demandé, l’état civil le prétendait hors d’âge, mais cela n’arrêta pas ses ardeurs, il continua son travail sans mot dire et personne ne s’aperçut de son départ.

Longtemps après, un soir qu’il mangeait son pain, il reconnut la voix sourde qui lui souffla doucement, «  il est temps que tu reviennes … ». Mangemor sourit, les vents tièdes des siècles à venir soufflèrent doucement dans la pénombre de la nuit tombante. Alors il se leva, prit sa poubelle, en noua méticuleusement l’ouverture et descendit quatre à quatre les marches qui menaient à la rue …

MES RÊVES OBSCURS.

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Quand La De s’accroche aux branches.

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La femme de quartz est si rousse

Un grand bol de lait cru

L’ai vue corps lilial dans la mousse

Et son regard perdu

–—

La femme de soie est si belle

Belle comme une orange

Elle s’envole à tire d’ailes

Duelles ses franges étranges

–—

Le femme lagune est si pâle

Pâle comme un cri d’orfraie

Elle se mire aux boréales

Un cerf brame à l’orée

–—

Le femme aux seins est en fleur

Fleur de pêcher nacrée

Elle sourit rit au bateleur

Le miroir de peur s’est brisé

–—

La femme de pierre est terrible

Infernale caillasse

Bras nus au coeur de la cible

A fendu sa cuirasse

–—

La femme de jade est en larmes

Coulent les joyaux d’or

Elle est rose blanche ou parme

Perles noires mon trésor

–—

La femme est une fougère

Le vent fou la berce

Les moutons de la bergère

Herbes folles des ivresses

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Femmes en foules, mes rêves obscurs.

SANGSUE ARRACHÉE.

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Sangsue arrachée
L’hémoglobine affolée encore bouge
A coups de talon écrasée
Mélopée liquide, le noir valse, prend le rouge

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A genoux sur le bitume
Papilles arrachée, l’obsidienne râpe
Laper l’incarnat qui fume
Paupières closes, la honte me frappe

—–

Ombrageuse, antique et lumineuse pute
Babines ourlées, dents de silex
Je t’écrase, bouillie, ne te suis dans ta chute
Infecte, éthérée, je cisèle le prétexte

—–

Sur le sol je te lèche, sangsue
Aspirer, sucer, pénétrer les arcanes
Seins crispés, pupilles cornues
Géhennes nauséabondes, sexe profane

—–

Encore ta trace, tache sur le trottoir
Enveloppe gluante, tu résistes, catin
Laisse ma vie, précieux et effrayant mouroir
Sort, adieu, fragile et douce putain

—–

Creuser le sol, ongles épluchés, mains nues
Loin, profondément enfoncer ma langue
Assécher, tarir, les dernières larmes sont bues
Extraire le suc, la vie, au coeur de la gangue

—–

Sangsue arrachée
L’hémoglobine j’ai bu
A coups de talon écrasée
J’ai su, enfin. L’amour s’est tu.

MA JOLIE CARDAMÔME …

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Quand La De fait sa môme.

 —–

 Du bord de l’âme jusqu’au fond du cul,

Je ne sais que la monter à cru,

Folle praline aux ailes purpurines,

Amarante de l’amante,

Je l’aime à en perdre ma plume.

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 Faut-il que je me perde, faut-il que je m’oublie,

Je crains bien, poil de chien, que oui,

Faut-il que je la perde, faut-il que je l’oublie,

Non pas question, poil de chardon, que nenni.

Elle est ma peau, mon souffle, ma mie.

 ——

 Me faites pas chier avec vos morales surannées,

M’entourloupez pas avec vos mots de rats

Morts de n’avoir pas su, pas pu, pas osu,

On vous emmerde, on se bouffe le cul,

Avec de la salade, de la frisée et du cœur salé.

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 A marée haute, à l’étal, à marée basse,

ça brasse, ça lave et ça décrasse,

Et les gnomes, les ondines et les sylphes,

Rugissent en choeur quand elle me griffe.

Au cœur des mondes, personne n’est plus heureux.

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 Elle est mon poivre, ma jolie cardamôme,

Celle qui rit quand elle se donne,

Salope magnifique et petite nonne,

Pute galactique, vierge qui tremble, tout à la fois,

Sa voix me berce, me porte, je n’ai plus froid.

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 J’encule vos races, sinistres connasses,

Tristes gandins, pauvres lapins,

Aux voix fluettes, à la morale abstraite,

Vos reins étroits, vos cœurs momifiés,

Ne respirent plus, vous êtes gelés !

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 Ma gamine, ma souple mine, ma tourmaline,

Avec toi, quand tu chantes, je suis en joie …

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 Mon amour, mon âme, ma croix.

LES DEUX PHOQUES.

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D’après La Fontaine, les deux phoques.

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Deux phoques huilés béaient : une moule bien à point,

Les deux adroits espèrent la gober.

C’est mieux que des radis ; un mets de choix enfin

Fête charnelle et boucanée

Fendue dans le milieu, blême et troublante bien.

Flottant entre les phoques choix de roi purpurin.

Le fruit si rebondi tout au bout du rivage,

Viens t-en qu’on te croquette tabernacle si poilu.

Glu de la reine au beau pelage

Fut chérie du gobeur. L’autre cul abattu :

Il pleura accablé d’avoir manqué la fête,

Raté la foire pauvre balourd,

Sans tambour l’animal peu fier de sa trompette

Se cachait bien honteux. Il criait alentour,

La marée ramenait autres moules sur la plage,

Il grognait aussi sec, bêlait clair sur le banc,

Et rugissant, montrant les dents

En appelait à son courage.

Il fit si tant de foin. Le gobeur fit sa loi,

Bouffa les raies, à remplir sa mangeoire.

Un narval qui passait par là :

Fielleux, d’un tour se mit à boire,

Et puis recueille fruits et pétoncles alentours,

Très faim par un brutal détour,

Le narval autour de la moule

Très taquin fait un grand banquet :

Se repaît le laquais, quel buffet ;

Tard il eut en flammes les moules.

La rancune salée met le phoque au dégoût ;

Tout branleur lent ne peut mettre dans la faille.

Méfions nous des retors et reposons nos bouts

Près des seins, la boustifaille.

LES LOUPS AUX YEUX FARDÉS.

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La De fait sa louve.

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Le long du pelage des loups aux yeux fardés,

Le vent court qui glace le sang noir des humains.

J’irai lécher leurs dents, caresser leur pelage,

J’irai les embrasser longtemps à plein museau,

J’irai baver ma bile sur leurs proies exsangues,

Ils me regarderont, leurs regards seront fous,

Nous écouterons ensemble mugir les tempêtes,

Le noroît gémira à éclater les troncs.

Nous gémirons de peur, j’arracherai mes doigts

Nous gratteront nos dos aux arbres hérissés,

Les grand lacs gèleront, les cygnes en mourront.

Ils me diront sais-tu, je ne répondrai pas,

Et quand nous aurons faim, nous saignerons la lune,

Nous serons bien, ailleurs, perdus dans le grand nord,

A déchiffrer le temps au lichen des arbres.

Mais quand les ours noirs affûteront leurs griffes,

Ivres, en grommelant ils chargeront en bande,

Alors les loups et moi nous ne ferons plus qu’un,

Nous les dépècerons, nos crocs seront si longs,

Si rouges de leurs vies que nous boiront leurs âmes.

Nous ferons des enfants et ils auront leurs gemmes,

Et les pierres précieuses qu’ils sèment sous leurs pas,

Ils seront tous si beaux que tu en pleureras,

Ils apprendront à lire aux racines des bois,

Ils mangeront leurs pères, et maudiront leurs mères,

Dans le lit des rivières ils pêcheront leurs rêves,

Hurleront des cantiques sauvages et pleins d’effroi.

Regarde les courir ces pauvres innocents,

Avec leurs mains si pleines, la folie verte au ventre,

Leurs cils bruns plus longs que quatre cent éons,

Un cerf à la lisière mort de les avoir vus,

A bramé bien plus fort que tous les soirs de rut.

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Ô toi qui sais, toi qui vis, toi qui pries, si fort,

Dis moi encore, oui, avant que ma vie ne défaille

Qu’au long des steppes folles, je connaîtrai les loups.

MOREY-COFFINET. CHASSAGNE MONTRACHET « LES PUCELLES » 2010.

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Père et fils au travail …

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A La Rochelle, que de courants !

Qui vous entraînent, vous jettent, à droite ou à droite, c’est selon. Vous avez beau ramer, impossible de lutter, puis ils vous reprennent, vous entortillent les palmes, et vous voilà proche des récifs, à l’occident de la baie. Sur la gauche, la plage est déserte, impossible de s’y diriger tant la mer, houleuse, vous aspire, plus encore que la dernière des goules affamées. Alors vous fermez les yeux, vous vous réfugiez au coeur de vos souvenirs … Ceci dit, j’aime la réalité des baleiniers qui bravent les tempêtes quotidiennes, des entrepreneurs, des Pmistes, des volontaires, des créatifs, des petits, des sans grades, ceux qui tirent l’URSSAF par la queue sans pour autant appartenir au monde grandissant des entubés. Les vignerons aussi, ceux qui subliment les jus, rouges ou blancs, des vignes du Seigneur. Loin des winemakers. Dans la pénombre des lounges sans âmes, la finance des actionnaires replets ricane et l’Europe immobile se mire dans les eaux glauques de l’austérité.

 Sur la plage de La Rochelle, c’est la valse à un temps.

Dans les barriques de Chassagne Montrachet, les jus de Thibault, au calme dans la pénombre des caves tutélaires que ne troublent pas les agitations du monde, travaillent en silence.

Or donc, me suis réfugié sous le goulot défloré la veille d’un des ces flacons fragiles qui dissolvent la morosité, et redonnent au ciel brouillé du temps présent, un peu de cette lumière qui caresse l’âme et rassérène les esprits peau de chagrin. Un PULIGNY MONTRACHET « Les Pucelles » 2010, à la robe de bal ensoleillée, tissée d’or et de quelques reflets verts. Besoin de virginité et de fraîcheur par ces temps miasmatiques. La Rochelle cède place au petit matin calme, à la plénitude odorante d’un verger au réveil. La grâce, l’élégance de Puligny graissent à peine les parois du verre. L’amande verte, les fruits blancs – la pêche surtout – enchantent les narines. Ne pas rouvrir les yeux, il ne me faudrait pas manque cette touche d’abricot qui s’invite à la valse. La valse à mille fragrances, au tempo affirmé, tendu comme il le faut.

Puis le tilleul, les épices et la craie participent à l’équilibre olfactif. Un bois noble aussi pour un élevage subtil et de qualité. Je vous fiche mon billet que sous les ceps, la terre fine recouvre la roche dure. Et ce nez charmant ne fait que poindre. Dans le monde du vin, l’âge ne ride pas les jus, il les magnifie.

Le jus attaque tout en fraîcheur, et la papille salive. Comme un jeune chat joueur, le vin fait la boule et roule sur les muqueuses. L’animal, quoique jeune, est tout en promesses de muscles, sa puissance est patente, 2010 est là, déjà. Puis le chaton s’étire de tout son long, reins tendus, fourrure douce. C’est le temps des caresses fruitées qui confirment le nez. S’y joint, qui perce le jus, le minéral affirmé de la craie, saline à souhait. Elle tend, allonge la perception et signe de la pointe du sabre la terre de Puligny. L’avalée, je ne puis l’empêcher, qui me réchauffe le ventre et le coeur. Au ciel, les nuages se délitent et je rouvre les yeux, le vin a disparu, s’est noyé dans les abîmes d’après glotte, pourtant, longtemps, longtemps, il berce de sa réglisse légère le berceau de mon palais. Le Thibault, patte fine comme a son habitude, aurait pu faire un bretteur redoutable !

Sur les côtes de La Rochelle le salmigondis médiatico-politicard continue …

 

RAPPEL A L’ORDRE…

The plumber by Krishnamurti (Antropus) Costa.

 

Je tombe – le «hasard» est souvent maître – sur un texte, aussi délirant que navrant, commis par un illuminé mystico-hystérique, qui voit des tags austères sur les bouteilles des excellents Alsace de Monsieur Ostertag!

Non seulement le mot est facile, mais je trouve l’entreprise farfelue, et les commentaires plus réducteurs, que la pire des piquettes lavassées, qu’il m’ait été donné d’avaler!

Que ce monsieur, qui se pique de donner un avis, sombrant très vite dans le désolant, relise un peu modestement, nombre de textes humbles, descriptifs, modérés, pesés, argumentés et réfléchis, qui pullulent sur le Web!!!

Non mais!!!

Il est urgent de mettre de la mesure dans ce bordj virtuel! Il est temps que la caravane puisse suivre la piste, sans essuyer les crachats purulents des mécréants, de toutes obédiences, partis, ou sectes.

Voilà Monsieur Chris-machin, je vous le dis, en «direct-live» (suis quand même top-branché-télé pour un vieux, non?… Suis à la mode, ce que le sucre est aux fraises.). Assez de vos délires incontrôlés. Foin de vos élucubrations ésotéri-coco-grinçantes. De grâce, por favor, ti prego, revenez parmi nous, essuyez vos narines enfarinées par l’extrait sec de coca pilé, et conformez vous aux règles, que suivent et respectent les contributeurs sérieux, qui enrichissent de leurs commentaires pointus, de leur reportages fouillés, de leurs états d’âmes maîtrisés, cette interface dédiée au vin. Cette boisson divine que tous ici, révérons, encensons, vénérons.

A vous lire, nous sommes unanimement vénères!!!

Ceci étant dit, je vous conserve et mes camarades de libations, aussi et néanmoins, une considération toute minérale, qu’il ne tient qu’à vous de consolider. Rejoignez-nous donc, enfin. Que votre plume s’assagisse, que votre âge s’apaise, que votre morgue s’épuise, que vos commentaires rejoignent le cortège éclairé des respectueux, des énamourés du rouquin, de la bibine, du mazout, du piccolo, du pinard, du reginglard, du rouge comme du blanc.

Ce n’est pas que je sois un adepte du politiquement correct – le PDR lui-même, tantôt, a su parler vrai aux besogneux de base. Mais… de là à sombrer dans l’obscurantisme, tant lexical que syntaxique, il y a moyen de faire, moins par pitié, mais mieux… voire de défaire!!!

Sur le bord de mon bureau, exempt de toutes fantaisies inutiles, vibre, sous l’effet de mon indignation sus-exprimée, l’or pâle – dans le verre qu’illumine la lumière chaude d’une lampe basse consommation (soin de la planète oblige) – de L’HEISSENBERG 2007 DU DOMAINE OSTERTAG.

Alors là, c’est du sérieux!!!

Je ne partirai pas, Messieurs, dans une série de digressions absconsantes, ronflantes, grandiloquentes, déclamatoires, boursouflées, creuses, emphatiques, voire ampoulées. Non, j’irai droit au verre. Je m’attacherai, tel un maître de recherche du CNRS, à l’étude, précise, exhaustive et froide de l’objet-vin.

Ah Putain Martin, pourtant…

Quand tu fourres le blair dans le cristal, ça fouette, dur et bon. Exotiques les fruits, l’ananas mûr, surtout. C’est du chaud qui sucre le nez. Quelques notes, que dis-je, quelques soupçons sous-homéopathiques, d’un pétrole, si fin, que les générations futures en auront depuis longtemps oublié l’odeur subtile, quand l’un de nos très arrières petits enfants, ouvrant la bouteille nue, dénichée sous un tas d’Ipad éventrés, dans l’ancienne cave où vous entreposiez amoureusement, la nuque humide et le souffle court, vos précieux flacons, deux cents ans auparavant, re-découvrira, interloqué, cette fragrance, plus ancienne que les parfums suaves des roses disparues. De la pierraille aussi, les fleurs blanches odorantes du printemps à venir, les vergers d’Israël et leur pamplemousses juteux également, dans ce jus frais, dont les parfums vibrent, comme l’eau d’un lac d’altitude sous une brise d’été.

Tu peux pas t’empêcher d’y mettre la bouche. Impossible, tant le nez t’a envoûté, et fait de toi un esclave définitivement docile. T’arrive pas non plus à sortir le nez du verre. Alors, pour toi, dont la trompe est moyennent subtile, pour toi qui ne pourra jamais déclamer la célèbre tirade, c’est une séance de contrôle conjugué des appendices qui commence. Tu continues à respirer lentement, tout en happant, au risque de te froisser la luette, une gorgée de liquide. Là tu te dis que t’as bien fait, parce que du nez à la bouche, tu ne t’es pas rendu compte du passage, tant les étages du vin sont équilibrés et harmonieux. La réglisse douce n’a pas fini de t’enchanter le reniflard, que déjà les fruits, aussi mûrs que jaunes, t’emplissent le gueuloir. Une pointe de miel, fugace, une once de gras, puis la lame sort du fourreau et te tranche tout ça, menu, menu… Les épices font cause commune, pour tenir en respect les quelques tentatives susucrées qu’osent les fruits. Poivre blanc et piment enrobent un bois de réglisse douce, qui s’efface sous l’action sans concession, d’un suc de granit concassé, qui te laisse la dent blanche et la langue rose. Un petit voile salin sur les lèvres, aussi, que tu lèches avec gourmandise.

Sans doute le plus extraverti des vins de la gamme. Né des grès roses et des sables rouges Vosgiens, il est aussi solaire que «Fronholz» est aigu.

Tu vois Chris-crucifié, pondre un compte rendu de dégustation qui se tient, c’est quand même pas l’Alsace à boire…

 

EMORTHOTIDOXECONE.