Littinéraires viniques » Bordeaux

SOUS LE HAUT MARBRE ABUSÉ DE HAUT-MARBUZET…

  Vieux tannin de Bordeaux.

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Un célébrissime Cru Bourgeois ce Château Haut-Marbuzet, si l’on en croit les encensements « Burdigalophilesques ».

L’initiale pour moi… Dans un millésime de bonne réputation, 1996. Alors une originelle, quand même, ce n’est pas rien. Timidité, appréhension, manque de confiance en soi. Soit ! C’est à vivre, et c’est souvent – si j’en crois mes amis qui sont riches et beaux – le « meilleur moment » (expression vague et conne à la fois). Parce qu’une rencontre liminaire, et plus encore un premier regard, ça fait monter la boite à sang dans les tours. Ça mets une légère et douce sueur au front, après que ça vous a forcé à prendre une douche à une heure inhabituelle ! C’est dire combien c’est plus important qu’un amour érodé par la routine, un « princeps » vinique ! Tremblant mais concentré (c’est le moins quand on s’apprête à mettre en bouche une réputation affirmée), l’oeil mi-clos, genre « suis mort de trouille mais fais mon Raminagobis qu’en a croqué plus d’une », je regarde la belle dans son strict habillage Bordelais. Hé oui le long de l’estuaire on est plus Chanel que Lacroix ! De la sérieuse, de la parpaillote, de la classieuse, cette bordelaise qui vous annonce que vous n’êtes pas en pays de packaging branché vulgaire mode, mais en paysage de plaine éternelle, dont la rectitude est à peine dérangée par quelques croupettes anorexiques. Pas la dégaine ondulante à Saint Estéphe. Pas le style bimbo qui vous fout ses nichons oblongs sous le nez avec des lumières partout pour que vous ne les manquiez pas. Pas le style non plus à se tortiller en souffrant dans une peau de tissu tendue à craquer qui transforme une mal lipposucée en une généreuse Venus Hottentote. Ni fiasque, flacon, chopine, fillette, fiole, pot ou rouille ! Une stricte bordelaise donc. A prendre avec des pincettes… avant d’oser la bousculer un peu.

Si tout va bien. Si elle le veut bien…

Passer ensuite à l’étiquette qui habille l’immobile protestante. Et la couvre généreusement. Aux antipodes de ces cache-sexes aussi tarabiscotés qu’étroits qui ornent et parfois défigurent (défiguré par une feulle de vigne !) les flacons modernes. Un Canson crème finement strié. Lettrage classique gris et bâtisse rectangulaire clôturée, du même tonneau. Devise courte qui annonce le goût de l’excellence : « Qualité est ma vérité ». De quoi m’inquiéter, moi qui suis déjà coi ! Puis vient le temps de l’ouverture, de la fracture du Temple. La capsule d’alliage ductile est lourde, que je tranche précisément. Sous la robe d’étain entrouverte, le cercle parfait d’un bouchon sain. Que je vrille lentement, bien au centre, avec respect, humilité, sourcils froncés et lèvres humides. Enfin j’extraie en douceur le long doigt de bon liège qui ne ploppe pas comme une vulgaire boutanche de Bojo fille de joie. Je n’ose nettoyer l’embouchure du doigt, comme je le fais ordinairement avec les vins que l’on me sert dans les bouges mal fâmés. Tissu de soie, geste tendre et précis. Inutile même car l’oeil est clean, mais la caresse est si douce…

Mon verre aux formes accueillantes s’étonne de ce jus muet qui glisse, silencieux, au long de la fine paroi de cristal. Plus encore, les quelques larmes discrètes qui rejoignent lentement le disque sage de ce vin bien élevé, ne laissent pas de le surprendre, lui, habitué à ces vins bruyamment généreux qui lui graissent le glissoir de mutiples Ponts du Gard épais. Le vin est dans le verre, qui demande l’air et le calme. Je vaque puis reviens, vaque à nouveau. Jusqu’à ce qu’il veuille bien. Patient je me laisse aller à rêver, l’oeil aux vagues, sur la robe apaisée. Coeur de grenat sombre, à la limite de l’obscur, dans sa ganse de rose vieillie. Quelques moires oranges, mais à peine, à la frange du disque.

Comme un rubis fondu.

Le temps a passé sans que le vin soit agité. Au dessus plane encore le fumet gras des tripes d’un lièvre qu’aurait nuitament éventré un 4*4 distraît. Qui disparaît, trois tours de poignet faisant. Après seize années de claustration, il faut bien que miasmes s’échappent. Un bouquet, le terme est mérité, de notes mêlées en parfum. Complexe. A la découpe, besogneuse, j’ose distinguer le sous bois mouillé de la propriété, le café de l’office, le cade de l’étable, le cèdre du parc, le bois de crayon du comptable, l’ardoise du toit du Château, le toast du petit déjeuner, les pruneaux au rhum du soir et les épices d’importation.

Enfin vient le temps de l’imploration. La bouche timide, humide, tremblante qui se moule sur le buvant du verre au bord des lèvres. La première gorgée qui ne l’est pas encore. Et caresse la langue de ses sucres frais (mais pourquoi parle t’on d’attaque du vin ? Des brutaux sans doute ? ), avant de s’épandre comme marée montante jusqu’aux cimes du palais. La matière mûre est à l’avenant du nez, refaisant d’identiques gammes. Toast, café, chocolat… Longtemps le vin voyage en flux et reflux, de la pointe au plafond. Fraîcheur, tannins et tissu de soie rêche finissent, après un dernier relevé de luette, par plonger vers la mort acide des profondeurs. Dans la salle mouvante aux papilles érectiles figées, le tapis noir des tannins du bois et du vin, unis par l’âge, recouvre de sa trame fondue, plis bosses et creux, lacs et vallées désertées.

Mais voici que me reviennent en mémoire,

Les coteaux en parcelles de ma belle Bourgogne,

Et ses pinots aussi…

 

EENMOGLUTIÉECONE…

L’ÉTÉ D’UN RAOUT CHEZ RAOUX …

Floris de Vriendt. Le Banquet des Dieux.

Barbezieux, cité Charentissime, est « célèbre » pour son mini-coiffeur-apprenti-chanteur-fragile, pour les pattes noires de ses poulets, le charme de ses filles à poils ras – mais qui ne valent pas celles de Gensac la … – la douceur de son climat, ses vignes généreuses qui pissent allègrement, et la virilité hébétée de ses mâles conquérants.

La Charente quoi!

Et que dire de Salles-de-Barbezieux, banlieue méconnue qui fait pourtant la nique à sa Suzeraine. Eh oui, c’est qu’au fond de la Salles, la limousine est reine. Non, non, pas la grosse caisse m’a-tu-vu, qui traîne ses pneus de camion au cœur de la cité, mais la bonne grosse cularde, charpentée comme un Q7, qui rumine dans les champs. Placide, un peu conne, mais gentille. Patiemment, elle attend que les braises incarnates la grillent les soirs de pique-niques champêtres et ardents.

L’assemblée, du bout de la lame effilée de Christophe Gammmmmbieeeerrr, lui a taillé quelques kilos de barbaque d’un rouge … sombre comme un Cardinal sans son enfant de chœur. Que l’on veuille bien mettre cierge épais et gras aux pieds de l’éleveur de la sus bien roulée, pour la finesse de sa chair, la qualité de sa texture et le croquant de sa croûte, saisie à point par les braises brasillantes du solide barbecue, érigé en ses terres de LAUTRAIT la gaillarde, par Maître RAOUX, et ses acolytes à l’estive.

Le temps était plus à la soupe de châtaignes qu’au sorbet de caille anorexique…

Mais nous nous accommodâmes – le félin Charentais est souple d’échine – des caprices du temps. La chaleur des ceps en feu, la violette réglissée et la vinosité affirmée des magnums de champagne qui roulaient leurs bulles fines, éphémères comme l’âge des hommes, sur les fines tranches goûteuses des magrets délicatement fumés et les rillettes des mêmes canards de Dordogne, nous aidèrent grandement à faire front commun. Aux dessus de nos têtes, diversement chenues, les nuages bas couraient comme autant de cavales glacées.

La chaleur de l’été était plus dans les cœurs que dans les cieux.

Le soleil, invisible, nu derrière les épaisses nuées, se couchait. Nous rentrâmes de concert dans la tiédeur du Logis. La table, vaste comme un court de tennis, nous tendait les bras. Le président du soir, que l’on aurait dû éviter de chauffer outre mesure, d’emblée, de sa voix chaude et puissante, donna le «La», pour s’installer carrément dans le «Do» – j’en ai encore mal aux fesses – de la plus belle de ses voix de basse.

Manifestement aux anges.

Du coffre, il eut, longtemps…

Maître Raoux, dans les frimas extérieurs, assisté de sa brigade, s’affairait. Dans l’attente des viandes grillées, nous entamâmes la rondes des blancs. Altenberg de Bergheim 2003 de Deiss le puissant, Pfister le délicat, Santorin le Méditerranéen, le «Sauvignon» 2007 de Meursault (!), encadrèrent à merveille, les salades parfumées. La Carole basse du Rhin, enchantait ses voisins. Le Manu, moins distillé qu’à l’habitude, souriait patiemment. Trois P, l’impénitent caviste, couvrait, de regards prometteurs, Loulou la « tendre-sous-ses-airs-qu’en-ont-vu-d’autres », qui le délaissait, trop occupée qu’elle était, à calmer le vieillard triste et quasi cacochyme qui tremblait sur son flanc droit. Le charme n’a pas d’âge… L’ancêtre ne risquait guère de tomber, car à sa droite siégeait une Bénédicte tout droit sortie du Quattrocento Italien, accorte et ravie, le nez dans le verre, qui picorait d’une patte légère de chatte gourmande. Édouard son farouche ex conjoint ne plaisantait guère, s’extasiait des vins, et mangeait comme un athlète, la fourchette appliquée, la mâchoire puissante. Longuement, comme un marathonien des mandibules. Par moment, l’assistance interloquée, faisait silence et l’admirait. Il faut dire au lecteur, qu’Édouard à table, c’est un spectacle de haute tenue. C’est du Wagner à mettre Baalbeck en ruine, les Walkyries en furie, comme le lion sur l’antilope. A l’autre bout de la table, Raphaëlle, hôtesse d’un soir, virginale, du moins dans dans l’immaculé de ses atours, le regard espiègle, surveillait sa tablée. Elle riait souvent et découvrait à l’envie ses dents d’ivoire, tandis que sa gorge tremblait sous la dentelle. Un demi sourire aux lèvres, l’Assurbanipal de Royan, presque méticuleux, se régalait lentement. Sous sa crinière sombre et abondante, l’homme est peu disert. Il est de ceux qui réfléchissent longtemps, et qui parlent pour dire. Dénicheur de raretés, grand connaisseur des mystères du Cognac, empereur du rapport qualité-prix, il sort régulièrement de sublimes produits de sa besace sans fond, qu’il aime à partager. C’est un silencieux généreux. Un seul défaut il a, rédhibitoire… les Bordeaux toastés par le bois surchauffé, qu’il aime plus que de raison. Mais on s’en fout, pendant qu’il s’y plonge, par ici la Bourgogne !!!

Il est des instants, comme ça, fugaces, où l’on se demande pourquoi les hommes se font la guerre.

C’est alors que revinrent à table les bagnards du barbeuque, les bras tendus à tendons apparents, chargés de limousines juteuses, croquantes, exhaussées par le gros sel des îles de par ici. Quelques saucisses aussi. Un temps pour les rouges en tous genres, même les plus incertains. En rangs serrés, comme mes gencives parfois. Bordeaux exacerbés dont par bonté je tairai les noms, Grec fruité et gourmand, La Janasse 2001 alcooleux, Pradeaux 1995 aux tanins encore inaboutis, Montepulciano Nobile 2005 un peu jeune mais avec fougue et fraîcheur, et d’autres encore, qui ne me marquèrent point. L’Echézeaux 2002 de Christian Clerget, qui aurait aimé rester encore cinq ans dans sa bouteille, releva le niveau. Il fallut repousser les attaques incessantes de la tablée pour en détourner quelques centilitres. Viandes, saucisses, gratins et autres accompagnements, en vagues successives, garnissaient les assiettes. Le cliquetis des fourchettes, et les grognements sourds des combats buccaux, réchauffaient la salle. L’agape était à son plus haut. Même le Président reposait son organe. Carole faisait une pause, le regard tourné vers d’autres mondes. Sur ses lèvres, arrêtée en pleine course, la fleur fragile d’un demi sourire. Trois P qui jamais n’abdiquait, avait réussi à capter un instant le regard de sa Loulou. Entre deux gorgées d’Echézeaux qu’il gardait longuement en bouche, les faisant rouler comme autant de ces précieux plaisirs qui traversent l’instant, il atteignait au bonheur délicat. Entre l’amour et le contentement, il était à l’équilibre. La grâce est instable. Quand elle se manifeste, ne cherchez pas à la garder, elle s’enfuirait aussitôt. Au contraire, relâchez vous, et vous connaîtrez quelques secondes d’éternité. Le thalamus procure de doux orgasmes, subtils et tendres, que peu connaissent. Le vieux, désoeuvré, s’en était allé, là-bas, loin, en d’anciennes contrées intimes. Ses rêves étaient morts brutalement. Ne lui restaient que les images diaphanes des scènes tremblantes de ses espoirs morts-nés. Il lui semblait avoir mille ans. Dans sa tête sans rides, l’oiseau de proie, paronyme cruel, planait, et lui dépeçait le coeur à coups de bec mortels.

Le sucre des desserts ranima les organismes. Clafoutis, abricots en tartes et autres déclinaisons, diabétophiles à terme, redonnèrent à la réalité du moment les forces factices de l’insouciance.

J’ai oublié la suite…

Le temps coula jusqu’à plus d’heure.

Pendant ce temp-là, les enfants de Madoff…

Préparaient les désastres à venir.

ECONMOFITITECONE.

BACH EN PÉTALES À BORDEAUX…

Francesco Tristano.

L’automne s’accroche et ne veut pas mourir. Ciel de safre tendre, clair et lumineux comme les yeux aux fossés de Saint Maur, azur qui flamboie du sourire chaud des femmes heureuses. Dimanche qui voit le citoyen, enfin reconnu, sortir du champ de la docilité, pour s’exprimer à sa guise, ou pas. « Primaires », ode à la liberté de choix, bien plus qu’à l’enjeu hexagonal. Je choisis donc je suis ?

Bach m’appelle.

Comment résister à ce « vieux » Maître dont l’Art traverse les temps, les modes et les affadissement de nos modernités clinquantes ? Ce que musique veut, jamais je ne résiste à ! Dans ma quatre roues non motrices, donc, j’enfile le ruban gris qui me sépare des quais Bordelais. Ça roule ma poule, au radar, l’esprit en vadrouille et le coeur à l’air, qui se protège de la passagère légère qui croise ses élans pour s’en aller comme papillon au vent. Le long des vignes déchargées de leurs fardeaux de jus, je baguenaude, pied au tapis; je me glisse le long des forêts que le rouge habille. Le temps de l’exil des énergies terrestres n’est pas loin. Elles refluent doucement. La mort de la vie végétale, en beauté ardente, sournoisement, se manifeste. Mais qui a dit que la mort se voulait noire? Non, en cet Automne tiède, la mort est belle éclatante, séduisante, qui se fait rouge. Ses assesseurs sont flavescences saturées, ocres d’Apt et cuivres patinés ! Dans un dernier souffle, les couleurs chantent et exultent, avant de succomber, exsangues, sous les glaces à venir… La mort sera synthèse noire des couleurs, quand le fuligineux térébrant aura repeint les branches souffrantes des arbres tordus, en habits d’hiver. Les pneus de la voiture bourdonnent sur le bitume, que d’ordinaire écrasent les longues chenilles processionnaires puantes des lourds tonnages. Ce dimanche, semi désert, il est méconnaissable. Le ruban semble chanter, comme jarretelles sur jolies jambes !

Le Duc de Richelieu l’a voulu, Bordeaux l’a eu son Grand Théâtre. Monumental le néo-classique de 1780 ! Puissance, harmonie, élégance et pureté. Une douzaine de colonnes corinthiennes en façade, au-dessus desquelles trois déesses et neuf muses, académiques à souhait, veillent dédaigneusement sur la place et son luxueux hôtel « Régent ». Ironie. Cet après midi, Eutorpe veillera sur la musique. Surpris je suis, au dedans, quand se dévoile un théâtre de poupée, restauré à l’identique, bleu, blanc et or, au parterre restreint, habillé de chaises étroites au confort spartiate. Plafond haut, balcons, loges et baignoires exiguës, comme bonbonnière de Diva.

J’y entre…

Dans le vestibule, ça sent l’ISF, l’Insoutenable Suffisance Financière. Y glissent peu à peu, de belles personnes, distinguées, sans trop d’afféterie. De grandes femmes aux silhouettes minces, atournées sans outrances, néo-classiques elles aussi, traversent à pas mesurés l’espace, sans faire sonner les dalles. A leurs bras délicats, des hommes, presque insipides, souvent plus petits qu’elles, étrangement ! La foule grossit. Apparaissent de jeunes âmes aussi, aux visages calmes, qui ajoutent, à l’impermanence des beautés que le temps traverse, l’énergie de leur jeunesse. Les voix feutrées disent la primauté de la musique à venir. Comme s’il fallait ménager l’air ambiant dédié à la musique, les êtres susurrent, modulent en mineur, et sourient mesurément… Comme un banc de daurades royales habituées à nager de concert, les mélomanes, sans hâte ni agacement, se coulent, en bruissant à peine, dans la salle. Au dessus des têtes délicatement coiffées, le grandiose lustre en cristal de Bohème éclaire la salle d’une lumière douce, que réverbèrent, comme des lumignons improvisés, quelques crânes dégarnis….

Sur la scène ouverte, un Steenway et quelques pupitres, attendent que la musique daigne. Francesco Tristano, silhouette mince de trentenaire enfantin, et longues jambes déguingandées, sourit, mains en prière, grand dans son costume clair, cheveux négligemment longs et bouclés, avec aux lèvres, comme une insolence légère, et du rire pétillant dans les yeux. Les partitions font bruits légers de papiers que les musiciens déplient. Violons, altos et contrebasse s’accordent au « La » du piano, dans une symphonie de sons, comme un petit avant goût des bonheurs en trilles et reprises, à venir… Le roseau frèle au piano, dirige d’un regard, d’un mouvement des lèvres, voire d’un doigt. Bach, revisité par le benjamin, résonne dans la salle, rajeuni, dépoussièré des interprétations pesantes ordinaires. Tout n’est pas parfait, mais la musique est vivante, les musiciens sourient et ce n’est pas tous les jours, Monsieur, que dans ces milieux là…. Citron sur la meringue, le jeune musicien se lance, avec un naturel confondant – j’adooore ce truisme « fondant » et si… qui court les textes viniques – dans quelques improvisations jazzifiantes, véritables fleurs de Bach, dans la droite ligne de l’implacable beauté harmonique du maître. Ça swingue par moment jusqu’aux cintres ! Les deux heures du concert passent en accéléré, comme une vie entre deux battements de paupière de l’ange, qui sans doute, vortex invisible pour les yeux de chair, a plané, souriant, sur la scène…

Le retour est hors temps, je vole plus que ne roule. Les notes, en bouquets riches et fleuris, tournent encore dans ma tête. Le soleil bas rase les vignes qu’il habille de velours chaud, le ciel céruléen vibre déjà de la nuit qui s’annonce, s’accrochant encore à la lumière du soleil mourant. Ce soir la malemort est rouge, toujours. Brûlante, flamboyante, hypnotique, elle a déjà séduit ceux qui passeront ce soir.

Seule la musique de Bach la défie, qui a dompté le temps…

Dans mon verre qu’irise les nitescences dorées de la lumière factice, sous le halo de ma lampe, le vin luit doucement. Le milieu de la nuit palpite du silence des coeurs endormis. Je suis seul, paisible mais joyeux, et veux honorer Bach, prolonger ce petit bonheur précieux du jour tout juste passé. Et boire la musique du vin rosit par l’âge, qui m’attend. Célèbrer en silence, communier, remercier, réunir, ne faire qu’un avec le monde de la beauté et des sens exaltés.

Je suis le corybante qui danse au son du vin…

« Les genévriers » 2001 de La Réméjeanne sont en grenat majeur, dont les années ont à peine rosi les baies. La robe, quasi ecclésiastique, absorbe la lumière qui la fait moirer, tandis qu’elle tourne dans le cristal, comme une valse de Strauss. La nuit, souvent, les robes grésillent de plaisir, au pied des lits agités… En trilles odorantes, le vin caresse mes narines curieuses, de ses fragrances fruitées de prunes noires, de mûres en gelée et d’épices douces, de cuir et de garrigue, que relèvent à point nommé, quelques volutes furtives de poivre et de cade mêlés.

Le vin, dont l’âge a heureusement arrondi les angles, coule en bouche, comme une boule de ce bonheur goûteux, que le sort malicieux mets parfois sur la route de celui qui ne l’attend pas… La matière, conséquente et fluide à la fois, fait la roue, libérant ses flots fruités, que sa réglisse puissante enrobe. Tout au long du cérémoniel, le vin libère ses petits tannins fins et mûrs, qui tapissent le palais de leur poudre délicate et fraîche. Après l’avalée, le jus ne faiblit pas pour autant, et les traces délicatement salines qu’il laisse aux lèvres, sont la signature de terres marquées, sans doute, par le calcaire ?

Le silence de la nuit éclate alors des souvenirs conjugués de Bach l’aérien, et de l’empreinte joyeuse de ces « Genévriers » Allegro Assaï … !

Dans le verre vide, prune et mûres en compote, papotent…

EMOPÂTOMÉECINONE.

LA BONNE GROSSE TEUF!!!

Robert Delaunay. Joie de vivre.

Il y a des repas, des soirées, comme ça… que l’on espère ou que l’on redoute.

Comme au bon vieux temps de la conscription, je comptais les jours inconsciemment. Plus le temps passait plus l’angoisse poisseuse montait, plus mes journées étaient perturbées, plus je faisais «c…r» mon monde. Désagréable sans raison, infâme sans complot, désabusé sans avoir tout vécu. La Bérésina du moral. Même Ma Mie, qui jamais ne rassit, perdait son sourire. Le spectre de la séparation planait.

Mais l’homme a des ressources que la femme ignore.

Vous dire, c’est bien le moins, qu’il me fallait accueillir amicalement et dignement Jean-Théobald, ancien de Sciences-Po, tâcheron à la Sous-Préfecture, constamment occupé à ourdir de sombres machinations à l’ombre de la machine à café, histoire «d’asseoir son autorité» tout en faisant «rebondir sa carrière». Jean-Théoche parle comme on tranche le jambon, la lame est sèche mais s’endort dans le gras. Sa diction en pâtit et l’intérêt de sa conversation faiblit. Jean-Babald s’écoute plus qu’il ne partage, c’est sa force et c’est mon soulagement. Pas besoin de lui répondre, un hochement de tête ponctué d’un «hummm» intelligent, suffit à lui faire accroire que vous buvez ses paroles. Dans la musique murmurante de son discours insipide je me sens rajeunir. Ah l’air niais que je savais prendre, au long de ces jours et ces cours interminablement linéaires que nous infligeaient certaines blouses grises, tandis que d’autres nous montraient les étoiles…

Marie-Esméralda l’accompagne, ordinairement. Beaucoup plus libérale, elle vogue sur les eaux tumultueuses et glauques de l’investissement, très mystérieux, comme il se doit. Elle en parle en termes vagues et sibyllins, redressant un buste qu’elle a conquérant. Son expression favorite qui clôt invariablement la conversation tandis que ses sourcils font flèche de tous poils, est d’une rare pertinence. «C’est du lourd…» dit-elle. S’ensuit un silence, pesant comme une gueuze dans la poche d’un noyé. On sent la présence vibrante du «Consortium de ceux qui en ont plus que vous ne sauriez l’imaginer», peser sur nos pauvres nuques de quidam de seconde zone. Les couleurs éclatantes de ses atours sont au bon goût, ce que la Ministre actuelle est à la Justice… Enfin, elle égaie. Ses saillies dévastatrices sont à l’humour, ce que serait «Black Sabbath» en concert à l’Abbaye de Solesmes. Elle, je l’aime, et son rire encore plus…Rien ne l’effraie, aucun surmoi, aucune limite, c’est de la galette pur beurre. Un vrai bonheur gourmand de la piloter, droit dans les récifs, quand la soirée se fait interminablement sinistre. Jean-Théobald vacille bien un peu, mais reprend invariablement le fil de ses palpitantes aventures professionnelles. Alors je flatte à nouveau La Marie, je la branche, je l’amorce, je la comprime et ça repart. Paf, une blagouille et c’est un rire infiniment aigu, tranchant comme un Bourgogne blanc 1996, qui attaque le cristal, qui coince et se déchire comme un shrapnell au dessus du Chemin des Dames. A la longue ça produit son effet et le Jean-Théche s’épuise. Ma douce s’éteint, un sourire plus navré que fané aux lèvres…

Voilà en gros, ce qui très bientôt, nous attend.

Une nuit, délaissant mon ouvrage, je me mis en tête de sortir de l’ornière conviviale qui, inexorable, approchait. Allez me dis-je vers les deux heures du mat, laisse toi aller, laisse émerger ta créativité, point besoin de créatine pour te débarrasser, en t’amusant, de ce poids qui te mine. Quitte à déclencher «innocemment» un petit scandale domestique, autant l’orchestrer, le «Deus machiner», y aller carrément, à la hussarde et te bien amuser, poil au nez!!!

Dix neuf heures quinze et ça sonne!!!

Je rajuste mon survêt élimé et passe une main fébrile sur une barbe de trois jours. Après avoir longuement hésité, je me suis décidé à me doucher et je le regrette déjà. Je me sens moins crédible, moins dans ma peau de ce soir. Ma douce, le regard écarquillé, n’a pas le temps de dire son désarroi que déjà j’ouvre. En cinquième, pied au plancher j’attaque, l’œil brillamment engageant. C’est un accueil princier, que celui qui les voient pour une fois balbutier, tandis que je les roule dans le bonheur tonitruant que j’étale, épais comme la croûte odorante d’un parmesan hors d’âge. L’alezane à la robe brûlée comme la crème éponyme, en tressaille de contentement. L’onde de plaisir qui la parcourt fait trembloter son fastueux poitrail qui porte sans faillir un somptueux et pesant pectoral de pur Lapis-lazuli. La crème au Lapis… Nefertiti est dans nos murs. Sa bise est tendre et sa main caressante me dit clairement sa délectation. Ses lèvres, qu’elle humidifie compulsivement, se couvrent de bulles fines comme le cordon du meilleur Sélosse. Légèrement en retrait, Jean-Théobuche est déstabilisé. Comment va-t-il s’y prendre pour reprendre la main??? Mais je tiens les rênes fermes et souples, et conduis mon attelage de percherons jusqu’au canapé. La tâche de vieille peinture blanche, qui illumine mon vieux falzar de bricoleur incompétent, répond à merveille au costard à rayures mode-branchée qui galbe les cuisses de fonctionnaire de mon bon Jean-Teiche. Rien à craindre. Concentré, il ne voit et n’entend rien, il réfléchit et affiche sur ses lèvres le sourire absent de celui qui cherche la façon dont il va amener son discours.

Une brève lueur chafouine éclaire un court instant son regard…

Eurêka!!! Bon Dieu, mais c’est bien sûr!!! Le vin, il va me parler vin. Il est certain ainsi de retomber sur ses pattes. Ça tricote sous son crâne. Le spectacle vacillant des synapses qui surchauffent est total. Un régal!!! Gourmand, je me délecte de ses paroles à venir. Ah, son Bordeaux de dessous les fagots, son Haut-Médoc des familles, son Château Glamouzeux, archétype flamboyant des soupes de tanins verts, ennemi du fruit et de ses déviances enjôleuses, chantre du pur jus de tonneau, intransigeant, immémorial, parangon sinistre du croisement approximatif entre le Nouveau Monde et la Tradition dévoyée. C’est le temps anthologique de la grande «Odyssea». Je le connais par cœur son grandissime picrate, pour m’y être blessé les gencives et l’idée de ne pas avoir à le boire, me réconforte d’avoir à l’entendre. A petites lampées tièdes, je m’en vais le déguster. Le cancre de mon enfance donne le meilleur de lui-même, et j’affiche le visage illuminé du crétin extasié. Seigneur que c’est bon, j’ai dix ans… Souchon est mon frère.

Et il fonce bien sûr et met le paquet. J’ai tout bon, je ne bouge plus, j’esgourde encore et toujours plus. Je flatte l’animal quand il faiblit et l’approvisionne en nourritures roboratives. C’est qu’il a besoin d’énergie mon Jean-Tuche. Il a beaucoup de choses à dire, avant de virer subtilement vers son pré carré, le premier étage de la «Sous-Préf», lieu de pouvoir par excellence, centre névralgique à partir duquel, d’une d’une main ferme, il contribue grandement à la gouvernance avisée de l’ombilic du monde qu’est le «Bureau de l’Identité et de la Circulation».

Discrètement je m’éclipse et prépare le Grand Blanc dont je vais les régaler. Ce soir pas question de mégoter, il me faut frapper fort les papilles et les imaginations. Avec des précautions de ballerine fraîchement ménopausée, je débouche et carafe un beau blanc sec, sobrement dénommé «Le Jus de nos Treilles», un VdPdJdlF, le dernier en rayon, arraché de haute lutte, à une mamie assoiffée de dentifrice liquide. J’irrupte, le col gracieux à la main, marchant avec les précautions feutrées d’un pingouin dans le bush Australien. Le regard épouvanté de ma très douce croise le mien… Elle se demande ce qu’elle fait là, ses pommettes qu’elle n’a d’ordinaire ni rouges ni brûlantes, la trahissent. Pas question de faiblir. Hardi mon gars, l’heure est venue de la dégustation… enfin la première. Dans les verres adéquats, la robe est belle, d’un jaune qui enchanterait les œufs anémiés des grandes surfaces. Pétant ce jaune. Boosté à «l’E 1912» que ça ne m’étonnerait pas. Jean-Tèche annonce :

– «Yquem»???

-Non, non lui dis-je, les Sauternes je crois, sont des liquoreux.

-Ils font un «sec», rétorque t-il d’une voix qui arrêterait un TGV lancé.

-Merci mon Jean-Jean, t’es pas le genre à tomber dans le premier piège à gland venu lui réponge. Ah t’es un bon toi!!! Allez, renifle et prends ton temps, c’est une rareté, ça n’a pas d’âge.

-Le sec est une rareté, le millésime c’est autre chose, assène t-il. Yquem vinifie quelques bouteilles les très grandes années…

Je ne dis mot et me contente d’opiner. Pas question de contrarier un tel maître. Quelle soirée édifiante qui me renvoie à plus de modestie. Le sec d’Yquem, en voilà une info… Marie des Asturies est toute ouïe, elle dévore son Théobuche des yeux et déguste à courtes lampées gourmandes, l’eau de vin brûlante. Proche de l’extase, elle lévite et pense à son canard. Il faut bien que, parfois, Thé-Thé se repose.

Ce blanc, il faut bien en parler, mais très peu, il n’y a pas grand chose à en dire. Pas de nez si ce n’est une légère odeur alcoolisée. La bouche elle, grimace et s’en souviendra, tant le liquide est agressif, acide un point c’est tout. Un beau candidat à la distillation. Voilà pour «l’Y d’Yquem»!!! Prévoyant, j’avais servi des entrées douces et crémeuses qui furent au vin de parfaites antidotes. Ma première expérience Sado-Maso. Très réussie.

Une grande souffrance peut conduire à un grand plaisir!!!

Une réputation, ça vous colle à la peau. «Grand» amateur de vin, ou plutôt perçu comme tel, nul, et surtout pas Jean-Thoche, ne pourrait imaginer boire chez moi, autre chose qu’un beau flacon, a minima!!! Et voici ma bouteille de rince-dentier, qui par un coup de baguette magique, se transforme en «Y»…Faute d’être un buveur d’étiquette, me voici contre mon gré, grand pourvoyeur en flacons prestigieux, ce qui est loin, très loin même, d’être la réalité.

Mais la fête continue, le temps vient de hausser les niveaux et d’entrainer Marie-Smémé au pays merveilleux des Grands Rouges de légende. C’est une vraie, une bonne, une grosse goulue gourmande. Vous la reconnaitrez aux légères chaleurs qui colorent son teint mat, comme à l’exquise brume qui perle sur sa lèvre supérieure duveteuse, dès que le moindre mets – de la vieille tranche de saucisson, à l’Ortolan sur sa broche – accroche son regard. Une cliente. Une sérieuse. Une appliquée. Qui aime ça et en redemande.

Une daube, cuite à n’en plus pouvoir et largement dopée aux épices et au Piper Negrum, entre en scène. Artistiquement confite dans son plat à Tajine, «comme là-bas», elle épate, elle éblouit, elle ravit, elle comble le regard de mes hôtes, sensibles, comme des milliardaires Russes, à tout ce qui rutile. Histoire de rester dans le ton et de remettre deux thunes dans le bastringue, je me lance dans un long discours creux et convenu, enfilant les truismes et les lieux communs comme autant de perles de bazar, pour expliquer l’accord mets-vin à venir. De quoi faire un article, aussi ronflant que prétentieux, dans le dernier des magazines «pipole dans la vibe», dans le genre «Hédoniste Rive-Droite». L’auditoire boit du petit lait, le bonheur d’entendre les inepties dont il se repaît à longueur de vie  l’enchante. Avec des précautions d’ostéoporosé, je dépose sur la table une carafe rouge, d’un Gevrey 2007 de derrière les gondoles. En moins de temps qu’il n’en faut au bâtard qui fréquente mes poubelles, pour engloutir une carcasse de poulet, la daube est dévorée par mes carnassiers. Le Gevrey (je ne donnerai pas le nom du négociant, si ce n’est qu’il a beaucoup flirté avec un politique à bandeau…), dont la classe est inversement proportionnelle à l’éclat artificiel d’une robe qui a connu les joies d’un filtrage digne d’une station d’épuration, coule à grandes rasades dans les gosiers délicats de Clodomir et Frédégonde. Le pinot anémié par des rendements Champenois, et affaibli, ou plutôt, assassiné, par un carafage intempestif, fait illusion au pays des vanités. Des arômes de «pas mûr», de racine fraîche au nez, une matière aussi maigre qu’acide en bouche, et une finale, oubliée dans les vignes, ou les vestiaires du PSG!!! Joueur et rassasié, Jean-Thûche fait son connaisseur, et disserte un moment sur les subtilités du millésime et la mâche du breuvage. Il est vrai que pour la mâche, la rafle verte ça aide…Un bémol cependant, des tanins, trop légers à son goût, qui m’ont laissé les gencives rétractées à ne plus pouvoir sourire des jours durant. En conclusion, c’est «Apocalypse Now», une comparaison rapide entre Bordeaux, réduit au Château Glamouzeux, l’égal des tous meilleurs et la Bourgogne toute entière…Ridicule cette pauvre Côte d’Or, balayée, éradiquée par la vindicte éructante d’un Jean-Thiche passablement secoué par le Gevrey. Vaincu, je baisse la tête. Magnanime, il sauve du naufrage l’exceptionnel Côte de Nuits qu’il a gaillardement éclusé, lui trouvant quelque chose de Girondin!!! Youpie, suis content.

C’est le temps de l’achèvement, le moment de l’hallali, l’instant cruel ou le torero sanglant se penche sur le Minotaure, la main visqueuse et le descabello tremblant.

L’instant sucré voit se matérialiser, sur la nappe tâchée, un énorme gâteau, plein de tout et d’autres choses encore. Un spécial «Sous-Préfecture», dodu, objet surréaliste, incongru en ces temps difficiles, enfant d’un pâtissier Allemand et d’une crémière Bulgare, un truc à tuer un innocent. Mais où a-telle pu dénicher – ou plutôt décoller – une pareille monstruosité, ma si douce qui n’y touchera pas??? Un anti Viagra !!! Va falloir que Théob se fasse une «deux litres» de Bandamor en rentrant, s’il veut se retrouver avant la fin de la semaine… Mais bon la basse-cour est fournie, les ersatz vrombiront de toutes leurs piles. La Mousmée est éberluée, figée, arrêtée, hypnotisée par l’engin. Elle a trouvé son Graal, l’Himalaya de ses rêves, l’anti Weight-Watcher, celui qui vous ruine en lippo-succions hebdomadaires, mais qui vous graisse l’œsophage de bonheur. En aurai-je une part, ou un fragment??? La bouteille frappée tape dans l’œil semi vitreux du cadre diminué. Un vrai bémol le Jean-Touche plus une, il s’est un peu répandu et les rayures de son costard tire-bouchonnent. Le bout des fesses sur le bord de la chaise et la nuque au milieu du dossier, il n’a plus grand chose du meneur d’hommes qui fait trembler les cantonniers alentours. C’est un gros effort qui le redresse et ses épaules, un peu moins larges que la chaise, peinent à lui remonter le fessier qu’il a façon «culbuto». Mais à l’impossible il est tenu et s’il veut se rafraîchir les amygdales, engluées par la friandise à l’eau lourde de ce Monbazillac dégoté au fond du fond d’un Hyper de campagne, une méga promo sur une infusion de canne à sucre qui ferait la fortune d’un dentiste avisé en mal de revenus, il va falloir qu’il se reprenne fissa. Pour être jaune il est jaune ce bougre de vin, un vrai canari fondu qui colle aux parois du verre tel un actionnaire à ses dividendes. Le propriétaire serait Canadien, que ça ne serait pas une surprise, du «suc de cabane» gras et lourd. La cérémonie de la dernière dégustation de la soirée se poursuit. Sous le nez, ça sent la betterave cuite à la cannelle. En bouche, les dents souffrent, et les plus fragiles se fendillent… La finale est difficile à estimer, tant la pâte colle au palais!!! Mais ce n’est qu’un avis très minoritaire, Marie-smalda et Jean-Béoche sont aux anges, l’œil révulsé, le menton maculé et le verre vide. Quelques regrets, vite résorbés, me chatouillent la conscience, le temps que Maritche, hébétée et heureuse, en plein trip de surconsommation frénétique, me sourit…Le café, pourtant bétonné, ne les améliore pas vraiment. Un second, à tuer un Italien, les laissent insensibles. Point besoin d’insister, il suffira de prier.

Alea jacta est…

Le lendemain vers quatorze heures, tout juste réveillé, l’homme de pouvoir, d’une voix retrouvée, me remercie.

Ouffff.

EPLEINMOLATIPANSECONE!!!