Littinéraires viniques » 2004

CROISIÈRE PÂTISSIÈRE EN BELLIVIÈRE…

Vinci. La Belle Ferronnière.

Amis des poires, des pommes, des coings, des mirabelles et de la rhubarbe en tarte, bonjour…

Une croisière sur rivière vineuse qui eut pu tourner à la sardinière, à la sucrière, à la tripière, à l’anti-matière, à la mise en bière, à la bonbonnière, à la cafetière, à la tatinnière, à la charcutière, à la crémière, à la chevrière, et peut-être même à la civière puis au cimetière ? Mais non, la croisière fut au contraire bellement dentellière, éclusière et fruitière…

Et Bellivière for évère !

Aujourd’hui, ne craignez, ni phrases obscures à vos entendements engourdis, ni prose absconse qui polluerait le monde aseptisé des Blogs du vin, lesquels comme chacun sait, ne sont de qualité et de belle écriture qu’entre les claviers experts des meilleurs Experts Professionnels de l’Expertise, dûment Cooptés par la Guilde des Experts Certifiés, Diplômés et Reconnus par leurs Experts de Pairs. Non, non. Allez y sans crainte, vous ne croiserez que des mots simples, reposants, mille fois lus, dignes de figurer dans les 100 mots du vocabulaire moyen qu’affectionnent les internautes pressés éberlués, les oiseaux bleus limités (en nombre de mots) et les I-Phoniens compulsifs. Mais peut-être pas dans les 12 mots du Smeusseur exténué.

Et je vous fiche mon billet que pour la première fois – peut-être ! – depuis le début de sa courte vie, Littinéraires Viniques, dépassera les dix lecteurs !

Il me faut d’abord vous dire qu’AOC (Association des Oenophiles Cognaçais) est à la démocratie ce que le piment de Cayenne est à la crème fraîche. Vous dire aussi que ses membres sont indisciplinés et peu studieux, qu’ils biberonnent des vins du grand Sud-Ouest – lourdement entonnés pour la plupart – depuis leur plus jeune âge, qu’ils sont convaincus que Bordeaux est banlieue de Cognac à moins que ça ne soit l’inverse. Tous ont au moins un père, un cousin, un oncle tonnelier. Hors Merlot et Cabernet, point de salut. Alors ces vins du Septentrion quasi Groenlandais, dans ces drôles de bouteilles… ça risque de vous les bousculer, de vous les déstabiliser, de vous les mettre hors de mire !!!!

Or donc, au programme ce soir, Bellivière. Domaine sis en Pays de Loir, paradis des Chenin et Pineau d’Aunis. Les vins qui suivront – Coteaux de Loir et Jasnières – ont vu le jour sur des argiles à silex et/ou argilo-siliceux sur tuffeaux et sables plus ou moins filtrants… grosso modo. Hors les géologues patentés tous les autres – biquets de petit lignage – s’en contenteront..

Allez Zou, en piste…

LES BLANCS : Toutes les robes sont d’ors brodées. Cela va de l’opalin comme la carnation hâve d’un top-model anorexique, au louis d’or, franc comme le regard d’un enfant de moins de cinq ans.

Effraie 2004 : Robe soleil de Janvier. Un nez vifissime. Des notes d’asperge, de miel, de granny smith, de rhubarbe. L’attaque en bouche est pour le moins désaltérante!! L’envie d’avaler est immédiate, mais vu ce qui va suivre, mieux vaut pratiquer “l’avalus interruptus”… La troupe apprécie unanimement. Amha, il y aura mieux.

Effraie 2005 : Robe soleil de Mai. Tarte tatin, pâte de coing et rhubarbe montent au nez comme une seule femme. La bouche est gourmande, la matière, moelleuse, est toute de prune, poire et Botrytis fin mêlés. Un bel exemple de l’influence des millésimes sur ces deux vins d’un même terroir.

V.V Éparses 2004 : Robe soleil de Mars. Des poooommes, des poiiiireeeus et des … à foison. Des mirabelles, de la cannelle, et de la crème de brocoli – c’est le végétarien de la bande, celui des asperges (voir plus haut) – qui insiste, aux bord des larmes, pour que ce soit dit… on l’aime bien. La bouche est à l’unisson.

V.V Éparses 2005 : Robe soleil d’Avril. Le nez a la timidité d’une pucelle de Puligny le soir de sa première sortie de bouteille. Dragée, agrumes, coing, zan discret, chatouillent à peine les narines. En revanche la bouche est plus diserte. La matière, encore serrée, est néanmoins dense. Poire juteuse et poivre blanc entament, à peine, une farandole goûteuse. Dans un an ou deux le bonheur des vignes…

Haut-Rasné 2002 : Robe soleil de Juin. Le nez cause peu!! Encaustique et Botrytis en duo. La bouche est plus bavarde. Fruits blancs, citron et tarte à l’abricot font la fête. La finale est longue, sur l’amer doux d’une pointe de Botrytis

Les Rosiers 2005 : Robe soleil de Février. Que ce nez se retient ! Pusillanime, il ne livre que quelques arômes de bonbon et de rhubarbe. La bouche plus loquace, est de fruits jaunes et de citron confit vêtue. La finale est fraîche.

Calligrammes 2005 : Robe Soleil de Décembre. Pas très causant non plus ce nez. Citron, cire et reine claude, parcimonieusement… La bouche est un poil plus expressive. Fruits blancs, prunes cuites donnent du moelleux. La finale longue est élégante, et laisse la trace pimentée du silex chaud au palais.

LES ROUGES : Et le voilà, le rarissime Pineau d’Aunis ! Petits rendements pour donner de la matière à ce cépage réputé léger.

Rouge-Gorge 2003 : Soleil grenat évolué. Du poivre à plein nez, de la cerise aussi. La bouche est chargée de tanins serrés, puissants mais mûrs. On hurle à l’astringence à l’entour, ça renâcle, ça trépigne, à vrai dire, c’est surpris, ça n’aime pas !!! Pourtant…

Rouge-Gorge 2004 : Soleil grenat sombre. Hou là là !!!! On frise l’émeute, la révolte, le putsch… On réclame à corps et à cris la démission des responsables et la mise en place d’un gouvernement de crise. Je propose une cellule de soutien psychologique… Il faut dire que ce nez qui vous lâche une une bordée de poivrons boostés au poivre vert, a de quoi surprendre plus d’un vieux baroudeur des vignes Médocaines !!! Mais bon, patience et aération arrangent un peu l’affaire et la motion de censure est levée. On est sur la champignonnière vocifère t-on, l’élagage (ça c’est le végétarien qui soliloque dans son coin… on l’aime quand même), la réglisse en bâton. En bouche, rebelote en plus “hard”, des tanins poivrés, des fruits rouges fumés et la réglisse. Un raz de marée contestataire continue de pester. Je pense à Bach, ça me remonte un peu le moral… Ça insiste, alors je me balance in petto «Que ma joie demeure»…

Hommage à Louis Derré 2005 : Soleil de Zanzibar. Après une interruption de séance, le bon peuple s’est calmé. Le nez tout oriental du “Louis” est charmeur, il embaume la coriandre, la badiane, la fraise mûre, le tabac et le cumin. La tête appuyée au giron d’une odalisque alanguie, je fais tourner le joint… le groupe se resserre et ronronne. La matière est superbe en bouche, l’attaque est nette sur les fruits rouges. C’est pur, ample et long. Un vin magnifique à moyen terme.

Aurore d’Automne : Soleil ambré. Des rendements minuscules pour ce rosé moelleux. Une gourmandise gracile qui embaume la gelée de coing, les raisins secs, le figolu, la confiture de fraises en morceaux. Un vin qui réconcilie et ravigote la troupe. Tout le monde se recoiffe. Le calme revient. La bouche est tendre, douce, une dentelle de fruits rouges confiturés, finement citronnés et épicés.

La soirée s’achève dans le calme et la fraternité retrouvés. Une soirée “pédagogique” qui en aura surpris plus d’un.

Vive la diversité !!!

 

EDEMOVOUTIEECONE.

PAS UNE MULE, ASSUREMENT…

Bartolomeo Veneto. Lucrèce Borgia.

 

Un Chateauneuf peu connu???

Ah les Papes! En ce temps là, ils étaient malins les bougres. Belle région, beaux produits locaux. En ce temps là donc, c’était le temps de la Papauté à burettes rabattues et non pas le temps actuel du Dogme à tout prix. Certes le Pape sortait couvert mais c’était sous une ombrelle, pour se protéger du soleil. Entre les deux l’équilibre reste à trouver.

Chateauneuf du Pape, Famille Bréchet, «Gabriel» 2004.

Ce jour qui est le lendemain d’hier et donc de l’ouverture de la bouteille, le vin me remercie de ma patience. Il a pris le temps de se réveiller, de s’étirer dans tous les sens. Rien que de plus normal pour ce breuvage que l’on dit «vivant». La veille à l’ouverture, il faisait carrément la gueule et pour le faire bien comprendre, il ne se privait pas d’envoyer sous mon pauvre nez de vraies bouffées désagréables de vieux placard dans lequel un rat aurait été trop longtemps enfermé. Dans ce domaine, la «parenté» avec l’humain est patente…

Assurément du Grenache blanc dans la bouteille. Une petite recherche m’est nécessaire pour apprendre que s’y adjoignent 17% de Roussane et 3% de Picardan. J’avoue que Picardan ne me dit rien, mais à ma décharge je ne suis pas très familier des CDP en général et des blancs en particulier. Re-recherche donc qui m’apprend ainsi qu’à tous ceux qui ne le savaient pas, que ce cépage serait proche de l’Oeillade blanche, autrement nommée, Aragnan, Grosse Clairette, voire même Papadoux!!! Voilà qui me fait une belle jambe… Enfin ça tombe bien, maman coud pendant ce temps là. M’en vais pouvoir m’en régaler tranquilos. Tout bien réfléchi j’opte pour Picardan qui me plait bien par son côté «viril», «Pardaillan», «Picaresque». Encore qu’Aragnan, ça le fait pas mal non plus. Le Mousquetaire, ça a de l’allure et ça plait beaucoup aux filles. Un petit côté viril, piquant, qui dégaine pour un rien…En revanche, je laisse tomber la Grosse Clairette, ça fait vin mou et déjà que je ne suis pas trop en phase avec les gros machins baraqués de la région, cela risquerait d’outrer mes préjugés déjà sur-développés. Il faudra bien qu’un jour, ou plutôt une nuiiittt le Génie de la lampe éponyme m’initie aux subtilités des gros-qui-tâchent (c’est le cas de le dire), mais qui n’y arrivent pas toujours.

Une très discrète robe pâle, une robe de vin blanc en fait qu’agrémentent quelques reflets gris et qui accroche à merveille la lumière déclinante de ce jour presque échu…

Dans le genre «j’ai besoin d’air!!», ce CDP est l’un des vins les plus gourmands et les plus résistants, qu’il m’ait été donné de rencontrer. C’est le troisième jour qu’enfin le nez vibrillonne lorsqu’il se penche, une fois encore, sur le verre grand ouvert. Là, la bougresse se donne sans plus de retenue. Le premier jour elle s’était montrée prudente, hésitante, minaudant comme une rosière surprise au sortir de la sacristie. Quelques notes fugaces autour de la térébenthine fine, de l’encaustique de ma grand-mère et du pétrole plutôt raffiné, pas très «Golfe pas très clair». De quoi appâter le chaland. Le lendemain Margot entrebâille son corsage, pour donner un peu plus. Des fleurs surtout, plutôt Chèvrefeuille avec un soupçon de Jasmin. Alors là, qu’une femme, une rosière de surcroît, m’offre des fleurs, j’ai beaucoup apprécié. L’apothéose c’est «just now!» La rosière a pris de la bouteille et se dévoile. Jamais je n’eus pu croire, qu’elle eût eu tant d’expérience et de trésors cachés. C’est la totale. J’en prend plein le pif. Le bouquet, car il s’agit bien d’un bouquet artistiquement composé, vire au feu d’artifice olfactif. Au notes sus-citées se marient et s’enroulent des touches de violette, d’anis étoilé, de fruits blancs et d’abricot mûr. Le tout avec délicatesse et élégance.

En bouche la belle est douce mais sans mièvrerie. Sous les rondeurs de la chair, la fraîcheur est là qui tempère et équilibre le tout. Encore une fois la jouvencelle est riche de bien des attraits, mais jamais elle ne devient ostentatoire ou ne tombe dans la vulgarité. On sent derrière toute cette vitalité la qualité d’une bonne éducation. Tout ce que le nez pressentait la bouche le confirme. Fruits gourmands et épicés avec ce qu’il faut de gras pour que tout cela tienne harmonieusement et enchante le palais. La rosière qui eût aussi pu faire une aimable chaisière, tire une révérence qu’elle reproduit sans jamais se fatiguer, et laisse en bouche la trace prégnante, d’une réglisse délicate.

PS : Par souci de convenance je n’ai nulle part mentionné la présence d’une impression subjectivement minérale qui aurait œuvrée dans le sens d’une quelconque structuration du vin…

 

EGAMOBYTIGACOBYNE…

LE TEMPS DES MONOCHROMES…

Monochromes en bande?

 

Mutin, taquin, badin, le printemps cette année!!!

«Si par hasard,

Sur l’Pont des Arts,

Tu croises le vent, le vent fripon,

Prudence, prends garde à ton jupon…»

Il nous la fait facétieuse, à la Brassens, l’espiègle!!!

Au détour d’une rue déserte ce matin, le volant d’une jupe sous le vent.

Entr’aperçue…

Et c’est le branle-bas sous le chapeau. De ce coin de tissu qui claque, virevoltant, nait au creux secret de mon imagination avide la silhouette gracieuse d’une fille gracile, trop légèrement habillée par ce temps clair, frais et passablement venteux. Sur la place écrasée de lumière le vent a nettoyé les façades blanches creusées par le Torula compniacensis. Les couleurs pètent, intenses. Les contrastes sont violents et dessinent au couteau les angles des pierres. Je ferme les yeux malgré la protection avérée de mes lunettes de biker Californien. Le jour n’est pas aux nuances… Las Bashung est mort, définitivement. Pourtant il chante encore de sa voix tendre dans ma tête absente, ses mélopées incandescentes. Sa raucité caressante n’en finit pas de me bercer.

Fidèle…

Sur la place le cliquetis sec des branches des Ginkos bilobés me ramène à la réalité. La sève monte le long des ramures de l’arbre aux quarante écus. Sous la bourre des bulbilles encore frêles et pâles, les queues de baleine se gavent du jus gras de la terre en émoi. La vie multiple, est à l’œuvre. Rien de nouveau sous le soleil. Que du neuf.

Tout ça pour dire quoi au fait ???

Simplement que j’ai sous le nez un verre de «Villa Fidélia» 2004. Vinifié, winemaké, c’est le terme, par Sportoletti en Ombrie, Italie. Rien à voir avec le vent dans les voiles. Rien à voir non plus avec Brassens, ni avec la lumière crue du printemps, ni avec les branches tremblantes sous les poussées lentes du sang de la Terre. Pourtant ce vin est lisse, juteux, gourmand, superbement fait. Pas de tannins qui cachent sous leurs aspérités croquantes les promesses incertaines d’une maturité en attente. Non!!! Rien ne dépasse certes, mais rien n’enchante, rien ne fouette les espoirs du dégustateur à l’affût. Beau, il est parfait, bon, odorant, fruité, boisé ce qu’il faut, désespérant comme une fille trop belle. Oui ce vin est muet, il n’a rien à dire, à susurrer au coin des papilles. Il n’inquiète pas. Un vin sans espoirs qui jamais ne me fera pleurer…

Je ne l’aurais pas ouvert pour Bashung.

EGLAMOCIATILECONE.

CE SOIR JE CLAQUE DU BECK…

 Schneekugel mit Teddybaer.
 

Je ne peux toujours pas écouter Bashung sans avoir le coeur dans la gorge…

 Le soleil de Septembre brille de ses feux encore chauds, avant de nous planter orphelins quelques mois. Le monde, lui, est froid. «Les petites choses qui luisent» sont toujours «des hommes dans des chemises». Bashung plane, bel aigle envolé. Le peuple des acariens en costard-cravate, s’est remis de ses fausses inquiétudes. Putain ça repart comme en quatorze. Le top justbeforetoday, c’était les assurances vie Américaines rachetées à bas prix aux loosers que la crise – Sainte crise, encore merci – avait  jetés à la rue. Les traders flamboyants sont encore et toujours à la curée. Villages de toiles, associations médico-caritatives se sont affairées… Plus tu penses ignoble, plus la thune tombe. Les banques vertueuses aux poches lourdes ont largué les bonus comme napalm au Vietnam. Obama aurait bien voulu bien a t-il semblé, but he couldn’t…

La grippe à la mode de chez les grands labos pharmaceutiques boostés par notre ravie plantureuse, a plané sur nos civilisations frileuses. Les maladies peuvent tuer dis donc! Un scoop. Il est temps de goûter à nos jus de raisins fermentés. Va savoir…!!

Pendant ce temps là les vignerons  inconscients au volant de leurs Porsches poivrées comme Chambertin Grand Cru *, vont bientôt vendanger.

Sur le flanc des collines, comme un trait d’union vert qui relie le village de Dambach aux ruines du château de Bernstein sur la crête, les vignes souffreteuses du Frankstein peinent à produire. Orientées en arènes Est et Sud-Est, elles plongent leurs racines assoiffées au plus profond de la roche de granit à deux micas…, qui ne font chanter que les vins. La terre, enfin les sables de granit délités par le temps et l’érosion, est pauvre. A terre pauvre, vins riches mais droits ?

LES VINS DU DOMAINE BECK-HARTWEG.

La première des coquines à couiner sous mon vieux tire-bouchon qui est à l’ouverture des cols ce que Rocco est à la plomberie, c’est la «Prestige». Ça ne fait pas un pli, le bouchon «glope» comme le dernier des péteux, avec un bruit sec.

Riesling «Cuvée Prestige» 2008 :

Sur l’étiquette un peu kitsch – ce qui n’est pas pour me déplaire – en ces temps de design branchéglacéloungedéjàdémodé – dans un coin, l’ours de Dambach se régale de raisins, au creux d’un blason rouge et noir…

La robe est jaune citron pâle à reflets gris.

A l’ouverture le vin perle un peu. Pas de pétrole à l’horizon olfactif. Le nez est franc, pur et droit sur la pêche blanche, la rhubarbe crue et le citron Beldi confit dans sa saumure.

Le toucher de bouche sucré-salé est net, la matière est juteuse, un gras léger lui donne une consistance bienvenue qui attendrit et modère l’acidité bien présente. Une note de fruits jaunes arrondit la dominante citronnée qui affole les papilles. La finale correcte se dépouille de sa chair fruitée, le vin se tend comme les reins de ma belle joueuse pour laisser au palais de fines notes de sel et de noyau de prune. Finale tranchante, vachement minérale (j’emmerde la Science) en fait!

Le lendemain, le vin a été bu sur deux jours, quelques volutes de rose ancienne, de fleur d’aubépine et de jasmin aussi – fugacement – s’échappent du dernier verre, vide of course!

C’est bien bon, difficile de ne pas y retourner illico. Sur un tajine citron confits et poulet, une cuisine Thaï aussi, épicée?

Riesling Grand cru Frankstein 2006 :

Toujours cette robe pâle d’or gris.

Une belle finesse sous les naseaux, toute en citron confit, en sucre d’orge, en miel un peu, en fruits blancs, enrichie par une note de mandarine, en poivre blanc aussi et en épices enfin. Mais… un nez relativement fermé cependant, même le lendemain, qui ne se donne pas totalement. Petite bouderie adolescente passagère?

En bouche le toucher est d’une grande finesse, marqué par une impression minérale qui semble tendre et fondre à la fois les composants de la palette gustative. Sans doute la qualité première de cette «pierre franche» est-elle de donner au vin ce supplément de subtilité?? La matière est conséquente, charnue, mûre, bien équilibrée par une acidité aérienne qui cisèle le gras, le léger sucré et les fruits. Finale riche qui se dépouille lentement, jusqu’en son cœur de sel et de pierre.

Un bout de foie passait par là, Frankstein l’a vidé de ses lipides parfumés. Personne ne s’est plaint. J’ai même entendu quelques bruits suspects de succions appuyées, suivies de soupirs profonds. Le bonheur serait-il dans la bouche???

Gewurztraminer Grand Cru Frankstein 2004 :

Cette fois la robe est d’un or gris plus soutenu.

Le premier nez parle de fleurs, jasmin et acacia mêlés. Puis viennent les fruits jaunes réglissés, le pain d’épices, le miel et les épices. Un nez très fin, une fois encore.

La bouche est douce et opulente de prime abord. La matière est riche, ronde, grasse ce qu’il faut, toute en fruits mûrs réglissés exhaussés par les épices et tempérés par une fraîcheur minérale qui donne à l’ensemble un bel équilibre. La rétro sur la pêche blanche accentue l’impression épicée, presque pimentée. Très belle finale florale qui tourne au noyau de pêche finement amer pour s’étirer et se dépouiller ensuite, révélant ici aussi, la pierre salée.

Pinot noir «F» 2007 :

Robe rubis foncé, limpide. Reflets violets et vieux rose.

Mon premier pinot noir Alsacien envoie. Un nez dédié aux fruits mûrs. Cassis, fraise un peu sur fond de mûres. A l’aération des notes de réglisse, de fumé, d’épices, de caillasse.

La bouche se repaît d’une belle purée de fruits rouges frais, avec plaisir. Le vin est consistant mais reste fluide et roule agréablement. De beaux tannins fins, mûrs et légèrement crayeux émergent ensuite du velours de fruits et parlent de la jeunesse du vin. Mais ça ne gâche pas le plaisir. La finale est longue. Elle conjugue à nouveau les fruits réglissés et fumés puis s’étire et s’épure dans le temps, découvrant une minéralité fine. Un peu de sel sur les lèvres. La bouteille n’a pas fait long feu! Le pinot noir et l’Alsace sont faits pour s’entendre.

* Mais non, je blague…

 

ECAILMOLASTISEECONE.

AU PARADIS SONT LES CHAMOIS DE GANEVAT…

 Goya. La Maja nue.

  Non! John Lennon n’est pas mort.

Pas plus tard qu’il y a peu, je l’ai vu, au détour d’un Blog de couleur tendre, chiffonné. Pas John, le Blog! Étrangement il portait la perruque de Yoko Ono (pas le Blog, John!). Longue, noire, elle tombait, raide sur ses épaules (Pas Yoko Ono, la perruque!). J’ai cru voir, l’espace d’un battement de cil, un lévrier Afghan du boulevard Montaigne égaré à Kaboul. En sa compagnie, Simone La Babouchka, mais jeune, l’œil bleu étonné, la joue rose timide et la lèvre rouge ourlée. Rousse sous son fichu. Derrière elles, des livres. Queneau, Djian, Kundera, Borges, Perec. Signe que la Russie s’ouvre à la culture. Que rien n’est perdu.

 Que la Mondialisation ne normalisera pas. Mais elle passera. Broiera, broiera pas?

 Imaginez qu’elle broie les egos au lieu des économies et qu’elle touche aux consciences, la Mondialisation! Un grand bond, une grande ouverture comme l’humanité n’en n’a jamais connue. Une révolution fantastique. Chacun ressentant toutes les souffrances, toutes les faims, toutes les tortures, toutes les perversités de tous. Le syndrome de Jésus à la portée de toutes les bourses (non pas Wall Street, les vôtres!). Sûr que ça en calmerait quelques uns! Là c’est bon, ça réfléchit sous les casquettes… Fini la course aux illusions. C’est peut-être en route. La matière se détend, les atomes prennent leurs distances, s’écartent les uns des autres. La densité décroît. L’heure de l’allégement général a sonné. La terre se déleste, respire. Pas plus de réchauffement climatique que ça, mais une transformation en profondeur, une révolution physique. Apaisement général. Le retour sur soi pour s’ouvrir sur les autres? La solution dans l’ouverture des consciences.

 Allez foin de billevesées empesées. Place au plaisir simple, au syndrome de Bacchus…

 Rupicapra rupicapra, le Chardonnay de Ganevat, s’est fait «Chamois du Paradis». Après 66 mois en barriques de 500 litres de bois pas neuf, le voilà qui pointe le bout de son sabot dans mon verre. Le voilà donc, lâché; libre de respirer enfin hors de sa matrice de vin. Il a six ans cet Isard qui n’est plus un Éterlou de l’année. Il a perdu son acidité de jeunesse, sa silhouette olfactive s’est affinée. Ce Grands Teppes de 2004 a gagné son Walhalla.

 Sa robe est pâle, brillante, limpide, jaune tendre comme la première jonquille de printemps qui pointe sa paracolle dentelée au jardin.

 Pas facile à cerner ce chamois tandis qu’il s’offre, complexe, au nez. Le caprin liquide gambade un long moment dans le verre. Il grimpe et glisse, joueur, le long des parois de verre, sous la lumière d’un soleil déclinant. Je me régale de le voir ainsi se déplier lentement. Tout en fleurs blanches, fines, subtiles, entremêlées. Diaphanes et pénétrants, les arômes embaument. Cire douce ensuite qu’un soupçon de miel arrondit. Leur succède, une alliance parfaitement fondue de citron et pamplemousse en jus mûrs. Une dernière touche timide de pierre chauffée au soleil, clôt ce bouquet parfaitement équilibré. Un nez de pure sérénité.

 La chair de l’animal roule ses jeunes muscles tremblants dans ma bouche attentive. Les vibrations de la matière, conséquente, me parlent d’équilibre. Des fruits blancs auxquels se joignent quelques jaunes fragments pulpeux, s’étalent au palais, comme si l’animal se roulait dans les herbes fraîches. Puis il s’ébroue, tandis qu’il glisse en gorge comme un ruisselet goûteux. Je ne bouge plus. Le jarret tendu, il franchit le col de ma gorge, et disparaît lentement de mon champs gustatif. La trace fine de son bézoard à peine musqué, et du sol pierreux qui marquait la corne souple d’entre ses sabots, marque ma langue de sa soie souple, et me laisse le désir de le retrouver…

 Quelques épices encore.

 Comme un albinos aux yeux roses…

 

ESOUSMOLETICHARCOMENE.

JERÔME L’INTERPRÈTE…

Mozart revisité…

 «AMADEUS», il y a peu, sur Arte.

Pour moi, la cinquième ou sixième fois. Pas pu m’empêcher de plonger à nouveau, dans les spirales lumineuses et graves tracées par ce météore fulgurant. Mort à trente cinq ans. Plus que le film de Milos Forman, c’est la musique et surtout l’interprétation qu’en fait Neville Marriner, qui m’a le plus touché.

Se caler sur les pas de Mozart, à qui Joseph II d’Autriche aurait reproché d’avoir écrit «trop de notes», relève de la gageure. La splendeur, la richesse de son œuvre peut faire tomber le premier des chefs dans les emportements, les excès, qui le feront inexorablement passer de l’élégance, de la dentelle subtilement ornementée du plus bel habit de cour, à la vulgarité appuyée de la dernière des défroques grossièrement maquillées. Marriner atteint l’équilibre, évite le piège de la séduction de surface, se joue des possibles pacotilles clinquantes pour trouver la lecture et l’expression justes, la quintessence profonde et paisible du génie Mozartien.

Car la règle, ici comme ailleurs le plus souvent, est de traquer la plénitude, la justesse, la finesse, l’esprit de la Musique.

Jérôme Castagnier s’est quelque peu éloigné du culte d’Apollon et de Pan réunis, pour se consacrer à celui de Dionysos. Après avoir longtemps soufflé dans la trompette, il s’est mis à plonger la pipette dans les grands jus de Bourgogne…

Au centre de sa collection de grands crus, brille d’une lueur sombre et presque sauvage le rubis noir de son Clos de Vougeot 2004. Le millésime n’est pas glorieux mais le Clos, proche des Grands Échézeaux, déploie superbement ses reflets d’un beau rouge intense. La robe brasille d’une lumière contenue.

Pour qu’il daigne se donner un peu, il aura fallu aérer le renfrogné une bonne journée…Mais c’est le lendemain soir seulement, que l’atrabilaire donne sa pleine mesure du moment. Derrière le bois encore présent, le nez – le mien – est séduit par l’harmonieuse complexité douce du bouquet. Ça sent le grand vin, la belle matière, le beau jus, le pinot d’exception. Ça respire noble, noir, sauvage de prime abord. Puis la cerise, noire elle aussi, apparaît, mûre. Dont on se souvient qu’elle craque sous la dent, libérant un suc épais et odorant. Le vin sent la terre mouillée après l’orage, le cuir, le poivre noir concassé, la réglisse, noire…encore.

L’attaque en bouche est douce, la chair du vin roule comme le jus abondant de la Burlat qu’annonçait le nez – celui du vin – cette fois… La puissance est bien là, la sauvagerie aussi, que l’air n’a pas complétement apaisée. La chair et le bois n’ont pas fini leurs épousailles bien que l’affaire soit bien engagée…Je ne sais si je connaîtrai ce Clos pleinement épanoui, un jour. Accessible à ce moment de son évolution, il n’en reste pas moins tendu comme un notaire qui ferait des claquettes. La finale longue, sur la réglisse noire, est épicée. Elle laisse, en prenant son temps, un fin tapis de tannins à peine amers, comme une mémoire du vin, que la bouche conserve longtemps.

Ce vin est d’une beauté obscure, douloureuse et sans partage. Il m’évoque le Rex Tremendae du Requiem, lui même l’une des pièces les plus pénétrantes et les plus bouleversantes du Maître de Salzbourg…


 

 

ERUMOBISTINOIRCONE.

TOUS EN CÈNE…

 Simon Ushakov. La Cène. 

  

Vingt et une heures.

Diné sur le pouce. Douche. Pyjama en calicot mercerisé. Il fait frais. Petite laine. Comme chez soi. Téléphone!!!!!

Non, non, rassurez vous, Marguerite Duras est bien morte.

«P….n, qu’est-ce tu fous??? Onnnn t’aaaattennnnd depuis un moment!!! Écoute…»

A l’autre bout de la ville, le sans-fil – je parle du téléphone magique, ordinairement appelé portable – tente de capter sans succès les hurlements de la troupe. Le geste qui aurait du tuer, me fait sourire. Dans ma tête, une question incongrue est passée à toute vitesse, comme un écureuil le long d’un tronc. Va-t-il chier avec son zigouigoui coincé dans le calbar, comme Clavier dans les «Bronzés»!!!???

Silence stupéfait de mon côté. Alzy * a encore frappé… Je tourne et me retourne dans mon calicot. Bennnn… Un petit contre-temps les gars, mais je mets les gaz et j’arrive illico. Gros menteur me dis-je en parallèle!!! T’as oublié c’est tout. Même pas cap de le dire. Houuuuu, la grosse honte!!!

La grosse tablée des voyous ordinaires m’accueille.

Des sourires et des vannes.

Le Grand est là, les bras ouverts, accueillant. «Tata Anne», autrement affublée par mézigue d’un charmant «La Dédée», me fait des yeux qui rient et un sourire qui fait la gueule. Laurent, Charentais de cœur et réincarnation de Sardanapale le fier Assyrien, pelote ses foies gras avant de nous les servir. le Caviste fou, croisement malheureux entre une étoile du Bolchoï et un Bouledogue qui se serait fait refaire la gueule, efflanqué mais moins qu’avant…, ricane. Loulou, la Mongole décalée de l’Extérieur, est aphone ce soir, et sa voix flutée peine à percer. Édouard, le hussard au long sabre, rêve d’enfourcher la cavale. La Jeanne épanouie, et dont aucune ligne droite ne vient affadir la silhouette, est heureuse d’être là. Le Patrice est splendide comme à son habitude. Les quinquets allumés, la moustache en crocs soigneusement apprêtée, et les magrets avantageux. Voilà, le tour de table est fait, je retombe sur le Grand. Il a l’air heureux, frétillant, l’âme élégante et le cœur généreux. Rien que de très usuel chez lui. Je le regarde à la dérobée. Il vibrionne. Il savoure à l’avance, les bonheurs que sa générosité coutumière va dérouler, tout au long de ce moment d’amitié.

Nous régaler, il veut.

   

Magnanimes, nous sommes prêts. Le bonheur de donner, souvent, surpasse celui de recevoir.

La mise en palais se fait sur un Champagne Grand Cru Chardonnay J. Pernet qui déroule sous les nez silencieux, ses arômes fleuris, sa brioche chaude, son miel et ses fruits jaunes. Grand contraste avec la bouche, longue droite, toute d’agrumes et de craie.

Tous s’enfilent ensuite autour de la table ovale. L’orange et le rouge des assiettes égaient la nappe, et annoncent aux convives les couleurs saturées que prendront leurs visages, plus tard, au terme de la nuit joyeuse.

Les foies gras mi-cuits, découpés en tranches épaisses, nature pour les uns, piqué de cerises pour les suivants, apparaissent.

Un Cahors Montpezat 1990 roule dans les verres. Les nez plongent. Mieux vaut avoir un verre sous le nez que l’avoir «inside», me dis-je, fier de ma lucidité, aussi conne-branchée que temporaire. La robe est sombre, évoluée, quelques lueurs violettes persistent. Le nez envoie du zan, des épices et du chocolat. Damned, ça s’effondre en bouche, c’est petit, étriqué. Ad patrem!!!

Lui succède un Cahors Cessac Harmony 2004. Fruits et bois au nez. Belle matière charnue, confiture de prunes et fruits noirs. Frais, épicé, un poil rustique. Un bon Malbec consensuel qui ne me bouleverse pas pour autant.

Puis la Bourgogne s’installe à table. Le Stéphane, l’air faussement détaché, pose au milieu de la troupe, un Drouhin Puligny-Montrachet Premier cru 2001. Le bouchon est vierge… Étrange. Pas dans l’habitude de la maison…L’animal minaude dix bonnes minutes, avant de s’entrouvrir pour lâcher un joli pet citronné, façon des Îles. Puis replonge, et ne donne rien d’autre. Bof, rien de bien enthousiasmant, ça ne semble pas très complexe. La bouche est un peu maigrichonne aussi. Mettre le verre à gauche, et voir plus tard. Ah ben ouiiii. Quand j’y reviens c’est d’un autre voyage qu’il s’agit. Une autre dimension. Fleurs et fruits au nez, finesse et distinction. Tout est intimement mêlé… Mais c’est en bouche que la transformation touche au spectaculaire. A vrai dire, ça me troue… C’est comme dab en fait. Des certitudes et jugements trop rapides. Ne pas se prendre pour ce que je ne suis pas me dis-je… Humilité et profil bas, don’t forget et en toutes circonstances. Détendu qu’il s’est le Puligny, alangui, étalé, déplié. Y’a du vin dans la bouche. Et ça fait le beau. Et ça roule. Et ça gonfle. D’la belle came qui bedonne en bouche – citron confit frais… – onctueuse, fine, qui danse avec la glotte. Les épices apparues rehaussent la matière. Quelque chose de la turgescence vinique s’installe. J’oxygène encore et plus, et ça monte, et ça s’épanouit. Le vin étriqué s’est mué en vin à…. Il n’arrête plus d’enfler. Un vin de folots et autre génies. Posé sur le coin de la table de nuit, il aurait réveillé le Président Lebrun!!! Merci Monseigneur!!! Nous, on est d’accord avec toi!!! Toujours!!! Il t’en reste???

Le suivant à l’atterrissage devrait avoir de la voilure car c’est d’un Drouhin Puligny-Montrachet «Les Folatières» 2005 qu’il s’agit. Une millésime de grande réputation, un climat de près de 18 ha, conséquent donc pour la région. Versé, et mis à gauche aussitôt. Encore une fois, l’air et le temps vont aider à extraire l’esprit de la matière. Ça papote un peu, ça jacasse en périphérie. Tata veille au grain et au gratin. La Loulou muette sourit. Tiens j’ai le tympan gauche qui vibre. Non, non, le Caviste ne ronfle pas, il rétrolfacte comme un dogue en boule dans son panier. Le Patrice, les crocs de la moustache tendus à embrocher tout ce qui passe, se délecte, l’œil vague et le sourire extatique. Il faut dire que les vins ont fait leur effet, les yeux brillent comme des lucioles sous ectasy. La Jeanneton, le regard perdu au plafond, est aux anges, manifestement comblée. Ça va léviter sous peu. Juste à ma gauche, le hussard est prolixe et tout à la fois marmonne, le nez au fond du verre. Il lui arrive même de se répondre à voix basse. Le Grand embrasse la scène – la cène ??? – d’un regard énamouré et se nourrit en silence de nos présences. Il aime que l’on aime «sa» Bourgogne, qu’elle nous cause au creux des papilles, et adoucisse les visages marqués par les tracas du monde.

Mesdames, ce soir la crème de nuit est Bourguignonne!!!

Le vin s’est détendu lui aussi, et brille de tout son jaune chrysocale. J’y descends les yeux fermés. Non, je ne vous ferai pas le coup de la noisette grillée du Puligny des familles. Je lutte contre les clichés que ma mémoire propose, et m’ouvre au vin. Le silence s’installe, les conversations s’estompent, j’entre en conversation intime. Ça fleure bon l’acacia en fleur, le citron frais, la gelée de coing, le beurre frais. Quelques notes miellées aussi. La menthe enfin. Mais par dessus tout, le pamplemousse juteux domine, et fédère les arômes qu’il affine. C’est bien le mot, la finesse, qui résume le mieux le nez de ce vin. Droite, rectiligne, tendue, presque tranchante en bouche, la matière tout en retenue ne se livre qu’à peine. Seul le temps, le vrai, celui des caves aussi fraîches qu’obscures, le délivrera de ses crispations de jeunesse, lorsque au terme de ses rêves, il se déploiera.

Puis vient le temps du mystère – je parlais de la cène il ya peu… – qui se tient là, debout, sous le verre poussièreux d’une bouteile nue. Ni collerette, ni étiquette, ni falbalas. Le Stéphane boit du petit lait. Il se retient de nous aider, jubile et a du mal à se taire. Le jus sans nom remplit les verres. La robe est sombre. Sous la lumière artificielle, le verre levé à bout de bras dévoile un coeur brillant, pur rubis, rouge du sang d’une vigne encore inconnue. Un instant l’assemblée se fige. Sous les corsages, les kiwis, les poires, les pommes, les melons se tendent, et pointent le bout de leurs courtes queues agacées par l’angoisse. Sous le tissu des mâles, les prépuces se rétractent… S’agit pas d’avoir l’air c.. !!! C’est à chaque fois la même chose à l’aveugle. Les Egos s’inquiètent et se toisent, se dressent sur leurs ergos! Quelque chose d’un peu sauvage plane. Du fin fond des âges… Dans le verre aussi, subrepticement. Puis le vin se déchaine, et envoie grave. Des fruits rouges – ça mange pas de pain – en entrée, histoire de se mettre en nez, et surtout en confiance. Puis en rafales, de la mûre et du cassis, qui tournent très vite en confiture, de la réglisse, brute de bâton, du cuir, des épices et du poivre. La deuxième vague, un peu plus tard, révèle la cerise, un grain de framboise, une volute de tabac brun. Pas mal!!! Pas un village, un grand premier sans doute ou un grand cru. Morey me tente. Mille neuf cent quatre vingt dix neuf? J’annonce… Bingo pour le millésime, tiers de oui pour Morey. La matière est puissante, encore ferme, mûre. Elle roule et ravit la bouche, qu’elle marque de ses tannins soyeux et élégants. Les tensions ne résistent pas aux charmes du vin, qui Chambolle n’est pourtant pas. La basse cour caquète à nouveau. On dit et redit. On périphrase, on tourne en rond. Je me perds dans la réglisse épicée et la poudre de soie de la finale, dont la virilité ne me quitte pas. Tout au bout de sa persistance, comme un clin d’oeil jardinier, une pivoine dépose un grain de sucre parfumé sur ma langue pâmée. Stéphane, presque désolé annonce : Drouhin Bonnes-Mares 1999.

Silence.

Bien plus tard les millésimes 68 première mise, 68 deuxième mise, 69, 71,76, 77, 78, Cognacs de la Maison Prunier…Pas goûtés, pouvais plus. Le tenter eut été indigne de ces très beaux alcools. Mon nez, seulement, a survolé les verres. Tous différents, pourtant issu du même cépage. Le 68 première mise m’a enchanté. Pâte d’amande, fleurs, fruits confits, de mémoire…Une autre fois et sérieusement….

Ah, j’allais oublier. Façon de parler en fait. Je me la gardais pour la bonne bouche. La fraîcheur spontanée de Claire, l’une des «grandes» filles de la maison. Son regard espiègle qui tournait sur ce ramassis de vieux pochetrons! Encore que…

Un Bonnes-Mares-Puligny-carrément-Montrachet à elle toute seule.

 * Alzheimer enfant… 
 
 
 

 EPLUSMOTRESTICLAIRECONE.