Littinéraires viniques

MOUTONS BLANCS …

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Seul,

Cette nuit

Mon coeur

A la peine

Écoutera

Ta voix,

Qui ne sera

Pas là,

Occupée à dire,

D’autres mots

De soie …

Sous les draps,
Dans le vent
Qui souffle
En tempête,
Rien ne sert
De hurler,
Comme un loup
Dépecé.
Ses yeux crevés,
Ne voient plus rien,
Sous ses paupières,
Mortes,
Ses souffles
Épuisés,
Ne passent plus
Ta porte.

Lumineux,
L’extasié,
Qui roule
Sur ta peau,
Ignore,
Que dans la nuit,
D’autres yeux
Aveugles,
Aspirent,
Soupirent,
Mangent
Ta peau,
Et coulent
Leurs eaux,
Lourdes et
Gelées,
Figées.
Tout ce temps,
Ses mains
Acceptées,
A ton horloge,
Ont sonné.

Mais que vienne
Me délivrer
La dague,
Lame crantée,
Regard vague,
Oeil énucléé,
Poitrine lardée,
Ventre crevé,
Tripes coulantes,
Fumantes,
Puantes,
Exposées.

Mon sang

S’en va,
Là-bas
Couvrir ta peau,
De gouttes rouges,
Comme des rubis
Éparpillés.

Entre tes cuisses,
Lisses,
Délices,
Réglisse,
Dardé,

Qui donne
Au cœur pâmé,
Le plaisir infâme,
Tant espéré.

Souffrir,
Mourir,
Exsangue,
Valse lente,
Troublante,
Carangue,
Aux flancs
Argentés,
Tu tangues,
Coeur éclaté,
Corps comblé.
Âme voilée.

Sur la pierre froide
De mes espoirs
Perdus,
Je putréfie,
Roide
Et perclus.
Les fleurs,
Beurre fondu,
Boutons d’or,
De ma mort
Programmée,
Fleurissent
En grappes
Tremblantes.
S’en est allé,
Le printemps,
Le ciel azuré,
Branches chargées
Des feuilles vertes
Qui caressent,
Et balancent,
Sous le vent,
Berce
Les moutons blancs.

Linceul sali,
Je pourris.

ACHILLE EN CHAMBARDEMENT …

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Caravaggio. David et Goliath.

ACHILLE s’est assis …

Un peu raide, sur sa chaise, face à Landonne. Ce jour, elle s’est drapée de vert, d’un de ces vert bronze velours à faire ciller Véronèse, qui l’enveloppe bizarrement. Il ne boude pas, mais la regarde simplement, sans sourire. Landonne suit son manège des yeux, il la détaille curieusement. Elle ne dit mot, ne marque rien, ne s’en offusque pas, accepte tranquillement qu’il ait fini de l’observer. Mais il la voit, plus qu’il ne la regarde. Pour la première fois, il a l’oeil franc, un peu intimidé quand même, le front haut, les mains posées sur les genoux, pas vraiment détendu, pas serein non plus, mais calme. C’est alors qu’elle lui sourit, un sourire rassurant, doux, naturel, le sourire mesuré d’une femme qui ne cherche rien, n’attend rien, mais ne refuse pas. Achille se fend d’un rictus tremblant et bredouille : « Bonjour madame Landonne », qui lui vaut en retour un : « Bonjour monsieur Achille », à voix moyenne. Puis un petit blanc, que rien ne casse, s’installe, un petit blanc léger comme un aligoté de l’année, ni pression, ni angoisse, ni peur, le temps qui roule paisiblement. Rien ne semble dépasser chez cette femme pense Achille, lui qui donne volontiers dans les excès, cela le surprend depuis le début, voilà quelques semaines déjà … De silence obstiné, ou plutôt de silence épais, bouche cousue, dans l’impossibilité de former un mot, une syllabe, pas même de soupirer, à user des heures entières son énergie, à respirer de la pointe des dents.

L’araignée n’a pas reparu depuis le moment où le regard bleu de l’enfant a fulguré, alors qu’il venait de tomber, et que dos collé au sol gras, l’éclair avait jailli du ciel de son inconscient, fracassé la porte du présent, lui jetant en pleine face ces yeux d’azur, dont les pleurs anciens l’avaient instantanément inondé, le laissant hoqueter comme une poupée cassée, pitoyable. Vivre ces instants, aussi brefs qu’intenses, avait été pour Achille une épreuve urticante, déchirante, et il regrettait presque la comptine de l’aranéide avec laquelle il vivait depuis quelques temps déjà. C’est qu’elle avait fini par lui donner la rage cette putain de bestiole, tous ces combats de jours et de rêves, à l’affronter, sans qu’il en ait conscience, l’avaient quasiment occupé à plein temps. Mais maintenant, ce petit bonhomme fragile et si puissant à la fois, c’était nouveau, il ne savait par par quelle menotte le prendre, et surtout il détestait au plus haut point ces émotions liquides qui le gagnaient, sans qu’il puisse leur opposer la moindre digue, comme à la terre les vagues de la mer en furie. Landonne ne bronchait pas, six semaines qu’elle reposait sur son gros cul – la génétique fait bien les choses – pendant qu’il bouffait les heures à la sauce blanche, pour ne pas les parler.

Achille inspira un grand coup, sa respiration resta bloquée quelques longues secondes, puis au moment où il sentit l’étouffement le gagner et lui mouiller les paupières, il ferma les yeux – l’image d’un saut dans le vide lui traversa l’esprit – il hoqueta, et le bouchon qui lui obstruait la gorge depuis des semaines céda d’un coup, comme un barrage sous l’assaut des eaux trop longtemps retenues. Il se vida d’un jet qui dura longtemps sans doute, il ne savait plus, les mots affluèrent, en désordre d’abord, ce fut comme un long vomissement acide, douloureux et soulageant à la fois. En vrac, pêle-mêle, il balança, la chambre, le lit blanc à barreaux, les rêves de cet enfant puissant, la terreur qu’il lui communiquait, les tortures du nounours, les gémissements mal tus dans la chambre, la peur qu’ils déclenchaient chez le nourrisson, et qui résonnaient en lui, qui le cinglaient plus durement qu’un fouet sur la croupe d’un cheval fou. Son esprit lui criait de se taire mais il ne l’écoutait pas, les torrents, les cris, les imprécations qu’il déversait étaient plus forts que le regard meurtrier de l’enfant qui, de toutes ses forces tentait de le subjuguer, les hurlements de l’araignée hors d’elle, la honte qui le submergeait, le regard supposé de Landonne qu’il ne voyait pas. Son cœur de pierre, ses tripes nouées, son plexus brûlant, ses yeux prêts à éclater, tout ça se détendait doucement, et ce bien être, qui lentement s’installait, n’avait pas de prix. Achille crachait, chiait, vomissait, expulsait à la face de Landonne muette, des flots d’énergie délétère, accumulés depuis des lustres à son insu. Étrangement il se sentait mourir et renaître à la fois. Il se tut aussi brutalement qu’il avait hurlé, car il avait inconsciemment braillé tout ça, et sa voix méconnaissable, la voix tonitruante de sa si vieille rage avait franchi les murs de la pièce et inondé couloirs et salles alentours. La porte de la pièce s’ouvrit, une infirmière très inquiète accompagnée de deux costauds, apparut. Landonne leur sourit et les renvoya d’un geste de la main. Achille a demi levé, le corps en arc de cercle, poings serrés, jambes dures et ventre de bois, tout entier à son long dégueulement, n’avait rien vu, rien entendu, il était sourd et aveugle au monde, à ce foutu présent qu’il tentait de retrouver … « Il est l’heure » dit Landonne de sa voix blanche. Achille avait fini de se redresser et se tenait presque sur la pointe des pieds. Il ouvrit les yeux et la lumière crue du soleil qui perçait la fenêtre l’éblouit douloureusement. Il lui semble percevoir la réalité au travers d’une soie blanche en fusion, le monde comme une photo surexposée, Landonne, blafarde, exsangue, fondue dans la pièce sans relief, comme une crème fondante, seules ses pupilles foncées tranchent sur la scène à deux dimensions.

 Elle répète doucement, « C’est l’heure monsieur Achille » …

Achille a sourit timidement. D’une voix cassée, rauque, il lâche un « oui » pierreux, tousse, se racle la gorge, mais rien n’y fait, il peine à parler, se sent vidé, épuisé, rincé. Dormir. A dormir il aspire. Partir, se noyer dans les plis doux d’un sommeil sans rêve, un sommeil lourd, un sommeil de mort. Les bruits du monde, oui, il est au monde, il est le monde. La vie revient peu à peu. Il s’assied un instant, sourit dans le vague, marmonne quelques mots incompréhensibles, même pour lui, baragouine, le regard en dedans, comme un aveugle, soupire, soupire encore. La pièce retrouve ses formes et ses couleurs, Landonne, son corps massif, son sourire aussi. C’est bien que ce soit fini pour aujourd’hui, pense t-il, son enveloppe est douloureuse, l’image d’un écorché vif dégoulinant de sang tiède et dilué clignote un instant, puis s’éteint. Achille est parti sans un mot, il se sent mou, comme un papillon fragile accroché aux bords secs de son cocon, qui balance dangereusement sous l’à peine brise qui souffle, sans que personne sauf lui la sente. Il traverse les salles, longe les couloirs en traînant les pieds, en dedans, il entend son être brisé cliqueter comme un sac de verre pilé.

La nuit est tombée, Achille n’a pas bougé, il a froid, plus que nu sur son lit, ses yeux écarquillés regardent le mur blanc de sa chambre, s’y perdent à se crever. Ni la faim, ni la soif ne le troublent. Il parvient, en se tordant comme un tronc démembré, à se glisser sous les draps, à s’enfoncer jusqu’à ce qu’il soit entièrement recouvert. Dans son cercueil de coton rêche, il se réchauffe lentement au rythme de sa respiration humide, et le contact douloureux du tissu s’estompe peu à peu. Achille sombre, tombe, s’enfonce dans son lit, comme un fruit mûr s’écrase sur la pierre, pour se dissoudre enfin dans le silence poisseux d’un sommeil lourd.

La mère a posé l’enfant, à même le carrelage glacé, au pied de la cuisinière à charbon qui ronronne, plus que Mickey, le chat noir à la gorge étoilée de neige, qui se méfie de ce petit être dont le regard d’azur a prit des reflets mercure, quand il lui a collé sous le museau ce tison rougit, enfoncé pour l’heure dans l’œil sanglant, au centre des flammes bleues mouvantes qui brasillent derrière la grille menaçante de la cuisinière ronflante. Le froid bleuit les fesses et les jambes du bambin, le feu lui chauffe le dos, à presque brûler. En face de lui, gigantesque monstre à demi affalé, son père, somnolent, à demi nu, dont les pieds baignent dans un large bassine émaillée remplie d’eau fumante. A genou devant lui, sa mère le lave, le rince et le relave. C’est qu’après trois jours et trois nuit de travail intensif, dans le froid, le vent et la crasse des bassins de radoub, l’homme est harassé, effondré même. Ce corps gigantesque l’effraie, qui le domine de toute sa masse, et sur lequel sa mère s’affaire en lui tournant le dos. Entre le froid et le chaud qui l’assaillent en même temps, il ne sait plus. L’enfant, bras tendus, pleure à chaudes larmes, son regard se voile, le chat s’enfuit en râlant, la scène tremble, les perspectives se défont, se croisent, comme si Goliath, à chacune de ses respirations, enflait, remplissait la pièce, tandis que la femme ployée, en adoration, réduite à peau de chagrin, se dégonflait comme une baudruche crevée. L’enfant étouffe à demi, sa poitrine menue bat comme un petit soufflet de forge désespéré, ses doigts crispés brassent l’air humide, sa mère, qui le serrait nuit et jours dans ses bras esseulés, ne l’aime plus … Tout ou rien, amour ou haine, sans même le savoir, ces sentiments extrêmes, excessifs et mortifères, l’imprègnent à jamais …

Achille le déboussolé ne bouge plus. Derrière ses yeux clos, la scène a du mal à s’estomper, il respire à petits coups douloureux, ses mains crispées tapotent sporadiquement son clavier, et sa page se couvre de signes incohérents. Dans le noir profond de cette nuit, hors du temps ronflant des hommes qui dorment, il peine à retrouver ses esprits. Alors il se concentre sur la lumière chaude de sa vieille lampe, qui lui caresse le crâne de sa langue d’ambre fidèle. Le froid ambiant lui mord le dos, lui glace les jambes, et son rire rauque crève le présent silencieux. Il s’ébroue en frissonnant, ouvre les yeux et découvre, dans le miroir de son écran aveugle, l’instant d’un soupir qui lui semble le dernier, le visage fantomatique de l’enfant disparu.

Dans la combe ronde du verre à longue tige de cristal, se mêlent, au centre du rubis patiné qui repose alangui, les flammes opalescentes du lumignon, et les moires orangées des années empilées, qui, patiemment, gagnent la robe de charbon ardent qui résiste encore à l’empreinte implacable du temps. Sur le lac paisible de ce vieux Cahors « Expression » du Château Lamartine qui a dormi depuis 1996 dans sa cave, il se penche. Les parfums délicats des prunes mûres et des cerises juteuses le rassérènent, puis viennent à ses narines pacifiées, des notes de vieux cuir, d’épices douces, de cigare, de cèdre, de chocolat noir et de café. Les yeux embués, il cherche dans le jus crémeux qui lui emplit la bouche, un peu de paix, un soupçon de bonheur. La purée de cerise lui caresse un instant le palais, avant d’enfler, et de déverser longuement sur ses papilles reconnaissantes, un flot de fruits mûrs, épicés et suaves. La matière charnue, dense, s’allonge et dépose son taffetas de tannins enrobés sur sa langue, avant de s’en aller réchauffer son corps frigorifié. Achille ne bouge plus, et savoure la réglisse, le chocolat et le café noir qui répugnent infiniment à le quitter.

L’ampoule de la lampe,

D’un coup a grillé.

Sophie sans doute,

Du fond des âges,

L’a soufflée.

EHAPMOPÉETICONE.

DÉLIRES DE GLU …

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C’est une histoire étrange,

Celle d’un ange,

Qui se mélange,

D’une mésange,

Entre deux eaux.

—-

 Eaux lustrales,

Mygale

Velue,

Désirs,

Déçus.

—–

  L’ange pleure,

Quand la mésange

Se tourne,

Vers d’autres peaux.

A devenir barjot.

—–

Il a crié

Dans le désert,

Où nul ne l’entend,

Sa rage et sa misère,

A se briser les flancs..

 —–

 Mais la mésange

Ne sait plus, si

Elle aimera l’ange,

Toute une nuit,

Dans un grand bruit.

 —–

 Volcan maudit.

—– 

 Rage grise,

Folie explose

Comme une rose

Qui s’est éprise

D’un radis.

—– 

 Le long des rails,

Putain de vie,

Va t’allonger,

De tout ton long,

Et crève sale con.

—– 

 Pauvre lion,

Aux dents limées,

Va te bouffer,

Comme un enfant

Berné.

—– 

 Va donc te pendre,

Plutôt que t’éprendre,

D’un beau poison,

Qui te bouffe

Le gazon.

 —–

 Exorciser encore,

A tâcher j’y travaille,

Douloureusement,

A couper la paille,

Qui me fend.

—–

 Garce, la vie dure,

Tranche, coupe épure,

Arrache ce gland,

Qui me tue,

Fouaille, puant.

—–

 Qui se tend,

Qui me nargue,

Innocent,

Ange déchu,

Dans ton cul.

—– 

 Fantastique,

Ciel lubrique,

Corps céleste,

Coup de trique,

Ange béant.

 —–

 Toi qui bêle,

Tourterelle,

Jouvencelle,

A ta nacelle,

Je me pends.

—– 

 Conspuée,

Concernée,

Ton compère,

Congénère,

Congruent.

—–

 Étrange sylphide,

Ronde et languide,

Condor écarquillé,

Compulsif,

Je te biffe,

 Mon kiff.

 —–

 Converse

Perverse,

Congelé

N’a pas de bulles,

Peau de tulle,

Conciliabule.

 —–

 Congrès

Éberlué,

Comme la fée,

Tu me suces,

Le nez.

 —–

 Étincelant,

Aux Étoiles,

Concupiscentes,

Je me casse,

Les dents.

—– 

 Conacry,

Noire Sacristie,

La folie gagne,

Encense,

Je danse.

—–

 A la folie.

 —–

 Confort,

La compote,

Contre le fort,

Mon concierge,

A la main.

—–

 Je me bats.

 —–

 Ma mi-temps,

Concomitant,

Au mitard

Exaspérant,

Je suis.

 —–

 Pourquoi,

Ma foi,

Ma moi,

Ma loi ?

Perclus,

Combattu.

—– 

 A la prune,

Chaude,

En maraude,

Condamné,

Pauvre gland dû.

 —–

 Accroche toi,

Aux branches,

De la pieuvre,

Verge folle, si blanche,

Sur ta hanche

Un oiseau s’est perdu.

 —–

 Convenu,

Combattu,

Comprimé,

Entre tous,

Révéré.

—– 

 Pierre de lune,

A ta hune,

Me suis pendu,

Mordu,

Foutu.

 —–

 Merlu

Confit,

Confus,

Déchiqueté,

Contrit.

L’ADIEU AUX LARMES …

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A force
De pleurer,
La source
A tari.
Lui,
Bel amour
Joli,
Il a vidé
Les yeux
Des orages
Maudits,
Broyé
L’espoir.

Les poires
Blettiront
Entre d’autres
Menottes,
Serrées,
Patientes,
Lentes.

Accrochées,
Au rose
Des joues,
Les larmes
Séchées
Des tendresses
Envolées.

Dans le silence,
La pente,
Des reins
Meurtris,
Connaîtra
Les délices
Des amours
Complices.
Et pleure
Le gland
Melliflluent,
Des élixirs
Blancs
Qui coulaient
En grumeaux
D’argent
Sur le ventre
Gluant.

Obsidienne,
Factice,
Si lisse,
La peine,
Trop pleine,
Pour que vienne,
Le temps,
Harassant,
Du souvenir
Glaçant,
Des atermoiements
Désolants.
Mutine,
Coquine,
Souris,
Regard
Banni …

Dans la nuit
Du sommeil,
Envolée,
L’abeille,
S’est
Évaporée.
Pierre
De lune,
Au sommet
De la dune
Reste,
Perchée.
A l’équilibre
Instable,
Les larmes,
As préféré.

Pleure
La douleur.

Coule
La douceur,
Aimer
Ne sais.
De caresses,
Drôlesse,
Privé
Il est.

Poivre

Concassé,

Désir

Castré,

Plaisir

Refusé.

L’adieu

Aux larmes

A sonné.

A,

Le rat,

B,

Musqué,

C,

A crié,

D,

Dépiauté,

Dévasté

Déglingué.

Radieux,

Le soleil,

S’est couché.

Humide,

La lune,

Timide,

S’est levée …

CASSE, TOI QUI CASSE …

(Photo Parpadelle) 2437307 - The Princess Nevermort

Casse le cœur

Des couilles,

Casse les couilles

Du cœur,

Lâche,

Fugace,

Rapace.

Peureuse,

Dévoreuse

Radieuse,

Petit cœur,

Bonheur,

Balance

Ta pulpe

Grasse,

Mielleuse,

Sur la rose

Fanée.

Hardeuse

Heureuse

J’aime

Ta gemme

Inexplorée.

Rêve

D’orfèvre,

De perle

Enchâssée,

Brisée …

 

 

 

Lance,

Brillante,

Ta fiente,

Agace,

Perce

Ta fente,

Ta mousse,

Éteint

Les globes,

Laisse

Ta robe,

Tes orbes

Se pâmer.

Au vent léger,

Tu es allée,

Désagrégée.

Te pendre

Au cou brisé

D’un amour

Hésitant,

Que porte le vent

Léger

Sous ta jupe,

Parachute,

Envolée.

Ma grâce,

Tu m’as,

Grognasse,

Déglingué…

 

 

 

Vorace,

Tu m’as

Exaspéré.

Pablo Casals,

Laisse aller

Ton archet,

Sa gomme

Arabique

L’a révulsée.

Brisée,

Elle s’est donnée,

Écartelée,

Aux coups furieux,

Sulfureux,

Dorés,

Et répétés,

De ses ardeurs

Renouvelées,

Tu as crié,

Adoré,

Ce jour

Maudit.

Et tu renies

Hésites,

Marrie,

A me consoler.

Le souvenir,

Menhir

Sanglant,

Te plaît…

 

 

 

 Dans la nuit,

Chouette,

Il t’a faite

Hululer.

Entre les étoiles

Scintillantes,

Il t’a emportée.

Moribonde,

Tu as bramé.

Tu cries

Au ciel,

A la voûte

Étoilée,

Ta peine

Ultime,

Qui sourd

De la pine

Sacrée,

Des espoirs

Inexplorés.

Le seuil,

Cercueil

De ta vie

Rêvée,

Jamais,

Tu n’oseras

Passer …

 

 

 

Livide,

Déchu,

J’erre,

A demi nu.

Excalibur,

Si dure,

Pure,

Épée d’acier

Trempé,

Découpe,

La loupe,

Défonce

La houppe,

Remplis

La soute,

Vide

Tes flancs,

Plonge,

Crève

Les flots

Blancs,

Allège

Le cœur

De tes amants.

Rutile,

Nubile,

Fée

Dépecée.

Jamais.

Rubis,

Paradis

Souris …

 

 

 Casse,

Toi qui casse,

Enlace

Moi.

ACHILLE ET L’ENFANT …

Marianne Stokes. la vierge et l'enfant

Marianne Stokes. La Vierge à l’Enfant.

C’est l’heure …

Achille s’ébroue. Du mal à décoller de sa couche qui le réchauffe. Landonne ne va pas tarder. Deux semaines qu’il esquive, louvoie, emmuré dans un silence buté, la tête prise dans un ciment épais, collant, qui lui englue les neurones dans une sauce épaisse, une béchamel grasse, une soupe de légumes broyés à la moulinette émotionnelle. Il sent bien que son plexus, qui irradie nuit et jour, une chaleur brûlante, le bloque, l’empêche, comme si le passé délétère ne voulait pas remonter, de peur de se dissoudre, de disparaître à la lumière crue de sa conscience claire. Alors il s’assied, à chaque fois face à la dame, le dos droit sur sa chaise, jambes croisées, serrées à se faire mal aux génitoires. Visage fermé comme celui d’un enfant capricieux, tête baissée, il se perd dans la contemplation des chaussures noires de cette femme si patiente, se noie dans le cuir verni, se dissout dans les boucles argentées qui les coiffent. Achille se dilue, s’échappe, se ferme de peur de mourir. Cela vient de loin, il le sent bien, quelque chose d’avant la parole, d’avant les premières idées, du temps très ancien, archaïque des premières croyances, élaborées d’instinct, échappées de son ventre de bébé en pleurs. Mais il repousse ces sensations, ces idées confuses comme si les reconnaître le tuerait, le renverrait à l’avant vie, petite tête agitée au bout d’un spermatozoïde à flagelle, qui grimpe, qui grimpe …

Non balbutie l’enfant en hurlant qui s’agrippe de toute la force de ses petites mains potelées aux barreaux du lit blanc. C’est qu’il est puissant l’enfantelet, il tient Achille par la nuque, et lui écrase le cœur de toutes ses forces décuplées par la rage de survivre. Ce cœur en purée incarnate, chaude, dégoûtante, coule dans sa poitrine, l’étouffe, le paralyse, s’immisce en grumeaux paralysants jusque dans ses extrémités, lui transforme la verge en pousse de radis, lui broie les tripes et lui crame le ventre. Achille se recroqueville tant bien que mal, un goût métallique de vieux sang séché lui mange la bouche. Le soupir d’un enfant au cœur gros s’échappe de sa bouche, malgré lui. Landonne le regarde, son regard brille mais pas trop, ce qu’il faut pour qu’il ne sente pas sollicité, mais discrètement encouragé cependant, à dire ou non. Mais qu’il lui est difficile de se redresser, de lever la tête et de regarder le visage de cette femme ! Rien à voir avec Marie-Madeleine, avec cette rousse charnue, charnelle, bandante. Impossible de la regarder d’un œil spermatique, de jouer la séduction, de faire la voix sourde, de la fixer dans le blanc des seins jusqu’à la faire bafouiller, tant et tant qu’à la fin, les obus pointent, prêts à craquer!!! Non, Landonne a quelque chose de sexuellement neutre pour Achille, quelque chose de doux, de réconfortant, son corps n’est pas de courbes audacieuses, de défis à l’équilibre, de sucs succulents, il est même un peu massif, mal dégrossi, d’un bloc, mais rassurant. Sa mise n’est pas triste, elle est vêtue élégamment pourtant, mais elle ne sent pas le cul. Elle dégage des vibrations douces, à s’y blottir, elle l’apaise, l’autorise à se taire, à attendre, c’est bon …

Achille a regagné sa tanière, son antre, son refuge, il s’est allongé la nuit venue, nuit sans lune, silencieuse, effrayante, sidérante. Fœtal, les poings serrés sous le menton, le dos courbé, les genoux sur la poitrine, il fait son œuf sous sa coquille de laine chaude, il bout, macère dans son jus, renifle, cherche des odeurs qu’il ne retrouve plus, si proches mais oubliées. Sous l’os épais de son crâne obtus, dans son hémisphère gauche, Descartes pontifie, analyse, dissèque, relie, écarte, juge, soupèse. En vain. Les brumes du passé, enfouies sous les injonctions, les interdits, les refoulements, les reniflements du mental, sont floues, insaisissables, comme des fumerolles, comme les mirages au désert. Achille patauge dans l’indicible comme un chien lourdaud. Alors, il respire, lentement, longtemps, avant de s’endormir …

L’ourson n’a plus qu’un œil, mais un œil au regard étonné, plein du regret de qui lui arrive, lui qui n’est que pur amour, il ne dit rien, et sa bouche qu’il n’a pas, reste close. Sous les gencives édentées de l’enfant qui le mord, il subit. Sa peau pelée, au poil arraché, n’est plus que tissu élimé, prête à craquer, mais l’ourson, compagnon des douleurs, aime à mourir ce petit bout de chair rose qui le martyrise pourtant. Tant et tant, tant et plus, qu’à la fin il cède. Un peu. Et la paille rêche qui pointe du petit trou, au creux de son flanc, griffe l’enfant. Et nounours verse les larmes absentes de sa souffrance, sur la joue rebondie du bambin qui piaille. Le bébé trépigne de joie mauvaise quand craque le bras gauche de la peluche, qu’il l’agite convulsivement. La paille éparpillée dans le petit lit blanc lui fait la couche de l’enfant de Noël. Dans le grand lit d’à côté, ça gémit, ça soupire, ça se retient pourtant. Alors soudain, les cris aigus de l’enfant en terreur éclairent la chambre.

Dans son lit d’adulte, Achille gémit dans son sommeil, ses mains s’agitent sur le vieil ours disparu. Ses propres cris le réveillent, le corps tendu, douloureux, il se lève comme un automate un peu rouillé, et se dirige au radar vers les toilettes. En traversant le couloir, il se traîne, maladroit comme un culbuto, ses genoux cognent contre la porcelaine et sa vessie pleine obstrue sa conscience en demi sommeil. Et le voilà penché vers l’œil en pleurs, qu’il regarde, un peu hagard, du haut de ses quatre ans. Maladroit, il se met à pisser comme un enfant qui vise le fond de la cuvette. Il lui semble ne tenir en main qu’un appendice minuscule, fragile et tremblant. Il est là, debout sur ses jambes, d’adulte pourtant, il le sait bien, qui contemple du fond de son âge, le jet de gouttelettes jaunes, très pâles qui giclent sur les parois lisses de la céramique. Comme autant de petits soleils jaunes, remontés d’un hiver lointain, qui se suivent en guirlande lumineuse, la pisse des soleils couchants coule en flots drus qui éclatent, en écailles de lumière crue et sonore, sur les chiottes immaculés. Ce matin, Achille rejette tous les soleils de tous les soirs de sa vie. Ce soir, une intuition aveuglante le frappe, il pissera tous les soleils levants, morts et perdus, depuis le jour de sa naissance. Achille pisse les temps à l’envers, et cela le soulage. Autant que sa vessie de peau qui soupire de plaisir. Dans l’eau croupie des gogues, l’araignée, à demi noyée, se bat, ses pattes crochues glissent sur les bords glissants, elle couine et menace toujours, pourtant …

Ce matin, Landonne a changé de tenue, s’est vêtue du brun des feuilles d’automne, au bout de ses pieds, des chaussures marrons, parfaitement cirées, attendent qu’Achille veuille bien. C’est à chaque fois pour lui une douleur immense, de lever la tête, de regarder dans les yeux,qu’elle a paisibles, cette femme si patiente, qui semble ne rien vouloir. Le temps s’écoule. Entre ses mains serrées, Achille compte les grains de sable de ce temps, si précieux, qu’il s’obstine à gâcher. Ses lèvres s’entrouvrent parfois, balbutient un peu d’air en bulles, mais aucun mot articulé ne sort d’entre ses mâchoires crispées. Le temps s’étire comme une patte molle sous le rouleau enfariné, les chaussures brillantes de Landonne ne bougent pas, de temps à autre, elle décroise les jambes pour les recroiser à l’inverse, comme les aiguilles d’une horloge invisible qui marquerait les secondes lentes d’un passé moins que parfait, échappé aux contraintes implacables de la temporalité de ce présent toujours mourant.

Achille n’a pas pu, il s’est levé, l’heure échue, s’en est allé sans avoir pu lever la tête, lourd comme un estomac chargé d’éclats de pierres. Et noir de rage intérieure. A se cogner la tête durement pour ouvrir sa porte. Elle claque violemment contre le mur, rebondit et lui revient, joueuse, sur le front.

Achille a chaussé ses bottes de sept lieues, il fonce dans les allées, dérape sur les herbes mouillées, se griffe aux branches basses qui laissent sur ses jambes des limaces de sang et de lymphe mêlées. Le vent qui s’est levé le fouette et le freine, sous ses côtes meurtries, son cœur s’affole, quitte sa poitrine et s’envole comme un soleil blessé. Sous son crâne en surchauffe, comme un tambour sauvage, il a laissé son rythme sourd qui bat la montée à l’échafaud. A courir au-dessus de ses forces, son regard se voile, ses chairs crient, et ses tendons, à la rupture, reprennent dans ses jambes qui moulinent son désespoir, l’écho crissant de l’enfant qui grince sous sa peau. Oscar ne se montre pas, seul, immensément seul, Achille trace sa route. Une dernière racine, qu’il ne peut éviter, le jette à terre, il s’écroule d’un bloc, son front heurte la terre grasse et trace un sillon dans les feuilles pourries, un goût de champignon lui envahit la bouche, il s’étouffe à moitié, se débat, crache et se retourne sur le dos, jambes flasques, haletant. Le ciel gris vire au rouge, les chants des oiseaux cessent, le vent tombe lui aussi, les sons du monde s’éteignent, il ferme les yeux, la peur l’étreint sous ses dents coupantes …

 Éberlué, n’en croyant pas ses yeux qui ne voient plus, pétrifié par les deux grands yeux bleus qui le regardent, plein de rage et de fureur, Achille ne bouge plus. C’est un éclair blanc, aveuglant qui le dessille, lui déchire la conscience.

 L’araignée est un enfant … !

Achille le désintégré rit en silence sous la pluie jaune qui inonde son bureau. Sa lampe se fout bien du temps qui passe, elle lui donnera le jour, au creux de ses nuits blêmes, jusqu’à son dernier rayon. Montlouis, à moi ! Ce qui le fait ricaner plus encore. A regarder la robe d’or fin de ce vin qui lui renvoie les feux vifs de la lampe, il se calme un peu. Son rire mouillé s’affaisse, comme lui, alors qu’il se souvient de cette chute rude, de cet éclair jaillissant enfin, de ce ciel rouge qui s’est éclairé jadis, après que la mort l’a frôlé de son doigt de jais. Quand l’araignée s’est tue, quand l’enfant s’est montré. Ce petit con puissant, assis ce soir, très sage, juste contre lui. Un pauvre môme devenu alcoolique depuis qu’il l’incite à sucer le goulot. Rires ! Tous deux se marrent. Le vieillard et l’enfant. Achille lui fourre sous le nez le lac de vin pâle, ce chenin « Les Tuffeaux » 2009 de François Chidaine, un vin de tendresse pour cette nuit de retrouvailles joyeuses et graves. Sous la fleur d’acacia l’enfant éternue, il salive quand le miel parfumé le caresse, quand le jus mûr lui offre son très fin botrytis, aussi ; et s’affole un instant, avant qu’Achille ne le calme de la main, quand la cire de la ruche lui fait croire aux abeilles piqueuses, et salive quand la mangue et l’ananas, en fragrances sucrées, lui montent aux narines. L’enfant a sourit, Achille a larmoyé. Mais le jus frais coule dans sa bouche, les fruits jaunes que la pêche a rejoints, gonflent, soyeux et mûrs, sur sa langue aux papilles fatiguées, puis la cire des abeilles, le miel léger, le poivre blanc dansent et rient, comme l’enfant ébahi sous la caresse goûteuse de ce vin qu’il ne boit pas. Achille a fermé les yeux et ceux de l’enfant, quand le jus, gagné par la fraîcheur, coule dans sa gorge. Sur leurs langues turgides, le tuffeau, le poivre et la réglisse s’éternisent …

 Achille a posé,

Sur les épaules frêles,

De l’enfant blond,

A demi endormi,

Légèrement,

Son bras …

ERASSÉMORÉTINÉECONE.

JULES CASÉ …

Silk (Photo Ruth Bernhard, 1968)

Laqué,

Comme,

Un canard,

Sur le chinois,

Coule

Le jus,

Il brille

Et palpite,

Sous la braise

Qui l’ambre …

—–

A feu doux,

Il fond

Comme,

Une gomme

Fluide.

Une bougie

De cire

Chaude,

Elle Coule

Comme

Un cierge

Maudit …

—–

Sur le tabernacle

Profane

Qui luit,

Gras

De plaisir.

Dans l’ombre

Propice,

Et ne résiste pas

A l’oeil

Torve …

—–

A sa morve

Translucide,

Qui brille,

Sous la lune

Exorbitée.

L’astre

D’albâtre,

Cyclope

Énucléé,

Baille,

Pleure

Et quémande …

—–

La goutte

D’or blanc,

Dernière,

Issue

De l’amant

Dont la moelle

Epinière

Sourd

De son gland

Branlant,

Dodelinant,

Après

Que sa charge,

Il a jeté …

—–

Dans le rail

Profond

Qui va

De la fesse

Au con,

Il défaille,

Tressaille,

S’englue

Tout près

Du cul …

—–

Canyon,

Arizona,

Barbe

A papa,

Délices,

Réglisse,

Il glisse,

Velu,

Repu,

Glandu …

—–

Impavide

La lune

Se vide

De son plaisir

Hurlant.

Fusion,

Métal,

Faïence

Fessue

Fondue.

Défaillance

Or blanc …

—–

Jules

Hulule,

Brûle,

Et se vide,

De ses humeurs

Musquées,

A pleurer.

MA CATIN …

La rêveuse (Photo Michel Feugeas)

Sous la caresse

Du vent,

La chair rosée

De l’odalisque

Au repos

Frémit.

Sous les dentelles,

Resserrés,

Ses oblongs

Tressaillent,

Son ventre

Baille.

Désir,

Soupir

Rouge …

Sur son ventre,

Sa main

Repose.

Demain

Je tiendrai

Son sein,

M’y fondrai

Comme rosée

Au pré.

Caresserai

Le giron

Rond,

Ombilic,

Te pique,

A coup

De dents

Humides …

Tombé

Dans la vallée

Cachée,

Centre des

Rêves

Éveillés,

Des plongées

Profondes

Vers l’autre

Monde.

Perdre

Le souffle,

Boire

A la source

De ma vie.

Au fond

De ce puits

Clair

Ton regard

Hagard

Quand je.

Offrande.

Chaude …

Jambes

serrées

Autour

De la taille

Cambrée,

Le dard

Travaille

Si tard.

Creuse

Dans ta chair

De multiples

Éclairs

Violets.

Fouaille,

Tenaille,

Broussaille.

Éclairs

Gelés,

Corps

Liquéfiés.

Parfums

De rose

Éclatée …

Sur l’aine

Perlée,

Qui court

Sur ton flanc,

Je dépose,

Crémeux,

Des larmes

De ce lait

Brûlant,

Qui sourd

De mes reins.

Ma reine,

Ma peine,

Ma laine

Brossée.

L’aigrefin

Et sa catin.

Flamboyante

Tremblante

Énamourée …

Comme

Mon Amour

Irradiant

Entre

Tes fesses,

Hurlant,

Quand tu

Enfournes

Le gland

De ton amant

Deshérent ,

Te tords,

Me mords.

Serpent

Errant.

Diamant

Étincelant …

Allongé
Sur le flanc
Je regarde
Le ciel
De ta peau
D’opale.

LACIS …

(Photo Günter Rössler) 392316

 

 

Lacis de veines,

Et de ravines

Serrées,

Sur dentelles rouges,

De sang contenu,

Qui ne demande

Qu’à pulser,

Bouillonner ,

Donner à boire,

Ses bijoux,

D’or fin,

De peau diaphane,

De musc

Délicat,

De nougat

Sucré.

Poivré,

Aussi.

A s’étouffer …

 

 

 

A croire

Que le bonheur

Existe,

Qu’il est là,

Sous la main,

Qu’il palpite,

Comme un oiseau,

Aux plumes tièdes,

Inespéré.

Croquer,

A pleines dents,

Ses chairs

Goûteuses,

Son jus.

Verjus

D’amour.

Suave.

Goyaves

Mûres

Soleil,

Nié …

 

 

 

A percer

L’ombre

Touffue

Des lointains

Inatteignables.

A vivre

De pleines nuits

De plaisirs

Partagés.

A se gaver

Encore,

Encore,

Tant et plus,

De liqueurs

Précieuses,

De regards fous

Et de baisers

Charnus.

A se gorger

De viande

crue,

Lourdes,

A me ravir,

Fines,

A me désaltérer,

Me graisser,

Les babines,

Retroussées …

 

 

Soupirs,

Discrets,

Fleurs

Écrasées.

Souffles

Mêlés,

Embrasés,

Brûlants.

Secrets

Chuchotés,

Désirs

Cinglants,

Culs

Démontés,

Mains

Enlacées.

Verres brisés,

Souffle

Coupé.

Braises

Enflammées.

Opales

Fondantes …

 

 

 

Nuits

Interminables,

Peaux

Abrasées,

Cuisses

Râpées

A force

D’être frottées.

Coeurs

Exsangues,

Voix

Blanches

Des crèmes

Accueillies.

Corps

Épuisés,

Touffes

Écrasées

Sous le boutoir.

La Loire coule,

Maboule,

Sur les

Draps blancs.

Membres

brisés,

Mains enlacées

Regards

Hagards …

 

 

 

 

Échines

Ployées,

A se damner.

Mon velours.

Amour.

 

ACHILLE ENTRE L’ARBRE ET LE POULPE …

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 Insulaire Anonyme. Dessin de nuit.

ACHILLE pétochait dur …

Assis sur le banc fatigué, à l’entrée du pavillon, il attendait qu’on l’appelle. Mais qu’allait-il pouvoir dire à cette femme, cette Landonne au nom de grande syrah qui l’avait une seule fois enchanté, ravi, livré, pieds poings et papilles liés, à ses pieds. Dans sa tête en feu, le souvenir de ce vin de pure grâce le soutenait. Ses jambes battaient spasmodiquement le sol sous ses pieds, il luttait pour ne pas s’enfuir, courir dans les allées, à chercher Oscar son ami de fourrure. Comme un dératé, avaler les sentes herbues entre les arbres si souvent frôlés, accélérer sans cesse, à remplir ses poumons de l’air coupant de ce matin gris. Achille avait peur, et cette peur stridulante et glaciale congelait la bête aux mille pattes, qui distillait dans ses veines durcies cette angoisse qui lentement le tuait. Il l’avait découvert récemment, la peur est plus forte que l’angoisse, comme un yatagan à la lame sifflante, elle découpait, annihilait tout ce qui tentait de s’opposer à elle. Les pattes griffues de cette salope d’araignée, coupées nettes, giclaient leur sang noir, ses yeux crevés par la pointe du kriss dégorgeaient leurs humeurs glauques, et ses mandibules aux crocs mortels explosaient sous les coups. Achille respirait à petits coups douloureux, tête baissée et poings serrés.

Au travers du brouillard sanglant qui l’avait envahi, il entendit à peine la voix calme qui lui disait « Monsieur Achille » ? Il suçait encore une des pattes velues de la salope, et son jus de carogne pourrie lui faisait bouche de carton, quand il se leva, tête toujours baissée. A quelques pas de lui, deux chaussures noires, vernies, à talons compensés, attendaient patiemment qu’il veuille bien redresser la tête. Il prit son temps. Sans un mot de plus, les chaussures firent demi tour, il les suivit. Elles s’installèrent dans un petit bureau, bien propres, luisantes, esquissèrent une danse rapide quand Landonne croisa les jambes. Achille gardait les yeux fixés sur les boucles de métal luisant qui les ornaient. L’image d’un courtisan replet, habillé des mêmes boucles, posé le cul pointu sur un siège de velours dans l’antichambre de Louis XIV, lui traversa l’esprit. Son rire intérieur, pour autant, ne sécha pas le filet de sueur chaude qui glissait entre ses fesses durcies par la crainte. Lentement il releva la tête. Le visage de la femme, dodu, souriait sans se forcer. Elle avait de petits yeux ronds, vifs, dont la lumière chaude était un brin espiègle. Des sourcils noirs, une chevelure taillée courte, épaisse et raide, un nez sans défauts, deux lèvres pâles et fines qui lui faisaient une bouche plutôt large, sur un cou gracile posé sur des épaules solides. Elle lui fit penser à un kit de pièces mal ajustées. Achille bredouilla un « Bonjour madame syrah » qui se voulait fin, ne l’était pas et qui tomba comme une crêpe molle dans l’eau d’un bassin. Madame Landonne ne parut pas surprise, sans pour autant comprendre. « Vous n’aimez pas le vin ? » poursuivit-il d’une voix plus aiguë qu’à l’habitude. « Pas plus que ça, je préfère le thé », s’entendit-il répondre.

Achille, à la verve d’ordinaire affûtée, resta sans voix. Un silence s’installa. Landonne ne souriait pas outre mesure, comme ces psys toujours heureuses qui affichent sur leurs lèvres un peu crispées, ce sourire de façade qui engage à se taire, plus qu’à se livrer. Du reste, dans ce bureau minuscule aux murs vides, cette femme dont le regard seul attirait l’œil, ressemblait plus à une passante, de celles que l’on ne remarque pas, assise sous un abri bus, qu’à une professionnelle des inconscients meurtris.

Elle fut la première à rompre le silence, lui signifiant par là qu’elle ne cherchait aucun pouvoir, pour lui proposer de partager avec lui une heure, deux fois par semaine. Achille dut faire un gros effort pour répondre, un « oui », net cette fois, qui sonna à son oreille comme son ancienne voix. Puis elle ajouta que ces temps lui appartiendraient, qu’il en ferait ce qu’il voudrait bien qu’ils deviennent, avec ou sans elle. Qu’il verrait bien. Achille ne joua pas au dingue, son visage ne se dissimula pas derrière le masque baveux du dépressif profond. Sa peur se diluait et l’araignée pourtant ne mouftait pas ! Landonne se leva, l’heure qu’il avait voulue blanche avait passé, elle lui tendit la main, d’un air aimable et naturel. Il la prit sans hésiter. Elle était chaude, de taille moyenne, ferme ce qu’il faut, sa peau était douce, ni moite, ni sèche. Il se retint pourtant de l’écraser entre sa tenaille, comme il aimait à le faire avec les volailles du pavillon. Leur étreinte fut mesurée mais agréable, et l’énergie paisible de cette peau contre la sienne finit de l’apaiser. Il la garda un peu plus longtemps que nécessaire et ferma les yeux. Landonne le laissa faire un instant, puis après une si légère pression des doigts qu’il la sentit à peine, elle se dégagea naturellement. Elle sortit, laissant Achille. Qui se crut, étrangement, abandonné.

 Étendu sur sa couche étroite comme un gisant sur son marbre froid, Achille se demandait ce qu’il ferait, ce qu’il pourrait bien trouver à dire au prochain entretien. Mais qu’avait-il fait à vouloir ainsi « travailler » avec une thérapeute ? Il ne s’imaginait pas face à elle, alors qu’il se persuadait de n’avoir rien à lui dire. Il avait beau fermer les yeux et laisser venir les images, qui croyait-il l’éclaireraient, sous ses paupières closes ce n’était que nuit grise, silence et vacuité. Sous sa fenêtre, quelques mésanges charbonnières zinzinulaient, et leurs chants de croches aiguës griffaient seuls le silence de la chambre. Achille les écoutaient, elles le raccrochaient au présent. Il bascula sur le côté, ramena ses genoux contre son torse, et s’endormit.

Dans le froid d’une nuit d’hiver, un nourrisson aux grands yeux écarquillés serre entre ses mains potelées une couverture bleue qu’il suce par saccades. Proche de lui, dans un lit gigantesque, un homme et une femme gémissent et bougent en rythme. L’enfantelet est terrifié par les bruits, incongrus pour lui, qu’il vit comme un combat. Pourtant il ne pleure pas. En silence il appelle sa mère qui ne vient pas. Au creux de son ventre affolé, un vide, comme une absence définitive, se creuse. Au petit matin blême, sa mère se penche sur lui et l’emporte entre ses bras. Déjà il redoute l’instant où elle le reposera entre les barreaux blancs du lit qu’il a abondamment mouillé. Achille se réveilla en sursaut, le soleil avait baissé et sa lumière orangée jouait avec la poussière qui flottait dans la pièce. Il se releva d’un coup de rein, s’assit sur le bord du lit humide de sa sueur, son ventre était bouillant et son dos trempé d’une moiteur poisseuse et glacée. Dehors, les mésanges à joues blanches s’étaient tues. Sous ses paupières lasses, la vision de l’enfant en terreur persistait. Dans l’intervalle des mondes, sur le ciel rouge, l’arbre-poulpe pulsait …

Madame Landonne revint le surlendemain, toute en noir sur son corps massif. Dans le bureau Achille lui fit face, prit la main qu’elle lui tendait, petite, douce et franche. Il tremblait un peu, ne sachant que dire. Elle souriait à peine, mais ses yeux, au regard direct et sans affectation, attendaient, paisibles, qu’il veuille bien. Mieux, qu’il puisse. D’une voix sourde, les yeux baissés, plus que nu, il lui raconta son rêve. Elle se taisait, ne l’abreuvait de ces « hummm » de psy, d’invites à poursuivre, non, ne souriait pas non plus de cette grimace forcée que les pros mécaniques affichent. Il la sentait attentive, calme et réellement présente, ouverte, d’une neutralité bienveillante. Cette femme lui plut. Il sut qu’il ne jouerait pas avec elle. Qu’il partait pour un long voyage chaotique.

 Dans sa mémoire à vif, SOPHIE souriait …

Dans l’ombre épaisse de cette nuit sans lune, la lumière drue de sa lampe de fortune, comme un diamant jaune, rutile. Achille le momifié, adossé à son fauteuil de bois dévernis, émerge ; une douleur sourde, comme un papier de verre qui lui gratterait les chairs, tarde à s’estomper. Sous l’exact cône d’ambre clair opalescent, le cristal à long pied abrite au creux de ses hanches rondes la demi sphère d’un vin de rubis, clair, lumineux, dont le cœur immobile concentre l’or foncé de la calbombe. La nuit, le cœur des vins s’illumine. Plus Achille pénètre sous la robe fluide, plus il revient des limbes. Non ce n’est pas une Landonne de belle année, c’eût été trop. Non, ce soir il aspire aux parfums subtils de la Bourgogne, alors il se penche sur le cercle étroit du verre. Une rose délicate exhale son parfum gracile jusqu’au profond de son appendice en prière, le charme, et le délivre des sortilèges anciens. Généreuse, elle s’efface un instant devant les fruits rouges, mûrs, juteux, encore mouillés de la rosée de l’été naissant. Dans le lointain, le regard de l’enfant apeuré s’adoucit quand le parfum sucré de la cerise tendre, des épices douces et du cuir gras, lui chatouillent le nez. Puis le jus clair passe le buvant de cristal et coule dans sa bouche, frais et délicieux. Lentement il se resserre, enfle, et roule sur sa langue incurvée, glisse et envahit son palais. Derrière la finesse monte la puissance, la chair de la fleur et des fruits, une chair pulpeuse, riche et goûteuse. Les épices douces émergent et donnent au vin, un relief, une consistance supplémentaires. Achille trémule, et sa peau, sous la caresse du jus, un instant tressaille. Et pourtant quelle délicatesse en bouche, comme la soie mouvante, la peau d’un amour, qui tempère la force de cette vieille vigne. Oui ce Clos de la Roche 2006 du Domaine Castagnier est digne de son rang. Quand enfin, à regret, il bascule derrière la luette, il laisse derrière lui, comme le sourire tremblé de Sophie, si longuement qu’il la croit encore présente, les mailles réglissées et finement grillées de ses tannins soyeux aussi.

 Sur la roche crissante

De son souvenir

 Aux yeux clos,

 Dans le verre vide,

La rose de Sophie,

Lentement, a refleuri 

Quelques instants …

EMENOTIVRACCONE.