Littinéraires viniques

LE SOLEIL S’EST LEVÉ A L’OUEST …

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La De fait l’ange.

Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Il est porté par quelque chose qui le dépasse,

Elle est la chose de la chose magnifique,

Cette chose est belle qui les pousse au-dessus d’eux.

Elle les porte aux nues plus haut que leurs étoiles,

Et rien n’y peut, ni eux, ni la pluie, ni le vent

Pas plus que les anges, les diables ou les gueux.

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La belle au bois, aux pierres, aux chênes si verts,

Mais où sont les dieux qui nous font tant souffrir ?

Allah, Ganesh, Buddah, Zoroastre et vous autres,

Vous qui ne rimez pas nos vies mais qui les détruisez,

Vos noms qu’ils brandissent pour mieux assassiner,

Les fleurs des champs coupées au ras des belles idées.

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Faudra t-il que le soleil se lève à l’est et se couche à l’ouest ?

Au cœur des mausolées, sur les temples d’Angkor,

Par-delà les trous noirs, au fin fond des enfers,

Quand le ciel verdira, quand Memphis renaîtra,

Ta main sera toujours là, posée sur mon bras.

LA FAILLE DU TRENTE DEUX DÉCEMBRE …

Odilon Redon. Le coquillage.

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Elle vit le jour, de nuit, un trente deux Décembre…

Entre deux mois et deux années, donc. Dans le creux des mondes, de l’espace et du temps. Sans âge elle était, tous les âges elle avait. Consensuelle et inadaptée. Frigide et torride, froide mais volcanique. Toute chose et son presque contraire. On l’appela Maryam, comme la mère d’Îsâ. Elle naquit brune comme olive du Néguev, vive comme un cristal taillé, dure comme la pointe d’un kriss, tendre comme un secret murmuré, piquetée de petites graines de chocolat au lait, comme un cœur griffé. D’une beauté à la frontière des codes, selon que la lumière voulait, elle paraissait ange ou sorcière. Intense ou fuyante, vibrante ou glaciale, entière et dissociée. Condamnée, par son entièreté et ses balancements, à la solitude altière des hautes cimes battues par les vents sidérants. Elle s’accrocha à l’enfance comme l’arapède à son rocher, ne voulant pas quitter l’abri paisible des rives maternelles. Mais la vie, plus forte que ses désirs d’innocence à jamais, en fit la liane épanouie que les hommes regardent. Sabra furieuse, elle les déchiqueta, les piétina, les mordit au cœur sans jamais pouvoir s’en débarrasser, obstinés qu’ils étaient à vouloir l’aimer. Plus d’un y laissèrent leurs armures, leurs rutilances, leurs opiniâtretés…. Dans ses veines coulait le sang de l’exception et des rivages d’outre méditerranée, mêlés, qui faisait d’elle une amante brûlante sous ses griffes aciculaires…

Elle portait à la hanche, dans l’ombre de sa taille, le signe maudit de sa naissance étrange, une étoile minuscule, pentagramme délicat, bleu, battant comme un sang de veine à la gorge d’une mésange mourante. Une étoile filante, à la queue historiée, qui courait sur la courbe joufflue de sa fesse ronde, à la façon d’une traînée ardente. Solitaire elle serait, hautaine, riche du désespoir des âmes intransigeantes, et des élans étranges de celles que l’on ne peut comprendre. Elle s’en repaissait à la nausée, ruminant à jamais les bromes acides de son étrangeté, et survolait sa vie, voletant rarement, préférant planer, au hasard des rencontres, dans les contre-allées, au pied du mur de ses impasses cultivées.

Le sang de la vigne, l’eau divine qui ruine les êtres boursouflés de peu, la prit un soir étrange, une nuit de langueur, de mélancolie profonde, accablée qu’elle était par les douleurs de sa vie, par les bouillonnements indicibles de ses contradictions urticantes. Les jus subtils des vignes nobles, l’apaisèrent, lui entrouvrant les portes d’une rédemption possible. Ils lui apprirent sa différence, lui enseignant les leurs, lui murmurant au palais les délices probables, les finesses infinies des terres de bon, les forces telluriques et les énergies invisibles des astres. Comme elle, ces vins de belle compagnie étaient doublement nés, agis, nourris, et ne devenaient « un », qu’aux palais bénis des êtres modestes de haut lignage, cachés sous les guenilles ordinaires des humains de ces temps … Intuitivement elle comprit qu’elle tenait là boisson à sa mesure. Les élixirs d’entre deux, liens liquides entre ciel et terre, comme elle, pures émanations de l’union des mondes, ennoblirent sa vie.

Un soir de maraude, en des lieux qui ne sont qu’évanescences, toiles improbables et sans reliefs, elle croisa une vieille âme rompue de vies anciennes, au cœur et au cuir couturés, boucanés par les sels des tempêtes violentes et des amours déçues. La nuit était profonde, seuls les écrans aux yeux livides et morts trouaient le silence térébrant de leurs lueurs glauques et clignotantes. Absalon perçut à l’immédiat le frôlement de leurs âmes, communiant dans la reconnaissance de leurs souvenirs communs. Au même instant, il sut que rien n’était possible, tant ils se ressemblaient, comme issus d’un même aimant dont les deux pôles se repoussent. Maryam se déchaîna très vite, s’acharnant, allumelles brandies, à le déchirer, le crucifier tant et plus, jouant de tout, arguant de rien, esquivant, repoussant, revenant … Il lui fallait tuer ce double qui savait tout d’elle, sans jamais l’avoir vue. Elle distilla ses plus subtils poisons, darda ses flèches les plus acérées, à chaque volée décochée, elle en recevait qui lui revenaient en miroir. Elle trouva refuge, au bout de ses attaques, dans un silence hautain, qu’elle rompait de loin en loin, ne sachant finir, car elle était elle même sans fin. Elle voulait à tout prix rester la seule, et supprimer l’unique atma capable de la percer ainsi. Son besson. Mais chaque coup qu’elle lui portait l’affaiblissait elle même ! C’était un jeu étrange et dérisoire que ces deux êtres semblables, si subtils, que leurs joutes grossières, les rendaient pitoyables.

Du bout du troisième œil, Absalon la visitait. Elle sentait sa chaleur sous sa peau, et les picotement tendres de ses baisers inévitables. Elle avait beau se secouer, comme chienne sous morsures de puces, elle n’en pouvait mais. Ses secrets il perçait, comme un goujat goulu que la faim dévore, à l’intime il s’abreuvait, sous sa douche il était l’eau qui la régénérait, après qu’elle ait abusé de plaisirs vains, qui la laissaient plus morose que pantelante. Elle payait le prix de son orgueil. Sa rage ne le décourageait point, sa lame aigüe n’entamait pas l’inclination qui le portait vers elle. Que pouvait-il perdre, lui qui n’avait rien à gagner, que la reconnaissance de l’avoir débusquée, cette entêtée, à l’autre bout des fibres … qui le niait ?

Une nuit qu’il voguait au soleil aveuglant d’entre les mondes, hors du corps qui l’abritait de jour, insensible aux aléas, en vacance des contingences de l’incarnation, les anges lui firent don d’un tapis, plus léger encore que duvet de colibri, de cachemire et de soie sauvage, tissé par leurs doigts de lumière. De la couleur des vins qu’il aimait tant. Le vent des douceurs l’emporta vers Maryam, qui le crossa de ses poings mauvais, pour en faire une loque à essuyer les boues qui tachaient ses chausses. Elle ne manquait pas d’y cracher chaque jour son mépris, et les plus infâmes glaires de ses humeurs méphitiques…

Un soir, une nuit qu’il n’en pouvait plus d’entendre son autre l’humilier, Absalon, au bout de sa constance, plia genoux. Il comprit enfin que les cieux ne voulaient pas. Qu’il lui fallait accepter, se convaincre qu’elle ne l’aimât point …

Il suait à grosses gouttes à son réveil …

De son cauchemar, il émergeait,

Livide, exténué.

Oeil hagard,

Et bouche buvard …

Ne lui restait en mémoire que l’image tremblante d’un coquillage fragile, de nacre douce et de chairs roses enfouies, qui battait comme fièvre quarte, à ses tempes douloureuses. Il lui fallait bannir ce moment, il fallait que se dissolvent dans les lumières électriques du réel nocturne, ces moments de stupeur qui le laissaient exsangue, meurtri, tremblotant et muet.

Sur le cuir, vieilli par les nuits de veille, de son vieux bureau, son lit d’infortune, compagnon de ses égarements crépusculaires, luisait l’incarnat sombre d’un l’élixir odorant, qu’il ne se souvenait plus d’avoir versé dans ce hanap de cristal éblouissant, qui appelait sa main. Le liquide, crème de délices, palpitait et portait à l’entour, les fragrances odorantes des pivoines épanouies. Le vin était profond, comme lac de montagne rougi par un soleil expirant. Au centre du vortex, que son poignet creusait en agitant le verre, il vit le trou noir funeste qui l’avait aspiré au cœur des impossibles. Au bord du disque mouvant, le cercle violet d’un espoir l’apaisa. Le temps ferait son œuvre, comme il le fait aux jus sombres des vieilles vignes. Absalon ferma les paupières sur le bleu veiné de rouge de ses yeux fatigués.

Et se mit à voler parmi les champs de mûres, les bosquets de framboises, le cœur des fraises, les buissons de cassis, et les fragrances grasses des meilleurs cuirs. Les épices aussi. Le sang fruité du raisin mûr déplissa le carton pâteux de sa bouche, à la première onde qu’il accueillit entre ses lèvres sèches, inondant ses papilles de sa douceur fraîche. L’équilibre parfait du breuvage le remit d’aplomb, il se laissa emporter par la vie qui revenait. Les lambrusques bruissaient au zéphyr de Bourgogne, en cet automne 1998, alors que l’intuition l’envahissait, et qu’il riait à l’humour du sort qui n’en manque jamais. Il avala le baiser des « Amoureuses », comme il avait poussé son premier cri, naguère ! Sur les vignes de Chambolle, il planait, comme le Grand Duc, son autre, au cœur des ténèbres. Par ciel interposé, il remercia Robert Groffier qu’il ne connaissait pas, pour ce vin de paradis, plus soyeux qu’ailes d’Anges, qui bruissait dans sa chair, exaltant jusqu’à la dernière de ses cellules, chantant en chœur, avec son âme retrouvée, et l’humilité des hommes qui enfantent ces vins de résurrection …

A l’autre bout du lien, Maryam frissonna…

Avec le temps, va, rien ne s’en va…

EMOTIMORTECONE.

RÂBLE AU DIVAN.

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D’après Jacques Prévert. « Sables mouvants ».

Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Tétons et corbeilles,

Blancs et veinés,

Au foin, le doigt, le pair, s’est envolé,

Elle boit,

Bonne madrague, tendrement balayée par le blanc

Dent d’érable à demi, tu as bu en bavant

Tétons et corbeilles

Blancs et veinés,

Au foin, le doigt, le pair, s’est envolé,

Lait blanc du vieux mousquetaire,

Dix huit bagues sont trempées

Tétons et corbeilles,

Blancs et veinés,

Dix huit bagues pour la mariée.

LES PETITS POIS QUI ROULENT …

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La De à la cuisine.

Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Il était une petite fois,

Une brassée de petits pois,

Gonflés, juteux, ah misère !

Aux regards verts plein de lumière,

Qui roulaient, rieurs, sous les doigts,

Comme des vers de terre joueurs, se tordaient,

Sautaient, tous fous de vous ma Lou, dans la cocotte,

Et ça tourne, ça soupire, ça crie, même tournicote.

C’est comme le bal flonflon au boudoir de Jacotte,

Ses doigts, à fourrager gras, sentent l’échalote,

La poiscaille, l’alcalin et le bout du vert chou.

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Il était, aussi vrai, oncques une fois,

Une botte de futées, bien tendres carottes,

Qui pleuraient, blessées, contrites, sous le couteau,

Chairs sucrées, mais que c’est bon ! Lavées sous l’eau,

Bulles, chatouilles! Ont souri, meurtries, aux petits rois

Verts, merci à eux ! Qui chantaient par là,

Carottes fessues, bourrues, fières boute-joies,

Petites rondes, fécondes, au fond de la marmite,

Où ça sent très bon l’oignon qui sue, et la bite.

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C’est ainsi que, bis repetita,

A la petite cuisine fumante, ma foi,

Jolies longues carottes et petits dodus pois,

Attendent, saisis, blottis, sans se presser,

Une belle averse, vivement citronnée,

Qui les fouettera, frissonnants, guillerets.

Dans la marmite étroite, ils se sont embrassés,

Beurrés, fondants, des heures durant.

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La madame, regard perdu, elle n’a rien vu,

Elle touille, farfouille, du bout de son doigt nu,

La tambouille fumante, presque dorée,

Goûte, gourmande, à la sauce, ensorcelée

Sans jamais, bien trop pure, même se douter,

Que dans petite bouche avide elle a versé,

Jus de carotte cuite, turgide, toute trempée,

Les petits jolis pois verts, eux, sont bien fripés.

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A trop cuire, et recuire grand feu, ils ont craqué …

 

A CORPS ET À CRU …

J.C Prêtre. Ce que Suzanne voit en son miroir.

L’hiver pointe déjà par instant le bout de ses aiguilles, sidérantes comme les crocs effilés de la goule qui rôde par delà les espaces humains. Insensiblement, il glace les énergies et fait exploser en mille fragments acérés les cœurs prudents.

Dans sa bulle, Théodule hulule comme un rapace blessé.

C’est alors que…

Plus brutalement qu’une mort subite…

Le voici – à sa surprise générale, lui qui n’en croit mais – plongé au puits profond de sa Mongolie Intérieure … !

Le vieux Chaman (« Comme un Papillon ») est revenu, à l’insu de son plein gré. Au gré de son gré à lui. Il a surgit du fin fond de ses âges reptiliens, empilés comme flacons poussiéreux au noir d’une crypte barbare. Sur l’aile ronde de son capteur de rêves, emporté il l’a, dissolvant d’un battement de plume au zéphyr, ses lourdes réalités ordinaires. Ce n’est pas qu’il lui parle, non, rien de surnaturel! Ni voix d’outre temps des tombes, ni Jeanne à Orléans, ni manifestations en quadriphonie. Simplement, il est là, aux commandes, et descendent dans sa conscience bornée, sensations, idées, désirs, nécessités, qu’il lui serait impossible de combattre, tant elles sont sa chair et sa pensée, par le sorcier des âmes, magnifiées.

Le vent souffle, doux et continu en ce printemps frais, sur les larges steppes herbeuses de l’Asie Centrale. Vertes et jaunes comme un infini bout d’infini. Derrière les yeux dorés d’un aigle blanc, Bashung en balade éternelle au long des contre allées électriques et vibrantes, le croise, hiératique et diaphane. Malraux le toise, regard perçant, en chuintant sous son bec crochu de Grand Duc, rémiges dorées et crête ardente. Dans la longue courbe ascendante d’une ellipse sans fin qui le met hors d’air, Maat, Ibis blanc hiératique, lui perce l’œil vivement d’un de ses plus fins duvets… Dans le corps chaud du Cirrus Pygargus au sein duquel il s’est fondu, la tectrice de Maat, flèche de feu des sagesse coruscantes, transmute jusqu’au plus profond de son être épais. Il traverse œuvre au noir, au rouge, au blanc à l’accéléré, se rétracte et s’épand dans une danse enfiévrée, tournoyant et montant vers les espaces infinis de la création des mondes. Bientôt il se fond dans l’origine et meurt à son ego.

Ma plume de plumitif besogneux n’est plus que le blanc de la page, l’inter espace, l’inexistence oeuvrante, le courant subtil qui relie les possibles, un temps qui dure une seconde inexhaustible, comme la fin d’un commencement et son contraire. A la roulette des expériences, j’explose en mille gouttelettes de vies, en milliards d’atomes de possibles …

Blanc aveuglant, noir sidéral …

Le soleil néguentropique de cette fin d’automne s’efforce de briller de son mieux. La ville est calme comme un dimanche, l’air immobile est doux. Absent au monde, vortex tourbillonnant de vibrations subtiles, le vieux chaman le guide qui psalmodie de sombres incantations. Il « biloque » à souhait, sa volonté et ses désirs abolissent le temps. Dans un square de quartier, un enfant rieur aux boucles sauvages qu’il observe, attentif, hurle sur un chien, tandis qu’au cœur d’un parc ombragé, à l’autre bout de la ville, il suit avec intérêt une fille en leggings et tee-shirt moulants, qui peine à suivre un grand échalas monté sur pattes de héron. Les fesses rondes de la belle, comme de petites pastèques, tressautent sans trembler. Pas de ces amas gélatino-graisseux qui valsent en tous sens. Que nenni ! De jolis muscles dodus que l’effort tend et relâche à chaque foulée, sur des cuisses fines et longues à honorer un pantalon étroit. Ses mollets fins et dessinés, rebondissent en cadence sur ses chevilles souples et déliées. Il s’attache à son dos, comme le chien à son maître, et se régale de sa chevelure luisante qui ondule ses reflets autour d’elle. Bientôt il oublie l’enfant du square, et se laisse caresser par ses cheveux humides, qui sentent la garrigue odorante après l’orage. Il entre en elle et la devient. Furtif et trop diaphane pour qu’elle le perçoive, il se confond aux battements de son cœur, il devient le sang qui court dans ses veines, l’air qui frôle ses lèvres, la sueur qui lui chatouille l’aine, la chair de ses seins fermes que le plaisir de vivre réveille … La musique de sa respiration le berce, il est sa gelée, sa substance. Il la suit ou est en elle, à sa guise. La tentation de Dieu le guette, mais le chaman veille et le renvoie au paléo-mammalien. Alors, incompréhensible phénomène pour l’esprit humain trop grossier, dans la matière sub-gazeuse du tourbillon d’infimes particules qu’il est devenu, l’idée d’une érection chaste le traverse. Qui enfle doucement pour lui serrer les sens ! Le temps a passé qu’il ne connaît plus. La sylphe aérienne boit au goulot l’eau fraîche d’une bouteille, sous les graines de lumière qui percent la fenêtre entrouverte. La sueur, sur son long cou lisse, glisse en gouttes de diamants odorants. Son corps embaume l’essence de ses sens, exacerbés par l’effort. Elle soupire en lâchant le goulot de la bouteille dans un bruit de succion humide. Au coin de ses lèvres entrouvertes, le cristal d’une goutte flamboie, que le bout framboise de sa langue agile assèche vivement. Mort à la matière épaisse, atomes lâches devenu, Théodule n’est plus qu’onde invisible et hypersensible. La beauté l’émeut, tant la chair tendre le retient à sa vie. Dépouillé de sa défroque carnée, il est à fleur de sens, ébloui par la fragilité, la candeur attendrissante de cette gracieuse femmelette. Sa respiration, qu’il n’a plus, par habitude, il la retient. Illusion d’éternité.

Dans le creux de son oreille absente le chaman lui dit qu’il peut…

Alors il se dissout dans les murs, les bois et les parquets, se tricote dans les fils de ses cotons, se glisse dans le tain de ses miroirs, les cicatrices de ses blessures et les eaux de sa bouche.

L’eau ruisselle, embue la douche étroite. Dans la main de l’amante qui l’ignore, il est le jet qui rougit sa peau pâle piquée d’étoiles figées, de galaxies miniatures qui tournent dans son dos, au hasard de ses courbes, à l’ombre de ses creux. De ses cheveux en mèches brunes coulent des rivières tièdes qui serpentent sur sa peau, entre vals et collines, au plus court chemin vers la céramique blanche. De la goutte qui pend à sa lèvre, il voit briller les éclats de corail sur le bout de ses pieds ivoirins. Entre ses babines roses, il est l’onde tépide qui caresse sa langue, qui dévale la pente de son cou, glisse sur son sein, remonte son tétin que la chaleur cloque comme baie d’églantine, roule sur sa hanche de bombassin, s’enfonce entre les orbes charnus de ses fesses morfondues, s’étale sur la mousse spumeuse de sa toison courte, file sur la soie suave d’entre ses cuisses, pour se blottir enfin, comme ruisselet énamouré, entre les doigts écarts de ses pieds, crispés. A ce point d’évanescence il communie avec la beauté émouvante, sans que plus de désir ne le trouble. Il est un, hors temps, avec qui lui plaît.

Prescient, il se mêle au blanc du drap de bain moelleux qui roule sur la soie de sa mie, avant même qu’elle ne tende la main. Le coton la frôle et l’éponge. Elle s’étonne à peine de la chaleur délicieuse qui ondoie sous sa peau, et fait naître en son âme l’étrange langueur d’une mystérieuse absence ancienne. Surprise, elle se pique la lèvre d’un bref éclair de canine. Une minuscule goutte de sang jaillit de la chair fragile qui se referme aussitôt, pour éclabousser, à peine, sa hanche. Sous la tache carmine, mûrit à l’instant une éphélide fragile, qu’entoure aussitôt un petit pentagramme bleu, historié d’une courte queue filante … Comme un tattoo qu’elle croira sien et qu’elle s’inventera…

En ce début d’automne, l’heure nocturne, volée à la clepsydre divine, est finissante. Le monde, figé comme gélatine molle, reprend le cours des temps, aux cadrans grossiers des illusions humaines. Théodule défaille, fibrille et retourne à sa vie, quand le chaman l’entraîne à rebours. Les épaisseurs vulgaires le regagnent, il meurt à la mort pour retrouver sa vie de galeux incarné. A l’instant précis ou la deuxième heure devient trois, il s’ébroue pour lire sur l’écran blanc qui l’éblouit, l’histoire qu’il n’a pas écrite…

Sous le cône blafard de sa lampe de bureau, comme un calice de cristal, brille la robe cerise de ce vin au repos, qu’il ne souvient pas avoir versé aux flancs ovoïdes de ce verre splendide … qu’il n’a jamais vu. Le chaman lui dit à l’instant, au fossé de sa petite conscience étroite retrouvée, qu’il ne la verra jamais non plus, la belle de nuit, qui l’a marqué au fer funeste de cet étrange vague à l’âme qui le submerge… Il se met à tourner, virer, chercher, le flacon de ce vin qui lui donne le vertige. Mais ne le trouve point !

A l’aveugle ce sera donc !

Vraiment. Puisqu’il ne saura jamais quel est ce sang nocturne qui roule dans son verre, arrachant à la lampe la nitescence ambrée qui lui donne relief. Théodule rassemble ses esprits dispersés, et se penche au ras du buvant. Le disque rouge lui mange les yeux, comme un soleil couchant au bout de sa lumière, lui noyant la rétine de ses derniers rayons. Le jus distille en volutes ordonnées, fragrances de pivoine et caresses d’aubépine, griottes à l’eau de vie, cuir et noyau, cassis croquant, eucalyptus et épices douces, comme le nez d’un vin à l’équilibre entre deux de ses âges… Comme un élixir ancien encore lourd de jeunesse… Quelques langues orangées qui moirent la périphérie, mêlées aux reflets fuchsia d’une rose fanée, avouent… qu’il aime à se déployer, après quelques lustres au carcan de verre sombre de sa bouteille.

Théodule baise du bout des lèvres le bord du verre. Doucement, il relève le poignet. Un ru étroit lui bise la langue pour remplir sa langue creusée, puis jusqu’à effleurer son palais. Le vin, immobile, entre en conversation. Sa fraîcheur tout d’abord se donne, puis il bedonne et fait son dense de velours, pour enfin danser quand il le roule, donnant à palper ses muscles fruités, et sa chair conséquente. L’air inspiré lui donne volume et complexité tandis qu’apparaissent de fins tannins, polis par le temps, qui le relancent. Qui s’allongent intensément après qu’avalés, pour laisser au palais, réglisse, épices douces et pierres tièdes, plus longtemps que le plus langoureux des suçons …

Là-bas au loin, au fond, dans la mort de son sommeil, la belle fait la chatte, s’étire, soupire et se lèche les lèvres en souriant … comme un « Enfant Jésus » à Beaune, dans « La Vigne » de Bouchard … et du Père et … du Fils !

Et le chaman de souffler à Théodule, aux yeux clos… 1978 ?

EDUMOSAINTTIESPCORITNE.

ELLE ÉTAIT DÉNUDÉE …

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D’après V. Hugo : Elle était déchaussée.

Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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 Elle était dénudée, elle était allongée ;

Exquise, les seins drus, promise, la lige, le faon ;

Moi qui rodais là-bas, son rut me fit effet

Et dit mon vit : Veux-tu sentir l’odeur du gland ?

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Elle me déballa, ses yeux sentaient la crème

Qui coule à satiété quand nous la dégustons

Je poursuivis : Sens-tu c’est le mât de mitaine

Aime-tu être empalée même au fond du fion ?

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Elle se frotta gênée, superbe et pensive

Elle me jaugea pour éprouver mon doigt

Et l’aisselle comme l’âtre alors devinrent lascifs.

Oh ! Comme le bardeau pleurait au fond, sa loi !

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Baume, mots, recouvraient lentement son visage !

Je fis rugir le bois, dans ses beaux yeux ouverts,

Icelle cille charmeuse, effrayée et volage,

Ses aveux sont nerveux, et bruyants plus qu’hier.

LE DÉLIRE HÉROÏQUE.

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D’après A. Artaud, Le navire mystique.

Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Il se sera mordu, à jouir dichroïque

Aux chairs, où boiront bon mes lèvres distendues ;

Et ses outrances lasses se seront dissolues

Danses blafardes des fiels horribles, des héroïques.

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Un vers de soie, mais ronde sa trique énergique

Insolemment soumise au marbre de son cul

Et la lyre de son sein sacré sera tendue

La lampe près du phare aux fruits mosaïques.

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 Affolé par les deux, palabres solitaires.

Il se complaît au pieu, et enfin, à la paire

Il démarre sans cahots, heureux au fond du nid.

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Le bambou bien beurré songe dans le cratère.

Si ointe jusqu’au bas qui semble bien enduit

Par le gland métrique, dur, à la moelle lunaire.

CHIP AND CHEAP …

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La De a vu ça …

Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Les femmes en hystérie oestrogénique,

Hurlent et trépignent pour qu’on les nique,

Sainte Nitouche, Lolita, et grosse bique,

Se jettent, connasses voraces, sur les triques.

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Les vaches folles en farandole.

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Les cons dansants, l’oeil vague, le soir venant,

Se trémoussent et gloussent comme des flans,

Huilés, fardés, pommadés, les beaux poulets,

Super sapés, tringlés, jusques aux pieds.

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Les bœufs baveux font leurs gommeux

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Les sexes glabres, en poche le gode, tous à la mode,

Et ça pleure, et ça beurre, sous les commodes,

Ça house, ça rappe, balance, même ça tangode,

De Ibiza à Ankara, jusqu’aux Pagodes.

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L’âme moderne des calcifs.

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La zik à fond, les culs rasés tous ronds,

Ça sent le suint, la chienne et le melon,

Cyrano de Vezon, Roxane de Vierzon,

Les billets glissent, poisseux, dans les caleçons.

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La poésie du fonds des pieux.

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Les femmes à la folie, qui rient, en techno transe,

Les cums graissés, poutrés, comme des phalanges,

Ensemble s’agitent, mystiques étranges,

Pendant c’temps la, Marcel à la boulange.

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Femmes de peu, mâles de pneu …

GENGIS, ALVEAR ET CHOCOLAT…

Jean Michel Basquiat.

Sur un banc, fatigué d’avoir à supporter les dos grouillants des misères. Affalé mais pas trop, Gengis sommeille. Faut dire que le régime qu’il s’inflige est sévère. Mais il aime ces rêveries semi inconscientes, ces flottements, ces états lumineux clignotants, border line, entre béatitude et terreur à se chier dessus. Dans sa presque torpeur, déformé comme un mirage en plein désert urbain, au loin, tremble la silhouette de Mahmoud. Impassible, Gengis la gargouille sourit derrière la bouillasse fatiguée de son visage épais. Il oscille comme un pendule entre souvenirs et réalité… Les lames de bois usées du banc l’accaparent, l’hypnotisent, l’appellent, l’absorbent. C’est une faculté rare qu’il ne partage qu’avec lui-même, ces plongées intimes dans le cœur obscur des choses. La béatitude artificielle le rapproche – fraternité incertaine – du royaume des Saints extasiés qui contemplent la Vérité. Avec eux, il partage – ironie de Dieu – un peu seulement, du monde des pouvoirs simples. Voyage entre les atomes, les principes, au plus près de l’essence. Au ras du vert anglais écorché de l’antique peinture, il roule le long du pinceau parkinsonien et dégoulinant de Pollock. Puis Basquiat l’enlace entre les briques rouges de l’enfer…

Livry Gargan, ce nom résonne dans la forge de son âme. Ce nom fort lui a plu. Gargan surtout et ses «G» virils, après cette sucette de Livry féminin. L’ivresse de Livry l’a pris une nuit qu’il flottait entre deux rames du métro, cette flèche souterraine, lombric insatiable, avide, qui creuse sous le bitume mortifère et digère les chemins rédempteurs de ceux qui n’espèrent plus. L’air tiède et odorant des rames pulsantes l’enchante. Les miasmes, les crasses humides qui s’agrippent, toutes lourdes molécules prégnantes offertes, aux longs poils blancs qui débordent en touffes confuses de ses narines largement épatées, lui disent l’histoire douloureuse des épaves fatiguées, entassées dans les carcasses bréneuses des wagons agités qui lui secouent les reins. Dans ces moments de bonheur intense, Gengis exulte, communie, le cœur au bord croûteux de ses lèvres tuméfiées. Les chairs abimées de son faciès plusieurs fois recousu, masque figé, cicatrices blanches et bourrelets bruns épais, le protègent plus efficacement que tous les artifices des femmes packagées qui parfois s’égarent en frissonnant, raides accrochées aux barres d’acier inertes des clapiers ambulants.

La douceur de Li la minuscule lui manque plus que la beauté arc-en-ciel des fleurs frêles qui couraient le long des lianes perlantes et torturées de la forêt dense. Maman Li qui l’avait pondu debout, jambes écartées, yeux clos, souffrance aiguë, dans une ruelle sombre qui se perdait entre les taudis maudits de Saigon la martyre, avait emporté avec elle la raclure d’amour qu’il avait connu. Quelques os de moineau fragile, quelques couches de chair maigre, un triangle jaune percé de deux fentes vives, deux lèvres en parenthèse fines sur des chicots verts acérés… Maman Li souriait encore. Ad vitam… Dans sa tête. De son enfance vietnamienne, entre violence sidérante et napalm, il avait gardé le souvenir paisible de la baie d’Ha Long. La nuit, sous ses cartons humides, il revoyait à l’horizon les vagues rouges qui couchaient au loin la haute mer des palmiers. Leurs têtes surnageaient un instant, puis de l’épaisse fumée âcre qui roulait comme une soupe grasse, surgissaient des rasoirs de feu qui les embrasaient comme des toupets d’étoupes… Pour fuir ces terreurs acides, il avait embarqué au hasard d’un port, tremblant de quitter l’horreur pour trouver la férocité du monde…

Le jour recule. Gengis, monolithe de barbaque épaisse, ne bouge pas. Les passants pressés ne tournent plus la tête quand ils captent à la volée sa silhouette inquiétante. La vue de ce corps hors norme, noueux, emmailloté à la diable de couleurs vives, d’informes tissus superposés, ce corps qui mange à lui seul la moitié du banc, exacerbe leurs peurs latentes. Et ce visage dissymétrique qui semble avoir été recousu par une Mary Shelley en furie, noir, grêlé et luisant comme un magma refroidi. Comme une pierre de ponce brune et de jais mêlés au hasard d’une éruption. Posé droit sur la masse athlétique. Une tête de nègre caricaturée par un nazi. Le long du dos des ombres qui accélèrent, la peur griffe les reins. Gengis a compris depuis longtemps la leçon des lourdes sentinelles de calcaire noirci de la baie d’Ha Long. D’entre les planches étroites et patinées du banc, une lueur dorée agace soudain son œil fendu. Ce chas étroit, bridé, à la paupière courte est la seule indélébile marque physique que Li lui a laissé. Le reste de sa carcasse, ce matelas compact bourrelé de muscles surpuissants et de tendons saillants est la marque de son géniteur. La brute animale qui explosa l’étroit bassin cristallin de Li à grands coups de reins, comme un bison en rut, un soir de défonce à Gò Vấp, lui a légué son Alabama natal et ses mains à casser des cornes de taureau.

Sur le gazon râpé du square, Gengis ramasse, d’un geste étonnament vif et doux, un objet tout propre recouvert de papier doré froissé. Sous l’or, un carré noir luit sous la lune, propre, neuf, pur. Les forêts poisseuses, les insectes affamés, la fatigue, la chaleur moite du Venezuela, la faim surtout l’envahissent brutalement. Souvenir terrible des années de folie, quand il faisait son mercenaire fou pour une poignée de dollars et de la coke à gogo. Puis l’éclaircie soudaine dans le mur vert, l’entrée à Chuao, les fèves de criollos qui expiraient en craquant sous ses rangers tandis qu’il découpait, à grandes rafales de P K, femmes, enfants, vieillards et nouveaux nés. Un sale orgasme brûlant qui lui graissait le treillis. Et cette odeur ineffable de crème douce, de chocolat, d’épices, comme un mélodieux contrepoint à l’infâme… Dans le silence retrouvé, la forêt se taisait alors. Assis au milieu des fèves sèches, Gengis les faisait un moment chanter dans ses mains. Ces cliquetis clairs et purs l’apaisaient. Groggy, anesthésié par les endorphines, apaisé, affamé, il les croquait ensuite à pleines poignées. Ces souvenirs le traversent, le déchirent, et l’emportent au temps des morts anciennes entre deux souffles rauques.

D’un cabas crasseux qu’il ramasse sous le banc, Gengis sort une bouteille presque vide. Elle dépassait du goulot dans une poubelle croisée ce matin. Le flacon propre, sans doute bu la veille, est orné d’une étiquette flavescente sur laquelle il déchiffre ALVEAR PX XIMENEZ 1927. Sans réfléchir, il se mouille la bouche d’une courte lampée, histoire de faire fondre le carton qui l’empâte. La surprise est totale quand un vin huileux et frais le nettoie, et lui parfume durablement le palais. Rien à voir avec le reginglard acide, ami de l’estomac, qui lui massacre ordinairement l’œsophage. Comme s’il découvrait la douceur de la vie. Qui le rend délicat quand il enfourne, lèvres pincées et dents prudentes, le carré de chocolat «Pur Chuao». La rondeur sucrée du cacao l’envoie en volupté immédiate. Eclatent ensuite comme autant de fusées goûteuses, des parfums musqués, les jus mûrs des fruits rouges et de la passion, puis un cortège d’épices, badiane, café, cannelle, vanille, tabac, une ronde fleurie enfin, fleur d’oranger, hibiscus. Une larme minuscule roule entre les plis bosselés de sa joue quand une belle gorgée de vin perce la pâte tendre. Le chocolat se liquéfie en se mariant à l’élixir. Au feu d’artifice cacaoté s’unit la musique du PX. C’est un sirop de vin qui lui remplit plantureusement la bouche d’une sève onctueuse aux saveurs de pruneaux, de café, de caramel au sel, d’épices douces, de cannelle à nouveau et de sirop de cabane. Chocolat et vin s’unissent intimement, à ne plus pouvoir savoir reconnaître Montaigne de Du Bellay ! Une expérience de tendresse inédite pour Gengis qui sent disparaître son habituelle sauvagerie. Puis la finale s’étire à n’en plus pouvoir, tendre mais fraîche, et laisse au palais du barbare un voile très fin de liqueur de cassis, autour de laquelle roule en soie fine la vanille réglissée du chocolat…

Sous sa capuche sombre rabattue jusqu’au nez, Mahmoud, piteux Dark Vador de banlieue, l’observe. Dans ses doigts serrés au fond de sa poche, entre un kriss et une barre de beuh, il malaxe nerveusement un sachet de crack…

Gengis sourit en levant le poing vers l’ange noir qui l’épie.

ESUMOATIVECONE.

GUÊTRES A VERNIR.

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D’après « Poètes à venir » de W. Whitman.

Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Guêtres à vernir ! Glandeurs, ferrailleurs, patriciens en délires !

Je ne sais ce que fuis à brailler et déchirer la nuit,

Laids poux, cervelles à masturbation, dure nuisance sacerdotale,

Jus qui bande, sacré lulu, Osez tout ! Partout donnez à crever.

Coi, je ne crie pauvre charlot chétif pour saillir ;

Droit, je lance à tout vent et tout le temps, lourd passé à vomir derrière le chant funèbre.

Je ris des hommes qui chantant au fond des reins éberlués, enfournent leurs dards blafards, vers mous, et crient puis enfournent.

Vous tuant de loin à ruminer et si peu rire,

En enfilant tout mou le général.