Littinéraires viniques

ACHILLE ENTRE L’ARBRE ET LE POULPE …

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 Insulaire Anonyme. Dessin de nuit.

ACHILLE pétochait dur …

Assis sur le banc fatigué, à l’entrée du pavillon, il attendait qu’on l’appelle. Mais qu’allait-il pouvoir dire à cette femme, cette Landonne au nom de grande syrah qui l’avait une seule fois enchanté, ravi, livré, pieds poings et papilles liés, à ses pieds. Dans sa tête en feu, le souvenir de ce vin de pure grâce le soutenait. Ses jambes battaient spasmodiquement le sol sous ses pieds, il luttait pour ne pas s’enfuir, courir dans les allées, à chercher Oscar son ami de fourrure. Comme un dératé, avaler les sentes herbues entre les arbres si souvent frôlés, accélérer sans cesse, à remplir ses poumons de l’air coupant de ce matin gris. Achille avait peur, et cette peur stridulante et glaciale congelait la bête aux mille pattes, qui distillait dans ses veines durcies cette angoisse qui lentement le tuait. Il l’avait découvert récemment, la peur est plus forte que l’angoisse, comme un yatagan à la lame sifflante, elle découpait, annihilait tout ce qui tentait de s’opposer à elle. Les pattes griffues de cette salope d’araignée, coupées nettes, giclaient leur sang noir, ses yeux crevés par la pointe du kriss dégorgeaient leurs humeurs glauques, et ses mandibules aux crocs mortels explosaient sous les coups. Achille respirait à petits coups douloureux, tête baissée et poings serrés.

Au travers du brouillard sanglant qui l’avait envahi, il entendit à peine la voix calme qui lui disait « Monsieur Achille » ? Il suçait encore une des pattes velues de la salope, et son jus de carogne pourrie lui faisait bouche de carton, quand il se leva, tête toujours baissée. A quelques pas de lui, deux chaussures noires, vernies, à talons compensés, attendaient patiemment qu’il veuille bien redresser la tête. Il prit son temps. Sans un mot de plus, les chaussures firent demi tour, il les suivit. Elles s’installèrent dans un petit bureau, bien propres, luisantes, esquissèrent une danse rapide quand Landonne croisa les jambes. Achille gardait les yeux fixés sur les boucles de métal luisant qui les ornaient. L’image d’un courtisan replet, habillé des mêmes boucles, posé le cul pointu sur un siège de velours dans l’antichambre de Louis XIV, lui traversa l’esprit. Son rire intérieur, pour autant, ne sécha pas le filet de sueur chaude qui glissait entre ses fesses durcies par la crainte. Lentement il releva la tête. Le visage de la femme, dodu, souriait sans se forcer. Elle avait de petits yeux ronds, vifs, dont la lumière chaude était un brin espiègle. Des sourcils noirs, une chevelure taillée courte, épaisse et raide, un nez sans défauts, deux lèvres pâles et fines qui lui faisaient une bouche plutôt large, sur un cou gracile posé sur des épaules solides. Elle lui fit penser à un kit de pièces mal ajustées. Achille bredouilla un « Bonjour madame syrah » qui se voulait fin, ne l’était pas et qui tomba comme une crêpe molle dans l’eau d’un bassin. Madame Landonne ne parut pas surprise, sans pour autant comprendre. « Vous n’aimez pas le vin ? » poursuivit-il d’une voix plus aiguë qu’à l’habitude. « Pas plus que ça, je préfère le thé », s’entendit-il répondre.

Achille, à la verve d’ordinaire affûtée, resta sans voix. Un silence s’installa. Landonne ne souriait pas outre mesure, comme ces psys toujours heureuses qui affichent sur leurs lèvres un peu crispées, ce sourire de façade qui engage à se taire, plus qu’à se livrer. Du reste, dans ce bureau minuscule aux murs vides, cette femme dont le regard seul attirait l’œil, ressemblait plus à une passante, de celles que l’on ne remarque pas, assise sous un abri bus, qu’à une professionnelle des inconscients meurtris.

Elle fut la première à rompre le silence, lui signifiant par là qu’elle ne cherchait aucun pouvoir, pour lui proposer de partager avec lui une heure, deux fois par semaine. Achille dut faire un gros effort pour répondre, un « oui », net cette fois, qui sonna à son oreille comme son ancienne voix. Puis elle ajouta que ces temps lui appartiendraient, qu’il en ferait ce qu’il voudrait bien qu’ils deviennent, avec ou sans elle. Qu’il verrait bien. Achille ne joua pas au dingue, son visage ne se dissimula pas derrière le masque baveux du dépressif profond. Sa peur se diluait et l’araignée pourtant ne mouftait pas ! Landonne se leva, l’heure qu’il avait voulue blanche avait passé, elle lui tendit la main, d’un air aimable et naturel. Il la prit sans hésiter. Elle était chaude, de taille moyenne, ferme ce qu’il faut, sa peau était douce, ni moite, ni sèche. Il se retint pourtant de l’écraser entre sa tenaille, comme il aimait à le faire avec les volailles du pavillon. Leur étreinte fut mesurée mais agréable, et l’énergie paisible de cette peau contre la sienne finit de l’apaiser. Il la garda un peu plus longtemps que nécessaire et ferma les yeux. Landonne le laissa faire un instant, puis après une si légère pression des doigts qu’il la sentit à peine, elle se dégagea naturellement. Elle sortit, laissant Achille. Qui se crut, étrangement, abandonné.

 Étendu sur sa couche étroite comme un gisant sur son marbre froid, Achille se demandait ce qu’il ferait, ce qu’il pourrait bien trouver à dire au prochain entretien. Mais qu’avait-il fait à vouloir ainsi « travailler » avec une thérapeute ? Il ne s’imaginait pas face à elle, alors qu’il se persuadait de n’avoir rien à lui dire. Il avait beau fermer les yeux et laisser venir les images, qui croyait-il l’éclaireraient, sous ses paupières closes ce n’était que nuit grise, silence et vacuité. Sous sa fenêtre, quelques mésanges charbonnières zinzinulaient, et leurs chants de croches aiguës griffaient seuls le silence de la chambre. Achille les écoutaient, elles le raccrochaient au présent. Il bascula sur le côté, ramena ses genoux contre son torse, et s’endormit.

Dans le froid d’une nuit d’hiver, un nourrisson aux grands yeux écarquillés serre entre ses mains potelées une couverture bleue qu’il suce par saccades. Proche de lui, dans un lit gigantesque, un homme et une femme gémissent et bougent en rythme. L’enfantelet est terrifié par les bruits, incongrus pour lui, qu’il vit comme un combat. Pourtant il ne pleure pas. En silence il appelle sa mère qui ne vient pas. Au creux de son ventre affolé, un vide, comme une absence définitive, se creuse. Au petit matin blême, sa mère se penche sur lui et l’emporte entre ses bras. Déjà il redoute l’instant où elle le reposera entre les barreaux blancs du lit qu’il a abondamment mouillé. Achille se réveilla en sursaut, le soleil avait baissé et sa lumière orangée jouait avec la poussière qui flottait dans la pièce. Il se releva d’un coup de rein, s’assit sur le bord du lit humide de sa sueur, son ventre était bouillant et son dos trempé d’une moiteur poisseuse et glacée. Dehors, les mésanges à joues blanches s’étaient tues. Sous ses paupières lasses, la vision de l’enfant en terreur persistait. Dans l’intervalle des mondes, sur le ciel rouge, l’arbre-poulpe pulsait …

Madame Landonne revint le surlendemain, toute en noir sur son corps massif. Dans le bureau Achille lui fit face, prit la main qu’elle lui tendait, petite, douce et franche. Il tremblait un peu, ne sachant que dire. Elle souriait à peine, mais ses yeux, au regard direct et sans affectation, attendaient, paisibles, qu’il veuille bien. Mieux, qu’il puisse. D’une voix sourde, les yeux baissés, plus que nu, il lui raconta son rêve. Elle se taisait, ne l’abreuvait de ces « hummm » de psy, d’invites à poursuivre, non, ne souriait pas non plus de cette grimace forcée que les pros mécaniques affichent. Il la sentait attentive, calme et réellement présente, ouverte, d’une neutralité bienveillante. Cette femme lui plut. Il sut qu’il ne jouerait pas avec elle. Qu’il partait pour un long voyage chaotique.

 Dans sa mémoire à vif, SOPHIE souriait …

Dans l’ombre épaisse de cette nuit sans lune, la lumière drue de sa lampe de fortune, comme un diamant jaune, rutile. Achille le momifié, adossé à son fauteuil de bois dévernis, émerge ; une douleur sourde, comme un papier de verre qui lui gratterait les chairs, tarde à s’estomper. Sous l’exact cône d’ambre clair opalescent, le cristal à long pied abrite au creux de ses hanches rondes la demi sphère d’un vin de rubis, clair, lumineux, dont le cœur immobile concentre l’or foncé de la calbombe. La nuit, le cœur des vins s’illumine. Plus Achille pénètre sous la robe fluide, plus il revient des limbes. Non ce n’est pas une Landonne de belle année, c’eût été trop. Non, ce soir il aspire aux parfums subtils de la Bourgogne, alors il se penche sur le cercle étroit du verre. Une rose délicate exhale son parfum gracile jusqu’au profond de son appendice en prière, le charme, et le délivre des sortilèges anciens. Généreuse, elle s’efface un instant devant les fruits rouges, mûrs, juteux, encore mouillés de la rosée de l’été naissant. Dans le lointain, le regard de l’enfant apeuré s’adoucit quand le parfum sucré de la cerise tendre, des épices douces et du cuir gras, lui chatouillent le nez. Puis le jus clair passe le buvant de cristal et coule dans sa bouche, frais et délicieux. Lentement il se resserre, enfle, et roule sur sa langue incurvée, glisse et envahit son palais. Derrière la finesse monte la puissance, la chair de la fleur et des fruits, une chair pulpeuse, riche et goûteuse. Les épices douces émergent et donnent au vin, un relief, une consistance supplémentaires. Achille trémule, et sa peau, sous la caresse du jus, un instant tressaille. Et pourtant quelle délicatesse en bouche, comme la soie mouvante, la peau d’un amour, qui tempère la force de cette vieille vigne. Oui ce Clos de la Roche 2006 du Domaine Castagnier est digne de son rang. Quand enfin, à regret, il bascule derrière la luette, il laisse derrière lui, comme le sourire tremblé de Sophie, si longuement qu’il la croit encore présente, les mailles réglissées et finement grillées de ses tannins soyeux aussi.

 Sur la roche crissante

De son souvenir

 Aux yeux clos,

 Dans le verre vide,

La rose de Sophie,

Lentement, a refleuri 

Quelques instants …

EMENOTIVRACCONE.

ACHILLE ET LE COMBAT DES OMBRES …

Daniel Tramer. bassethound

Daniel Tramer. Bassethound.

Ils rentrèrent au pas de charge …

Olive courait presque. Lui l’agité perpétuel, capable d’extrêmes folies, qui n’avait pas hésité lors d’une de ses phases délirantes à semer la panique aux Halles de Paris, jusqu’à déplacer, en nombre, les forces de police, après qu’il a explosé plusieurs vitrines, poursuivi qu’il était par une meute d’agents secrets imaginaires et féroces, oui, lui, ne mouftait pas, et trottinait derrière ACHILLE comme un loulou de Poméranie derrière un dogue.

Fatigué par la longue marche de l’après midi, Achille s’endormit le soir venu, plus serein que Mao Zedong au bord de la rivière aux sables d’or. Armé des deux aiguilles de sa montre, il combattit toute la nuit une araignée noire aux mandibules puissantes, qui le poursuivait sans relâche. Fourbu, épuisé, au bord de la reddition, sur le somment venteux d’une haute montagne perdue dans une brume épaisse, les pieds crispés sur le bord d’une falaise abrupte, il ferrailla une dernière fois, frappant désespérément le monstre, en vain, ses aiguilles tordues, émoussées, impuissantes à percer l’épaisse carapace velue de l’aranéide. D’un dernier revers de patte, la bête le fit basculer dans les abîmes. Le vent glacial sifflait à ses oreilles, il tombait sans fin, épouvanté, les bras agités, se vidant de ses humeurs, les dents serrées à se briser. Le dernier hurlement qu’il poussa le réveilla. Le corps tendu par l’épouvante, il se retrouva sur le sol de sa chambre, qui le réveilla en arrêtant sa descente aux enfers. Sous la poussée du vent qui s’était levé, sa fenêtre mal fermée claquait. L’air s’engouffrait dans la pièce, faisant voler aux quatre coins les dessins en cours et autres feuilles de papier entassées sur son bureau. Le froid glacial de cette nuit de janvier le réveilla tout à fait, et la sueur aigre qui l’enveloppait de son manteau poisseux gelait presque sur sa peau. Étrangement il n’avait pas froid, bien au contraire, il bouillait, le sang courait dans ses veines comme une lave en ébullition. L’araignée, pattes écartées, crochées dans son cortex tendre, vomissait ses habituelles imprécations. Achille saisit sa montre qui phosphorait à son chevet. Les aiguilles intactes marquaient quatre heures pile. Une gigantesque vague de rage monta de ses entrailles, l’inonda tout entier, frappa l’araignée dont les vociférations se turent, noyées par l’onde puissante qui la submergeait. Sa peau se rétracta, la sueur disparut, il poussa le cri du gladiateur vainqueur du tauride, et se redressa à demi nu. Mu par la colère, rouge du sang pulsé par son cœur déchaîné, il se rua, muscles de bois dur, et courut comme un aveugle jusqu’à la chambre de Sophie, dont la porte fermée à clef résonna sous ses poings. La pièce était vide, elle ne s’ouvrit pas. Sa tension retomba, il regagna hébété ses pénates sans regimber, escorté par les cerbères en panique qui étaient accourus …

Allongé sur son lit, les yeux grands ouverts, il revécut sa journée, Olive, le chemin, le centre commercial, l’altercation, son intervention efficace, la prise de conscience, la volte face sur le chemin, la montre, le retour et la force qu’il lui semblait avoir retrouvée. Cette force qu’il ne dominait pas et l’entraînait. Et cela l’effrayait. Il se mit à pleurer à grosses larmes, brillantes sous la lune qui grisait la pièce, des billes chaudes et grasses qui roulaient le long de ses joues, glissaient dans son cou, salant au passage la commissure de ses lèvres. Comme si des lustres de souffrances oubliées remontaient du fond de sa vie, si longtemps étouffées, trop niées, retenues, écrasées. Se pourrait-il qu’il soit au fond de la piscine, prêt à donner du talon pour enfin remonter ?

Le lendemain, il fit irruption dans le bureau de Marie-Madeleine qui tenta en vain de le renvoyer. Lui parler, lui faire une demande, répétait-il sans cesse, n’écoutant pas son refus de l’écouter, là, de suite, sans avoir pris rendez-vous. Elle était seule à noircir des papiers, qui pouvaient bien attendre un peu, geignait-il, l’oeil humide et les lèvres tremblantes. Elle était ce jour-là, splendide, toute de chairs gonflées, dans un habit de gaze légère, comme une brioche au sortir du four. Une convergence de rondeurs, une qualité de peau, des lignes souples, moelleuses, des courbes parfaites, et des abîmes vertigineux, à mettre en ébullition l’imagination des pires psychotiques. Mais ce matin là, Achille n’était sensible à aucune de ces appétissantes merveilles, et la beauté de cette femme aux cheveux étincelants, il ne la voyait même plus ! Il était dans l’urgence, avec le sentiment d’une rechute imminente, plus profonde encore, s’il ne parvenait pas à s’expliquer.

 C’est alors, quand il ne s’y attendait plus, qu’elle céda …

Achille se vida de ses eaux noires. C’était comme un torrent boueux à la fonte des neiges, qui inonda la pièce de sa terre grasse, de ses roches aiguës, et qui laissa pantoise et sans voix la psy. Un long moment après que le gave a charrié son flot tumultueux, et qu’Achille, prostré sur sa chaise, tête basse et mains nouées, s’est tu, Marie-Madeleine, interloquée, n’a toujours rien dit. Plus pâle encore qu’à l’habitude, elle a les yeux creusés, cernés de mauve, et sur sa gorge découverte, des plages marbrées de rose. Le silence succède au vent furieux, longuement, sans que personne n’ose parler. Quand Achille relève la tête, derrière le brouillard qui voile un peu les beaux yeux verts de l’Irlandaise au visage figé, son regard, empreint d’empathie et d’émotion sincère mêlés, dans lequel il ose planter le sien, finit de le rasséréner.

Le lendemain, on lui présenta madame Landonne qui se propose de le recevoir deux fois par semaine. « Landonne » ! Avec un nom pareil, comment dire non ? Achille accepta sans discuter. En sortant du local des infirmières, il riait en douce et remerciait le sort d’avoir tant d’humour.

Achille le ratiboisé, seul dans le silence mouillé de cette nuit de pluie battante, emmitouflé dans une robe de chambre rouge qui le réchauffe, se marre silencieusement, le regard fixé sur le nom de cette cuvée de Morgon 2011 du Domaine Jean-Marc Burgaud : « Les Charmes » ! Le gros œil immobile dont l’or flamboie au centre du vin sous le rayon dardant de la lampe, peine à en percer le grenat profond bordé de rose intense. Les arômes montent jusqu’à lui sans qu’il ait besoin d’y plonger le renifloir. C’est un bouquet de fruits rouges, complexe et déjà fondu qui l’a renvoyé au temps des sortilèges. Du lac parfumé, la cerise mûre émerge, si juteuse qu’il lui semble déjà la croquer, et sentir, sur sa langue creusée, gicler sa chair sucrée. Hasard, sort, destinée, coïncidence, Dieu, ou l’un de ses anges du bout de son aile plumée, l’a renvoyé à son ancienne douleur. Achille rit encore, à se mouiller les yeux. L’humour, sous toutes ses couleurs, de la plus tendre à la plus fuligineuse, serait-il la preuve de l’existence de Dieu ? La cerise, dans sa robe d’épices douces, est si présente dans le verre, qu’il en oublie le coup de pouce du démiurge. Ce n’est certes pas une Landonne de pure syrah qui s’ouvre sous son nez, mais ce gamay dans l’enfance suffit à le combler, tant il a le nez joyeux. Sur la pointe de sa langue, le jus crémeux, que perce déjà la fraîcheur, roule jusqu’au creux de sa langue, pour s’épanouir pleinement et donner à goûter sa matière pleine et tendre. La chair abondante de la cerise, que les épices enrobent et relèvent, à nouveau, le ravit. Et la cuve a élevé son enfant de belle manière. Un enfant mutin, fils des grappes portées par de vieux ceps de quatre vingt trois ans ! Dans sa bouche, le jus joue à la marelle, s’ébroue, s’ouvre et n’en finit pas de se vider de son fruit ! Passé l’uvule, le vin le réchauffe, non sans lui laisser longuement au palais la fraîcheur épicée que portent ses tannins soyeux …

 Dans la nuit,

 Que rincent les ondées,

 Achille bouboule …

 

EBRASMOSSÉETICONE.

PARFUM BLEU …

Innocence (Photo Michel Feugeas)

Mon Amour

Que j’aime

A baiser,

Mouillée

De larmes

Et de rires

Rares.

Curare

Qui me perce,

Me crève

Les yeux,

A ne pas vouloir,

Pouvoir,

Se jeter

Dans mes bras

De nougat

Tendre …

Et croquer,

Mon amante,

Les amandes

Qui poussent

Sur mon gland …

Mon cœur

Perdu,

Tombé

Dans les fleurs

Qui pleurent

Tous leurs sucs

De miel,

De mauve,

De gingembre

Confit.

Viens t-en.

Tes seins,

Comme

Des pastèques

Mûres,

Désaltèrent

Ma bouche

Assoiffée,

De leurs eaux

De lait pur

Et de sourire

Mêlés …

Rose

Corsetée,

Caparaçonnée,

Oui tu dormiras

Aussi.

Citronnée,

Caressée,

Creusée,

Craquée,

Croquée,

Corrodée,

Calaminée,

Ma criquette,

Croquette,

Crissante,

Dégoulinante,

Indécise

Marquise …

Envoûtante,

Captivante,

Couinante,

Déroutante,

Intrigante

Garce

Explosée …

Avide,

Perfide,

Languide,

Torride.

Bifide

Éprouvante

Et cruelle.

Tant,

Tant et tant

Qu’à la fin

Il se meurt …

Mais qui sait,

Ce qu’elle est

Vraiment,

Cette lige

Sur ma tige,

Qui balance

Mollement ?

Allumeuse,

Péteuse,

Trouillarde,

La flemmarde

Au cœur mirage,

Qui tremble

Au loin,

Par delà

Les peaux …

Parfum bleu

Des amours

Absentes,

Avez vous donc,

L’envie

Que j’aimerais

Rosser,

Rosier

Plié ?

MOURIR DANS …

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Amour de velours,

Entre tes mains jointes,

Tu tiens la sonde,

Qui cherche au monde,

Qui rode et gronde,

A la ronde

Que tu t’apprêtes,

A danser.

Écervelée,

Déjantée,

Déhanchée,

Tu roules,

Boule de feu,

Ta houle,

Et tes creux,

Ma poule,

M’hypnotisent,

Et me brisent,

Heureux

Comme un chien…

La loutre

De ton cri,

Qui arrache,

A ta gorge,

Ton sucre d’orge,

Au goût de sang

Pulsé,

Résonne,

Sonne

La charge,

Largue les ris,

Au vent hurlé.

Coupé,

Comme l’orge,

Sous la faux,

Qui tranche,

Tes hanches,

En rondelles

De sang

Séché …

Tu murmures

A l’envi,

L’infini

De ton plaisir

Qui veut,

Que le temps,

Hoquette,

S’arrête,

Comme cette langue

Sous ta dent.

Ravi,

Le Navire,

Qui fend

L’estuaire

Charnu

Qui mène

A l’absolu,

Sous le suaire

Dévolu,

A recueillir le fruit.

Crucifix profane

Qui tombe

Au pied

De ta croix …

Hasta la vista,

Mucho te gusta

Chiquita,

Esmerada,

Fine fleur

De mon tabac,

Que je fume

Sous la pleine lune,

Quand le loup

Blanc

De neige,

Hurle

Comme un fou,

A se casser

Les dents,

Se briser les flancs.

Te guette,

Étiquette

Collée,

Sur mon cœur

Navré …

Mourir
Dans les yeux
De ta nuit.

LA PREMIÈRE SORTIE D’ACHILLE …

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Agnès Boulloche. Licorne bibliothèque.

Deux semaines passèrent …

A chercher, à fureter, à interroger tous les gens des autres pavillons qu’il connaissait. Sans résultats. SOPHIE avait disparu. ACHILLE s’était replié sur lui même comme un mammifère en hibernation. Il passa des heures à épier les entrées et sorties dans les pavillons, caché derrière un arbre ou assis sur les bancs, à sursauter aux chevelures blondes, ondulant sous le vent, ou collées aux visages par la pluie. Mais aucune silhouette semblable à la sienne ne traversait jamais les allées, aucune démarche souple, aucune jambe fine, pas une Ophélie ne glissait, royale, port altier et regard perdu, ne se matérialisait derrière les vitres sales des pavillons bondés. Il dénombra force regards d’azur, bon nombre de grands yeux splendides, des foules de longs cils battants qui, hélas, n’arrivaient pas à lui faire oublier les aigues-marines cristallines des yeux immenses de Sophie. Bientôt il connut, mieux que personne, tous les pensionnaires de l’hôpital. A chaque repas, dans les allées du réfectoire, il errait de table en table, parlant à toutes, se forçant à sourire, à séduire, à se faire connaître pour glaner quelques renseignements.

Déçu, il s’enferma dans sa chambre des jours entiers, lisant tout et rien à la fois, ressassant dix fois les mêmes phrases, sans pouvoir les comprendre, tant l’araignée le rongeait. Il délaissa les livres, se mit au bout de ses crayons, dessina des formes étranges aux couleurs vives, enchevêtrement de lignes torturées, labyrinthes complexes habités d’yeux aveugles et de signes ésotériques, lourds de sens indéchiffrables. Dessiner lui fit travailler à retrouver sa concentration. Un peu. Pendant qu’il couvrait son papier d’entrelacs mystérieux, de formes rondes, brisées nettes par des angles durs et aigus qui crevaient la douceur, l’araignée perdait un peu de sa voix. Alors il s’accrochait à son dessin, vaille que vaille. Et trimait. Le travail est une souffrance dit l’étymologie, il le vérifia à longueur d’après midis douloureux, main crispée, poignet douloureux, tête vibrante et reins brisés. Parfois il se perdait dans les soleils figés, les plages blondes, et les eaux turquoise des cartes postales qu’il avait épinglées sur le mur face à sa table de torture. Sous son crâne la gelée tremblotante de son cerveau inerte coagulait. Comme un gelly anglais. Et l’inertie le soulageait vraiment. Un temps. Mais l’araignée veillait, elle suçait la gelée fragile pour le tarauder de plus belle. A tremper sa plume dans l’encre de son mal-être, il s’essaya. Pour se perdre très vite dans l’océan des mots, à tordre une syntaxe qui lui résistait, à ciseler des phrases creuses, à tailler des pierres qu’il ne parvenait pas à polir. Comme lui ses phrases étaient vides de chair et de sens.

 Il constata et admit qu’il n’avait aucun talent.

 Et se le tint pour dit.

 Paul Auster pouvait écrire en paix.

 Henri Miller et Anaïs Nin aussi …

Un matin Marie Madeleine s’enquit de lui. Mais il ne lâcha pas un mot, ni même ne bava, se contentant de la regarder droit dans les yeux. Il avait peint les siens de bleu nuit et tiré les rideaux, ne laissant percer aucune lumière. Comme un sphinx dérisoire, il l’écouta. Elle était pourtant belle, resplendissante même, mais il ne le vit pas. Sa voix, fraîche comme les aigues vives de la Bride, glissait sur son visage hermétique. Il l’écoutait pourtant attentivement. De l’entretien qui se prolongea bien une heure, il retint qu’à partir de cette fin Janvier, il avait le droit de sortir du parc entre quatorze et dix huit heures, à condition de faire une demande écrite, d’être accompagné, et de présenter sa permission signée au poste de garde. Le lendemain, flanqué d’Olive, pour la première fois depuis quatre mois et demi, il retrouva ce que l’on a coutume d’appeler « Le Monde » !

Dès la frontière franchie, il remit en poche son autorisation de sortie dûment tamponnée, et fit quelques pas derrière Olive qui trépignait d’impatience. C’était un jeune gars nerveux au visage émacié, constellé, comme une lune en plein jour, de cratères grumeleux, séquelles d’une acné tenace et purulente, qui lui rougissait le visage il y a encore peu. Moins de trente ans, et un passé psychiatrique conséquent. Olive est un maniaco-dépressif profond qui passe régulièrement des Abysses à l’Everest, du désespoir suicidaire, à la surexcitation frénétique. On le bourre de chimie dans l’espoir de le maintenir entre les deux, dans cette espèce de normalité que la société révère. Pour le moment, les médocs dont on le gave le maintiennent à flot moyen. Mais il reste nerveux, fébrile même, il ne reste pas en place et ses yeux roulent de droite à gauche, constamment.

Or donc cet après midi, Olive était son guide, son protecteur dûment mandaté par l’institution qui faisait un double pari, responsabilisant l’un en sécurisant l’autre. L’enjeu était risqué. Olive, à la surprise d’Achille se montra « paternant », délicat, calquant sa marche sur la sienne. Dès qu’il fut à l’air libre, Achille se raidit, fut prit d’abondantes sueurs qui lui embrumaient le regard, terrorisé par la comptine de l’araignée, qui enflait jusqu’à hurler dans sa tête. Olive lui prit le bras, et l’entraîna doucement vers la ville. Ils longeaient une route fréquentée, et le souffle des voitures faisait voler les pelisses qui les emmitouflaient. L’image des pèlerins sur la route de Saint Jacques traversa fugitivement l’esprit d’Achille. Surprise, l’araignée baissa le ton. Il respirait lentement, profondément, le pas hésitant et le torse penché vers l’avant. Olive lui proposa d’aller faire un tour jusqu’au centre commercial, à la périphérie de la ville. Ils marchèrent longtemps, près d’une heure, dans le fracas de la circulation alentour. A l’entrée de la zone commerciale, les voitures encombraient le passage, Olive redoubla d’attention, insulta les automobilistes, et guida Achille jusqu’à l’entrée. Celui-ci plissait les yeux, affolé qu’il était par le bruit, la foule, les couleurs criardes et les néons aveuglants. Dans les allées bondées, la caddies bourrés de victuailles fonçaient droit devant, l’un deux bouscula Achille au tournant d’une allée. Olive s’énerva, monta dans les tours, et se mit à apostropher durement une ménagère rondelette qui lui répondit sur le même ton. Les insultes fusèrent. Cela eut un effet bénéfique sur l’état d’Achille qui s’interposa, arrondit les angles en quelques phrases habiles qui firent rire les protagonistes, et calmèrent les esprits. Il comprit, en même temps il intervenait, qu’il n’avait rien perdu de sa capacité à redresser les situations, ni de cette heureuse faculté qui lui permettait instantanément de prendre la mesure des êtres, et de leur servir les mots qu’ils attendaient. En pacifiant les autres, il se pacifiait lui-même, et cela lui fit si grand bien qu’il se redressa ! Surprit et dompté, Olive se tut. L’araignée se recroquevilla dans l’ombre, muselée, elle aussi. A la base de son cervelet, Achille sentit la bête qui perdait de sa masse. Ce fut une révélation, un moment de bonheur, si doux, comme la certitude de sortir la tête de l’eau après avoir failli se noyer. Il respira goulûment l’air vicié, comme s’il respirait le parfum sucré d’une pivoine au printemps. Il inhala encore et encore, jusqu’à ce que la fragrance subtile du jasmin blanc qui sourdait, il y a peu, des épaules veloutées de Sophie, lui parvint enfin. La disparue lui sourit en mémoire, de son sourire triste et aimant à la fois. Elle était là, en lui, éclatante, belle comme la bulle de savon fragile qui rutile sous le vent. Il s’assit à la terrasse d’un café au bord du supermarché, ferma les yeux un instant, pour mieux s’enrouler dans les plis délicats de sa ressouvenance. Olive et lui burent une bière quelconque, dont le goût de carton âcre plut à l’araignée. Prendre l’initiative pour ne plus être l‘esclave de la bête. Oui c’était la voie. Du moins, le crut-il.

Achille se leva sans un mot et sortit de cet enfer de pacotille …

Olive, bien qu’un peu surprit, le suivit docilement. Ils regagnèrent l’Institut. Achille marchait devant d’un bon pas, le front haut et l’air assuré, malgré la sueur qui lui rafraîchissait le cou. Olive tentait bien de se hisser à sa hauteur, mais il accélérait pour mener la danse. Brusquement Achille fit demi tour sans un mot, et d’un regard qui ne soufrait aucune remarque, il incita Olive à le suivre. Dans le supermarché il s’engouffra, et s’acheta une belle montre, son premier achat depuis longtemps, depuis le temps qu’il était entré, plus démuni qu’un oiseau sans plumes, dans l’enceinte protectrice de l’hôpital. Pour la première fois depuis des mois, il décidait à nouveau.

 De prendre le temps à bras le corps.

 Pour commencer …

 Sous la clarté de sa lanterne, qui dans la nuit d’encre, dessine sur le vert bronze du cuir de son bureau le cercle presque parfait d’un petit jour arraché aux ténèbres, Achille le décomposé, caresse à rotations rapides, comme s’il voulait accélérer le temps du bout de sa main lasse, le verre usé de sa montre.

Les années ont passé si vite. Fatigué de son voyage au pays de la mémoire, Achille regarde droit dans le verre ce cœur de pur rubis qui palpite derrière la paroi lisse du verre. La courbe ronde du cristal, qui plonge vers la fine tige posée sur le vieux cuir, luit sous l’ambre de la lampe. L’image de la hanche émouvante de Sophie lui traverse l’esprit, plus nette que jamais. D’infimes particules, étincelles changeantes, animent la lumière qui vibre sur la peau douce du souvenir. Mais l’œil, comme à l’habitude, est dans le verre, et son regard carmin le regarde fixement. L’agatite de la lampe a posé, au centre de l’œil, une pupille jaune éblouissante, qui irradie jusque dans la chair rose orangé, dont l’âge a déjà grandement coloré ce « Clos du Saut au Loup » 1996 du Domaine Dozon. Ce vieux jus de Chinon, sous le nez recueilli d’Achille, dégage de subtils parfums floraux, de vieille rose et de pivoine, avant de s’ouvrir aux effluves douces des fruits rouges bien mûrs de ce millésime béni, qui a mené le cabernet franc à sa pleine maturité. Enfin des fragrances de poivron rouge, quelques notes tertiaires de champignon et d’humus, closent la ronde des délices olfactifs dont Achille se repaît. Il tarde à porter à ses lèvres le buvant du verre, tant le bouquet du vin est complexe, harmonieux et fondu. Concentré et patient, il parvient enfin à déceler quelques notes de cuir fin, de terre sèche et d’épices douces. Les bienfaits du temps, ce temps jadis retrouvé au cadran de sa montre, ont poli le vin au toucher délicat qui lui charme le palais. La matière lui paraît demi corps, qui le trompe, quand elle déploie lentement son fruit qui l’inonde. Une corbeille généreuse, qu’exaltent les épices, regorge de tannins, si fins, qu’il peine à les percevoir. Comme un organsin fragile, ils déposent sur sa langue leur trame délicate, fraîche et réglissée. Interminablement, le vin lui caresse l’âme, autant que les papilles, de ses notes épicées.

 Dans le verre vide,

 La rose qui a vécu,

 Ce que vivent les roses,

 Lui parle du temps disparu.

 Quand à la sortie morose,

 L’espoir a reparu …

ECHROMONOTIPHACOGENE.

COMME UN JUNKIE …

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La De a vu.

—–

Camé à ma douce,

Comme un pamplemousse

Sans sa pelure

Dure.

Un anchois

Sans sa saumure,

Un bateau

Sans sa voilure,

Une plaie

Sans sa croûte.

Rousse.

Camé à sa mousse,

Comme une aiguille

A sa piqûre,

Une fève

A sa gousse,

Un doigt

A sa bouche,

Une nonne

A ses dentelles,

Une borne

Sous étincelles.

Rebelle.

Camé à ses reins,

Comme un marteau

A son burin,

Un pompon

A son marin,

Un voleur

A ses trousses,

Volent les requins,

Planent les marlous,

Fadas

De ses appâts.

Sa bague

A mon doigt.

En chaire.

Camé à ses seins,

Comme un lichen

A son granit,

Une mèche

A sa dynamite,

Un chaton

A son pompon,

Un coeur

A sa sereine,

Le sang

De mes veines.

Psychopompe.

Camé à ses poires,

Comme Houellebecq

A ses territoires,

Comme ma bouche

A son haleine,

Son cul

A mes reins,

La France

A son histoire,

La Corse

A sa beauté.

Brisée.

Sur les eaux cristallines

Du bassin de ses hanches,

L’Albatros a plané.

Comme un junkie

Sans sa tueuse.

ENTRE TES DENTS …

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Touffu,

Moussu,

Rasé,

Tondu,

Mordu.

Opale tendre,

Et rire

Fondu.

Changeant,

Sur l’arbre

De mes rêves.

Orfèvre,

Ma fève …

—–

Fends la bise,

Fends l’exquise,

Fends l’abricot

Mûr

Du désir,

Qui frise,

Et me brise,

Les reins,

Pire,

Que la brise,

Qui caresse

Tes seins …

—–

Avide,

Il verse,

Sa liqueur

Acide,

Qui coule,

Sur tes fesses.

Tigresse,

Drôlesse,

Diablesse,

Tu navigues,

Éperdue,

Et te touche,

Le cul …

—–

Dans la raie,

Distendue

De ton désir,

Exsangue,

Je tangue,

Et j’afflue,

Dru.

Tout au fond,

De ton antre,

De son regard fendu,

Le cyclope

Interlope,

Bute,

Et rage,

Aigu …

—–

Puis il brame,

Le pleur enivrant,

Du déversement

Charmant.

Ton ventre rond

Chante,

Ondule,

Trémule,

Se lamente,

A l’unisson.

Au matin blême,

Le con a chanté …

—–

L’aria sublime

Du sang,

Que le vent

Décuple.

Tes oblongs,

Obus fragiles,

Balancent,

Lourds,

Et charnus,

Et pointent,

Vers le ciel,

Leur regard

Goulu …

—–

Danse

Ma fée

brûlée,

La lance

Aiguisée

De ton regard

Velu,

Se balance.

Dans tes yeux

Bleus.

Zinzolin,

L’arc-en-ciel

A ondoyé …

—–

J’ai défait

Mon armure,

Si dure,

Au fond

De ton siphon.

Ton coeur

Qui m’accueille,

Écureuil

Flambant,

Tu croques,

Mes noisettes,

A coups de dents

Pointues …

—–

Et je lâche,

Aux cieux,

Rougis,

Le cri,

Puissant,

De mon vit

bleuit,

Par les eaux

Poivrées

Qui perlent,

Damoiselle,

De tes flancs

Charmants …

—–

Je jouis

Entre tes plis,

De velours.

Pur boulgour,

Miel

Lourd.

Mon amour …

NAPALM …

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T’es où, Lou ?

Lou te descend,

Pendue à la corde

A noeud,

Qu’elle pétrit,

Pleines mains,

Et ses seins

Qui roulent,

Sur ta bosse,

Dure,

Haleine chaude.

La maraude,

Tout du long

De mon tronc

Souple liane,

Toi ma came,

Je m’enflamme.

Sous la mangue,

Sarabangue,

Mon cœur tangue,

Écarlate.

Manganate

Dis moi Lou,

Sous ta jupe,

Légère,

Espère,

Qu’en lisière,

La mer,

Bat tes flancs,

Blancs.

Calcaire

Qui croque,

Sous la dent.

 Lou, y es-tu ?

accroché,

A ton cul,

Ça tangue,

Comme à Danang,

Et ça brûle,

La peau

De mon coeur,

Comme napalm,

Dingo.

 Ventricule,

Ta virgule

Glisse,

Sur ma peau,

Elle s’écrase.

Ventouse,

Engloutis,

Moi,

Qui suit beau,

Dans ton rêve,

Bercé.

Sur la grève,

Le vent

Se lève,

La soie

Grège

De ta robe

M’enrobe.

Je gémis,

Dans mon lit.

Pauvre gros

Cachalot.

Je m’enlise

Ta salive

Colle

Ma peau.

De chagrin,

Le chafouin,

Baisse la tête,

Et vomit

Sur ta peau

L’espoir.

Mon exquise …

Je tuerai,

Qui m’empêche,

De plonger,

Dans tes eaux …

Intense,

Constance,

Arrache mes yeux,

Bleus

De rouille.

Napalm,

Tu m’enflammes,

Tue moi …

COMME UN PUITS …

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Mon bout de sucre,

Candi,

A fondu,

Sous ma langue.

 

 Il m’a graissé

Les reins,

Comme une offrande,

De miel.

 

 Et de seins,

Gonflés,

Tendus,

Pointés.

 

 A se rompre.

 

 Je m’y suis,

Noyé,

Sans jamais,

Fermer les yeux.

 

 Puis il m’a pris,

Happé,

Tué,

Désossé.

 

 Englouti,

Comme un puits,

Qui gémit …

ACHILLE SERRÉ PAR LA PATROUILLE …

Guillaume Seignac. L'éveil de psyché

Guillaume Seignac. L’éveil de psyché.

Deux jours après le dernier charivari, ACHILLE lança le signal. SOPHIE tendit le majeur bien haut vers le ciel, le regardant d’un air féroce. Dès que le mannequin grossier l’eût remplaçé au fond du lit, il s’élança dans les couloir sombres comme s’il s’en allait promener, confiant et sûr de lui. L’odeur de jasmin chaud de Sophie l’enivrait déjà …

 Insouciant, il courut presque.

 A l’instant où il poussait la porte entrouverte de la chambre, le couloir s’illumina, un cerbère jaillit des douches, croisa les bras sur sa blouse bleue, et le regarda en souriant. A genoux sur son lit, vêtue de sa peau tendre, Sophie croisa les bras, elle aussi, sur sa poitrine nue. Une suée froide inonda le dos d’Achille. Ce n’est pas qu’il avait peur, mais il sut à cet instant qu’il ne reverrait pas Sophie de sitôt. Dans son cerveau le sang reflua, l’araignée libérée de ses chaînes exulta, ses crocs acérés le mordirent sauvagement, elle reprenait le contrôle, instillant dans les chairs sidérées d’Achille le jus aigre de la peur. Comme un enfant confiant, sûr qu’il était de son impunité, il avait oublié, ou plutôt négligé, de réveiller en passant Olivier et Élisabeth, qui lui auraient, peut être, par leurs cris de veaux égorgés, évité de tomber dans le piège grossier tissé par ces maudites veilleuses de nuit. A genoux dans le couloir, Achille se tenait la tête à deux mains, et la silhouette de Sophie qu’il entrapercevait, prostrée sur son lit sous la lumière diffuse qui venait du couloir, prenait les couleurs grises et verdâtres de la mort. Dans un étrange mouvement, le temps s’accéléra, les chairs fermes de la dulcinée s’affaissèrent, puis elles coulèrent comme un ruisseau visqueux, dévoilant ses os, qui s’effritèrent et tombèrent en cendre, au moment précis où la veilleuse refermait la porte …

 Elles le raccompagnèrent jusqu’à sa chambre sans un mot, jusqu’à son lit, au fond duquel il se tapit comme une hérisson blessé. Il s’allongea, les yeux clos, sans protester, tout subjugué qu’il était par le venin glacé de l’araignée qui triomphait une fois encore. Un sommeil lourd et agité l’emporta. Il navigua longuement sur les flots épais des cauchemars, dans une lourde barcasse malmenée par des eaux tempétueuses. Dans une nuit épaisse comme marc de café, sous les déferlantes qui l’assaillaient, accroché aux rames impuissantes à diriger la patache, il erra comme une âme en souffrance, sous la menace de l’araignée, plus énorme que jamais, ruisselante d’eau grasse, qui le fixait de ses petits yeux de jais. Le monstre agitait ses crocs effilés, fonçait sur lui pour s’arrêter net à quelques centimètres de son visage, bavant de plaisir, et crissant de joie comme une lame sur une plaque de verre dépoli. Dans un dernier soubresaut, Achille la frappa à coups de rames, entre les yeux, mais les rames éclatèrent sur la chitine épaisse. Il hurla de terreur et se réveilla.

 Le jour était levé depuis longtemps, et la lumière du soleil inondait la chambre. Le ciel était pur, le ciel était bleu, Achille recroquevillé dans son lit, les mains encore crispées sur les rames fantômes, aveuglé par la lumière, pleurait en silence. Quand il gagna la pièce commune, le petit déjeuner était fini depuis longtemps. Le petit monde du pavillon « C » vaquait à ses vagues occupations routinières. Dans le bocal, Olivier grillait ses clopes, Élisabeth, assise sur le banc près de la porte, béate, souriait à ses rêves. Alors Achille s’en fut courir sous les futaies du parc. Très haut dans l’azur, le soleil écrasait les arbres. Il était l’heure des ombres courtes. Achille courait après la sienne. Le souffle court et les muscles douloureux, il atteignit un niveau de conscience d’au-delà de la souffrance. Les couleurs changèrent, le ciel devint vert et l’herbe rouge. Les arbres aux troncs bleus défilaient à branches rabattues, Achille, insensible au vent vert qui lui cinglait le visage, fonçait comme une locomotive ivre sur les rails tordus de sa vie. Dans son corps, sous sa peau, le sang battait à toute allure, grondait comme l’Amazone par temps de pluie, inondant et nourrissant ses organes en surchauffe, glissant comme un serpent liquide dans ses artères sous pression, irriguant à gros bouillons son cerveau désorienté. Dans un même élan, mélangé à sa détresse, il remerciait son corps de le porter ainsi, de ne pas le lâcher, d’être aussi généreux. Achille priait comme un profane inspiré et remerciait le sort, le hasard (ce mot si commode), la génétique, de l’avoir bien équipé. Le temps passait, les kilomètres s’accumulaient, le soleil baissait, il continuait à la même allure folle. Achille volait, s’envolait même quand il sautait au-dessus des tas de bûches, rien ne le fatiguait ni ne l’arrêtait, il se sentait immortel, parti pour tourner éternellement ainsi autour du petit monde du parc. Sous les os épais de son crâne, ballottée par la course, anesthésiée par les giclées d’hormones, l’araignée, mâchoire pendante était neutralisée, et tant qu’il courrait, elle ne ne bougerait pas, ni ne criaillerait sa comptine délétère.

 Le soir tomba …

 Les infirmiers chargés de la sécurité s’activèrent. On quadrilla le parc jusqu’à ce que la silhouette fuyante d’Achille fut repérée, suivie, puis entourée en douceur. Il leur fallut quand même l’arrêter presque de force pour le ramener au pavillon. Croché ce qu’il fallait par les deux bras, tandis que tous marchaient, il continuait à pédaler, quasiment sur place. La nuit tombait, il n’avait ni déjeuné, ni dîné, il avait passé la journée à se dévorer lui même pour éviter que l’araignée ne le terrasse.

 Le lendemain matin, Achille, le corps meurtri par sa cavalcade de la veille, petit déjeuna comme un mort de faim, pour se décartonner la bouche autant que pour se nourrir. Fébrile, il attendait Sophie qui ne vint pas. Les effets de la chimie le protégeaient encore des émotions qui pulsaient tout au fond de son ventre, qui tournaient, se heurtaient aux anesthésiants, cherchant à l’envahir. En vain pour le moment. Il mangea comme un automate, portant le pain à sa bouche mécaniquement, regard vide et gestes saccadés.

 Il se retrouva sans s’en être vraiment aperçu, assis sur sa chaise de torture face à Marie-Madeleine. La rousse pulpeuse était, comme à son habitude, magnifique, moulée au millimètre dans une robe de tissu léger, au ras de ses formes aussi fermes qu’épanouies. Ses yeux vert d’eau brillaient, et se posaient aimablement sur lui, pauvre hère sous camisole. Avec d’infinies précautions, elle lui susurra, dans une langue de bois joliment ouvragée adoucie par son accent charmant, que Sophie avait été transférée dans un autre pavillon, pour son bien et le sien. Achille se réfugia dans sa bave, qu’il laissa couler lentement à la commissure de ses lèvres pendantes. Sans résultat. L’irlandaise aux collines confortables ne se laissait plus prendre à son manège repoussant, et continuait, imperturbable, à monologuer. Achille avait compris et ne l’écoutait plus. L’araignée trépignait de plaisir, et le tenait tout entier saignant entre ses mandibules. Agité de spasmes qu’il ne contrôlait pas, le pauvre amoureux, se mit à pleurer en silence, à gros sanglots humides. Aucun son ne sortait de sa bouche, et le spectacle qu’il offrait était si pitoyable, que la psy se tut. Pour la première fois depuis son arrivée, il ne dirigeait plus en sous main l’entretien.

 Achille, enfin, lâcha prise …

 A la différence des « sains d’esprit » aux antennes atrophiées, les présumés « fous » balaient tous azimuts, rien ne leur échappe. Sans savoir le pourquoi du comment, ils sont traversés par les flux invisibles des émotions, comme des récepteurs sur pattes, ultra sensibles. Élisabeth était à demi perchée sur le banc attenant au local des infirmières quand Achille sortit. Elle sauta gauchement de son perchoir, fit un pas maladroit, prit Achille par un bras, et posa sa tête sur l’épaule du petit garçon triste qui pleurait dans ses yeux. Elle lui offrit un vieux mégot infumable, d’un geste doux qui le bouleversa. Puis, événement rare, Olivier, comme un culbuto animé, sortit de son bocal enfumé, s’approcha, plus odorant qu’un hareng mariné, et se lança dans un long discours souriant qu’Achille ne comprit pas. Mais les sonorités gutturales de ce langage étrange lui parurent plus douces et réconfortantes que le discours émollient de la belle Irlandaise. Durant une fraction de seconde, il eut la vision d’un chœur angélique, d’une assemblée de vortex multicolores psalmodiant pour lui, à voix basse, une mélopée délicieuse, tendre et mélodieuse, qui tarit instantanément sa peine.

 Toute la semaine qui suivit,

 En ce Janvier blanc,

 Achille chercha Sophie.

 Mais ne la trouva pas …

 En cette nuit d’encre du mois de Mars, le vent souffle en rafales, la pluie drue claque sur les volets clos. Achille le stratifié, sous le cône luminescent de sa vieille lampe complice de ses insomnies récurrentes, a rouvert les yeux. Dans le bleu de son iris, autour de sa pupille écarquillée, dansent les ombres mortes des amours disparues.

« Que sont mes amis devenus,

 Que j’avais de si près tenus,

 Et tant aimés.

 Ils ont été trop clairsemés,

 Je crois le vent les a ôtés,

 L’amour est morte.

 Le mal ne sait pas seul venir,

 Tout ce qui m’était à venir,

 M’est advenu. »

 Ruteboeuf.

 Alors il plonge son regard dans le jus gras, immobile, tapi dans la combe de cristal qui brasille sous la lumière, et se perd entre les fines jambes huileuses figées sur les parois. Au centre du verre, l’œil du vin qui jamais ne cille, brille comme une escarboucle rubis finement gansée d’orange. Le parfum puissant d’une pivoine charnue monte du lac paisible pour lui charmer le nez, puis une cerise, qui griotte un peu du bout de son noyau, lui succède. Mais ce Barbaresco « Cotta » 2006 du Domaine Sottimano a plus d’un parfum sous sa robe. Le transalpin ouvre un peu plus son sac à fragrances, qui offre à l’appendice conquis de l’insomniaque, en rafales séduisantes, son café noir, sa muscade, son cade, ses épices douces, son thym sec et son poivre noir, enfin. Achille soupire longuement puis porte à ses lèvres le buvant du verre. La matière dense du vin envahit sa bouche, fait sa boule de chair ferme, roule sous sa langue creusée, et délivre son flot de fruits mûrs, avant d’éclater sous une poussée fraîche qui redresse la matière encore serrée. Au palais déserté par les fruits qui coulent dans sa gorge, le café, le cacao pur et les épices s’attardent longuement, enrobant les tannins encore jeunes de ce Piémontais racé. Achille, que le plaisir a réveillé, court dans les allées du parc, encore et toujours …

 Quelque part,

 Dans les méandres du monde,

 Alors que pointe le printemps,

 Sophie, peut-être,

 A souri …

ERÊMOVEUTISECONE.