Littinéraires viniques

L’OBSIDIENNE S’EST BRISÉE …

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 Noires coquilles,

Que la marée écarte,

Au flux,

Comme au reflux.

Entre vos lèvres

De jais,

S’entrouvrent,

Satinées,

D’autres chairs,

Agglutinées.

—–

Au soleil couchant,

Rouge des chaleurs,

irradiées,

Le flot suinte,

Et ses eaux sucrées,

Que le poivre exhausse,

S’en vient baigner,

Les pétales tendres

Et roses,

Qui palpitent

Et bégaient,

Espérant

L’eau salée.

—–

La moule extasiée,

Les soirs de pleine lune,

N’est jamais rassasiée.

Le passant aveugle,

Accroché,

Aux mirages,

De l’ego boursouflé,

Ne la voit pas pleurer.

—–

L’obsidienne

S’est brisée.

—–

L’onyx

A balbutié

Le chant funèbre

Des espoirs

Désagrégés.

—–

Un cri

Dans la nuit,

Rauque,

Sauvage

Et doux,

Fulgore.

—–

La lune a roussi,

Quand il a retenti.

—–

Aux flots opulents

Qui larmoient

Au couchant,

Des pleurs

Se sont mêlés ….

EXSANGUE …

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Oleg Dou.

 

Nuit de chine,

De ravine,

Sur ma nine,

Emmanchée,

A chanter …

Nuit si blanche,

Ça balance,

C’est ta danse,

De pervenche

Affolée…

— 

Dans le noir,

Mon braquemart,

Comme un dard,

Broie ton fard

De soie …

Nuit de lapis,

Quand tu glisses,

L’ oiseau pleure,

Mirage

Blessé …

Nuit de râles,

D’opale,

Translucide,

Et turbide,

Je penche …

Aube blanche,

Coeur qui flanche,

Lèvre franche,

Sur ta hanche

Si pâle …

Aux balançoires,

Des sens,

La rime,

Terrible,

S’est pendue …

Coeur de jais,

Nuit soupente,

Souffles ténus,

La moelle

Brûlante …

Ombre portée,

Purée de fruits,

Crus …

Exsangue

La mangue.

A pleuré …

LE BLANC SILENCE …

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Murée dans le blanc silence,

Que le plaisir ardent balance,

Quand enfin vous dites,

Votre plaisir cru.

Que des mots de violence,

Se bousculent à vos lèvres,

Toutes muettes,

Ouvertes, pourtant.

Qu’entre vos cuisses,

Votre doigt presse,

Le bouton turgescent,

Que la rosée inonde.

Je me repais,

De vous voir,

Chanter,

Pour moi,

La complainte,

Qui redresse la vie,

Fouaille mes reins

Et me met le cœur

Entre les dents …

LE MONOLOGUE DU CRÉTIN …

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 Tout est clos, même votre bouche,

Le jour, comme à la nuit tombante.

Dans la lumière ou l’ombre,

Vous me lisez en silence.

Parfois j’entends vos soupirs,

Parfois vos rires,

Et vos chaleurs aussi …

De grâce, dites un peu,

De ce dont vous rêvez ….

Après le monologue du vagin,

C’est celui du crétin ….

 

SOUFFREZ QUE …

Cadmus

 Cadmus. La pesanteur et la grâce.

 

Souffrez que je vous baise,

Vous baise

Et vous re-baise,

Que sur la peau fragile,

De votre aine qui palpite,

Je dépose la goutte,

Qui perle,

Sur mon gland.

CRISSE LA LAME …

Schiele. Jeune femme.

Schiele. Jeune femme.

Elle déjeune,

Se douche,

Dors encore,

Elle … ?

N’est pas là.

Il tire la langue.

Elle n’est pas là.

Intouchable,

Injoignable,

Sous la vitre

Transparente.

La menthe.

 Crisse la lame.

Comme un âne,

Il braie,

Pas gai,

Gris,

Broyé,

Inclassable.

Friable.

Il croit,

Que croire,

Que dire,

Que faire,

S’enterre.

Suaire.

Quand l’enfant

S’écroule,

Explose

Comme une fleur

Au vent ?

Ersatz.

Quartz.

Se taire,

Fuir ?

Se nourrir.

Amertume

Qui fume.

Charbon.

Pierre

Qui fond.

Boue

Qui suinte,

Putride,

Et le souille.

Gargouille.

Tête de veau,

Sauce gribiche,

Pâle, livide,

Langue rose,

Regard déchu.

Opale.

Bien le bonjour

Madame Michu.

Sangsue.

 

RAGE DE VELOURS …

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Anonyme. La nuit rouge.

Loin comme toujours,

Intouchable velours,

Mon amour ….

Mirage au désert,

Mon coeur se serre …

Alors j’enrage,

Quand m’échappe l’outrage.

Je suis à l’orage …

D’UN REGARD ÉTRANGE …

10686487_10202671239607646_1075923554_oL’oeil sous l’oeil  de La De.

—–

 D’un regard étrange.

Un sourire aussi,

De carnassier aux dents aiguës.

Dans son cou de tourterelle,

J’irai planter mes dents,

De sa bouche entrouverte,

Je frôlerai la langue.

Mes mains écrasées,

Sur ses seins fous.

Entre ses cuisses bavardes,

J’irai me réfugier,

Après que mon souffle,

A déplissé ses pétales ….

OSTERTAG. RIESLING MUENCHBERG 2007.

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A ce jour, je ne connaissais de ce Domaine réputé, que le Riesling Muenchberg VT 1990, sur la perfection duquel je ne reviendrai pas ici.

Depuis lors, ça a bouillonné longuement sous mon cortex, tout au fond du puits des âges, dans le reptilien, à l’insu de moi-même. Puis un jour, un lendemain d’hier, et une veille de demain comme les autres, un peu comme un gratteur de la Française des Jeux, que la joie de payer des impôts supplémentaires met en érection, depuis que les charmes de maman le laissent indifférent, irrépressiblement, j’ai commis ce qu’on l’on appellerait chez les psys d’obédience consumériste, un «achat d’impulsion», voire de con-pulsion…

C’est ainsi, qu’un carton des vins d’André Ostertag a débarqué chez moi, un beau matin de Printemps. «Beau matin de…» c’est un cliché. En vérité, c’était un p… de matin de m… pisseux à souhait, un de ces matins, qui est à la carte postale printanière, ce que le Président (l’autre) etait à la syntaxe. Du lourd, de l’énorme, comme on se plaît à dire, à tous les coins de bistrots à la mode de chez eux.

 Fin de l’intro.

Voilà que ça re-drache depuis quelques jours. Les nappes phréatiques sont à la fête, elles se gavent. Les «caramuchamboles», qui z’ici ne sont pas de Bourgogne, sont de sortie. Ils ont jeté leurs K-Ways. Toutes cornes dehors, ils broutent herbes et feuilles, grasses et humides. On les entend chanter le jour, les joies mouillées du printemps. Leurs traces, comme autant de lames flasques, zèbrent les ténèbres de mes nuits sans lune, de virgules argentées. Le soir, je poursuis mon voyage immobile au pays d’Ostertag et me faufile, effrayé, entre les branches noires des vignes torturées, qui écorchent ses étiquettes, comme autant de tagsaustères et désespérés. Derrières les ceps noirs, sidérés comme des statues en douleur, sous les cicatrices obscures, dont les cris figés griffent les étiquettes vertes ou bleues, les eaux cristallines de ces vins aigus, invariablement, m’enchantent. Ils sont en harmonie avec les eaux, que les cieux déversent. Seules leurs robes, jaunes et pâles des étés finissants, me parlent des soleils à venir, embusqués sous les nuages d’Avril.

 Rêveries d’avant boire. Le chant des mots.

 Un vin de scène?? Puisque ses vignes croissent, et prospèrent, sur un magnifique coteau de grès rose en amphithéâtre, situé plein Sud dans une vallée au pied des Vosges, sur la commune de Nothalten? Pourvu que ça ne sur-joue pas…

Un vin de moines montagnards?? De la rudesse, de l’austérité, de la spiritualité, de la pureté, de la tension, de l’élan vers le haut? Ces moines blancs aux scapulaires noirs, Cisterciens donc, en l’abbaye de Baumgarten, pas vraiment des rigolos… L’ordre promeut en effet, ascétisme, rigueur liturgique, et érige, dans une certaine mesure, le travail comme une valeur cardinale; ainsi que le prouve son patrimoine technique, artistique et architectural. Dès le XII ème siècle, ils couvrent de vignes, l’amphithéâtre au sol de poudingues, sortes de conglomérats volcano-détritiques de tufs et de cendres. Certainement pas un vin de moinillon replet?? Un vin de la plus «stricte observance» sans doute?

L’épreuve de l’œil. La robe est belle, pure, d’or pâle aux reflets brillants. Le vin colle aux parois de verre, avant de redescendre à regret, en larmes grasses et serrées. A contre-jour, comme une esquisse à la va-vite, du Pont du Gard.

L’épreuve du nez. Une impression générale de profondeur et de richesse. Complexe aussi. Quelques notes fleuries que je ne parviens pas à nommer, comme un effluve d’élixir de pétrole ensuite, de l’ultra raffiné, puis un mélange subtil d’agrumes et de fruits jaunes, de prune, additionné d’une touche de miel. Ni austérité, ni rigueur extrême, ni minéralité débordante. Pas vraiment Cistercien! Mais un bel équilibre olfactif.

L’épreuve de la bouche. L’attaque est douce, moelleuse sur la confiture d’abricot. Insensiblement, le noyau de fruits jaunes fond en bouche. Le vin devient intense, sans perdre de sa rondeur. Du cœur des fruits, sourd une très belle acidité, rehaussée d’épices chaudes et de poivre blanc. Le vin, est d’une précision certaine, il file droit, dynamique, strict mais généreux. La finale s’étire longuement, le vin se tend, se dépouille et découvre tout à la fin sa trame minérale, son «austérité», élégante et racée en quelque sorte…

Le vigneron, ses vignes qu’il biodynamise, les sols, les souvenirs des moines qui planent et veillent sur leurs terres, je ne sais, je les ai imaginés, accompagnés, tout au long de ce voyage sous verre. Toutes ces bouteilles ont une vibration particulière, qui me dit qu’en Alsace, il faut absolument que sucre et acidité s’épousent…

Les quelques jours passés dans les creux effilés de leurs cols m’ont appris, si besoin était, que rigueur est sœur d’exubérance.

VIGNERONS DES TERRES SECRÈTES.

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Mâcon « Milly-Lamartine » 2010.

« Objets inanimés, avez-vous donc une âme

Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ?… »

 Âmes secrètes, qui prenez les chemins détournés que la raison ignore, buvez donc de ce vin de plaisir, il charmera vos ailes dépliées, quand par les espaces obscurs vous cherchez vos sœurs éparpillées.

Or donc Mâcon, terres de calcaires arides, que la chaleur des étés inonde, qui portent les raisins des vignes de Gamay. Terres de Milly, secrètes, que le poète à chantées. Lamartine que les anges n’effrayaient pas.

Et ce vin qui ondoie, pur rubis clair, brillant que moire le ciel qui s’y reflète, lâche au nez épaté qui s’y plonge, les fragrances mûres de la merise croquante, de la groseille fragile, et des épices douces. Comme la main aimée qui court sur mon bras. Ouvrez large vos gueuloirs, amants des jus de fraîcheur, qui aimez à vous désaltérer d’un vin coquin qui agace les papilles, dont la chair souple, comme la peau ductile de la belle éloignée, charme vos âmes recroquevillées.

Au Zénith, le soleil obscur des intuitions fatales brûle les scories d’un hiver finissant. Dans le verre qui me regarde, je vous offre les charmes purs de ce vin qui ne ment pas. Et le voilà qui joue, sous mes narines gourmandes, le plaisir qu’il s’apprête à me donner. Aux plaisirs simples, je m’adonne, quand il glisse et joue avec ma langue incurvée. Il roule et s’enroule comme un serpent charmant, s’ébroue, enfle puis éclate, inonde ma bouche de fruits humides, d’épices, juteux du bonheur espéré.

Alors, tandis qu’au loin la belle se pâme sous l’aiguillon souple de son courageux bien-aimé, solitaire je me repais des tannins enrobés, plus fins que les bas qui enserrent le haut des cuisses des nymphes énamourées. Dans ma bouche conquise, comme la caresse d’un organsin, le vin défunt qui réchauffe mes os, me parle de la craie qui l’a porté.

 Enfin je lève mon verre vide, plein des arômes subtils d’un matin au jardin, là-bas, très loin, proche des Hespérides. Au couchant les nymphes reposent, et je souris.