Littinéraires viniques

QUARTZ BRISÉ …

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Madame est une sorcière,

A cheval sur sa gorge.

Qu’une langue d’ailleurs,

Tombée,

Étrangère,

Appliquée,

Une goule égarée,

Sans doute,

Lèche, suce,

Croque,

Comme un sucre candi,

Une guimauve tendre,

Onctueuse et sucrée.

Volée.

—–

Le feu la brûle,
Comme piment oiseau,
Sur pauvre bigorneau,
Et dresse son tétin,
Qui palpite et se presse,
Petite pointe dure,
Vers le ciel,
Sa voilure
Rose.
Délicat.

—–

Elle a levé les bras,
Au dessus de la tête,
Ses cheveux étalés,
Lui font couronne pâle,
Pour mieux se donner,
A cette bouche,
Absente,
Qui n’a cesse,
De l’aspirer,
L’avaler.
Dévorer
Mouillée.

—–

Tout autour du nichon,
Niché sous sa main,
Claire comme le lait
De son chat,
Qui miaule sous les draps,
Une résille fine,
De sang,
Veinules,
Graciles, azur
Sur sable d’albe,
Vibre doucement.
Tremblée.

—–

Belle lune pleine,

Qui défaille,

Sous la bouche,

Douce, avide,

Absente,

Comme Zemon

Qui plane

Sur tes eaux,

Orbe de soies

Pressées,

Coussin,

Pour tête lourde,

Du désir de tes reins.

Griffés.

—–

Alors tu soupires,
Le presses
Dans ta main,
Et râles,
Du fond des temps.
Sur ta peau,
Parsemée de picots,
L’onde invisible,
D’une douleur lente,
Est passée.
Belle comme une amante,,
Les yeux révulsés,
Elle a crié.
Traversée.

—–

Caresse de lin,
Comme un parfum,
L’amour défunt,
Crispe ton sein.
Quartz brisé.

ACHILLE TENDRE CANNIBALE …

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Egon Schiele. Couple.

Ils se tinrent cois quelques jours …

 Histoire de ne pas attirer l’attention. C’est que le lendemain de cette nuit mémorable, les mines étaient tirées au petit-déj. Les infirmières, soupçonneuses, veillaient et les dévisageaient tour à tour. ACHILLE avait pu regagner sa chambre, sans avoir à ramper dans les couloirs comme à l’aller. Les veilleuse, au petit matin, somnolaient dans leur local, et c’est tout juste si Achille ne sifflotait pas en rejoignant ses pénates. Le jour livide perçait à peine, mais dans le cœur d’Achille c’était plein soleil. Allongé sur son lit, les yeux écarquillés, il dévalait en mémoires les courbes pneumatiques de SOPHIE, se glissait entre les plis tendres de sa géographie, se régalait des moiteurs qu’il déclenchait, et buvait goulûment à sa bouche aussi désaltérante qu’une source en plein désert. Sa nuit de tendresse et de sauvagerie mêlées le laissait pantelant, assouvi, et insatisfait cependant. Il aurait aimé se réveiller à ses côtés pour lui murmurer à l’oreille des mots soyeux, et voir éclore sur ses lèvres ce sourire timide qu’il aimait tant …

 Sophie apparut dans la salle commune, flottant dans un jogging informe, mais sous les tissus trop larges Achille devinait ses courbes attendrissantes. Sa démarche souple collait par instant le vêtement disgracieux à son corps, Achille retrouvait du coin de l’œil les paysages odorants qu’il avait parcouru du bout tremblant de ses doigts fureteurs. Elle avait relevé ses cheveux sur sa nuque et les bouclettes indomptables qui tortillonnaient sur sa nuque lui mettaient discrètement les larmes au bord des cils. Elle s’assit près de lui, se glissant sur la chaise sans lui jeter un regard. Sa cuisse chaude se colla à la sienne. ils soupirèrent d’un même souffle. Sophie, tête basse et sourcils froncés se mit à l’ouvrage et beurra avec sa méticulosité habituelles cinq tartines. Elle en glissa une, du bout des doigts, vers Achille qui la croqua joyeusement. Ce qui creusa, mais à peine, autour de la bouche charnue de sa belle, deux ravissantes fossettes …

 Une semaine passa …

Achille en profita pour vérifier la validité de ses stratagèmes. Plusieurs nuits de suite il bourra ses draps de couvertures qui dessinaient un corps « acceptable ». Quand il entendait les pas feutrés des veilleuses, il se glissait sous sous son lit. Sa porte s’ouvrait en silence, et deux pieds chaussés de crocks roses s’immobilisaient au seuil de la pièce. Le cerbère respirait doucement un instant, scrutait la chambre obscure, mais ne bougeait pas et refermait lentement la porte. C’était tout bon ! Sous le lit, le nez dans la poussière, Achille gloussait. Sophie et lui avaient convenu d’un langage crypté qu’eux seuls comprenaient. Au lieu de se parler en cachette, à l’abri des oreilles indiscrètes, ils préféraient, comme des enfants joueurs, s’exprimer en présence d’un public. Cela renforçait leur plaisir. Un soir, au tarot, Achille prononça la phrase tant attendue. Comme à l’habitude, Sophie avait gagné les parties, elle avait une mémoire qui les sidérait tous. Achille reconnut sa défaite et la gratifia d’un élégant « T’es trop bonne ! . Sophie lui fit ses yeux de plomb fondu, et dressa vigoureusement le majeur de sa main droite vers le ciel. Ce geste grossier amusa la galerie qui s’esclaffa bruyamment, le message était passé, Achille, cette nuit, la rejoindrait.

 Ce soir là la lune était pleine, la lumière inondait les couloirs, Achille n’y avait pas pensé, mais le danger ne l’arrêta pas. Comme un légionnaire au combat, il s’habilla naïvement de clair, pour mieux se fondre. Sous ses pieds nus, le carrelage était glacé, il rampa sans bruit, faisant des pauses, se collant aux murs comme une affiche de peau. Son cœur battait un peu vite quand même. Le local éclairé était calme, il entendait les voix étouffées des veilleuses qui papotaient entre deux rondes. Il sprinta le long du bocal, tourna sur sa gauche et se blottit un long moment dans une encoignure. Au passage, il avait donné deux grands coups de pieds dans les portes d’Olivier et d’Élisabeth. Qui se mirent à brailler comme deux martyrs sous les fers de l’inquisition. Il fallait toujours qu’il en fasse trop ! La porte du local s’ouvrit à la volée et les veilleuses en jaillirent, se bousculant presque, ventre à terre, en couinant comme des truies promises à l’abattoir. Olivier sortit de sa chambre en hurlant de terreur, Élisabeth grinçait des dents qu’elle n’avait plus, en appelant à l’aide, serrant entre ses bras de sauterelle anémique son baise-en-ville dérisoire. Achille s’enfonça dans le couloir sans plus se cacher. Quand il se glissa dans la chambre de Sophie, elle souriait, nue, assise sur son lit.

 Elle dressa le majeur de sa main droite vers le ciel …

 A deux mètres de Sophie, appuyé au mur, Achille ne bougea pas. Il pleurait en silence. Tout à la joie de la retrouver, il retardait le moment de la rejoindre, maîtrisait la bête qui grondait en lui, et la regardait comme une image sainte. Des vagues de tendresse contenue lui traversaient le corps, de délicieux frissons couraient à la surface de sa peau que la fraîcheur de l’air ambiant n’expliquait pas. Il avait bien choisi cette nuit de pleine lune, les volets mal descendus laissaient filtrer entre leurs lames disjointes des lames de mercure fondu. A contre lune, le corps de Sophie prenait un relief saisissant, et la lumière rasante glissait en se pâmant sur sa peau délicate. Elle avait gardé ses cheveux relevés sous une pince rouge, qui lui faisait un cou d’ibis, ses seins lourds se riaient de la pesanteur et la lumière luisait sur ses courbes pleines que la lune arrondissait. Leurs aréoles au regard divergent leur donnaient un air frondeur, avec juste ce qu’il fallait d’insolence pour lui plaire.

 Sophie tendit la main …

 Cette nuit là, si courte et si longue à la fois, ils bêtifièrent beaucoup, se comblèrent de caresses lentes, de baisers sans fin, de mots d’une autre langue connue d’eux seuls. A genoux sur le lit, sous la lune éclatante, ils se frottaient l’un à l’autre, les mains dans le dos, leur peau se frôlaient, ils éprouvaient, privés du secours de leurs doigts, des sensations nouvelles. Et cette privation volontaire du toucher décuplait leurs perceptions. Il leur semblait percer leurs peaux, et leurs cœurs s’unissaient mieux que jamais, comme si leurs sangs se mélangeaient et couraient d’un corps à l’autre. Les odeurs étaient plus finement perçues, elles prenaient une épaisseur, un relief, une texture particulière. Et leurs regards passaient de l’autre côté du miroir des corps. Ils se sentaient totalement ouverts l’un à l’autre. Pour la première fois, ils entendaient la musique des sphères.

 Les deux voyageurs, emportés par leur course aux délices, finirent par se mordre avant que la nuit ne s’achève, les amours sont souvent simulacres d’absorptions consenties. Ils se quittèrent en ayant le sentiment de conserver au secret de leur solitude, un peu du sang de l’autre. Tandis qu’il longeait les couloirs désertés, une tourterelle, aveuglée par la lumière coruscante du soleil levant, s’écrasa sur la vitre d’une baie. Achille sursauta, sur ses lèvres encore humides, le goût du sang de Sophie prit un goût amer. Dans les replis irrigués de son cervelet, tapie, l’araignée hoquetait, sous les vagues de sang vermeil chargé d’hormones joyeuses qui l’étouffaient lentement. Ses crocs cherchaient en vain à dévorer la matière blanche onctueuse de son cerveau en joie. Plus que les molécules dont on le gavait à longueur de journée, l’amour, si fragile pourtant, paralysait le monstre.

 Le petit-déj s’éternisait. Autour de la table désertée par les pensionnaires épuisés par cette nuit d’épouvante, Achille et Sophie, affamés, dévoraient à pleines dents le pain tendre. Face à eux l’infirmière-Chef les regardait, songeuse. Son regard allait de la morsure qui rougissait la joue de Sophie, aux marques bleues qui marquaient les bras d’Achille …

 Achille souriait béatement, attendant l’orage,

Dans les yeux de la matonne,

 Les nuages noirs du soupçon s’amoncelaient …

 Dans l’obscurité de son bureau, Achille le désabusé sourit sous ses paupières au souvenir de l’ancienne cène profane. Du temps où il partageait le pain avec son bel amour. Au sortir de sa plongée en mémoire profonde, il peine à retrouver ses esprits, alors, patient, il laisse le grain fin de la peau de Sophie se déliter lentement, trembler puis se fondre dans la mer informe de la ressouvenance. Là où le temps brasse inlassablement les oublis. Sous le faisceau flave de sa lampe, endormi dans le berceau d’un verre aux flancs épanouis, le vin attend qu’il veuille bien. C’est que le pain de jadis appelle le vin de cette nuit, profonde comme la robe brillante de ce vin que la lumière ne parvient pas à percer. A peine illumine t-elle au bord du disque une ganse violette, qu’une espérance rose … frôle. Achille entrouvre les yeux, et reprend contact avec ce présent qui fuit à toute allure, quand montent vers lui les fragrances sapides du vin. Une cerise noire, juteuse et mûre, sous un manteau de chocolat crémeux piqueté d’épices douces, en volutes successives, lui caresse le nez. Puis, entre ses lèvres consentantes, le jeune jus de la « Cuvée Majeure » du Château Turcaud 2010, glisse, onctueux et tendre. Les fruits rouges explosent sous la poussée séveuse des épices riches, et du poivre puissant qu’accentue et relance la fraîcheur enrobée de petits tanins gourmands. Un grand petit Bordeaux supérieur, qui rechigne, bien plus que certains grands, à quitter le palais conquis d’Achille.

 Longtemps encore,

 Après que Sophie a disparu,

 Le vin, fraternel,

 Le console tant et plus …

ERÉMOGÉTINÉCORÉENE.

JÉRÔME CASTAGNIER. CLOS DE LA ROCHE 2006.

Sans titre 1

Mais ma pauvre Bourgogne, terre de roses fanées, anciennes et odorantes, que t’en vas-tu errer, te perdre, souffrir, en ces terres, aux calcaires qui rappellent les tiennes, pourtant. Au pied de ce plateau de Saint Emilion, au sommet et sur les flancs duquel, s’étalent, dévalent, beaux merlots et cabernets. Pour certains magnifiques de chair, de volume, de grâce, et parfois souvent, de race et de finesse …

En ce lieu amical, en compagnie de gueules d’expérience, aux jus habitués, à l’aveugle, j’ai goûté les vins de Nuits et de Beaune, millésime 2006, cachés sous leurs chaussettes, et par tous apportés. Alors que la dégustation filait, que venait la neuvième d’une série de onze, je suis tombé, en amour, à l’arrêt.

 Voilà que je volais au dessus de Morey Saint Denis

Et me posais sur les terres du Clos de la Roche, les pieds sur trente centimètres de terre, qui recouvrent à peine les gros blocs calcaires, aux failles desquels les vieilles racines des lambrusques s’en vont chercher leur pâtée. Un Grand Cru, parmi ceux qui prospèrent sur les hauts de Morey, celui-ci, de Jérôme Castagnier, ex trompettiste classique, échappé voici quelques années des orchestres symphoniques, pour jouer habilement des grappes du pinot.

Sur la table nappée, parsemée de verres, de crachoirs, de crayons et de papier, je regarde le vin. Un beau rubis intense, qui sous mon nez montre sa pivoine. A l’aération, sous les rotations du poignet, elle s’affine et se fait rose éclose, puis un peu fanée. Sous ces fleurs transformistes, pointent le bout juteux de leurs rondeurs mûres, de belles cerises, noires de liqueur sucrée. Quelques fruits rouges aussi, comme la petite fraise des sentes ombragées. Et la douceur d’épices légères, enfin. Quand roses, cerises, épices viennent à ma bouche, leurs chairs me saisissent. De plaisir. C’est qu’elles sont rondes ces chères chairs du Clos, bien que nées au cœur des roches. Les charnues s’arrondissent encore, puissance et finesse conjuguées, déversent leurs fruits en épices, s’allongent comme chatte au réveil, puis déposent au palais leurs tannins serrés, mûrs et crayeux, avant de glisser dans ma gorge accueillante. Zut, j’en ai oublié le crachoir ! La finale longue, fraîche, soyeuse, velours de roses, de réglisses légères, d’épices délicates, accompagnent les tannins au palais déposés. Longuement.

 Dans mon verre vide, le Clos est à la rose.

Et moi, bien plus fané, en paradis …

A L’EXTASE, PEUT-ÊTRE …

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Très noires sont les eaux,
Quand il s’y glisse,
Et les fend.
Parfait, ligne pure
A la proue effilée,
Il navigue, silencieux,
Au-delà des profondeurs.
Une lame, la pointe,
D’une lance,
Au profond qu’il pénètre.

 

 

 

L’émeraude,
s’est faite lapis,
Puis cobalt,
Puis encre insondable,
La lumière a fondu,
Sous les flots épais.
Trace ta route,
Tout sonar éveillé.
Dans tes flancs évasés,
Tu caches la mort
Aiguë, glacée
Inhumaine,
Adorée.

 

 

 

Sous marin de la haine
Qui rôde en silence,
Sous les strates empilées
Des vies, depuis l’aube
Des temps effroyables,
Quand la vie balbutiait,
Au sein des étoiles,
Expansées,
Énergies brutes,
Puissantes,
Mortelles.

 

 

Chairs éparpillées,
En instance de souffle,
Qui gonflaient,
Au silence,
Des espaces sidérants.
Nul n’était.
Les vents terribles soufflaient.
L’avenir à venir,
Lui même ne savait pas,
Ce qu’il serait.
Je, tu ,il,
Imaginés, possibles,
Ni qui, ni quoi,
Pas même rien,
Qu’un silence,
A rompre les tympans.

 

 

Les tempêtes extrêmes,
Des matières pulsées,
Par le souffle fantastique,
De quelque volonté ?
Le hasard des éléments,
Propulsés dans ce vide,
Si long à se combler.
Les failles, les crêtes,
Les jets coruscants,
Aveuglants, terribles,
Les éclairs surpuissants,
Des folies,
A venir.

 

 

Pas même Zemon,
En ces temps.

D’avant le temps,
N’aurait pu imaginer,
Tant il n’était pas même,
L’espoir d’une palpitation.

L’atome d’un trognon,
L’ébauche d’un projet,
Encore moins une idée,
Qu’un jour,
Dans sa coque noire,
Parfaitement huilée,
Il me ravagerait.

 

 

Quartz rose,
Améthyste mauve,
Brillez,
De tous vos feux
A l’extase
Crue,
Échappés.

JÉRÔME CASTAGNIER. CLOS DE VOUGEOT 2004.

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 «AMADEUS», il y a un temps, sur Arte.

Pour moi, la cinquième ou sixième fois. Pas pu m’empêcher de plonger à nouveau, dans les spirales lumineuses et graves tracées par ce météore fulgurant. Mort à trente cinq ans. Plus que le film de Milos Forman, c’est la musique et surtout l’interprétation qu’en fait Neville Marriner, qui m’a le plus transporté.

Se caler sur les pas de Mozart, à qui Joseph II d’Autriche aurait reproché d’avoir écrit «trop de notes», relève de la gageure. La splendeur, la richesse de son œuvre peut faire tomber le premier des chefs dans les emportements, les excès, qui le feront inexorablement passer de l’élégance, de la dentelle subtilement ornementée du plus bel habit de cour, à la vulgarité appuyée de la dernière des défroques grossièrement maquillées. Marriner atteint l’équilibre, évite le piège de la séduction de surface, se joue des possibles pacotilles clinquantes pour trouver la lecture et l’expression justes, la quintessence profonde et paisible du génie Mozartien.

Car la règle, ici comme ailleurs le plus souvent, est de traquer la plénitude, la justesse, la finesse, l’esprit de la Musique.

Jérôme Castagnier s’est quelque peu éloigné du culte d’Apollon et de Pan réunis, pour se consacrer à celui de Dionysos. Après avoir longtemps soufflé dans la trompette, il s’est mis à plonger la pipette dans les grands jus de Bourgogne…

Au centre de sa collection de grands crus, brille d’une lueur sombre et presque sauvage le rubis noir de son Clos de Vougeot 2004. Le millésime n’est pas glorieux mais le Clos, proche des Grands Échézeaux, déploie superbement ses reflets d’un beau rouge intense. La robe brasille d’une lumière contenue.

Pour qu’il daigne se donner un peu, il aura fallu aérer le renfrogné une bonne journée…Mais c’est le lendemain soir seulement, que l’atrabilaire donne sa pleine mesure du moment. Derrière le bois encore présent, le nez – le mien – est séduit par l’harmonieuse complexité douce du bouquet. Ça sent le grand vin, la belle matière, le beau jus, le pinot d’exception. Ça respire noble, noir, sauvage de prime abord. Puis la cerise, noire elle aussi, apparaît, mûre. Dont on se souvient qu’elle craque sous la dent, libérant un suc épais et odorant. Le vin sent la terre mouillée après l’orage, le cuir, le poivre noir concassé, la réglisse, noire…encore.

L’attaque en bouche est douce, la chair du vin roule comme le jus abondant de la Burlat qu’annonçait le nez – celui du vin – cette fois… La puissance est bien là, la sauvagerie aussi, que l’air n’a pas complètement apaisée. La chair et le bois n’ont pas fini leurs épousailles bien que l’affaire soit bien engagée…Je ne sais si je connaîtrai ce Clos pleinement épanoui, un jour. Accessible à ce moment de son évolution, il n’en reste pas moins tendu comme un notaire qui ferait des claquettes. La finale longue, sur la réglisse noire, est épicée. Elle laisse, en prenant son temps, un fin tapis de tannins à peine amers, comme une mémoire du vin, que la bouche conserve longtemps.

Ce vin est d’une beauté obscure, douloureuse et sans partage. Il m’évoque le Rex Tremendae du Requiem, lui même l’une des pièces les plus pénétrantes et les plus bouleversantes du Maître de Salzbourg…

ME REGARDE À MOURIR …

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Je me parlerai de toi de ta part,

Lave brûlante qui me glace les sangs.

 Sur les flancs décharnés des volcans éruptifs,

 La sève hurlante de mes feux mal éteints

 Corrodent ta peau de soie.

 Je vole, cavale géniale aux doigt ourlés de sang,

Qui me griffent à hurler.

—–

 Les hautes solitudes des coeurs voilés,

 Exaspèrent les parfums lents,

De tes chairs grumelées,

Qui poissent mes nuits blafardes,

De leurs promesses absentes.

 Sur les orbes opalescentes de tes fruits inconnus,

 Au dos cambré,

Au souffle retenu,

Je ploie, l’échine tendue,

A me rompre les reins.

—–

 Le jade rutilant de ton regard cruel,

Me crève les yeux,

Quand tu me ressasses,

 Juteuse radasse.

—–

 L’oeil de tigre aux lueurs méphitiques,

 Hystérique,

Me regarde à mourir …

L’OBSIDIENNE S’EST BRISÉE …

Sans titre 2

 Noires coquilles,

Que la marée écarte,

Au flux,

Comme au reflux.

Entre vos lèvres

De jais,

S’entrouvrent,

Satinées,

D’autres chairs,

Agglutinées.

—–

Au soleil couchant,

Rouge des chaleurs,

irradiées,

Le flot suinte,

Et ses eaux sucrées,

Que le poivre exhausse,

S’en vient baigner,

Les pétales tendres

Et roses,

Qui palpitent

Et bégaient,

Espérant

L’eau salée.

—–

La moule extasiée,

Les soirs de pleine lune,

N’est jamais rassasiée.

Le passant aveugle,

Accroché,

Aux mirages,

De l’ego boursouflé,

Ne la voit pas pleurer.

—–

L’obsidienne

S’est brisée.

—–

L’onyx

A balbutié

Le chant funèbre

Des espoirs

Désagrégés.

—–

Un cri

Dans la nuit,

Rauque,

Sauvage

Et doux,

Fulgore.

—–

La lune a roussi,

Quand il a retenti.

—–

Aux flots opulents

Qui larmoient

Au couchant,

Des pleurs

Se sont mêlés ….

EXSANGUE …

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Oleg Dou.

 

Nuit de chine,

De ravine,

Sur ma nine,

Emmanchée,

A chanter …

Nuit si blanche,

Ça balance,

C’est ta danse,

De pervenche

Affolée…

— 

Dans le noir,

Mon braquemart,

Comme un dard,

Broie ton fard

De soie …

Nuit de lapis,

Quand tu glisses,

L’ oiseau pleure,

Mirage

Blessé …

Nuit de râles,

D’opale,

Translucide,

Et turbide,

Je penche …

Aube blanche,

Coeur qui flanche,

Lèvre franche,

Sur ta hanche

Si pâle …

Aux balançoires,

Des sens,

La rime,

Terrible,

S’est pendue …

Coeur de jais,

Nuit soupente,

Souffles ténus,

La moelle

Brûlante …

Ombre portée,

Purée de fruits,

Crus …

Exsangue

La mangue.

A pleuré …

LE BLANC SILENCE …

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Murée dans le blanc silence,

Que le plaisir ardent balance,

Quand enfin vous dites,

Votre plaisir cru.

Que des mots de violence,

Se bousculent à vos lèvres,

Toutes muettes,

Ouvertes, pourtant.

Qu’entre vos cuisses,

Votre doigt presse,

Le bouton turgescent,

Que la rosée inonde.

Je me repais,

De vous voir,

Chanter,

Pour moi,

La complainte,

Qui redresse la vie,

Fouaille mes reins

Et me met le cœur

Entre les dents …

LE MONOLOGUE DU CRÉTIN …

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 Tout est clos, même votre bouche,

Le jour, comme à la nuit tombante.

Dans la lumière ou l’ombre,

Vous me lisez en silence.

Parfois j’entends vos soupirs,

Parfois vos rires,

Et vos chaleurs aussi …

De grâce, dites un peu,

De ce dont vous rêvez ….

Après le monologue du vagin,

C’est celui du crétin ….