Littinéraires viniques

NE LÂCHE PLUS MA MAIN …

1612625_10202693212236948_43040471_o

La paluche de La De.

—–

J’ai couru sur les grèves, j’ai perdu ma vertu.

Dans les eaux tropicales, au tombant, la tortue

Nage la chamade, raide, demi vêtue,

Elle plane la naïade, comme mes espoirs. Pendus.

—–

Dans les eaux bleues si pures, les requins sont partout,

C’est l’heure de la pâture, ils tournent comme des fous,

Dogues rogues ou marteaux, sur leurs flancs de soie pâle,

Pleure le rémora aveugle. Suce les eaux.

—–

Sur les flancs des volcans, on dit qu’ils sont éteints,

Pauvres gens, vous n’avez jamais vu ses beaux seins,

A vous crever les yeux et fondre les aciers,

Comment ne pas s’éventrer, s’étriper. Or fin.

—–

Les beaux rapaces voraces, aux becs de pierres précieuses,

Leurs grands yeux arc-en-ciels, leurs courbes délicieuses,

Ils glapissent là-haut et je ne suis qu’un nain,

Leurs voix sont sirupeuses et leurs corps purs diamants.

—–

J’ai rêvé des siècles, attendu plus d’une ère,

Connu le meurtre, la ciguë, les bouches trop claires,

Dévalé les sommets, griffé aux bruyères,

Ne sachant qui j’étais, aveuglé aux chimères,

A l’aube comme à la nuit, planant entre les sphères.

—–

J’ai briqué les latrines aux cactus des déserts,

Sous les voiles multiples, j’ai parcouru les mers,

Accroché au mât lourd, nageant dans les eaux troubles,

Buvant tous les naufrages, et j’ai souvent vu double,

A frôler, à me fendre, aux vraies lames de jais.

—–

J’ai déchiré les hautes tristesses, ravalé

Les grands murs des enceintes, sous tous les soleils rouges,

Aux pieds des déesses noires je me suis prosterné,

Je suis mort mille fois, le cœur percé de flèches,

Os brisés, cuir cru lacéré, scalpe la peau-rouge !

—–

J’ai tué des bouddhas, émasculé des chats,

J’ai violé plusieurs fois onze mille vierges,

Et me suis repenti en avalant des cierges,

Je suis monté là-haut, j’ai déchiré des bas,

Vomi toutes les fientes des enfers. Bien puni.

—–

Ne lâche plus ma main, oublie que Dieu se fâche …

JE TRICOTE MES MOTS.

10704769_10202682935540037_1032269361_n (2)

Quand La De fait sa Pénélope.

—–

Du soir au matin frais,

Puis la moiteur épaisse,

Qui ronge les couleurs

Du monde. Désolé

De sentir la mort lente

Des feuilles éplorées.

A demi assoupi,

Je tricote mes mots.

—–

Mais il me faut tirer

Le fil de ma pelote,

les oiseaux se sont tus,

Les feuilles des arbres las

Pendent comme leurs ailes

Aux nervures flétries

Des érables assoiffés,

Dieu que mes rimes sont pâles.

—–

Et l’azur est tombé

Sur la terre écrasée,

Deux trois notes pures

Au campanile rouge

Ont peine à résonner.

La vie s’est éclipsée

Les torrents asséchés

Et mes voyelles aussi.

—–

Je peins la bouche sèche

Et mon pinceau hésite

L’air est flou et se tait

Mes doigts brûlent du feu

Qui court. La salamandre

Noire, aux toits écarlates

Sans un bruit s’est nichée.

Les consonnes ont sonné.

—–

Comme beurre les mots fondent,

Ma plume ébouriffée

Se noie dans la chair grasse

Des chaleurs du jour.

La pelote affaissée

Dans ma paume languide

Coule de tout son jus

Sur ma folle calame.

—–

Je tricote mes mots

Sur la laine de ton dos,

Tes soupirs m’exaltent,

Dieu que mes rimes sont pâles

Plus encore que ta peau.

Et mes voyelles aussi.

Tout au creux de ton lit,

Les consonnes ont sonné,

Elles glissent assommées,

Sur ma folle calame.

Comme le cerf qui brame,

Je tricote tes eaux.

ET LE VOL DES IBIS …

10698247_10202615312649507_2128585242_o

L’arbre aux ibis de La De.

—–

Du coeur des arbres noirs s’envolent les blancs ibis,

Sous la plume fragile bat le pouls de l’oiseau,

Sous l’encre des flots sombres, calices et artifices.

Les eaux sont à l’étal et le ciel est si beau.

—–

Regarde donc là-bas quand le soleil farouche,

Quand la mort et sa horde, quand au mors de ta bouche,

En vols agglutinés se rassemblent les mouches,

Bruissent comme les branches, les ibis se couchent

—–

Les vols en escadrilles aux pattes en ardoise,

Sur le ciel mourant, toutes en ombres chinoises

Leurs ailes battent lourdes, elles font bruit de velours

Et traversent les ondes et la mer à rebours.

—–

Ils sont rouges brûloirs, sanglants les longs fins becs,

Sur leurs pattes faucilles ils arpentent à sec,

Et les siècles aussi comme Thôt les heures,

Sous leurs bec recourbés les aloses en frayeur.

—–

A petits pas prudents ils vont par les étangs,

Leurs têtes, des masques, carnaval de Venise,

Sous leurs long manteaux pâles comme rêves d’antan,

Ils tremblent doucement quand se lève la brise.

—–

On les disait sacrés au temps des pyramides,

Ils trônaient dans le temple, graciles et hiératiques,

Et cet oiseau fragile était l’égal d’un dieu.

C’était au temps ancien, bien avant les cantiques.

LES SARIS SONT FANÉS.

10702976_10202615096124094_983400532_o

La sacrée vache de La De.

 —–

Les aréoles noires aux tétins drus tendus,

Trop serrées sous les voiles ne peuvent pas jaillir

Sous les regards noirs des hommes aux yeux de braise,

Peaux safranées huilées, benjoin, ongles noircis,

Cœur des venelles étroites où flottent les parfums,

Narines palpitantes, hanches ondulantes,

Sous les saris de sang des vaches égorgées,

Les croupes aux chairs serrées, la peur comme la glu.

Odeurs fortes, eaux salies, remugles de saillies,

Sous les crânes si crépus, les fards, le troisième œil

Crevé. Au front du Sadhu, tout enrubanné,

Mantras en litanie, chants muets intérieurs,

Dans la fange putride ont poussé les lotus,

Où sont passés les Dieux qui vénéraient Laksmi ?

Ajna chakra, peuple des rats, au coeur des mondes,

Ocres violents, sourires violés, cœurs dévastés.

Pétales des roses fragiles aux fragrances vieillies,

Sous le soleil premier brille le Taj Mahal,

Et Vishnu en maraude, morte la pinéale,

Le jasmin s’est éteint, même Heindel a parlé,

Paroles trop vaines, les extasiés purs sont occis,

Les bûchers ont brûlé, les corps sont calcinés,

Ont crues nuées de cendres, le ciel s’est obscurci,

Sur les villes, les poussières de mer morte sont tombées,

A Bhopal, Isocyanate reine de méthyle,

A remplacé Bhoja, les nuits sont fracassées,

Les banians sont tombés, les os sont en gelée.

–—

Dans la jungle meurtrie, Hanumân a hurlé.

SOUS LE SOLEIL MOURANT.

10412235_10202715494153982_1468115248_o

Les jeux de l’oie de La De.

—–

Les oies blanches rougeoient sous le soleil mourant,

Elles planent à jamais et leurs ailes aux écorces,

Quand l’air, l’altitude, caressent doucement

Leurs longs cous fragiles qui ondoient dans le vent

—–

Sous leurs plumes serrées comme peignes de soie

Sans jamais se lasser, leurs rémiges véloces,

Les oies ivres de joie se joignent à ma voix

Et me disent à voix douce combien j’aime ta loi.

—–

Comme l’oiseau pugnace, au milieu des rapaces,

D’un coup d’aile habile tu poursuis ton chemin,

L’hiver est à ta porte, les frimas et les glaces

Jamais ne figeront ton âme si tenace.

——

Sur la terre, sous les mers, sous les laves des volcans,

Sous les pétales éclos qui embaument aux jardins,

Dans les cryptes oubliées, dans les déserts ardents,

Nul n’entend plus les oies aux regards de safran.

——

Sur les braises saignantes des cuisines de l’enfer

Leurs chairs se convulsent comme peau de chagrin

Les enfants de vulcain et leurs yeux de vipères

Se repaissent déjà à croquer leurs misères.

—–

Là-haut dans les mystères, à l’aube des petits soirs,

Quand les seins blancs si tendres coulent entre les mains,

Plus fragiles encore que de pâles encensoirs

Les âmes des voix blanches tombent en fleurs dans le noir.

LES CHIENS ENRAGÉS …

1669643_10201463003162490_1525980018_o

L’os de La De.

—–

Et ruissellent, torrentueuses, les larmes lourdes,

Mais tudieu, bondieu, où est passée Notre Dame,

Elle se balade, peinarde, flemmarde, Paname,

Tandis que moi, bêlant, pauvre cougourde,

Je regarde au loin, rêveur, bailler la palourde.

—–

Mirifiques paniques des horizons si plats,

Abominables craintes, désespoirs et dégâts,

A l’aube la lune rincée, pâle je succombe,

Dans le fond de mon cœur a explosé la bombe,

Les eaux noires des cieux en orage sont tombées.

—–

Qui me disent que la vie appartient aux hommes,

Qu’ils sont libres, égaux et pauvres bonhommes,

Allons voir au chevet des chevelures rasées,

Aux confins des cités, dans les tombes profanées

Comme les chiens enragés égorgent les colombes.

—–

Les prépuces tombent quand passent les rasoirs

Dans la nuit si noire, à l’ombre des longues gares

Quand les yeux, cils d’ivoire, albinos, travelos

Sont tranchés et crevés comme les blés sont fauchés

Les soirs hagards, hasard, derrière les grands hangars.

—–

Karma foutraque, nage jusqu’à l’Île de Pâques,

Va donc voir si la mort aux dents serrées si blanches

Rouge, va finir par mordre au gras de ma hanche

Consciences successives, innommables arnaques

Je cours, me démâte, le long des galaxies.

JE LES CONCHIE …

10588679_10202406196221727_374956981_n

Le cri de désespoir de La De.

—–

Je les conchie tous ces poètes,

Ces tarés et ces Paulettes,

Tous les Verlaine, tous les Ronsard,

Tous ces morts mous du dard.

–—

Avec leurs lunes de merde,

Les Aragon, les Eluard,

Ces enculés sur le tard,

Ces faux culs, ces sous-merdes.

–—

Moi j’aime les explosions

Celles qui vous défoncent le fion,

Et tous les jours c’est l’hallali,

Aux enfoirés, aux avachis.

–—

J’ai croisé un poète à la con,

je l’ai chopé par le caleçon,

Pour lui défoncer le fion,

Lui mutiler la fleur

Qui puait grave le beurre.

–—

Belle gerbe dans le cul,

Turlututu, chapeau pointu,

Bien rempli jusqu’aux yeux,

Triste bande de baveux,

A égorger comme des pneus.

–—

La poésie c’est l’acharnie,

Bien au chaud de mon lit

Je fracasse les mots dits,

La langue se mord à fond,

Et moi je me morfond.

–—

A dézinguer, à massacrer,

Dans la fange me rouler,

Et j’m'en fous plein les pieds,

Les yeux crevés, les cœurs broyés

Je m’en gave à jamais.

–—

Je leur fucke la rondelle

Quand il sont à la selle

Et je dégueule dans leurs culs sales,

j’encrasse leurs pétales.

Putain Manon, que c’est bon.

–—

J’éjacule aux étoiles,

Explosion inter sidérale,

Plus ça hurle, plus je râle,

Écrabouiller les morpions,

Crier la rage du lion …

ALLEZ TOUS VOUS FAIRE POÉTISER …

10592544_10202406201461858_1852846875_n

A sa façon La De le dit.

—–

Les écrivains maudits accrochés à leur pis,

Au fond des catacombes post nucléaires,

Crachent à la la face maudite des chiens sans bites.

Casqués, bardés, sous injections de certitudes,

Les hyènes flamboyantes se gavent des tripes de la lune,

Hallucinées, elles s’abreuvent de mots d’acier,

Vomissent leurs tripes, haïssent les platitudes.

Foin de printemps jolis, de petits chats mignons,

Il faut que ça fouaille, que ça schlingue, que ça pue.

Allez, on encule la syntaxe, on la désarticule,

On se fait l’orthographe, faut que ça arrache,

Peu importe ce que ça dit, ou que ce soit écrit,

On se fout des règles, on invente, on blasphème,

Les pieds on s’en branle, et le pied ça se prend,

Du moment que ça gueule et que l’on chie des mots,

On nique la poésie et les poètes mous,

Qui nous cassent les couilles avec leurs ritournelles !!!

—–

Et là me suis relu et malgré mes efforts,

Je n’arrive pas au ras bord de leurs pieds morts.

—–

Dispendieuses giclées de vomissures puantes,

Qui coulent sur les ventres morts des pauvres vrais fous,

Dans mon bunker aux confluences désaccordées,

J’entends brailler les gueuses aux seins dilacérés,

Dans les quartiers distroy des villes où seuls vivent

Les chats aux yeux crevés et les enfants morts-nés,

Je me gave des miasmes de ce monde de pourris,

Les seringues qui jonchent les parkings perdus,

Faut se les enfoncer au très fin fond du cul.

—–

La haine qui sourd verte de mes pores de gros porc

C’est comme une érection totale, sidérale …

LE LION ET LA GEISHA …

10723003_10202735964305723_1008773698_o

Les deux lions de La De.

—–

Les lions dansent avec leurs épaules,

Dans la savane rugissent les gaules,

Les sangsues sont gonflées de désir,

Elles aspirent à se faire tarir,

Leurs yeux chantent et griffent,

Boivent, se traînent et sifflent

Sur la peau tendre des gazelles sacrifiées

A l’autel des pervers associés.

———-

Et je hurle dans ton cul.

———-

Au travers de la gaze agitée par le vent,

Là-bas, si loin, au-delà des brisants,

Avance à pas gracieux sur ses coussins,

Pure grâce, quand Dieu se fait chérubin,

La Lionne aux flancs qui dodelinent,

La geisha, l’ondulante, la divine,

Celle par qui tous les plaisirs arrivent,

Et je m’envole, je déraille, je dérive.

———-

Et je pleure sur tes flancs.

———-

Larmes diamant, le cœur qui pique,

La bouche sèche, dur comme une tique,

Gorgé de sang, de flammes, de foutre beau,

Sa main s’écrase sur la fleur. Le fourneau

Ronfle, Vulcain empoigne son marteau.

Son doigt nacré entre les lèvres fines,

Comme la bouche d’une nymphe sibylline,

Les crèmes montent et turlupinent.

———-

Et je hurle dans ton cul.

———-

Tes larmes roulent sur ma peau,

Mes yeux coupent tes miroirs anciens,

Lumières étranges, sueurs électriques,

Dansent la vie, l’amour, les rires, la nique,

Comment te dire, mon cœur fouette,

Tes cheveux flottent ma mouette,

Tu cries, tu pleures, tu appelles et tu jettes

Sur ma peau tes mains qui me fouettent.

———-

Et je danse tout dedans.

———-

Alors tout tremble, je nous ressemble,

Quand tu es moi, quand je suis toi,

Les cœurs flapis, exsangues, à l’amble,

Soies collées des peaux réunies,

Les eaux mêlées en rivières conjointes,

Les rimes explosent comme les amours défuntes,

Le ciel verdit, tombe et jaunit

Nos dents crissent à se manger l’ivoire.

———-

Nos souffles s’inversent et nos mains ont dix doigts.

———-

Et je hurle à jamais au fond de ton cul.
———-
Tes yeux se ferment et tu souris.

SATURNE A RI.

10718957_10202716098009078_1074274710_o

Les heures saturniennes de La De.

—–

Baguette et beurre il est sept heures

Triste huit heures café tu meurs

La robe à fleurs il est neuf heures !

Voici dix heures le ciel en pleurs

Déjà onze heures, mort aux raseurs

Ah oui Midi un bol de riz

Non, le farceur ! Il est treize heures

Zut quatorze heures, con de rappeur

Et à quinze heures à toute vapeur

Un œil rieur il est seize heures

A dix-sept heures de belle humeur

Et sonne le coeur à dix-huit heures

Dix-neuf heures piles zinc de malheur

Et c’est vingt heures le haut le coeur

Chantons en choeur vingt-et-une heures

Noires vingt-deux heures silence et peur

Viens vingt-trois heures en la demeure

Minuit tout noir, Saturne a ri.