Littinéraires viniques » 2018 » octobre

TOUT CA EST COMME UN RÊVE

Le flocon de cristal étoilé de La De.

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©Brigitte de Lanfranchi – Christian Bétourné. Tous droits réservés.

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C’est un flocon, un cristal, une petite étoile

Le ciel est à la neige, le monde à la bonté

La lune est comme un cierge, une félicité

Les arbres sont à blanc, le froid est à pleurer

Comme un pape si pâle que son aube a gelé.

La mandarine orange perdue sur un grand champ

Sa pelure plissée a recouvert mon flanc

Le ciel est d’azur pur, les nuages envolés

Tout en bas, tout là-bas, la plaine immaculée

Découvre l’infini des paroles oubliées.

Les traces des sabots dessinent une arabesque

C’est une danse froide, c’est le chant des mauresques

Aux ventres arrêtés, aux bras écartelés,

Avec leurs seins figés et leurs grands yeux crevés.

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Les voyelles s’envolent les consonnes les blessent

Leurs chants ont la douceur des hosties à la messe

C’est un rêve tremblant, affreux, un peu fiévreux.

Mais la chair est joyeuse sous les doigts amoureux

J’ai bu dans les étoiles, j’ai lu à rendre loup

Je ne crois pas en Dieu qui n’est pas assez fou.

UN HIPOPPOTAME.

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Le Pedro Gonzalo de La De.

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©Brigitte de Lanfranchi – Christian Bétourné. Tous droits réservés.

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C’est Pedro Gonzalo, assoupi au marais,

Ses gros yeux globuleux à demi entrouverts,

On dirait Zeppelin dans les eaux échoué,

Sur son dos rebondi, tout de boue recouvert,

Une foule d’oiseaux picorent, affamés,

Criant et jacassant comme femmes au marché.

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Épuisé par l’effort, il bâille de toutes ses dents,

Ouvre une gueule énorme tapissée de soie rose,

On le verrait très bien faisant son adjudant,

A la tête d’une troupe en uniformes grandioses,

Défilant bien au pas, une escouade d’oies,

Chantant un air guerrier. Superbes virtuoses !

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Tout autour des eaux noires, sous le soleil atroce,

Des squelettes blanchis, des chairs décomposées

Que des hyènes putrides, à coups de crocs féroces,

Affamées et peureuses, le regard aux aguets,

Avalent sans mâcher, leurs mâchoires véloces,

Dans le silence du soir, claquent à la volée.

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Mais Pedro le faraud s’en fout comme de la peste,

Il est indétrônable, au soleil purpurin

Il rêve d’horizons, d’amour et de chagrins.

Mais l’Afrique est cruelle, au son du balafon,

Sous les eaux du marais, le danger aux dents prestes,

Tapi dans les ténèbres, cache de vrais démons.

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Émile le crocodile et sa bande de lascars,

Tournent autour de lui en faisant les bois morts,

Mais Pedro n’en  a cure, d’un seul coup de tranchoir

Il couperait en deux, sans faire le moindre effort,

Celui qui oserait toucher à son peignoir.

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Sur la berge surchauffée, étendu tout son long

Un lion nonchalant, lippe morganatique,

Regarde, dédaigneux, l’aquatique ballon,

Et pousse un rugissement, si aristocratique

Que Pedro le lourdaud sent trembler ses tendons.

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Et Pedro a souri au lion inconscient.

LA REINE EST AU MUSÉE.

Quand La De est au Louvre.

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©Brigitte de Lanfranchi – Christian Bétourné. Tous droits réservés.

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Dans sa gueule d’argile, des miaulements muets.

Les siècles ont passé, Bastet est au musée.

Elle a connu des princes, des rois, des pharaons

Elle a connu les ors, l’amour du lycaon,

Après qu’elle a passé les hommes l’ont momifiée.

Bastet la souveraine exposée en haillons.

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Derrière ses grands yeux morts palpitent les souvenirs,

Akhenaton le fou sous le soleil d’Egypte

Au temple glorifié, embaumé dans la myrrhe,

Toutes ces gloires mortes sous la plume des scribes

Ne reviendront jamais naviguer sur le Nil,

Enfouis au profond des mémoires stériles.

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Seules les pyramides balayées par les vents

Se dressent à moitié nues dans le cœur des vivants,

Parfois quand la nuit noire tombe des cieux glacés

Néfertiti la belle sent son âme pleurer.

UNE DINDE.

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Avec La De la dinde a le tournis

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Sous sa parure noire, ses plumes bien rangées

Une dinde glougloute à longueur de journée

Elle a le port altier, la démarche ondulante

Ses petits yeux sont laids, sa dégaine navrante

Autour de son long cou pendent en grappes molles

Des billes de chair rouges, on dirait une folle.

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La basse cour se tait, lapin est terrifié

On ne voit que son cul qui dépasse du terrier

La dinde ivre de morgue passe comme une reine

Même le plus beau des coqs pleure comme une baleine

La pintade sidérée n’ose plus cacaber

Seul le bouc du crémier a osé l’affronter.

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C’est à grands coups de corne qu’il a chassé l’intruse

Et la dinde ulcérée aussi bête qu’une buse

A voulu s’envoler jusqu’en haut du pommier.

Mais son sac de cuir fin, un sac de grande marque

S’est coincé dans les branches . Vexée comme un énarque

Elle criaille plus fort toutes plumes empêtrées.

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Dans le ciel saturé d’azur et de nuages

Un goéland l’a vue perdue dans les branchages

Le gros oiseau vorace a piqué comme un fou

Pour dévorer tout cru le soi-disant gorfou

Arrivé sur les lieux il a vu son erreur

Il a fait demi tour, a regagné le ciel

Et la dinde est restée accrochée par les ailes.

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Mais le singe Kiki est arrivé bien vite

Séduit par la donzelle, il a brandit son vit

A embroché la dinde comme une vulgaire catin

Elle a hurlé un peu puis s’est accoutumée

A aimé tout compte fait les assauts du macaque

La folle a cacabé jusqu’à lâcher son sac.

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Dans la cour le dindon alerté par les cris

A regardé la scène d’un air à peine contrit

Puis s’en est retourné dormir en son logis.