Littinéraires viniques » 2010 » décembre

BOJOLPIFS ET MUSCADOCHES…

 Vermeer. L’entremetteuse.

 

 L’hiver est généreux cette année, il étale sa ouate bien avant la date officielle. En ces jours qui mettent l’Hortefeux en sueur, les bonhommes de neiges font la joie des enfants encore insouciants, et des carottes venues d’outre-océans qui creusent nos tombes(?). Dans les rues des villes, la tension monte, le consumérisme règne, il faut acheter, et acheter encore et toujours, sous peine de plomber l’économie, de freiner la croissance sans laquelle nos sociétés modernes seraient vouées à disparaître. Il faut voir comme ça tressaille dans les hypers, comment ça tremble dans les boutiques. Ah les cadeaux, il nous faut des cadeaux, des beaux, des laids, mais des gros, il faut que ça rutile, que ça en jette, que ça épate (mot de vieux!) les cadeaux, tous venus d’ailleurs, d’ailleurs, de ces contrées, encore obscures il y a peu, qui émergent, et qui, elles aussi, veulent participer à la grande fête planétaire des pays encore riches, et du gavage généralisé ! Boustifailles à la pelle et gadgets 0.0 ou 2.0 sont les mamelles incontournables de la reprise?

Mais pas question de gâcher les Fêtes avec ces remarques, d’aussi mauvais goût(s) que les mégalitres de pinards, arrachés à bas prix par la GD fraternelle à tous les vignerons en péril. Parce ce que, pour vendre des bouteilles à un euro ou moins, comment faire bon? Sinon à cramer la vigne, à la faire pisser à grands jets pour espérer se rattraper sur les volumes; de l’aqueux, du court, du gelé aux sulfites pour pas que ça bouge, mais du beaucoup, des rouleaux de picrates pour surfeurs assoiffés, qui s’en alleront décaper les gosiers de tous les grassement intoxiqués de la si jolie fin d’année.

Pourtant, pourtant, pourtant! Pourtant, oui pourtant…

Allez, je laisse de côté la syntaxe « distroy » appropriée aux reginglards sus-dénoncés pour retrouver une langue, sinon moins râpeuse, du moins plus en vibration avec les «petits» vins, qui ne voient pas briller leurs ors ou leurs rubis sur les belles tables festives qui clignotent dans les magazines et les reportages clinquants de nos lucarnes dorées…

Il est bien temps de bien dire combien les petits peuvent être grands et bons!

Pour les fêtes, amis, Beaujolpifez à souhait, Muscadochez à satiété. Que les embarrassés qui n’ont pas l’embarras du choix, que les fauchés, les banquiers honnêtes, les jeunes en CDD, les vieux qui végètent sous leurs retraites étriquées, et tous ceux qui aiment boire bon aussi, oublient les grands flacons, les Châteaux dans les prairies desquels paissent de beaux et grands chevaux blancs, les Domaines amis du papa d’Émile ou du Prince à qui il ne fallait pas vouloir en conter. N’en franchissez pas les grilles dorées, ils n’ont pas besoin de vous et se portent bien, voire mieux que très bien. Oubliez un instant l’esprit de lucre et soyez, par vos choix, solidaires de ceux qui tirent la grappe par la queue.

Allez, en foule, et comme ça vient…

Dans la série Muscadet, au pays du Bourgogne qui n’a pas le Melon, buvez Gorgeois, Clisson, Monnières, Saint Fiacre, Goulaine, Vallet, Sanguèze… qui croissent et embellissent sur Gabbro, Schistes, Granite… Vous trouverez de belles pépites qui ne craignent pas la garde, chez Brégeon, Landron, Charbonneau, Gadais, Luneau-Papin, Cormerais, Ollivier, Guérin, et d’autres, nombreux encore. Déçus vous ne serez, et ruinés sûrement pas!

Autre pays de Cocagne, le pays de Beaujolais, tout en courbes chargées de vignes de Gamay, qui résillent au printemps leurs rondeurs aussi fermes qu’avenantes. En cette région si souvent décriée, ruez vous comme rats sur fromages affinés. Achetez, encavez, buvez ces jus glissants, riches de fruits frais, aux matières conséquentes et goûteuses, que l’oubli – difficile certes – bonifie. Pour une fois, vous, que les tarifs, ailleurs, le plus souvent, sidèrent, serez surpris, ravis, enchantés de pouvoir acheter enfin, des vins qui ne sentent pas le cuir luxueux, la loupe de noyer, et le caoutchouc frais! Allez, courez, musardez, flânez, débouchez les Beaujobeaux qui feront de vous de vrais Bonobos shootés au pur Gamay noir à jus blanc! Sonnez aux domaines et entrez chez l’Isa-Belle des Côtes de la Molière dont les Poquelins (!) et les Moulins ne brassent pas du Vent (!), chez Jean Marc Burgaud et ses Morgons longs et pas bougons, tout comme chez Louis Claude Desvignes, autre Morgonneux de talent, dont les Javernières vous parleront la langue de la finesse et de l’élégance. Une joyeuse équipe, à laquelle il ne faut pas hésiter à joindre Daniel Bouland dont les Vieilles Vignes sont orgasmatomiques !!! Entrez un peu plus tard, si vous le pouvez encore, vous faire sonner les cloches au Château des Bachelards (oui y’s'la pète un peu…), par le Village et le Fleurie, par la Banane (primeure mais encore lourde de bonheur, en ce jour qui me voit l’éplucher) du sieur Bauchet et sa faconde du même métal. Chez Chignard, humble et peu bavard (ça repose…), désaltérez vous à la source des Moriers et des Vieilles Vignes. Et puis encore Franck Georges, Thivin, Viornery et d’autres que je ne connais pas…

 

Tous, en ces régions – la Beaujolète comme la Muscadaise – regorgent de bouteilles, à point nommé, faites pour aviver vos fêtes obligées, comme vos soirées improvisées.

Et que l’on n’aille pas dire que ce «publireportage» a été financé par un consortium quelconque ou rétribué par palettes.

Non, j’écris ce que goûte et aime !!!

 

ERASMOSATISIEECONE…

 

 

LA TERRE EST SOMBRE ET SIRIUS EST EN SYRAH…

 Sous le regard des deux lunes de Sirius…

 

De là-haut, la terre est à pleurer, tout est beau. Et pourtant…

Plus beau que somptueux même, magnifique, voire féérique par endroits. Hors caresse de l’astre roi, la Terre, longtemps, fut nuitamment, de pur jais, insondable. Sa face sombre est maintenant piquetée d’étincelles, d’éclats, de fils de lumière, d’étoiles artificielles, dont les ganses de velours palpitantes soulignent les continents en les arrachant aux ténèbres. Les Fils de Sirius, qui croisent à l’occasion, n’en croient pas leurs antennes. Cette vieille terre, la «boule des débiles», comme ils l’appellent entre eux depuis l’aube des temps, cette vieille reine de rien, cette chiure de constipé du bulbe, qui souillait l’Univers, resplendit depuis peu (comme un clignement de paupière, à l’échelle sidérale). D’aussi loin qu’ils s’en souviennent, dans la totale obscurité galactique, son côté sépulcral ne se détachait pas des espaces à perdre la raison, et nombre de fois, leurs vaisseaux l’avaient évité de justesse. Quelques Flèches d’Orion, toujours téméraires, ont laissé quelques traces de leurs trépas brutaux sur les flancs des Andes, dans les déserts Australiens aussi. Les fourmis bornées, qui rampent au creux de l’extrême densité terrestre, se grattent – l’occiput pour les rares plus futés, et le coccyx pour les autres – depuis des millénaires, à la vue des étranges stigmates de toutes formes, qui balafrent par endroit, le sol dur du caillou stupide… Ces peuples ailés, que ne contrarient plus les pesanteurs de toutes natures, ces formes ultimes de l’évolution, pour lesquelles le 2.0 renvoie à l’époque reculée des fractales dichroïques (l’équivalent de nos Calendes Mésopotamiennes), stationnent volontiers dorénavant, au large de la honte du système solaire, fascinés par les sols dont s’échappent ces langues de lumière qui trouent, comme des aiguilles vibrantes, les ténèbres épaisses. Certaines contrées semblent même avoir totalement déchiré le manteau mortel des nuits, tant leurs énergies palpitent, jusqu’à aveugler les spectateurs de l’espace.

Des masses de ferrailles, en tonnes tourmentées, tournent autour de la Terre, satellites abandonnés et autres immondices humaines, polluent déjà l’espace. L’Homme est un Chieur Universel, une abomination sidérale et sidérante, un puits sans fond de bêtise concentrée, de fatuité vide et d’égoïsme délirant. C’est en très raccourci, ce que sait l’Étre (?), invisible tant il est substance légère et subtile, qui observe la Planète qui fut bleue. Oui, vous dire aussi que Léon (je lui donne un nom pour plus de commodité), ne pense pas, il sait. Et oui, d’emblée. En relation constante avec le grand livre de l’Akasha, il a accès à l’ensemble de l’histoire détaillée de la Terre comme à celle de l’Univers d’ailleurs. Akasha, la grande « Bibliothèque », au sein de laquelle sont imprimés dans l’Ether, images, pensées, actes, paroles. D’avant les origines au plus lointains avenirs, tout est dans le «livre» éthérique, de ce qui a été, aurait pu être, est multiplement, à ce que pourrait être l’infinité des futurs possibles. N’imaginez surtout pas Léon engoncé dans une combinaison flashy, aux commandes d’une grosse ferraille à propulsion hypra – prostatomique. Bien sûr que non, misérables petits adorateurs de l’I-Phone 4 ! Léon n’est qu’énergie pure.

La perfection est simplissime…

Ce que Léon veut, Léon l’obtient, instantanément. Absolument tout lui est possible. IL est hors matière, sans être pour autant pur esprit. Mais il ne peut vouloir et atteindre, que ce qui est en parfaite harmonie avec l’équilibre du Tout. Léon ∞-∞ de Sirius est l’aboutissement de l’évolution, tandis que l’homme en est l’avant commencement… Vortex impalpable, luminescent, volatile et mouvant, Léon de Sirius est pur Amour, ni plus ni moins. Des contrées les plus insensées lui parviennent, les bruits, les vies, les joies, les douleurs des Mondes. Alors, en équilibre à la périphérie terrestre, il souffre abominablement. Le fracas de la terre, les souffrances des martyrs de chairs molles, les pensées terrifiantes des êtres de boue grasse, l’épouvantent.

Mais que fait-il là? Qu’espère t-il? Nos inconséquences le lacèrent, nos cupidités l’effraient, le culte imbécile que nous vouons aux accumulations sans fin l’épouvante, l’étrange adoration qui nous attache à ces tas de petits papiers froissés, à cet «argent» puéril, à ce métal, aussi mou que doré, le navre. Mais ne le décourage pas! C’est qu’il m’observe moi, oui moi, moi qui suis à l’Alpha et l’Oméga, ce que la défécation des mouches est à la mécanique Quantique.

«Étonnant, non?»

Enfin moi, non, mon ego m’égare! C’est plutôt ce verre, remplit de pur liquide rouge, qui le fascine. Ce modeste sang des vignes dont il s’abreuvait jadis, il y a si longtemps, plus longtemps encore que naguère, du temps où l’espace et le temps l’emprisonnaient dans une coque de viande rouge et d’os blancs, du temps où la pesanteur l’écrasait, au temps où il traversait ses expériences humaines, du temps des limites, de l’aveuglement, du désespoir, là-bas, sur les murailles de Saint Jean d’Acre, prisonnier d’une lourde armure brûlante sous le soleil de Palestine. A chaque fois que les misères de l’incarnation – et il a bourlingué le Léon, de la banlieue de Cassiopée à Sirius, en passant par ses quelques dix mille séjours chez les bouseux d’en bas, il a connu bien des expériences, de la plus infâme à la plus tendre (les dents de nacre d’Isabeau, sa démarche à peine chaloupée, ses cheveux drus, le creux tendre de sa hanche, son regard qu’il avait cru si franc, cette dague acérée qui lui vide le cœur, ce sang, ce sang, toujours ce sang…) – s’abattaient sur son échine, pourtant ployée, quand il sentait ses forces le fuir, sa raison faire feu d’artifice, il se réfugiait entre les bras berçants de Sainte Syrah. À travers les âges, Sœur Syrah a accompagné son lent chemin de géhenne, elle l’a consolé, lui a redonné des forces, du courage, lui a lavé la conscience, lui a, à chaque fois rappelé, que le chemin de l’évolution, l’élévation progressive de l’âme, demeuraient le but. Au fur et à mesure que ses vies s’empilaient, Léon sentait bien que sa perception du monde, puis des mondes, évoluait. Non, non, là j’embellis, je brode! Léon, a trainé pattes et galères des vies durant, essayant de survivre, basta! Mais aujourd’hui – ce présent transcendé – l’être spirituel qu’il est devenu, accède au langage absolu, à la Musique des Sphères, à l’expression suprême de toutes les langues des mondes empilés. Dans sa conscience pleinement ouverte, le verre pansu qui brille, et le rubis étincelant qui palpite en son sein, l’émeuvent au plus haut point.

Léon irradie mon chakra coronal de sa présence muette. Hommelet grossier et aveugle, je pédale maladroitement sur mon clavier de plastique figé, lorgnant du coin de l’œil ce vin qui se réchauffe lentement, perdu au fin fond ignoré de l’infini de la création, atome nanoscropique, gouttelette dérisoire, infime particule de vie.

Le cristal limpide, rempli à mi hauteur, tremble, au cœur de ma nuit. Du disque fragile, invisibles et prégnantes, s’échappent en volutes fragiles, les chants sucrés des pivoines en fleurs. Léon pleure en pleine communion avec mes sens extasiés. Les arômes Rôti(e)s de cette Côte sont déjà fondus, qui donnent à humer l’olive, la framboise puis les épices douces et le jambon cru à peine fumé. Une sensation crémeuse vient, en finale olfactive, anoblir le bouquet épanoui de cette syrah tendre. Perché entre les étoiles qui constellent le vide interstellaire, Léon tremule au souvenir des grappes croquantes qui ont ensoleillé ses anciennes douleurs. Il ne fait qu’un avec moi, étroitement enlacé à ma vie qui l’ignore. Ses vibrations hautes, rehaussent les miennes, et je frissonne sans savoir pourquoi. Une étrange émotion me gagne. De mes yeux clos, coulent à flots tièdes, des pleurs qui m’enchantent et me consolent. Mon esprit obtus ne comprend pas, mais la sensation est si douce, si pleine, si noble que je me laisse ouvrir, comme la bouche de mon amour sous ma langue humide.

Le jus frais, finement extrait, des raisins de septembre 2006, inonde mes papilles attentives. Un sentiment de plénitude et d’équilibre me prend à plein corps. Tout là-haut, Léon chatoie. Sa substance délicate se moire d’arcs-en ciel fragiles, et les chants éthérés des chœurs supposés Angéliques, vibrent à l’unisson. La matière mûre des fruits rouges éclatés sous la presse, déferle en vagues successives. Le mot pâmoison vit au palais de ma bouche consentante. Léon lance le cri silencieux qui apaise, et fend, un instant, le mur d’airain des ignorances crasses. L’harmonique de son chant inaudible arrête le temps, unifie les vies polymorphes, et mets l’univers en symphonie. Le vin est le creuset de la création, il fait jour un instant éternel dans ma nuit, mon amour est à mes cotés… J’exulte. L’incroyable puissance douce de Léon est sur moi, en moi. Mes cellules grésillent comme oeufs au plat, ma carcasse grince de toutes parts comme une vieille machine en surchauffe. Pourtant je suis en jubilation, il me semble presque léviter, une onde surnaturelle me traverse, m’allège et me porte…

Je meurs à l’étriqué et m’ouvre à l’immense.

Pour la première fois, je saisis l’essence de la Joie, je danse sur l’ineffable, me heurte à l’indicible… Par la grâce de Léon, l’Illuminé Céleste, cette Côte Rôtie 2006 du Domaine Burgaud devient la quintessence de ces syrah septentrionales, que la fraîcheur des coteaux magnifie. Le vin coule dans ma gorge, et Léon l’avale. La robe scintillante du Sirien pulse comme danseuse Espagnole sur récifs tropicaux, quand la lune ronde, opalescente comme un oeil aveugle, éclaire la nuit terrestre. Ma conscience vacille, clignote, au bord de l’abime, prête à se fondre dans l’espérance. Mais le temps d’après, bien proche pourtant, n’est pas encore venu. Alors j’avale le vin, qui dévale mon oesophage accueillant, pour gagner mon centre. C’est une poudre de tanins juste réglissés, fine et croquante, très longue en bouche, au bout de cette liqueur de félicité, qui me ramène devant l’écran de mes écritures titubantes.

La nuit n’en finit pas.

Harrassé je me sens, sans trop savoir pourquoi. Cette syrah somptueuse, m’aura, sans doute, un peu estourbi…?

Reviens Léon…;-)

 

EC’ESTMOTIFOUCONONNE?

LE TREIZE DE L’AVIN D’AVANT L’AVÈNEMENT…

La Mère Noël 2.0.

 

Cornaqués par La Mère Noël en bas résilles, les Chevaliers de l’AVIN célèbrent l’Avent, à leur façon délibérement avinée, le jour Saint, qui vit le Sauveur s’égarer, chez les broutarts hystériques qui se prenaient pour les Rois Mages de la création. Ils te l’ont cloué sur la Croix, vite fait, le pauvre Charpentier illuminé!

D’une main ferme, la Donzelle Éclectique, mène le microcosme vinique de sa petite main douce. Une menotte caressante dans un gant de tendresse… Elle est comme ça, pétillante d’idées, généreuse, courageuse, droite dans ses bottes mi-cuisses. Une sérieuse «Sonia» en puissance! Une bonne travailleuse, qui mène les grands Élephants du Web liquide, par le bout de la… Ouups… du licol! Et la voilà, qui plus sûrement qu’Hannibal, nous fait franchir, les Cols du Flacon et les Hauts Sommets des Arts Subtils de la Bouche, à sa pogne! A la queue-loup-loup, le Cornac Apoplectique, les Adeptes du Naturel, les Bio, pas si cons que ça… parfois, les Grands Tasteurs des belles Crèches, les Ceusses qui rêvent de vins purs, l’Iris Germanique qui lisse goulûment le mourvèdre du curé, le dé-Bauchet du Bojo, la Pipette barbue, l’Armande de Molière, les Cavistes affairés mais différents, l’Éthiquetteur décalé, le Médecin des fourrures déplumées en détresse (Ah, le saint homme, qu’Esculape le protège!), le Doctoral Désoxyribonucléïqué, Marylin from SaintÉm, la Corisette du Mas, les Bulots bi-calibrés, les Jumeaux videos, bien d’autres encore, et même le Bertho, Grand Cracheur de bons et rudes mots, lui mangent dans la moufle.

Mon éléphant nain, égaré par les brouillards, peine à gravir les côteaux de Cornas. Sous ses papattes bottées de rouge, le rhône étale ses eaux bises, dans le creux de la cicatrice sysmique, qui a fendu les sols, bien avant qu’imprudemment, ne descende le Cruxifié. Là, sur l’escarpé côtal d’en face, Robert Michel chouchoute ses lambrusques de syrah, depuis quelques lustres déjà. Un discret, pourtant encensé, abordable, qui fait bon, sans prendre ses clients pour des Quatari.

Sa «Cuvée des Côteaux» 2004 a longuement respiré en carafe fraîche. Dans le large cul bombé du culbuto de cristal, l’Esprit revient au vin. Il se déplie, s’étale, enfle, et monte au nez, avent même que l’on s’y penche. Un nez Toulousain (on sent que ça va castagner!), que domine la violette. Matière en boule fraîche en bouche, qui attaque à coups de cerise mûre, de toast noble, d’épices douces. Une syrah, qui tapisse élégamment l’avaloir de tannins encore crayeux, mais polis. A l’avalée, apparaissent fruits noirs et myrtilles. La finale s’installe un long temps, avent que la réglisse, finement épicée à la fraise, ne subsiste.

 

EDÉMOVOTITECONE.

BACH, OLIVIER ET LA TUNIQUE…

Odilon Redon. Tête de Christ au serpent.

 

Le seize Septembre 1953, sortait aux États Unis le premier film en Cinémascope de l’histoire du Cinéma…

«La Tunique» d’Henry Koster, le Peplum aux deux oscars, révélait au cinéphages, le rouge velours de la Tunique du Christ, crucifié sur les hauteurs du Golgotha. Deux cent ans plus tôt, Bach composait «La Passion selon Saint Jean», dont le chœur d’entrée rougeoie de toutes les douleurs échues, actuelles et à venir, de l’Humanité. Dans un abandon d’une profonde humilité, «Le Fils fait Homme», brûle tous les pêchés du Monde, expiant, comble de l’amour, les noirceurs humaines en se sacrifiant sur la Croix, après avoir retiré ses actifs de cette p**** de banque Irlandaise, que Pierre qui finira Saint, lui avait conseillée. Vingt sept ans après «La Tunique», Lennon John mourrait, assassiné par un de ces ordinaires abrutis idolâtres, qui traînent leurs navrantes impersonnalités, au pied des podiums scintillants. Depuis lors, l’«Imagine» de l’utopiste myope s’est délité, les rêves de paix, de fraternité et autres foutaises, déclenchent de très saines crises de fou-rires, dans les corbeilles fleuries des bourses débordantes de vanité… Les nouveaux maîtres du monde sont d’habiles proctologues, aux longs doigts huilés.

La jeune femme, à l’entrée du cinéma, lui sourit, d’un de ces sourires, dont la puberté fatale prive les hommes. Le meilleur de la femme se conjugue au temps de l’enfance. Le petit se faufile, musaraigne agile, frôlant pieds et jambes, le nez sur le nombril des spectateurs, qui sagement font la queue, en rangs bien alignés. Dès qu’il aperçoit la dame, sa fée dominicale, rassuré, il plisse du nez – il sait qu’elle aime ça – découvrant une double rangée de dents folles, plantées en foule, trop grandes pour sa bouche d’enfant. Collé aux jambes gainées de nylon, il en caresse machinalement la surface fine, tendre et rêche à la fois, tandis que l’autre main agrippée aux hanches rondes de l’ouvreuse, il attend – traversé par une émotion douce qu’il ne comprend pas encore – d’être poussé, d’une tape douce dans le dos, au cœur des ténèbres délicieuses de la salle. Sa place habituelle est souvent libre, au milieu du premier rang. Comme une petite souris agile, il grimpe sur la tranche du siège, et ne bouge plus, les bras croisés comme à l’école. La salle, pleine comme œuf, de Pâques à Trinité, caquète, gazouille, en croches aigües, rassurantes et cacophoniques. Les rires perlés des femmes, roulent en triolets cristallins, sur le chœur de basse continue, que tiennent sans faillir, les feutres gris anthracite, qui coiffent alors les hommes endimanchés. La tête levée, l’enfant peine à embrasser toute la largeur immaculée de l’écran, qui palpite, opalescent, comme l’œil du merlan mort, que maman fait trembler, au coin de la cuisinière, dans l’eau écumante d’une casserole frémissante. Le soir, au fond du lit qu’il marque à peine de son poids d’oiseau fragile, il ferme les yeux, attendant que l’arc-en-ciel des couleurs mouvantes de ses souvenirs de l’après midi, surgisse de la pulpe lumineuse et fragile qui blanchit le revers de ses paupières closes. Les peurs immondes, les monstres gluants disparaissent alors, d’un coup, dans l’obscurité épaisse de la chambre tiède. Errol Flynn, l’éternel flibustier, ferraille avec Tyrone Power le Zorro de tous les Zorros. De belles femmes éplorées, dont les peaux translucides palpitent sur la nacre de l’écran, se lamentent en les regardant. Toutes ont la main sur la bouche, et les yeux remplis de larmes épaisses, qui coulent en vagues chaudes.

Sans s’en douter, il découvre la jubilation, qui est au bonheur ce que la fellation est à l’amour… Là-bas, dans le lointain inaccessible et proche, une femme qui n’est pas encore née, insouciante, passe à côté de sa vie.

Le dimanche à l’église, dans sa culotte courte de velours, il se pique aux épines du martyrisé d’ivoire qui saigne, hiératique, sur sa croix de faux bois. Marie, la Mère Céleste en robe bleue, Bernadette sous sa cape de bure châtaigne, et toutes les Saintes avec elles, s’animent, pour se mêler derrière l’Autel, au combat des Pirates et des Indiens.

Plus tard, bien tard, il découvrira, expérience funeste, la passion dont il mourra…

De la même étrange façon, aux premières notes de Bach, l’Autel, le Grand Souffrant, et sa cohorte d’Élues, l’écran, Errol, Tyrone et ses sbires, toutes ses peurs mystiques, comme tous ses ravissements de pellicule, courent en sarabande fantasque sur l’écran vif de sa mémoire, dès qu’il ferme les yeux pendant la messe…

Étrangement cela revient quand dans la transparence de son verre, il retrouve la pourpre de la Tunique, cette couleur Bourgogne du cinémascope de son enfance.

Pour ce Mas Jullien 2002, la tunique inonde la robe de sa pourpre, chaude, veloutée, lumineuse. Les seuls et uniques Languedocs de ce millésime, je les avais dégustés – hors le Mas – en compagnie d’une doublette infernale, au pied du Pic Saint Loup… Abominable souvenir vert. Hic et nunc, en revanche, le nez, déjà, et c’est beaucoup, part dans les tours, dès qu’il se penche. Des effluves en profusion, fondues, qui donnent une impression d’apogée du vin. Il est là, accompli, et se donne. Une première note, goudronnée, ouvre le bal odorant. Ensuite, la cerise mûre, le thym, le ciste, la réglisse, apparaissent généreusement. En élégance. La garrigue est magnifiée par le fruit. Un nez de velours! Que le Languedoc peut, quand il est conduit par Olivier Jullien, être beau, subtil, racé. Deux jours de carafe ne l’épuisent pas. Stable, c’est le mot, avec beaucoup de classe. Une impression lactée à l’attaque, qui laisse place au cassis, puis à la myrtille et sa pointe d’acidité. À la messe des sens, le corps du vin transparaît au travers d’une matière conséquente, construite sur une foultitude de petits tanins réglissés et crayeux. Le vin s’étale, s’installe, et nul ne s’en plaindrait. La finale est à la hauteur. Longue, elle s’épuise lentement, en douceur et fraîcheur.

Je me dis alors, que sur un grand millésime du Mas, Jésus me serait apparu, en culotte de velours bien sûr, et Bach aurait déchaîné sa passion, loin, là-bas, dans mon cœur d’enfant…

«Celui qui vient au monde pour ne rien troubler, ne mérite ni égard, ni patience». René Char.

 

EITEMOMITISSAESTCONE.

L’INTERCESSION DE RITA…

Weinman. Sweet dream of Sainte Rita.

 Blanc, somme de toutes les couleurs ou absence, c’est selon…

L’addition des couleurs-lumières crée l’immaculée, celle des pigments entraine la négation, l’absence, le noir, d’avant et après la vie. L’esprit serait l’éblouissance de ce petit matin de presque hiver? Et la matière, le dense, le compact, le pesable, le mesurable, serait le point ultime de l’entropie, la disparition, la négation, l’inanimé, la mort? Questions pas très fashion-victim, certes. Désolé pour toutes les ViWi qui se seraient égarées en ces lieux de perdition… L’avenir, pour nos sociétés supposées responsables, est action, projet, investissement, consommation, frénésie, course, accumulation, genre syndrome de Bahlsen, more and always more. Alors, qu’il neige de l’amour ou qu’il pisse du sang, sur les landes Irlandaises comme dans les entrailles fumantes de l’Afrique, quel importance, quel intérêt?

A gros flocons poudreux, les cieux ont, doucement, déversé sur les villes engourdies, leur manne de caresses ouatées, qui assourdissent les chants rauques de nos ordinaires agitations matinales. Les os noirs des arbres déplumés ne se découpent plus sur le ciel sans relief, épais, lourd, apathique, couleur plomb et mercure pesants. Les cris, comme les angles agressifs de nos villes cubiques, sont étouffés, gommés, par les voiles, légers et voletants, des eaux sidérées. La courbe est reine. La neige, subtile, nous enseigne la beauté émouvante des rondeurs, comme le charme d’une hanche d’opale bleutée, alanguie dans la lumière naissante de ce petit matin figé du monde, l’intensité des sensations simples aussi, comme le baiser mordant de la ouate givrée, fondant entre col et cou.

Hors la ville, la neige révèle, souligne, sculpte, redonne à la nature la primauté, en effaçant les routes, en soulignant les lignes torturées des vignes nues. La nature retrouve sa virginité, sa nudité, à peine marquée par les tatoos délicats des oiseaux, qui effleurent le sucre glacé des prairies immobiles, de leurs pattes tridactylées

Mais l’amour n’est ni de mise, ni de mode, dans les cités fascinées par les leurres grossiers des avidités triomphantes. Bientôt les gommes épaisses des monstres de tôles vernissées, à quatre roues motrices, tous crabots engagés, écraseront les plumes fragiles qui brillent – encore un instant, por favor – et escamotent le bitume. Les chaussées noirciront. La boue grasse des âmes perdues, éperdues, tracera les chemins lourds de nos entêtements bornés. Les maîtres sont de retour, qui déversent inconsidérément sur les sols, le sel arraché à la terre. Rien ne doit arrêter, voire freiner – un instant de ce temps, qui nous effraie tant – la marche forcée de notre monde, si fragile…

«E la Nave…» folle des Nations aveuglées, «…Va»…, droit dans le mur, à (court?) terme!

De droite et de gauche, ça roupille! Il faut qu’un ex-rebelle des pelouses dorées s’y mette, col relevé et verbe coloré, style direct, reprise de volée assassine, en plein dans la gueule dentue des vautours de la Phinance. Allez retirer vos petites éconocroques citoyens, reprenez vos quatre sous, dépouillez les banques qui se gavent de vos kopecks! Proposition généreuse mais illusoire, les garces ont verrouillé leurs coffres. Essayez donc de récupérer vos misères pour voir!

Non mieux que ça, plus malin, plus facile à faire. Demandez aux Banques Éthiques (vocable peu usité, dont la signification nécessite le recours au dictionnaire, désolé!) de vous héberger. Elles sauront transférer vos avoirs, liquides, solides, gazeux, sans que les Hyènes Lyonnaises, Populaires, Paribas, Mutuelles (!!!), ne vous arrachent au passage quelques pitoyables lambeaux supplémentaires. Pour mettre à genoux la Phinance insolente, sans mettre les équilibres en dangers, pensez Équitable, Moral, Solidaire, Durable. Et de surcroît, apaisés, vous dormirez mieux!

Allez, c’est fini! Pour ceux qui auront, jusqu’au bout, traversé ces insignifiantes diatribes, sans vomir sur leurs Rolex, l’heure de la récompense, enfin, est venue!

A froidures hivernales, neiges pures et considérations nébuleuses, il faut du blanc. Mais quel blanc? Un Austral, sorbet vanille? Un Sudiste alcooleux? Un Côte Chrysocalien flamboyant, à prix d’or? Non, vendre ma Rolex? Que non, et toujours non! Mais alors, à quel Saint se vouer? Ruminations longues, réflexions volcaniques, synapses en feu, hémorroïdes corticales imminentes, fistules purulentes du cervelet, vérole du pont de Varole, varices suintantes de l’hypothalamus, hypertrophie brutale de l’hippocampe, et trois aspirines plus tard, me retrouvent, hébété, presque égaré, au fil des longues galeries de calcaire brut de mon immense cave. A perte de vue, murs de bouteilles, piles de Jeroboams, murailles épaisses de «Romanée-Conti» des origines à demain, enceintes bâties à grands coups de briques de Nabuchodonosors de tous les «Musigny» qui douillent, de tous les somptueux «Charlemagne» des collines de «Corton», échafaudages serrés de «Montrachet» prestigieux… Perdu je suis. Déboussolé, égaré, déprimé, j’en appelle à la très Sainte Rita. Ô toi, Patronne des causes désespérantes et des êtres désespérés, viens t-en vers moi, que ta main de lumière, pure et chaste, éclaire le chemin du pauvre hère en perdition, que je suis. Yeux fermés, lèvres crispées, fesses serrées, de peur de me prendre la paroi de calcaire en pleine poire (un Meursault peut-être?), pogne tremblante, tel le mendiant trébuchant de Noël (un Banuyls blanc?), j’avance à petits pas apeurés. La très Sainte me guide. Derrière le mur opalescent de mes paupières closes, palpite la vision, floue, d’une après mort sereine. Mais je m’égare…

Au juste moment, où le désespoir épais s’apprête à étreindre, de ses cercles d’aciers glacés, mon torse gracile, voici que glisse entre mes doigts gauches, tel un gode givré dans le cul d’un banquier qui verrait fondre ses profits (je blague!), le col fin d’une bouteille. Le ciel a parlé, c’est d’un blanc qu’il s’agit. De la Côte certes, mais de la pauvre (enfin…, comparée à l’autre), celle que l’on dit Chalonnaise. Un de ces blancs bien nés, qu’élève avec un soin, une rigueur et une simplicité toute Cistercienne, un de ces rares hommes qui a voué sa vie au vin. Dans son Domaine de Bouzeron, petit village, habillé de vignes, depuis que les moines de Cluny en supputèrent la qualité, Aubert et Pamela de Villaine font leurs vins. Sans esbroufe ni tapage, le Co-gérant de la DRC, avec classe et discrétion, cultive sa vigne et élève rigoureusement ses jus. Pas le roi du buzz cet homme, plutôt taiseux, mais avec cette petite lueur d’humanité souriante, rare de nos jours, qui éclaire un visage plutôt sévère, si ce n’était justement… La Rita maline, solidarité (ben oui, il faut taper bien haut pour la trouver by now!) oblige, m’a fourré (pardon très Sainte!) une «Les Saints Jacques» Rully 2008 au creux de la main.

Encore proche de l’extase mystique, je gravis quatre à quatre, les 11000 marches qui montent au rez-de-chaussée de mon logis. Là, presque nu, tant la chaleur des demis chênes, qui roussillent dans la cheminée marmoréenne d’un de mes salons, est torride, je décapsule, non pas une de ces vierges recluses dans un harem proche oriental, mais la modeste bouteille, encore fraîche de la cave. Puis d’un tour de poignet tendre et leste, je la déleste du bouchon quasi vierge, qui lui lui coupait le souffle. Elle me remercie d’un petit «plop» timide. Dans le grand verre aux formes replettes, dont le cristal reflète les lueurs changeantes des braises andrinoples, auréolées de flammèches bleu saphir, la robe d’or de ce vin modeste, pâle comme ces auréoles décolorées, qui ceignent les icônes, dans la pénombre spirituelle des monastères Byzantins, palpite comme un Mondrian miraculeusement animé. Il me faut l’élever, vers la lumière neutre d’un lustre de cristal de Bohème, pour que vive la pure brillance limpide de son or argenté.

Cette parure du vin m’hypnotise, tandis que mes doigts se perdent dans la fourrure épaisse d’un Tigre du Bengale sur lequel je suis à demi étendu, la tête confortablement relevée, par le crâne rayé du félin apaisé, dont l’haleine puissante, m’oblige à m’écarter un peu. Accoudé à la table marquetée de jade, d’orichalque, et d’écailles de tortues bicéphales, le verre posé devant moi, je sens sous mon séant assis, la douce chaleur du cuir de buffle nain hémiplégique, qui tapisse le fauteuil accueillant. De mon auriculaire recourbé, j’approche le hanap fragile de mon appendice en prière. Ce sont des effluves, subtiles et élégantes, de fleurs délicates et blanches, qui ravissent, tout d’abord mon odorat. Puis montent en volutes fines, des fragrances de beurre frais, et comme l’idée d’une poire. Puis une touche subtile de citron salé, et l’amertume d’un noyau, finissent de me frôler le renifloir. Un dernier souffle de ruche chaude, enfin, tel un clin d’œil du printemps à venir.

L’enfance du vin murmure à peine en bouche. Certes la matière est là, qu’allège un gras mesuré, mais elle semble encore repliée, comme les pétales d’une rose, à la coque à peine entrebâillée, au matin de sa vie. Entre les capitons gourmands des fruits mûrs, et la fraîcheur élégante des citrons de Palestine, le sel des coraux anciens, entroques du secondaire des temps primordiaux, enrobe la sécheresse du calcaire, de ses épices fines. Un vin qui ne se paye pas de race, qui ne l’affiche pas, mais n’en manque pas pour autant. Retenue de l’âge, élégance du Chardonnay en Septentrion, «éducation» discrète en foudres de «quercus» porte glands, sont esquisse élégante d’un vin promit à l’équilibre sous peu.

Mais le «Hollandais Volant» repart en pays de chimères, et le claquement métallique du vide-ordure sur le palier, me ramène brutalement à la réalité banale, de mon HLM en léthargie.

Dans mon verre vide, rode encore le parfum troublant d’un rêve.

 

EBIMODÉTIDIÉECONE.

UN BEL ABRICOT BIEN JUTEUX…

Où se cache l’abricot des soirs d’hiver? Bonne chance…

 

Alsacien ne suis, Dieu m’en garde, mais bon Alsace aime.

Je cherchais un Riesling Kirchberg 2000 de Louis Sipp, que je comptais marier, bon gré mal gré, avec de savoureuses Saint Jacques poellées, salées-poivrées, à peine relevées d’une nano-larme de Balsamique TM. Le choc, que j’anticipais, me plaisait déjà… La tendre chair sous le jus minéral, tendu et sec du Riesling, frissonnerait, surprise comme une rosière remontant ses jupes au sortir de la sacristie, puis se dilaterait à souhait – comme la même rosière, un quart d’heure plus tôt, avant de se faufiler en rasant les murs hors de la tanière du bedeau – pour séduire l’impatient impudent.

Mais, car il y a souvent un mais – sauf sous le joug des dictatures – c’était sans compter avec moi, l’égaré, le lunaire, le ravi de la crêche, l’étourdi!!! Le col fin, le jaune et le rouge de l’étiquette, l’appellation, le millésime, entr’aperçus, d’un coup d’œil aussi distrait que soit disant synthétique, suffirent à me convaincre, plongé que j’étais, au tréfonds de puissantes pensées, dont la pertinence éblouissante, ne tarderait pas à modifier l’équilibre instable du Monde, tant économique que politique, que j’avais entre les mains, la bouteille recherchée.

Pour ce qui est du bonheur sur Terre, je m’y attellerai très sérieusement, incessament sous peu.

C’est d’une main souplement expérimentée, que je fis sauter la capsule, et ôtai le bon bouchon sain de la bouteille. Le verre se remplit à demi d’un liquide, gras ce qu’il faut, d’un bel or franc marqué de reflets verts.

Ça commençait bien.

Le vin resta un quart d’heure sur le coin de mon bureau, tandis que je creusais et mettais en forme – laissant au passage quelques milliers de mes neurones mal en point – les concepts complexes et élaborés qui me taraudaient le cervelet, et qui feraient fuir, un peu plus encore, les deux lecteurs alzheimérisés graves, qui me restent. Avec ça, s’ils ne veulent pas pointer à l’ «Amicale Navrée des Philosophes Éplorés», les intellos branchés du web et les minettes à géométrie variables, qui sont au vin, ce que BHL est à la philosophie, seront bons pour un Bac Pro tôlerie, en alternance, et en urgence…

Le verre au nez me ramena dans le concret du vin. Une vague florale, brève comme une brume d’été, la pierre et l’amande amère, de fines notes fugaces de pétrole vraiment très raffiné, puis les fruits mûrs, le citron, les fruits confits, la mangue rôtie, le raisin de Corinthe, le sucre candi, la cannelle. Un nez d’une folle élégance, complexe, riche et mesuré à la fois!!! Ah j’oubliais l’abricot… que nous aimons tous et tant!!! De la pulpe juteuse plein le nez, un délice olfactif. Dans le fond de ma conscience subjuguée, sous le charme, au sens propre, de ce nectar, sourdait comme la figure, inquiétante déjà, de «quelque chose», comme une incertitude naissante, l’ébauche d’un doute, l’affleurement d’une angoisse…

D’un coup d’un seul, fulgurant, comme la lame de Zorro dans le ciel Californien, «V.T» (Vendanges Tardives) s’inscrivit en lettres d’infamie, sur l’envers de mon frontal en sueur subite. NDD hurlai-je à l’intérieur de moi-même (In petto, one, one more! J’adorooore, comme disent les dindes au vocabulaire étriqué), me fissurant la rate, M’aurais-je trompé???? Il va bien falloir que ma bouche tranche, me dis-je tremblant, les intestins comprimés, flatulant comme un Bolivien qui aurait sniffé par mégarde de la farine bio, ultra-naturelle, non sulfitée, et à peine moulue…

L’heure de vérité sonnait à la pendule, les «Trissotins», (voir sur Google…) déjà, ricanaient dans la pénombre épaisse. Mais oui, vous savez bien, cette pénombre, ce truisme, récurrent dans les romans de gare, cette vague obscurité, dans laquelle les traîtres de tous bords, de tous temps, de toutes obédiences, de toutes confessions, copulent, à testicules en position de vol (oui je sais ça se lit bizarre, mais «couilles rabattues» ça fait redite, non?) , frénétiquement, comme des punaises sous coke, histoire de faire tomber le cours de mes bourses.

C’est à la bouche que l’affaire aurait à se régler.

Oui, de nos jours les duels à l’épée sont prohibés, comme détester BourgogneLive, dire qu’Aurélie, parce qu’elle est… blonde, souffler dans l’Olifant d’Olif, ne pas caresser VickyWine dans le sens des poils du canard jaune, pêter au Grand Tasting, «twitter» en Français, avoir un vocabulaire qui dépasse les cinquante mots… et bien d’autres petites choses sans importance, encore. Une seule question valait la peine de vivre, de respirer, qui me taraudait le chou : l’abricot serait-il sec ou serait-il de pulpe tendre et de sucre fondant???

L’attaque du vin fut poétique, subtile, élégante, droite, nette, fraîche, et de classe, comme un texte de «Littinéraires Viniques» (charité bien ordonnée…). Bref sursis qui ne put satisfaire mon orgueil. Ce fut alors une cascade douce de fruits jaunes, qui dévala la pente abrupte de mon gosier. Honte à moi, que je sois maudit jusqu’à la treize millième bouteille!!! D’un équilibre d’école certes, que cette VT. Rien ne dominait vraiment, et cela faisait le vin léger. Mais aussi, la pâte de coing croquante, la marmelade de citron, la cannelle, les épices douces confirmaient mes craintes, tout en douceur mais hélas, en tendresse (trop pour l’occasion) aussi. Puis le vin porta l’estocade, sous les fougueux assauts d’un abricot, comme j’en aurais volontiers croqué plus souvent. De l’essence de fruit, toute en jus subtilement sucré. La finale célébra la puissance du vin, longuement. La pierre derrière les fruits apparut, bien après que les poètes fussent disparus… Avec elle, une pointe d’amertume discrètement salée, me laissa la bouche plus propre que le plus expert des baisers goûlus.

Comme un taureau d’Hemingway, sous les regards énamourés des belles américaines aux corsages palpitants, escabellé je fus!!!

 

ETOUTEMOHONTITECOBUENE.