Littinéraires viniques » LES ZANIMAUX MARTEAUX

UN PANDA.

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Rock’roll panda de La De.

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©Brigitte de Lanfranchi – Christian Bétourné. Tous droits réservés.

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La peluche noire et blanche à vraiment l’air commode

Quand elle dort accrochée au milieu des bambous

Les enfants sont en joie, les femmes jolies robes

Elles rêvent alanguies de câlins tendres et doux.

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Dans les forêts de Chine il traîne sa fourrure

Et ses yeux au beurre noir sur sa face si blanche

Comme un regard crevé regardent le ciel pur.

Son âme sucre candi, son cœur en avalanche.

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Bientôt il va mourir ce croqueur de roseaux

Avalé par les hommes dévorés par l’ego

Qui avancent sans cesse en mangeant la forêt

Il sent que sonne l’heure des déserts annoncés.

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La colère et la peur noircissent son pelage

La douceur le quitte, la cendre l’envahit

Mieux vaut ne pas sourire à l’animal en rage

Le doudou du bébé est devenu sauvage.

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Un soir je l’ai croisé du côté de Qionglai

La montagne était belle sous le soleil mourant

Des rayons de la ruche coulait un miel doré

Sur le dos de la bête se fanaient les diamants.

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Au crépuscule magique, panda était si beau

Sa pelisse à deux tons rutilait dans le noir

Immobile et pensif, la mine au désespoir

Il poussait des soupirs à fendre les miroirs.

UN HÉRON.

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 Héron de cendres par La de.

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Hiératique tronc gris sur le bord de l’étang,

Une patte repliée, immobile, endormi,

Le long bec de côté comme une branche morte,

Son œil clair est d’or pâle, et sa pupille fixe

 Semble ne rien voir du monde qui l’entoure.

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Le héron est patient, il ne sent pas le temps.

Les heures et les secondes s’écoulent lentement,

Glissent sur son manteau en ardoises de plumes,

Hiver comme été, raide comme une enclume,

En plein vent, sous la pluie, il sait que viendra l’heure.

Silhouette glacée insensible au bonheur.

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Jamais il ne regarde le soleil face à face.

Sous les eaux de mercure, les poissons ondulants

Ne voient qu’une ombre noire, un arbre chancelant

Calciné par la foudre d’un orage vorace.

Pourtant la mort est là penchée au dessus d’eux,

Les grenouilles croassent, elles ne savent pas qu’il pleut.

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Le héron est la faux à la lame de corne,

La camarde assassine qui hante les roseaux.

D’un mouvement rapide de son cou d’allumette,

Il pique les eaux claires, éviscère la rainette,

Eventre le gardon, du bout de son ciseau.

Ardea Herodias, le faucheur fusiforme !

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Mais une pluie de plumes est tombée alentours,

Un chasseur malheureux a répandu le sang,

Les tripes, la cervelle, de l’oiseau des étangs.

D’un seul coup de fusil, tiré avec amour.

LE POULPE.

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La De et sa salade de poulpe.

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Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Poulpinet, dit maman, reviens vite petit gnome !

La mer est dangereuse, tu vas te faire croquer,

La murène perverse, le mérou grasses lèvres

Te guettent ces voraces et que dire des hommes !

En salade, aux échalotes, c’est parfait

Et en fin de repas, un bon fromage tout frais !

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Poulpinet s’en fout bien il ne pense qu’à nager

A rejoindre Poulpinette cachée dans les rochers

Ils s’amusent comme des fous, ils font les aviateurs

Foncent à tire d’eau avec leurs réacteurs

Les poissons clowns ont peur, les anémones frissonnent

Quand ils voient débouler Poulpot et sa championne !

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La mer est à l’étal, septembre est arrivé

Les derniers vacanciers ne pensent qu’à bronzer

Le sac et le ressac chantent l’été indien

Dans les bars les restos on entend Jo Dassin

Zizounet sur le sable n’en peut plus de dorer

Il ne rêve que d’une chose, de chasser le requin.

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Zizounet le blaireau sous sa combinaison

Souffle comme une forge sous le soleil de plomb

Il agite ses palmes ses mains au bout des bras

Sous son masque embué il tête le tuba

Et regarde tout en bas les reflets animés

Des poulpes virevoltant tentacules enlacés.

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L’enfant n’en revient pas du spectacle qu’il voit

Une salade de poulpe des pommes et des noix

A table ce midi et ce serait bombance

La flèche de son fusil est partie sans un bruit

Les deux poulpots percés par le trait assassin

D’un seul coup sont tombés dans le fond du bassin.

UNE GRIVE MUSICIENNE.

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Bach au jardin de La De.

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Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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La grive musicienne sur le sol s’est posée

Elle volète alentour, un peu lourde, empruntée

Son plumage est quelconque, par endroits tacheté

De crème pas très fraîche et de marron gelé.

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La voici qui sautille d’une pierre au piquet,

Regarde au ras du sol, c’est son garde-manger

Un escargot peureux s’abrite sous une pierre

Mais la grive goulue est descendue du lierre.

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Elle l’a vu, l’a saisi, d’un coup de bec brutal

L’oiselle l’a cogné, a fendu la coquille

A gobé le benêt perdu sans sa bastille

La mort a emporté son fragile vassal.

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La tueuse rassasiée, satisfaite a chanté

Une aria maniérée aux croches veloutées

Au jardin mille fleurs sous un ciel en beauté

La nature au soleil, personne n’a bronché.

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Caché derrière un arbre un matou terre de sienne

Le museau couturé de blessures anciennes

A laissé la bécasse a son chant de victoire

D’un coup de patte furtif il a fini l’histoire.

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Do ré mi fa sol la, ça se passe comme ça

Au jardin mille fleurs sous un ciel mordoré

Le chat roux est parti se refaire une beauté

Un éclair est passé dans l’iris vert matois.

LE CROCODILE.

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Le marshmallow croco de La De.

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Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Sur le bord d’un vieux fleuve, large comme la mâchoire

Des grands fauves grondants qui viennent s’y baigner,

Un tronc de bois bandé attend, rien ne le presse,

Qu’une vague de passage le remette à voguer.

Un phacochère hargneux, capable de bassesses,

Dandine en grommelant, tout heureux d’aller boire

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A portée de son groin, la voilà l’onde fraîche !

Elle est d’or et d’argent, il se régale déjà.

Accélérant l’allure, le cochon noir grogne,

L’animal est si laid, son air est si revêche

Qu’il fait peur aux ibis, aux longs becs des cigognes,

Aux oisillons fragiles, aux sombres jacanas.

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Gêné par son clavier aux dents proéminentes,

L’ombrageux sanglier trébuche sur le vieux bois,

Le choc est si brutal qu’il le déséquilibre.

Comme un éclair soudain sous un orage sournois,

Deux lames aux dents blanches, ivoires d’un gros calibre,

Et le voilà brisé par l’assaut du géant.

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Emile le crocodile est un maître tueur.

Il n’a peur de personne. Pas même des crinières

Et des muscles puissants. Sous ses paupières lourdes,

La cruelle lueur de la lumière qui sourde

De ses pupilles fendues, dignes des pires sorcières,

Tétanisent tous ceux qui frôlent sa demeure.

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En armure de cuir, massif comme un char,

Emile a refermé sa gueule de vieux soudard,

Puis il s’est endormi, la panse bien remplie.

Un oiseau s’est posé, un pluvian tout petit

L’éboueur minutieux lui a curé les dents,

A coups de becs précis, au-dehors, au-dedans.

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Un éléphant géant a vu tout ce théâtre,

Il a couru vers l’eau volant à tire-d’aile,

Trente tonnes lancées à fond de manivelle.

Emile d’un coup de queue se joue du cataphracte.

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Les yeux au ras de l’eau, Emile fait la bûche,

On dirait qu’il dérive, mais ne vous y fiez pas !

UNE CHATTE.

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La chatte revisitée de La De.

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Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Lalique est une chatte inquiétante et superbe

Ses yeux d’agate verte luisent même le jour

Personne ne l’entend quand elle glisse élégante,

Dans son regard absent se reflète l’eau des lacs

Les eaux de glace trouble qui jamais ne se rident.

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Quand les grands vents se lèvent en hiver en été

On voit comme un frisson balayer son échine

Qui court d’Egypte ancienne ou peut-être de Chine

Bastet l’énigmatique, Chuan le magnifique

Sont tous deux les ancêtres de la belle Lalique.

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Souvent la nuit tombée, elle se métamorphose

Et la chatte docile qui ronronne quand on ose

Effleurer son museau du bout d’un doigt léger

Les oreilles baissées, la queue au ras du sol

Silencieuse et terrible chasse le campagnol.

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La gueule rassasiée, les babines rougies

Les pupilles dilatées par le festin nocturne

Après avoir léché sa tunique souillée

Sur ses pattes de plumes, la queue vers le plafond

Se dandine insolente et d’un coup de rein souple

Se glisse sous le drap qui brille sous la lune

Blottit sa tête douce contre le corps tout chaud

De la belle endormie qui ronronne elle aussi.

Elle frémit de plaisir et rêve du paradis.

UN MOUSTIQUE.

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Mosquito des Enfers par La De.

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Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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On croirait une sciotte qui vole dans les airs,

Quand la nuit est tombée le moustique surgit

De nulle part ou d’ailleurs, comme une flèche d’ombre.

Personne ne s’en doute, mais Mosquito rugit

Comme un griffon ailé. Il nait de la pénombre

Des marais infestés où règnent les mystères.

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C’est un insecte hargneux, ils se rue sur les chairs

Des êtres dénudés, des enfants aux yeux clairs

Arrachés au sommeil par le vampire ailé.

Il se gorge de sang, un sang gras et salé,

Alors il devient fou, gagné par l’arrogance

Il rugit plus encore, en brandissant sa lance.

Ainsi telle la grenouille qui se prend pour un bœuf,

Mosquito alourdi, par sa soute lesté,

Se pose contre un mur au soleil réchauffé,

Sa digestion est lente, c’est qu’il n’est plus très neuf,

Mais il repart bientôt, ne sachant plus attendre,

 Mosquito le goret sent sa panse se distendre.

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Quand il a fait le plein, au bord de la syncope,

Ses ailes ne portent plus le diptère glouton,

Accroché par les pattes à l’écorce d’un tronc,

Le stryge ridicule a perdu sa superbe

Il meurt en éclatant, sous la langue d’un Serbe.

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Un Gecko des Balkans l’attendait patiemment.

LE FAUCON A PLONGÉ.

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Quand La De a fumé.

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llustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Un perroquet gros bec aux couleurs électriques,

Parure rouge, jaune, verte et bleue, criaille,

Et pique les fruits mûrs aux pulpes éclatées.

Aux palmes, accroché, il a mis la pagaille,

Il jase, piaille et crie, on croirait une courée,

Une bande d’enfants qui torturent une bique.

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Le bel ara royal, nuage albuginé,

Grogne, craque et siffle, la crête ébouriffée,

Comme une grande aile jaune aux plumes agitées,

Défie le perroquet, regard désespéré,

Ses griffes aux ongles noirs font de forts moulinets,

Volatiles en bataille, combat des emplumés.

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La musaraigne grise, au pied de l’arbre vert,

Attend le cou levé que tombe enfin la manne,

Les fruits tant désirés aux sauces pâtissières,

Elle tremble de plaisir comme une toxicomane,

Se lèche les moustaches, prête à faire sa fière,

A se gonfler la panse, se remplir la théière.

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Les deux psittacidés secouent les branches lourdes,

Leurs plumes volent au vent, leurs becs se déchirent,

Leurs livrées maculées de tripaille et de sang,

Ils crient et s’égosillent, hurlent comme des déments,

Une mangue ventrue, la voici qui expire,

Elle chute, écrase et tue l’innocente cougourde.

Des hauteurs de l’azur, le faucon a plongé.

L’AMIE MARSUPIE.

Marsupie l’amie de La De.

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Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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L’amie Marsupie sous son léger boa rose

Bondissante, aérienne, jolie petite chose,

Toute de jaune vêtue, charmante peau à pois,

Saute de feuilles en arbres, se mirant le minois

Aux mares de passage, minaudant en chinois.

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Une pile l’amie sur sa queue à ressorts !

Là-haut derrière sa branche, Sidonie la Jaguare

La fauve féministe au regard d’ambre et d’or,

Se lèche les babines. Abonnée au cafard,

La fauvesse est fébrile, accablée par le sort.

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Et l’amie Marsupie ne la laisse pas de marbre,

Elle préfère de beaucoup les gentilles aux gentils.

Mais la faim la tenaille, elle est maigre comme un sabre,

Oubliant les Femen, l’écologie, les arbres,

Il lui tarde de voir Marsupie dans son nid.

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Tapie, prête à bondir sur l’insouciante folle

Qui sourit à la vie, belle et dégingandée,

Sidonie se prépare à lacérer la molle,

A déchirer les chairs de la jeune effrontée

Elle tremble de plaisir, même son cœur s’affole.

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Mais la queue caoutchouc la saisit à la gorge

Marsupie ouvre grand sa gueule aux dents aiguës,

La jaguare étouffée hoquète comme une forge,

Quand leurs regards se croisent un miracle se produit,

Une flèche d’Eros transperce leurs deux gorges.

L’amour les a saisies, leurs crocs se sont unis.

UN ÉCUREUIL.

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L’Oscar de La De.

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Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Oscar et sa queue rousse posée dessus sa tête

La touffe de poils flous lui fait une chapka

On dirait un boyard paré pour les grands froids

L’hiver peut tempêter, l’écureuil est poète.

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A l’abri des branchages, il croque des noisettes

Réfléchit et compose de longues élégies

Ses petits yeux brillants, toujours surveillent et guettent

Sous son pelage roux s’opère la magie.

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Cachée dans les fourrés la martre se régale

A l’idée de sucer le sang du flamboyant

Dans le ciel gris du soir un Autour rouge pâle

Cherche à faire bonne chair de l’amateur de gland.

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Oscar le roux rapide s’est tapi dans son tronc

Il a senti la mort, son regard de métal

Bien à l’abri du bois il peigne son plastron

Puis se casse une noix d’un coup de dent brutal.

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Par la fente de l’arbre il regarde alentour

Sous les couleurs d’automne la nature saturée

Les feuilles sous le vent, le ciel blanc devient lourd

Dans son nid de poils doux il tricote un sonnet.

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A le voir si mignon on le croirait fragile

Quant à la nuit tombée un oisillon distrait

A chanté deux trois notes demandant un asile

D’un coup de croc rageur le rongeur l’a saigné.