UN SERPENT.

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L’insinué de La De.

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©Brigitte de Lanfranchi – Christian Bétourné. Tous droits réservés.

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Un boa s’insinue dans une large fente,

Sa tête est déjà loin quand sa queue est ici,

Comme un soupçon malsain qui rampe sous la soupente,

Quant à la nuit tombée, les enfants cramoisis

S’enfoncent sous les draps, tout au fond de leurs lits.

Le serpent est un doute qui glisse sans un bruit.

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Le reptile imbécile a gobé un lapin,

Un lapin de passage aux oreilles tendues,

Seule sa queue tressaille, son corps a disparu

Envolé, englouti, comme un vulgaire boudin.

Sur les écailles lisses du boa déformé,

On peut voir les oreilles du lapin dessinées.

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A digérer ainsi une telle boule de poil,

Le boa a plongé dans un sommeil profond,

Il rêve d’un gros chat allongé sur un poêle,

De lui parler tout bas pour l’avaler tout rond,

Et l’entendre miauler, étouffer, rubicond.

C’est un boa pervers, effrayant et cruel.

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Le serpent est un fat, ne craint ni dieu ni diable,

Tout le monde s’enfuit, et sa gueule béante

Est un four de soie rose, fascinant, insatiable,

Sa langue noire fendue comme un sabot crochu

Caresse les jeunes proies, les petites pantelantes.

Oui, le dragon sans ailes a perdu ses vertus !

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Vous qui vous promenez dans les forêts lointaines,

Gardez vous de rêver sur un tronc vermoulu,

Ne fermez pas les yeux, méfiez vous des fontaines,

Des lianes enchevêtrées et des regards goulus,

Parfois entre vos jambes un boa se promène,

Prêt à vous enfourner, petites ingénues !

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