Littinéraires viniques » POÈMES EXACERBÉS …

LA REINE EST AU MUSÉE.

Quand La De est au Louvre.

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©Brigitte de Lanfranchi – Christian Bétourné. Tous droits réservés.

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Dans sa gueule d’argile, des miaulements muets.

Les siècles ont passé, Bastet est au musée.

Elle a connu des princes, des rois, des pharaons

Elle a connu les ors, l’amour du lycaon,

Après qu’elle a passé les hommes l’ont momifiée.

Bastet la souveraine exposée en haillons.

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Derrière ses grands yeux morts palpitent les souvenirs,

Akhenaton le fou sous le soleil d’Egypte

Au temple glorifié, embaumé dans la myrrhe,

Toutes ces gloires mortes sous la plume des scribes

Ne reviendront jamais naviguer sur le Nil,

Enfouis au profond des mémoires stériles.

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Seules les pyramides balayées par les vents

Se dressent à moitié nues dans le cœur des vivants,

Parfois quand la nuit noire tombe des cieux glacés

Néfertiti la belle sent son âme pleurer.

TUER LE DIABLE.

Le diable beau de La De.

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©Brigitte de Lanfranchi – Christian Bétourné. Tous droits réservés.

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Je vais tuer le diable

Soleil abominable

Lui arracher le râble

Le vider de son sang

Apprendre son cœur avec les dents

Le débusquer dans son taudis

Le faire chanter comme un maudit

Lui faire cracher un dernier cri

Boire sa bile et sa folie

Le dépecer à racler l’os

Tuer sa mère et tous ses gosses

Dire à son père lui qui nous crée

Qu’il n’est qu’un verbe de papier

Maudits soient-ils jusqu’aux derniers

J’irai crever sa gueule d’enfer

Je ferai braire ses yeux pervers

Sucer son suc, sa vie amère

Me regarder violer sa mère

J’éplucherai ta gueule d’airain

Je t’étoufferai dans ton purin

Avec ta peau de haine noire

Je tapisserai les abattoirs

Et je jouerai de mon tambour

Avec tes os la nuit le jour

Fils des ténèbres tes hurlements

Feront des loups grincer des dents

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Ne pleure pas

Au moins tais-toi

Regarde-moi

Toi le grand Roi.

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J’étriperai tous les chats noirs

Tous les barbus aux ongles noirs

Et tes sorcières sur leurs grilloirs

Tu hurleras de désespoir

Même les gargouilles des cathédrales

S’abreuveront aux eaux lustrales

Il est forclos le temps des râles

Tous les incubes et les succubes

Les vampires fous et les catins

Les crapauds bleus les corbeaux nains

Les vieux vicieux et leurs sales mains

Les gnomes laids et leurs pustules

Feront la ronde sur ton cul

Fleur du mal boule de pus

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Le ciel se noie la terre purule

Sous les orages sous ta férule

Vois tu éclates

Toi l’écarlate

Prince des horreurs

La mort a peur.

MAIS CE TEMPS EST ÉCHU.

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Les grands lacs des yeux morts par La De.

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Hontes bues, ego nus, précieuses et merveilleux,

Ensablement des sens, neurones montsantisés,

Pesticide innocent saupoudré, camaïeu,

Pornographie banale, érotisme chassé

Du couvent convenu des convenances fades.

Le sang pâle des cœurs roses, accrochés aux estrades,

Guignols et mirlitons penchés bas aux balcons,

Enfilades de perles, enfilages de mouches,

Hameçons de cartons et brochets Scaramouches,

Blasons engorgés d’or, noblesses de savon,

Coffres forts exposés aux regards des pigeons.

Catapultes foireuses, huile bouillante jetée

Sur la foule insensible occupée à selfier.

Les grands lacs des yeux morts de n’avoir regardé

Tomber le ciel en miette, et les ventres éclatés

Des enfants colorés, dézingués tout l’été

Par les cohortes noires, la hargne déchaînée,

L’orient et l’Occident aux doigts si fort serrés.

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Dans les plaines Mongoles, les ruisseaux fifrelins,

Chantent à l’unisson de grands airs cristallins,

La crinière des alezans flotte sur la steppe,

Quand Gengis le grand, sous le vent des conquêtes,

Galope à brise folle vers l’Occident frivole.

Mais ce temps est échu et la terre devient folle.

MELANCHOLIA.

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L’étrange Mélancholia de La De.

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C’est une mélancolie couleur des vieux lilas

C’est une poussière pâle qui se glisse dans mes draps

Un vieil étang ridé bordé de joncs meurtris

Et le chant des oiseaux qui se tait à la nuit

Les hérons gris salis blottis dans les taillis

Le crapaud en bouillie tombé dans le fossé

Et les étoiles s’éteignent quand un souffle exhalé

Traverse les espaces, ne laissant nulle trace.

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C’est une Mélancholia invitée par hasard

Au bal des Contes Noirs un soir de désespoir

Qui s’était déguisée en un trop fol espoir

A moins que ce ne fut un trop beau cauchemar

Mélancholia soupire, c’est une triste lyre,

Toi sale déesse tu ne sais que maudire

Tu te repais gourmande te gaves de martyrs,

A leur briser les os, les figer dans la glace.

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Mélancolie ma mie je te hais je te prie

Tu es le sang du sang blottie au fond du lit

Dans le creux de tes seins fleurit le pissenlit

Qui pousse tête en l’air sous la pierre lazuli

Sous la stèle funèbre sous laquelle un beau soir

Je n’irai pas dormir tu peux toujours sourire

Les ailes des colombes effrayées dans le noir

Mélancholia vorace, tu m’aimes à en mourir.

JE MARCHE COMME UNE OMBRE.

Sous le couvercle du sarcophage par La De.

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©Brigitte de Lanfranchi – Christian Bétourné. Tous droits réservés.

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Le vent cet enragé balaie le ciel figé

Comme le sang bleu perdu des siècles oubliés,

Les cyprès effilés, agités se balancent,

Indolents et muets, rythmant le temps qui danse.

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Dans les allées en croix du cimetière éteint,

Groupés en rangs serrés les tombeaux des anciens.

Sous la terre gelée, on entend grelotter

Les crânes et les os des corps abandonnés.

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Mais que sont devenus les cercles enchantés,

Ils y parlaient jadis la langue échevelée,

Le jabot prétentieux, le visage poudré

Entre leurs doigts crochus le monde gémissait.

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En ce jour de frimas, sous les dalles de marbre,

On entend le silence de leurs âmes éplorées.

Je marche comme une ombre vers le feu des enfers,

La dépouille sans vie va partir en fumée.

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Tous ceux qui vont mourir, autour du sarcophage

Exposé à la foule. Dans le bois qui l’étouffe,

Il crie sans qu’on l’entende. Le bel aréopage

Sait que la mort est là qui se rit de l’esbroufe.

LES HERBES SONT COUPÉES.

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La fleur crue de La De.

Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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La fleur crue tressaille sous l’abeille

Qui lui compte fleurette,

La fleur cuite s’est endormie flapie

D’avoir trop l’a tuée,

La fleur fanée rêve d’un beau bouquet

Et d’épines de roses,

A lui griffer dos et solitude.

La fleur tranchée par la dent trop dure

Saigne, pleure, et se meurt

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Le jardin flamboie, la lune est haute.

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Sur la grève verte la mer a laissé

Bouquets de fleurs salées,

Sur la grève la mouette a crié

Les trilles mortes de froid

Que la grève esseulée espérait,

Sous le flux mémorable

Le sable rit jaune au vent endiablé,

La vague l’a blessée,

Coquillages meurtris.

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Les algues se balancent, molles, décharnées.

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Le nuage a passé, le ciel se poudre

D’eaux et de grains à moudre

Au moulin des soupirs,

Le nuage salé sous ses yeux

Éclairés mais fermés,

Vraie valse des oublis,

Le nuage noir du sang déversé

Au lendemain, à l’heure

Où la lune est tombée.

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La montagne solitaire, les herbes sont coupées.

LA POÉSIE CRASSE DE SUIE.

La poésie au cœur des ténèbres par La De.

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©Brigitte de Lanfranchi – Christian Bétourné. Tous droits réservés.

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La poésie se fâche

Tous ces chialeurs l’ennuient

Elle a grand faim de froid chaud cru

De pomme d’api en terre chaude

Au bout de son couteau pointu

De compagnons et de ribaudes

De cheminée crasse de suie

De flacons rares, de gros qui tâchent

Aussi !

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La poésie est une bernache

Elle a le mors aux dents saignant

Plus une corde à sa guitare

Son gros tambour de peau de morte

Fait un bruit sourd de femme forte

La poésie est une avare

Qui donne à qui est bel amant

La poésie est une vache

Meurtrie !

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La poésie vieille patache

Ne sait pas même ce qu’elle dit

Elle a connu toutes les batailles

Les gros chagrins des petits amours

Les vieilles barbes et les moustaches

Illuminés pauvres maudits

Ont célébré ses funérailles

Mais la futée a de l’humour

Dépit !

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La poésie jamais ne lâche

Ce qu’elle tient fort entre ses dents

Et le poète est son esclave

Il ne peut rien quand elle ne veut

Il a beau faire jamais ne gâche

Les envolées ou les élans

Entre ses mains la triste épave

N’est que sa plume d’encre bleue

Oubli !

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La poésie souvent se cache

Fait bouche d’ange et grands yeux bleus

Sourit aux mièvres comme aux mutins

La poésie fait sa putain

Se donne des airs de catin

Puis elle coupe les mains

Crève le cœur et les yeux

Des timorés et des bravaches

Farcis !

La poésie aime la cravache

C’est une sans cœur et sans vertu

Elle aime à prendre à être prise

Dessus dessous en haut en bas

Pas de discours de falbalas

De ronds de jambes de rimes grises

Elle ne respire que dévêtue

La poésie est une apache

Envie !

ET QUE LA VIE.

La Vie dans l’oeuf de La De.

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©Brigitte de Lanfranchi – Christian Bétourné. Tous droits réservés.

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Et Feu créa la flamme aux arcs électriques

Aux langues écarlates échappées du soleil.

Du fond des terres sombres, lumières égocentriques

Enchâssées dans la pierre des temples et des merveilles

Évadez vous enfin des sarcophages froids

Brulez à en mourir, éclatez les cratères

Ne laissez pas la bête glacer vos cœurs d’effroi

Ni vos lèvres sucer le sang de vos misères.

Élancez vous, hurlez, remontez des entrailles

Des tripes purulentes fauchées pas la mitraille

N’oubliez pas les cris des ventres qui défaillent

Osez lever les yeux vers les cimes aigües

Jetez aux bas ravins les discours ambigus

Des hommes enlaidis par trop d’incertitudes

Il faudra bien qu’un jour le monde se secoue

Exacerbe la vie, secoue les hébétudes

Et que la vie enfin s’extirpe du dégoût.

FILLE DE GARCE.

La belle mort belle de La De.

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©Brigitte de Lanfranchi – Christian Bétourné. Tous droits réservés.

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Toi fille de garce, ma salope vorace,

Fille de pute, enfant mort-née, toi la salace,

Tapie en haut, tapie en bas, en bas de soie,

Face noire sous ta capuche, toi qui rougeoies

Tes doigts d’os durs, tes doigts glacés, ongles laqués

Sourire fielleux, dents aiguisées, ta lame pointée.

Je te regarde droit dans les yeux et te souris

Interloquée sous ta tunique, nuages gris,

Derrière mes yeux, mes pleurs grenus, au désespoir.

Mais pas question de te montrer ventre glacé

Insolemment mon doigt se tend, ta face fripée

Fureur salée, tu veux me mordre pute-carogne

Mais moi je ris, je bois mon vin en compagnie.

Le vent putride, ton âme rogue et ta sale trogne

Tu veux me prendre, que je me rende, furie !

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Plutôt mourir, foin de martyr, poitrine au vent.

D’IMPROBABLES BLANCS LYS.

Le bonheur du grand noir par La De.

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©Brigitte de Lanfranchi – Christian Bétourné. Tous droits réservés.

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Qu’as-tu fait de ta vie, cette vallée obscure,

Une étoile avortée avalée par l’espace,

Un battement de cils, une averse de glace ?

Dans le ciel lourd et noir, le vent dans les murmures.

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Alors en attendant que vienne le petit soir,

Ou la lumière lugubre d’un sinistre matin,

Dans les forêts rêvées, à la lisière du bois,

Un grand cerf a bramé dans un long cri sans fin.

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Tout au long de ton temps, derrière ton piano,

Le grand air de ta vie s’est enfuit sous tes doigts,

Entre trois fausses notes, un cri, quelques repos,

De rares fulgurances, un éclair, un éclat.

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Tu as raté le coche, perdu dans tes dénis,

Comme un ermite fou enfermé au désert,

Qui s’obstine et cultive d’improbables blancs lys,

En hurlant à tue-tête comme un loup éphémère.

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Et que verra ta mort après ton dernier râle,

Quand tu auras rejoint la touffeur du charnier,

Quand tes mauvaises humeurs pourront enfin couler

Se mêler à la terre, aux nuages, au ciel pâle ?

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Alors tu connaitras le bonheur du grand noir,

A moins qu’une tempête brodée de roses rouges,

Ne t’ouvre les portes d’or d’un nouvel abattoir,

Peuplé d’âmes légères aux yeux effarouchés.