RENÉ MURÉ. RIESLING « Clos Saint Landelin » SGN 1983.

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Ou, comment un bon moine Irlandais donna son nom à un vin qui n’était pas de malt …

« Situé au sud de la ville de Rouffach, Le Clos St Landelin s’étend sur une surface de 12 hectares. Il constitue l’extrémité sud du grand cru Vorbourg. Ses pentes abruptes d’exposition sud nécessitent la culture en terrasse. Le sol est argilo-calcaire avec beaucoup de cailloux ; le sous-sol est formé de grès calcaire du Bajocien et de conglomérats calcaires de l’Oligocène. L’ensoleillement intense dont il bénéficie en fait un terroir d’une grande typicité ». D’après http://www.mure.com/

Ceci étant rendu à René, autre César, je regarde cet élixir de pur bronze au creux duquel les rayons du soleil, apparu entre les nuages lourds qui traînent à ma fenêtre, mettent le feu du ciel en cet avril boudeur. Paisible est ce vin étendu dans sa couche de cristal fin. Comme un lac de plaisir étincelant, perché, à l’équilibre, sur la longue tige que je saisis d’une main émue.

 Comme à l’habitude, je ferme les yeux et me recueille un instant.

C’est bien la moindre des choses quand on ouvre largement le nez au-dessus d’un jus de trente ans d’âge, né de raisins grillés et précautionneusement triés. Le vin est breuvage qui se respecte. Comme l’homme il vit sa vie et vieillit lentement, et comme trop peu d’entre eux, hélas, il se bonifie. A la première inspiration, je me sens me décoiffer, tant le bouquet que je capte est fondu, complexe, et captivant. Un feu d’artifice de flaveurs que l’aération a décuplé. En foule, ensemble, entrelacées, des fragrances de fumée, minérales, au dessus de notes, ou plutôt de croches, parfumées – comme un contrepoint sans fin de Bach – déroulent leur musique. La fleur d’acacia, le miel, l’orange confite, la pêche jaune à la chair sucrée, l’abricot éclaté sous la poussée du jus, la propolis, la prune épanouie comme le ventre de l’odalisque, les fruits confits, caressent mes narines ravies.

Le temps a passé, au buvant du verre je prends en bouche un peu de cette pluie de vin, tandis qu’au dehors les nuages se vident, et tapissent le sol de grosse bulles tièdes. Rond, puissant, gras à souhait, avec juste ce qu’il faut de sucre, le vin me pénètre, enfle, et lâche au creux de mon gueuloir avide, une brassée de fruits mûrs.

Puis viennent les épices, la cannelle poivrée, le jus s’allonge comme une danseuse qui s’étire. Enfin la fraîcheur surgit derrière le fruit et fait danser, danser le vin. Dans ma bouche désertée la pierre s’attarde très longuement, qu’exalte la fraîcheur, la dragée à l’anis et la fine amertume des noyaux.

Sous la bure austère de Saint Landelin se cachaient des trésors profanes, sans doute ignorés de ses frères prieurs …

 Avec quelque chose d’une sonate,

De Scarlatti

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