Littinéraires viniques » POÈMES EXACERBÉS …

MAÎCRESSE ET TURLUPIN …

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Mis en scène par La De.

Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

—–

Dans le boudoir si rose qu’il en paraît morose,

Turlupin, petit rat, string rose, court son chemin,

Il piétine, turlupine, badine en sourdine,

C’est une ficelle entre deux fesses de sardine.

Deux qui le tiennent bien, trois qui le butinent.

—–

Maîcresse, drôlesse, taille épaisse, grosses fesses,

Le mène, malmène, folle farandole,

La bourrache sait bien manier sa fiole,

Et le pur lupin court comme un petit lapin

Toujours prêt à prêter, à donner de son burin.

—–

C’est un couple charmant qui joue de la bombarde,

A longueur de journée on les entend crier,

Hurler, minauder, se fâcher et se réconcilier,

Et ça chauffe, et ça cloque et ça clique et ça barde,

Turlupin et Maîcresse aiment tant la bouffarde.

—–

Il était page dans un gai manoir parisien,

Elle en fut la première éblouissante catin,

Ces deux là étaient faits pour se prendre la main,

Lui, petit, gentil, drôle, que rien n’effarouche,

Elle grosse loche, poigne à mater le manouche.

—–

« Turlupin, cesse ! » dégosille t-elle à tout va,

Dès que le furet rose ose le bout du roi,

« Et viens t-en beau te coucher, là tout entre moi !

L’heure est tombée, Toupin, occupe toi de moi »,

C’est qu’elle est tendre quand brûle le bout d’un doigt.

—–

Ils vécurent heureux mais n’eurent pas d’enfants

Elle lui fit endurer les bien pires tourments,

A te le manier, à lui saigner le gland,

Turlupin adorait qu’elle lui fouette les flancs,

Elle aimait quand il lui défonçait le turban.

——

Tout allait pour le mieux entre ces deux charmants,

Mais un jour alors qu’il la battait durement,

Maîcresse dans un spasme à se péter les dents,

Senti son cœur bondir quand sa rose éclatant,

Le dard de Turlupin lui défonça les flancs.

—–

C’est ainsi que périt Maîcresse, un soir tombant

Depuis lors Turlupin dort comme un chien hurlant …

NE TOMBE TA PEAU …

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La De entre deux eaux.

Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

—–

Les âmes habillées des lumières de la vie,

Quittent au bout du quai ces dépouilles pourries,

Elles errent dans l’entre-deux, sinistre Paradis,

Se lamentent, et attendent que flamboie l’aujourd’hui.

—–

Et tu sais bien ma sœur, mon amante, ma lie,

Que sans toi, son vol traîne, enchaîné à son lit,

Du solitaire, froid, mousseux comme une bière,

Il gît, las, dans la pénombre, triste bruyère.

—–

Et tu sais bien ma praire, ma croquante mie

Tu vis à marée lasse quand tu es loin d’ici,

Âme, ma dame, ma flamme, tu rames, alors souris,

Je m’envole en gondole, à tire cœur, rigole et surgis.

—–

Alors gicle, pisse, frémis, comme un vice charmant,

Te roules la moule, la houle, sur le mât branlant,

Hurle, arrache, dévore, adore, lèche et griffe,

Déchire, pleure, appelle encore ! Défonce et gifle.

—–

Cingle, tringle, épingle, dépèce ma folle,

Coule la foule au long des bancs de larves molles,

Grasses morves, langues torves, bleuets flétris,

Fleurs d’opales, diamant gluant, douces chatteries.

—–

Avant que loques immondes, qui tombent en lambeaux,

Que la lumière crevée, ne pleure dans tes yeux,

Quand tes laves si bleues inondent les chaos,

Ouvre toi aux délices, aux larmes en camaïeux.

——

Que ton âme soupire, que tu meures jouvencelle,

Toi mon miel, surréelle, mon ombrelle, ma voyelle.

Toutes les pierres dures glissent sur ta peau.

AU CAFÉ ANDALOU.

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La De fume la chicha ?

Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Au plafond tout noirci, la fumée des chichas

En volutes épaisses tourne toute la nuit

Aux mille jours dorés, au travers des tumultes

Les grandes invasions ont déferlé là-bas

Les barbares et les turcs, sauvages en djellabas

Égorgent l’odalisque et ceux qui vont au culte.

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Un vieil homme, nu sous ses rides de cendres

Dans son regard aveugle dansent les nuages

Sur sa peau de lézard, il n’est plus qu’une orange

Morte au soleil d’orient. Les larmes opales

Des souvenirs perdus roulent en vagues lentes

Comme les notes de l’oud le soir au creux des ombres

Mais l’oued est à sec et ses yeux ont fondu.

—–

Sur les miroirs noircis, l’histoire a déposé

Les pleurs en cascades des femmes éplorées

Les roses ont fané quand le sang a jailli

En geysers si brûlants qu’un oiseau paradis

Qui planait innocent au-dessus des mosquées

Beau comme l’amour que les anges exaltent

A péri enflammé, un coeur noir de basalte

Et son cri bleu persan a fait trembler les cieux.

—–

Au café Andalou le temps s’est retourné.

DES LARMES DE PORPHYRE.

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La De voit double.

Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Le temps a passé vite ; dans le ciel qui rougeoie

Les nuages ont couru chargés de pluies claires,

Comme s’il s’était agit de contraindre la mort,

La mort qui ferme les yeux des cœurs trop obscurs

Pour que la lumière fluidifie les sangs,

Les sangs épaissis et noirs des espoirs déçus,

Des espoirs sans mémoire et des nuits de charbon.

—–

Les jardins défleuris, les sources déjà taries

Sous les terres empilées des vies à trépasser.

Ils ont revêtus les atours, les sourires,

Et les âmes engluées dans les rages et les ires,

A ne pas se trouver, toujours à se chercher,

Comme des oiseaux fragiles aux plumes arrachées

Sous les plombs cruels des morts aux griffes d’acier.

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Un soir d’une de ces vies qui se traînent, éplorées,

Alors qu’ils avaient, perdus, jusqu’à presque oublier,

Dans le cours ordinaire de leurs amours têtues,

Le goût du souvenir des fleurs du jardin,

Au détour de leurs errances fades réitérées,

Quand ils n’y croyaient plus, rampant parmi les ombres,

Leurs yeux se sont croisés quand ils n’en pouvaient mais.

—–

Avril s’était levé, les cieux étaient lavés,

Dans l’obscure clarté d’une nuit de maraude,

Après que la lune pure à mangé ses quartiers,

Quand elle a oublié d’éclairer les montagnes,

Leurs cœurs se sont touchés, ils ont bu à la coupe,

Et sans même se voir, ils se sont reconnus,

Ils ont pleuré de joie des larmes de porphyre.

—–

Saturne était ailleurs, ses effluves fétides,

Son œil de tigre fou, et ses anneaux d’albâtre,

Au loin des mondes blêmes, à porter d’autres guerres,

A peser tout son poids sur les champs de misère,

Ils respiraient enfin, libérés des aimants,

Oubliant le goût vert de leurs amours bilieux,

Leurs deux âmes séparées venaient de s’enivrer.

—–

Alors Vénus la belle est montée au zénith,

Ronde comme une pomme qui croque sous la dent,

Irradiante, insolente, à coulé sur leur peau,

Libérés de leurs chaînes, des épines de la rose,

La lumière de l’astre, l’alchimie des amants.

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Ce soir, au secret, enivrés, enlacés,

Comme deux enfants joyeux, apaisés, délivrés.

ESTAMPES LIÉES.

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La De fait sa Bacon.

Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Îles longues aux cimes apaisantes

Moines psalmodiant dans les encens brûlants

Cuirasses de tatous et aigles cris planants

Fujiyama sacré au dôme crémé de blanc

Éternelles épures des estampes de grège

Moi je ne bouge plus enfoui sous la neige.

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Dans les lointains brumeux des silhouettes s’agitent

On entend et le vent et le souffle des bêtes

Parfois entre deux arbres on voit passer des têtes

Et des casques noircis et des âmes qui palpitent

Les katanas balancent et taillent les entrailles

Ils galopent en hurlant raides, les samouraïs.

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Dans les maisons de thé à petits pas légers

Entre les tours violentes les geishas sont blessées

Ils ont brisé les murs les papiers déchirés

Gisent en lambeaux longs cheveux noirs en fumées

Alors les samouraïs poussés au désespoir

Leurs genoux mis à terre leurs yeux devenus noirs.

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Le silence est tombé sur les flambeaux éteints,

Les geishas éplorées aux grâces de satin,

Sur leurs visages blancs s’affiche le dédain

Et leurs yeux sont fermés leurs paupières sont de lin

Les guerriers arrêtés leurs visages opalins

D’un geste de la main ils ont crevé leurs seins.

L’AMAZONE A SOURI.

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Les sauvages de La De.

Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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La flèche vole et l’air semble blêmir sous le trait,

Le regard bleu la suit, cruel et sans pitié,

A l’impact la peau craque, la toison se contracte,

Dans les yeux de la biche éclate un cri muet,

Un instant la vie se dilate, puis elle diffracte

Comme un éclair qui tonne dans le ciel, soudain.

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L’amazone a souri et ses canines pointent,

Elle a lâché son arc, ses mains se sont jointes,

Et son coeur a enflé, sur le point de se rompre,

Entre ses cuisses pâles, une source a jailli,

A ses côtés, muet, un homme a tressailli,

Comme l’arc s’est tendu, il s’est jeté sur l’ombre.

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Dans le sang et les tripes qui jaillissent du ventre

De la bête meurtrie qui jette son dernier souffle,

Le couple s’est emboîté de la bouche jusqu’aux antres,

Dans les viscères fumantes, ils ahanent comme des buffles,

Se roulent dans le foutre au milieu des roseaux,

Dans l’étang tout près d’eux, croassent les corbeaux.

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C’était aux temps anciens, au temps des grandes chasses,

Dans les plaines fumantes, au sommet des montagnes

Sous leurs hardes de peaux taillées au silex dur,

Ils affrontaient à deux les pluies et les froidures,

Ils erraient au hasard des troupeaux égarés,

Dans le ciel étoilé, les dieux étaient cachés.

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Et la chaleur du sang mêlé à leurs humeurs,

Leur faisait un manteau qui recouvrait leurs peurs,

La nuit pelotonnés dans les grottes perdues,

Aux flancs des montagnes aux cimes échevelées

Ils balbutiaient à deux, serrés l’un contre l’autre,

Les premiers mots d’amour, bien plus purs que les nôtres.

DANSE AVEC LA DINDE.

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La De en travaux d’aiguilles.

Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Parée de beaux habits de fête

Plumes arrachées le cul bien cru

La peau graissée cuisses replètes

On l’a bourrée tant qu’on a pu.

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Elle n’a rien dit n’a pas sourit

Les fesses serrées elle a morflé

La farce épaisse au fond du nid

Ne reste plus qu’à l’adorer.

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Couteaux pointus regards sanglants

La nuit venue ça va croquer

Moustaches velues regards huilés

On la dévore jusques au sang.

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Il est minuit l’enfant s’en vient

Les verres sont pleins, les bouches ouvertes

Les foies gorgés de bile verte

On est heureux les os aux chiens.

 

MATRINITIALE.

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La De en ordre de bataille douce.

Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Vous êtes là,

Et m’offrez votre corps,

D’organsin souple.

Yeux grands ouverts,

Vous regardez le fond des miens.

J’y vois la gravité,

La crainte et l’espoir.

Alors ma bouche,

Mange vos lèvres,

Qui enflent et me rendent,

Sauvages et douces.

Sous vos dents pointues,

Coule le sang.

Ma langue vous parcourt,

Et vous aimez qu’elles trouvent,

Les plis que vous cachez.

Que vous m’offrez,

Tandis que votre bouche,

Douce,

Et votre langue agile,

Engloutissent,

La preuve de mon désir.

Que de jeux sans fards,

Sans pudeur,

Et tendres,

Nous attendent.

Entre vos lèvres ouvertes,

Fragiles et ruisselantes,

Vous m’appelez.

Profondément nous sommes unis,

Et nous ne bougeons pas,

Un long moment délicieux.

Au fond de vous,

Ma vie s’agite,

Et votre rose furieuse,

Serre à tout va.

La tendresse est en nous,

Et la furie aussi,

Tandis que nos regards se fondent,

Et que nous coeurs palpitent,

Comme des oiseaux

Blessés.

Alors vous me dites,

Combien il est bon d’aimer.

Et moi de vous dire combien,

Vous m’êtes précieuse,

Tandis que nos reins,

Travaillent à l’unisson.

Lentement nous allons,

Le long des chemins fleuris,

Puis la violence aimante,

Se déchaîne,

Nos souffles se mêlent,

Tout autant que nos jambes.

Vos seins durcis,

Sous mon torse tendu,

Aiment à se blottir.

Ma semence d’albâtre,

Inonde votre ventre.

Vos doigts joueurs,

L’étale sur mes lèvres,

Qui vous prennent,

Un baiser.

L’âcre goût de nos ébats,

Embaume la couche.

Sur mon épaule offerte,

Vos cheveux s’étalent.

Je vous souris.

Votre regard s’éclaire.

Et le silence,

A disparu.

Nous sommes bien,

Et confiants.

Alors je vous dis,

Que je vous …

Et me le dites aussi.

Nos voix tremblent,

Car il n’est pas aisé,

D’être mis à nu ….

A votre source, heureux

Je suis, d’avoir bu.

A LA FRAISE ARRACHÉE …

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La fraise de La De.

Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Sous la langue agile,

D’une ancienne nubile,

Aux seins abondants,

Turgescents

Et charmants,

Une fraise poivrée,

Au jardin arrachée,

Luisante de rosée,

Fraîche et pomponnée,

Se laisse caresser .

Sa chair fragile

A le goût

Des baies roses,

Des paupières closes,

Et des larmes salées…

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Elle soupire,

Et sa chair fragile,

Sous la langue attentive,

Frémit comme une grive,

Remerciant l’héliophile,

Sa bouche cantabile,

Ses dents de bédéphile,

Et ses lèvres si lisses.

Et la douce vampire

Qui gémit et transpire,

Sous sa jupe d’isopyre,

Écarte ses cuisses

De porphyre,

Et son bonbon

Juste laqué …

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Le petit jour se lève

Sous le soleil timide

Qui perce les volets,

Au jardin les jonquilles

Sourient au vent douillet

Qui berce la charmille.

Dans la pénombre, fébrile,

La fraise éclatée,

Laisse son jus couler.

Sur les lèvres écarquillées,

Roses et gonflées.

Le souffle parfumé,

De la fille languide,

Dépose un doux baiser,

Berce le fruit éclaté

Qui tortille, pâmé,

Au fond de son gosier …

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Viennent les jours heureux,

Et les petits matins brumeux,

Les tendresses gobées,

Les plaisirs partagés …

LA LOUVE AUX DÉLICES.

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La belle de La De.

Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Elle est tombée d’en haut, un météore de miel,

De piment, paprika, herbes folles, coin de ciel,

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Ma Louve en pelisse sang de feu.

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J’étais au fond des temps, et j’attendais la mort,

Mais elle m’a prit la main qu’elle a serrée si fort,

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Ma Louve en pelisse sang pal bleu.

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Mais loin, si loin, quand l’amour au-dessus des nues,

Crève les nuages, le corps, l’âme, elle a paru,

—–

Ma Louve en pelisse sans adieu.

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Gémis pauvre maudit, ton cœur, pierre qui pleure,

Et tes yeux, les lagons saignent, au loin elle demeure,

—–

Ma Louve en pelisse sang de peu.

—–

Ta peau, oripeau, chien galeux, craque et brûle,

Dans le canyon, loin du Colorado, elle hurle,

—–

Ma Louve en pelisse sang des cieux.

—–

Crocs plantés, regards, cris dans le noir, et l’espoir,

Je rêve de coulis, ventre dur, et la boire,

—–

Ma Louve en pelisse sang soyeux.

—–

Dieu de feu, tout là-haut, tu ris dans les nuages,

Quand je pleure, ô malheur, le chant du coquillage,

—–

Ma Louve en pelisse sang de Dieu !

—–

Les anges en nage, les mésanges en extase,

Nul ne peut m’arracher que chevauche Pégase,

—–

Ma Louve en pelisse à deux.

—–

Elle a bu toutes les lies, croqué à pleine vie,

Bourlingué, vogué, tenu à deux mains les ris,

—–

Ma Louve en pelisse d’adieux.

——

Il ne faut pas lui dire ce qu’il faut qu’elle soupire,

La Louve est une farce qui a vécu le pire,

—–

Ma Louve en pelisse camaïeu.

—–

Sur la mer si lisse, qu’une aile la caresse,

Nous irons naviguer au profond des détresses,

—–

Ma louve en pelisse aux délices …