UN BEL ABRICOT BIEN JUTEUX…

Où se cache l’abricot des soirs d’hiver? Bonne chance…

 

Alsacien ne suis, Dieu m’en garde, mais bon Alsace aime.

Je cherchais un Riesling Kirchberg 2000 de Louis Sipp, que je comptais marier, bon gré mal gré, avec de savoureuses Saint Jacques poellées, salées-poivrées, à peine relevées d’une nano-larme de Balsamique TM. Le choc, que j’anticipais, me plaisait déjà… La tendre chair sous le jus minéral, tendu et sec du Riesling, frissonnerait, surprise comme une rosière remontant ses jupes au sortir de la sacristie, puis se dilaterait à souhait – comme la même rosière, un quart d’heure plus tôt, avant de se faufiler en rasant les murs hors de la tanière du bedeau – pour séduire l’impatient impudent.

Mais, car il y a souvent un mais – sauf sous le joug des dictatures – c’était sans compter avec moi, l’égaré, le lunaire, le ravi de la crêche, l’étourdi!!! Le col fin, le jaune et le rouge de l’étiquette, l’appellation, le millésime, entr’aperçus, d’un coup d’œil aussi distrait que soit disant synthétique, suffirent à me convaincre, plongé que j’étais, au tréfonds de puissantes pensées, dont la pertinence éblouissante, ne tarderait pas à modifier l’équilibre instable du Monde, tant économique que politique, que j’avais entre les mains, la bouteille recherchée.

Pour ce qui est du bonheur sur Terre, je m’y attellerai très sérieusement, incessament sous peu.

C’est d’une main souplement expérimentée, que je fis sauter la capsule, et ôtai le bon bouchon sain de la bouteille. Le verre se remplit à demi d’un liquide, gras ce qu’il faut, d’un bel or franc marqué de reflets verts.

Ça commençait bien.

Le vin resta un quart d’heure sur le coin de mon bureau, tandis que je creusais et mettais en forme – laissant au passage quelques milliers de mes neurones mal en point – les concepts complexes et élaborés qui me taraudaient le cervelet, et qui feraient fuir, un peu plus encore, les deux lecteurs alzheimérisés graves, qui me restent. Avec ça, s’ils ne veulent pas pointer à l’ «Amicale Navrée des Philosophes Éplorés», les intellos branchés du web et les minettes à géométrie variables, qui sont au vin, ce que BHL est à la philosophie, seront bons pour un Bac Pro tôlerie, en alternance, et en urgence…

Le verre au nez me ramena dans le concret du vin. Une vague florale, brève comme une brume d’été, la pierre et l’amande amère, de fines notes fugaces de pétrole vraiment très raffiné, puis les fruits mûrs, le citron, les fruits confits, la mangue rôtie, le raisin de Corinthe, le sucre candi, la cannelle. Un nez d’une folle élégance, complexe, riche et mesuré à la fois!!! Ah j’oubliais l’abricot… que nous aimons tous et tant!!! De la pulpe juteuse plein le nez, un délice olfactif. Dans le fond de ma conscience subjuguée, sous le charme, au sens propre, de ce nectar, sourdait comme la figure, inquiétante déjà, de «quelque chose», comme une incertitude naissante, l’ébauche d’un doute, l’affleurement d’une angoisse…

D’un coup d’un seul, fulgurant, comme la lame de Zorro dans le ciel Californien, «V.T» (Vendanges Tardives) s’inscrivit en lettres d’infamie, sur l’envers de mon frontal en sueur subite. NDD hurlai-je à l’intérieur de moi-même (In petto, one, one more! J’adorooore, comme disent les dindes au vocabulaire étriqué), me fissurant la rate, M’aurais-je trompé???? Il va bien falloir que ma bouche tranche, me dis-je tremblant, les intestins comprimés, flatulant comme un Bolivien qui aurait sniffé par mégarde de la farine bio, ultra-naturelle, non sulfitée, et à peine moulue…

L’heure de vérité sonnait à la pendule, les «Trissotins», (voir sur Google…) déjà, ricanaient dans la pénombre épaisse. Mais oui, vous savez bien, cette pénombre, ce truisme, récurrent dans les romans de gare, cette vague obscurité, dans laquelle les traîtres de tous bords, de tous temps, de toutes obédiences, de toutes confessions, copulent, à testicules en position de vol (oui je sais ça se lit bizarre, mais «couilles rabattues» ça fait redite, non?) , frénétiquement, comme des punaises sous coke, histoire de faire tomber le cours de mes bourses.

C’est à la bouche que l’affaire aurait à se régler.

Oui, de nos jours les duels à l’épée sont prohibés, comme détester BourgogneLive, dire qu’Aurélie, parce qu’elle est… blonde, souffler dans l’Olifant d’Olif, ne pas caresser VickyWine dans le sens des poils du canard jaune, pêter au Grand Tasting, «twitter» en Français, avoir un vocabulaire qui dépasse les cinquante mots… et bien d’autres petites choses sans importance, encore. Une seule question valait la peine de vivre, de respirer, qui me taraudait le chou : l’abricot serait-il sec ou serait-il de pulpe tendre et de sucre fondant???

L’attaque du vin fut poétique, subtile, élégante, droite, nette, fraîche, et de classe, comme un texte de «Littinéraires Viniques» (charité bien ordonnée…). Bref sursis qui ne put satisfaire mon orgueil. Ce fut alors une cascade douce de fruits jaunes, qui dévala la pente abrupte de mon gosier. Honte à moi, que je sois maudit jusqu’à la treize millième bouteille!!! D’un équilibre d’école certes, que cette VT. Rien ne dominait vraiment, et cela faisait le vin léger. Mais aussi, la pâte de coing croquante, la marmelade de citron, la cannelle, les épices douces confirmaient mes craintes, tout en douceur mais hélas, en tendresse (trop pour l’occasion) aussi. Puis le vin porta l’estocade, sous les fougueux assauts d’un abricot, comme j’en aurais volontiers croqué plus souvent. De l’essence de fruit, toute en jus subtilement sucré. La finale célébra la puissance du vin, longuement. La pierre derrière les fruits apparut, bien après que les poètes fussent disparus… Avec elle, une pointe d’amertume discrètement salée, me laissa la bouche plus propre que le plus expert des baisers goûlus.

Comme un taureau d’Hemingway, sous les regards énamourés des belles américaines aux corsages palpitants, escabellé je fus!!!

 

ETOUTEMOHONTITECOBUENE.

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