AU FOND DE LA COMBE, LA VERITE EST DANS LE VIN …

Georges de La Tour.  Le tricheur à l’as de carreau.

En 2005, il a délaissé les rives douillettes de la critique pour apprivoiser le jus de ses lambrusques qui croissent dans les vents et la douleur, quelque part, perdues dans les Combes du Col de la Dona. Au pied de Força Réal, ce petit col, aux terres schisteuses, fait lien entre la vallée de l’Agly et celle de la Têt.

C’est ainsi, ou presque, qu’est né le « Domaine de la Combe Majou », bravant banques et marées. « Majou », que je poserais bien sur la grande courbe fine de ta combe … La Combe sèche n’est pas généreuse, qui donne, bon an mal an, quelques 10 à 15 Ho/Ha ! Allez, 25 peut-être les années très pluvieuses ! Dix hectares en une quinzaine de parcelles éparses, vieilles vignes de coteaux schisteux, sises principalement sur Estagel et Tautavel, et sur l’aire d’appellation Maury (St-Paul-de-Fenouillet), d’autre part. Rien de certifié encore, ni Bio, mais bientôt (?), ni biodyn, le maître du Domaine, qui ne manque pas de bon sens, ce qui lui évite de jouer au philosophe qui sait, regarde et aime sa nature, qu’il s’efforce de respecter au mieux. Simple « bon sens », mais l’expression, démodée paraît-il, convient d’être évitée… Disons pour clore qu’il est, le plus possible, avare de « traitements ». Et vent frais sur les cimes très fréquentées, monsieur Luc Charlier est d’une nature – forte dit-on – à ne pas se dire « Nature », non plus.

Commençons donc le voyage à Corneilla de la Rivière, en Pyrénées Orientales, par la visite de L’église 2008 : Encapsulée comme moine en prière. Assemblage de syrah, carignan, grenache. La robe violette est profonde, lumineuse et pure. Le regard s’y noie comme dans un lac souterrain. La violette, fugace, pointe sa fleur sous le bout de mon nez. Pureté parfaite et salivante des arômes de cassis, de réglisse, et d’épices douces. Un nez précis qui donne soif ! Une petite note fumée enrobe élégamment les fruits. Puis de jolis tannins, finement marqués, relèvent et retendent le vin. Un beau volume remplit onctueusement la bouche, qui acquiesce, tout est rond dans cette purée de fruits rouges bien mûrs. La finale réglissée/fumée, fraîche et saline, s’allonge sensuellement. Après l’avalée elle persiste, gourmande, sur le bonbon à la violette. Un vin joyeux, « nature », au bon sens du terme.

Le lendemain le vin s’est épanoui, comme Maja desnuda au divan. Et la bouche, qui se donne pleinement, est d’une fraîcheur fruitée qui recouvre le palais d’une fine poudre de tannins mûrs …

Ne buvez pas ce vin avec vos ennemis, ils pourraient se mettre à vous aimer !

Quelques jours ont passé, les barbus pointent déjà le bout de leur djellabas Outre-Méditerranée … Frissons. Confisqueront t-ils aussi vite cet élan qui a conduit ce peuple doux que j’aime ? L’aube de la Démocratie basculant à la nuit des obscurantismes, aussi vite ? Dieu … ! Mais que viennent donc faire ces considérations étranges entre les vignes de Coume Majou, me direz vous ? C’est que le vin vivant pousse à regarder la vie alentour, mes bons ! Et que le soufre n’est pas que dans les jus !

Manquerait plus que le vin rende sourd et aveugle…

Dans la famille Coume, je demande « Majou », qui aime tant à reposer au creux de ta hanche… Et oui encore, cette hanche ronde qui roule entre les tourments des vies de peu. Elle est mon fil rouge, ma plage de sable fin au soleil de toutes les tendresses, ma pente des désirs doux, mon havre de soie vivante… Merci Monsieur Charlier, sinon de vos vins, encore, du moins de ce mot magique qui parle de la Combe, calice de schistes et de peau fragile, en Amour Majeur. Cultivons – en ce temps de faillite des hommes dits puissants, face aux officines grises autoproclamées qui mettent à genoux les Nations – le goût des essentiels. Que les jupes légères qui faseillent dans le vent et les robes profondes des vins de caractère, nous consolent des vanités et des avidités triomphantes.

Encapuchonnée elle aussi, comme secret de Cénobite. Nostalgie de la lame fine qui perce le liège ductile … du bruit sonore de la délivrance qui rend l’air au vin. Habitudes qui nous perdent, au pays des certitudes ! « 2006 » a vu naître cette cuvée étendard du Domaine, tandis qu’elle se dévisse en douceur, dans un petit bruit aigu, crissant et métallique. Dans le verre aux formes accueillantes, large sur son pied élancé, le vin exhibe son grenat que la lumière traverse. Au cœur, comme sur les bords de la combe de cristal fin, se mêlent l’orangé naissant et le vieux rose.

Le nez prend le relai de l’œil. Y montent des fragrances de grenache très mûr, la garrigue et ses épices, la cerise confite à l’eau de vie, qu’adoucit une belle prune juteuse (Y’a d’la prune mais pas que ;-) ), puis une pure purée purpurine de fruits rouges, puis s’immiscent cacao et réglisse…

Le corps juteux est matière charnue et fondante. Qui fait sa boule de fruits pour éclater ensuite sous la poussée des épices qu’enveloppe une fraîcheur récurrente, qui relance le vin. La réglisse, qu’exhausse le cuir fumé, allonge la finale qui, après l’avalée, illumine mes cellules qui font joyeuse troisième mi-temps…

Fanfare annoncée, de tous côtés, quand le temps vient de pousser la porte du Casot 2006, la grande cuvée du Domaine. Même caparaçon de métal qui couine en se dévissant, le vin dit « oui » en disant « non », comme une fausse ingénue mutine. C’est d’un assemblage de grenache de Maury, vendangé très mur et de très vieux carignan (1922!) d’Estagel, qui roule ses hanches larges sur les flancs accueillants du cristal. La robe, ou plutôt la peau nue de la prude, laisse au verre les filets gras de ses pièges innocemment tendus. Elle est belle sous son grenat brillant, qu’aucune trace d’âge n’affecte encore. Dense sans être obscure, la lumière la pénètre et renforce sa brillance.

Montent ensuite de ce calice que je vais boire jusqu’à la lie, des notes pures et précises de fruits rouges, qui font nez gourmand et appétant. Les épices douces, le poivre frais, le café et la réglisse zan, s’y marient harmonieusement. Un vin de pure cuve qu’habitent pourtant les premières notes des sous bois d’automne. De la cerise noire, du cassis et de la mûre écrasés, enfin. Une idée de chocolat noir me vient, qu’il me plairait de marier à ce jus puissant…

Mais c’est bouche vierge que je le prends ! Dès l’attaque, épices et fraîcheur sonnent. La matière, prépotente et très mûre pourtant, est fringante, et roule en bouche comme un yearling fougueux. Encore jeune, le vin récite ses rouges du jardin printanier et ses épices. Mais la fraîcheur perce les fruits, amenant avec elle, poivre et café, elle étire le jus jusqu’à la finale que l’avalée n’éteint pas. Seul un tapis de tannins croquants et crayeux, me dit qu’un vin est passé… Le sel fin qui a touché mes lèvres me parle de calcaire (?)… Allez, je n’y tiens plus, la dernière gorgée est pour le chocolat noir que je viens de mettre en bouche. Et je ne le regrette pas !

En ce jour de ciel bas qui voit l’heure basculer et nous mettre en hiver, ces vins me disent que passent les palombes, après que les champignons ont percé les feuilles, que désormais je ne ramasserai plus à la pelle…

EPOIMOTIVRÉECONE.

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