LE GORGEON DE GORGEOIS DE BREGEON…

 Munch. Ashes.

 

Les ciels uniformément se succèdent et lâchent en zébrures serrées, leurs eaux lustrales. Depuis la couette, les succions régulières des boules d’eau qui s’écrasent grassement sur le bitume glacé, me sortent de mes torpeurs nocturnes. Un petit air frais que la pluie mouille, se glisse comme un coulis discret par ma fenêtre entrebâillée. Sur les murs de la chambre, les couleurs de l’aube grisonnent et matifient le décor d’ordinaire coloré, au creux duquel je me blottis encore. L’air est lourd du silence humide de ce petit matin. Les souvenirs, en boules de laine mêlées, roulent, incohérents, dans ma conscience renaissante. La finale d’un Gorgeois aux fruits épicés me revient en bouche tandis que je m’enroule dans l’édredon, comme le boa frileux qui se lovait en plumes violines sur les épaules dorées et souriantes de Joséphine Baker.

C’était il y a peu…

Un matin qu’un printemps précoce ensoleillait, je téléphonai, sur un coup de cœur, comme ça pour voir, entendre et sentir le bonhomme. Un ami plutôt félin, m’avait appâté (normal pour un félin apprivoisé) après qu’il eût visité ce vigneron. Mais je connais mon Margay – il est un peu comme moi en plus jeune – quand il aime, il met le paquet!!!!

Bon, il y avait aussi les avis d’autres arpenteurs, de ces amoureux fous mais lucides de leurs horizons. Des gars du cru, des bouillants, des bourrus, des écarquillés, des fondus du melon, qui fouillent le vignoble et sont de vrais amants subtils, inconditionnels mais lucides, des jus du petit Mus. Des tenaces, des sincères. Des costauds, des solides, des impliqués. Des cascadeurs du Muscadet…

À les lire, les relire, ils m’ont emporté dans leurs délires, c’est dire…

Alors, ni une ni deux, j’ai tendu la main vers le bigo.

L’André-Michel Brégeon décroche. A vrai dire j’étais un peu circonspect. Ce prénom, du genre Bobo qui sur le tard tombe amoureux du cul des vaches, ça m’inquiétait…. Encore un écolo-parisien-cadre-supérieur qui vend son vélo Hollandais pour s’acheter des biquettes, me disais-je in peto. Mais foutre d’Archevêque!! L’angoisse fut fugace. Immédiatement cramée par la vie qui sourdait de la voix du gaillard. Les atomes que l’on dit crochus, se foutent pas mal des distances et de ce que nos yeux de chair prennent pour de l’absence… Il n’y a pas que l’image, cette p…..n d’apparence qui corrompt souvent les relations, tant elle est vénérée, adulée, trafiquée et polluante. Désolé mais ce soir je suis un peu chaud. Sans doute ce Muscadoche du-feu-de-Dieu-de-Gabbro-Pluto-magmatique qui m’allume les sangs. Faut dire que du jus de concression grenue, conglomérat de plagioclase, de pyroxène et d’olivine, ça pulse dans les aortes! Je sens comme la caillasse verte de ce vin élevé cinq ans en cuve, qui m’inonde les rétro-fusées. La poudre de pavé me décape les neurones et m’aiguise la perception…Je dois être un peu « touché ».

Je digresse, je digresse, je dois faire c…r tout le monde.

Or donc, L’André et moi ça fonctionne. A ma première finesse à deux balles, il démarre pied au plancher. Et que j’te double, que j’te mets un tête-à-queue, un freinage tardif! On s’marre bien et même plus, parce qu’affinités! Ça dure une bonne quarantaine de minutes avant que je lui demande un peu de son vin, dont il trouve à me dire – un pur anti-commercial! – pis que pendre… Oualà! Pas besoin de Publireportage «Grand-Tasting» pour s’astiquer les neurones et épater le banc et l’arrière banc du gratin de VIP à la sauce Américaine, que j’te Cheers Darling à tous les coins de lounge…

Avec tout ça j’ai trop rien dit du vin, ce Muscadet, ce Gorgeois 1996. Comme un Meursault qu’aurait trahi son Chardonnay pour un Melon de Bourgogne! Pas envie de disséquer… Comment réduire à ses parties ce vin insécable, qu’il serait fou de figer par l’analyse. Ce vin est un aboutissement complexe et évident à la fois, une quadrature, une ronde de fruits jaunes mûrs, juteux et un vin sec en même temps, un jus de pierre et d’épices qu’affinent et allongent avec subtilité, un soupçon de réglisse saupoudré de poivre blanc très frais. L’expression quasi parfaite de la rencontre entre une terre, un raisin et un vigneron.

La perfection est le plus souvent proche de la simplicité. *

PS : * Ne l’ouvrez pas, il vous aura…

 

EGORMOTIGEECONE.

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