FRANCIS BOULARD, MON PÈRE NOËL A MOI …

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Le vent souffle qui transforme les pluies en rafales cinglantes, la ville est morte, essoufflée elle aussi, les rues vides ne sortent pas vraiment de leur torpeur glacée, et les fourmis humaines que la tempête a épargnées, s’affairent autour de leurs fourneaux ronflants, de leurs volailles ruisselantes, tandis que d’autres, tapis à l’ombre que le jour grisâtre peine à dissiper, attendent, dans l’humidité, que la fée électricité veuille bien illuminer un peu leurs sapins attristés. Ainsi va la vie des hommes dans l’hexagone …

Sur son site, Francis dit le Boulard, le nez plongé dans un verre, oui dans un verre – et non pas dans une coupette à la con pour mémés branchées soirée Country Dance endiablée, ni dans une flûte pour anorexique mondaine extatique, sourire figé, froufroutante, au Wine Tasting incontournable (encore que pour les cons le tour est vite fait), accoudée au bar d’une péniche ventrue, amarrée ad vitam au bord reluisant d’un quai Parisien – souriant, aussi finement que les bulles légères qui lui chatouillent les naseaux qu’il a largement épatés. Immuablement heureux. Lui, fier convive aux larges pattes gauches (les deux), qui partageait encore, il y a peu, un repas d’amitié simple, dans un restaurant Cognaçais, qui nous laissa, amygdales flottantes, à balbutier nos joies simples, avant de nous quitter, rassasiés de Bourgognes et de rires complices, lui, ce vigneron modeste, je le salue en ce jour de Noël 2013 qui me voit le célébrer, alors que je débouche, recueilli comme un enfant de la DDASS, une bouteille ventrue, pleine des jus des Rachais, du millésime 2007. Un pur Chardonnay.

Il aura fallu une bonne matinée, pour que ce jus, délesté d’un fond de verre ce matin, se donne pleinement. Au frais de la cave, l’air a desserré les chairs fermes du vin, et le voici qui bulle doucement dans mon verre callipyge à long pied. Le sale vieux con râleur est au silence quand j’approche, penche l’appendice, sur le disque flavescent moiré d’ambre et de vieil or, lac brillant piqueté de bulles légères qui éclatent en grésillant à peine. Oh, pas un nez de champagne pour putes maquillées, non, mais une impression première d’équilibre, de fondu, d’élégance, une discrétion de bon ton, une fraîcheur minérale, à l’oxydation habilement contrôlée. Puis des fragrances de fruits secs miellés, de patisseries, de noyau, de zestes d’agrumes, de jus de citron mûr, franches et rectilignes, que civilisent ensuite des parfums de pêche blanche juteuse. Comme un voyage olfactif sur les terres d’un Port Royal qui aurait, grâce à Dieu sans doute, oublié d’être intégriste.

Mais il faut bien qu’arrive la mise à mort, pur ravissement de mes papilles, que je sens déjà turgides à souhait. L’attaque est franche elle aussi, comme le bonhomme, douce pourtant, comme lui aussi, juste ce qu’il faut, car le raisin est mûr. Le jus se déploie, sphérique un instant, avant que les fruits, épicés de poivre blanc, cèdent sous une poussée fraîche, toute de flèches aiguës qui allongent ce vin jusqu’à ce que la pierre arrive, qui tapissent la bouche de tannins, certes absents, mais diablement crayeux pourtant. Putain ! Oui il faut oser l’écrire, putain que c’est bon !!! Le jus a basculé, a passé les rives du Styx et s’en est allé longuement réchauffer mon corps, qui soupire d’aise. Toute ma bouche est chaude, ce qui reste du vin s’attarde interminablement, racé, pur et gourmand. Comme à l’habitude, pour les vins, qu’ils soient rouges, blancs, tranquilles, ou de bulles traversés, le calcaire qui les a portés, laisse aux lèvres de ceux qui les aiment ainsi, un sel très fin. Comme un sourire, léger comme un regret …

Saint Thierry priez pour nous. Et toi Boulard le rond, mon Père Noël à moi, je te salue, au passage de ton vin …

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