ACHILLE EN EAU SALÉE …

Sibylle Ruppert855

Sibylle Ruppert.

Voici que vient le grand temps des migrations …

Oies cendrées, mésanges bleues, ragondins musqués, muscadins, gandins, « incoyables et méveilleuses », petits marquis, comtesses légères et gnous en troupeaux serrés, se sont engouffrés sur les routes surchauffées des transhumances estivales. De tous poils, bords ou plumes, par rails, ailes d’acier ou cages roulantes, ils ont désertés les villes, pour d’autres villages, rivages ou monts. Où ils aimeront à retrouver les queues qu’ils, elles, aiment tant à faire et à défaire, à caresser du bout de leurs longues attentes en les regardant grossir …

Alors Achille par un de ces petits miracles que lui permet ma plume, a gélifié le temps, a arrêté le cours immuable des heures et des secondes. Pétrifié comme une statue de sel pour s’être innocemment retourné, il attend que Chronos veuille bien le libérer, et lui permettre de continuer le cours tumultueux de sa vie, de ses apprentissages, de ses rencontres, de ses joies, de ses peines. Il ne dit mot, car il sait qu’au premier geste du Dieu, il reprendra le chemin, suivra les sentes et continuera à explorer les contre-allées. Le temps suspendu l’a mis en sidération, coeur de cristal figé, os calcinés et corps de chairs durcies, il a disparu de sa propre conscience et s’est évanoui dans l’espace temps. Les regards, pourtant aiguisés, de ses quelques suiveurs ne perceront pas les brumes de l’inter monde dans lequel il flotte, comme une esquisse à l’arrêt.

Achille est mort le temps d’un temps, mais la fraîcheur espérée de septembre lui redonnera peut-être vie, si le fatum ne s’en mêle pas …

Puisse le soleil bienveillant,

Guider la petite mésange,

Qu’elle retrouve son chemin,

Et ne se perde pas,

Dans les mirages de l’été,

Et le regard trouble

Des flûteurs…

E LA NAVE VA.

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