ET VOGUE LA GALÈRE SOUS LE VENT MAUVAIS…

Rire de pierre. Charente. Octobre 2009.

 Ecoutez, avec quelle tendresse, Mozart et l’Orient se marient sans problème.

La musique est un chemin que nous devrions emprunter, nous les rois aveugles (Oscar. Trumquat) *..

J’avais le nez dans le verre, les yeux fermés.

Pourquoi les avoir ouverts, je ne sais plus… Mes pensées voguaient comme de lourdes galères écrasées sous le poids harassant des inquiétudes sans plus d’objets. Mes yeux n’accommodaient pas, j’étais dans les fragrances du vin, comme pour m’évader.

Le point s’est fait machinalement, parce que ces temps ci, je fais le point pour un rien ou pour un tout, quand je divague, perdu dans les circonvolutions fantasques de ma cervelle, plutôt farcie. Le sang a cogné aux fenêtres et m’a rogné l’âme, alors j’ai ouvert les yeux, histoire d’être distrait par la réalité rassurante de la lumière…électrique – comme la Place artificielle de tous les espoirs dorés – de ma lampe de bureau.

Et j’ai vu, dans l’or mouvant du verre et du vin unis, la Grande Galerie des Glaces. Ses reflets de chrysocale, ses lueurs d’orichalque, ses éclairs d’émeraude qui pulsaient par instants, ses marbres verts tournoyants. Des miroirs, partout, profusion de reflets tremblants, étages de lumières diffractées, ondes de malachite, de céladon, soies incarnates sur les épaules de l’ambassadeur du Siam, pourpre, amarante, nacarat, corail en langues de dragon fulminants. Les bustes des empereurs de porphyre se tordent au souvenir de Rome en feu. Pilastres, trophées de bronze et trumeaux de marbre vert de Campan s’empalent et tournoient au cœur des maroufles de Le Brun. Le petit grand roi jaillirait de mon verre que je ne cillerais pas. Comme un clin d’œil du diable, me vient l’idée d’un AVC foudroyant.

Violence et tendresse, l’humanité dans mon verre…

Seule certitude, c’est d’un vin blanc qu’il s’agit. Opalescent, il se glace de lumières mystérieuses. Translucide, il donne à voir tout en cachant. Comme la femme, la seule, l’unique, l’absente, l’absolue, la désirée, celle qui les résume toutes.

Domaine Ganevat «Grusse de Billat» 2007.

La robe brille toujours d’une transparence nimbée de vert.

Tout petit nez timide, qui sent le raisin fraîchement pressé, comme une invitation à la patience. Le lendemain, le petit a pris de l’assurance. Le citron et le pamplemousse surgissent du verre, ronds, pulpeux et alléchants. Ah la belle paire d’agrumes juteux! Une gentille note miellée extirpe de ma mémoire la rondeur tendre d’un pomélos à point. De légères touches de thé le réchauffent. Un nez paisible, comme un équilibre fragile qui vibre sous les narines. Un nez qui sent le vert mûr. Un Chardonnay que j’aurais pu croire de Mâcon, qui ne «jurasse» pas sa mère! Douceur de la patte de l’homme qui gomme un peu le «terroir» (sans aucune certitude) ou sont-ce les schistes tendres qui aiment le raisin au point de ne pas le marquer? Divagations de rêveur exalté, plutôt…

Il est temps que le Grusse me flatte les papilles. Ah le Grusse, qui sans son «e» tourne autour de la piste, la tête fière et la queue ondoyante, comme ce vin vif autour de ma langue! C’est vrai qu’il trotte d’entrée, qu’il attaque, Billat en crinière, de son acidité très 2007, à peine retenue par une pointe sucrée, qui le tempère et le préserve de l’excès. Il libère sa chair conséquente, mais encore retenue, fluide et dessoiffante, ses agrumes mûrs, qui tour à tour, affirment leur vivacité et leur sucre candi. Le jus virevolte en bouche. Le Chardonnay est un cépage qui aime les latitudes tempérées, assurément. Avalé, le vin persiste sans faiblir et marque le palais longuement révélant longuement la minéralité (sans effet de mode langagière) et la tension acide des terres marneuses qui l’ont porté avec bonheur…

Je referme les yeux et repars dans mes souvenirs éteints…

* Philosophe de comptoir.

 

ENOSMOTALGITICOQUENE.

 

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