Littinéraires viniques » Christian Bétourné

LA TERRE EST SOMBRE ET SIRIUS EST EN SYRAH…

 Sous le regard des deux lunes de Sirius…

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De là-haut, la terre est à pleurer, tout est beau. Et pourtant…

Plus beau que somptueux même, magnifique, voire féerique par endroits. Hors caresse de l’astre roi, la Terre, longtemps, fut nuitamment, de pur jais, insondable. Sa face sombre est maintenant piquetée d’étincelles, d’éclats, de fils de lumière, d’étoiles artificielles, dont les ganses de velours palpitantes soulignent les continents en les arrachant aux ténèbres. Les Fils de Sirius, qui croisent à l’occasion, n’en croient pas leurs antennes. Cette vieille terre, la «boule des débiles», comme ils l’appellent entre eux depuis l’aube des temps, cette vieille reine de rien, cette chiure de constipé du bulbe, qui souillait l’Univers, resplendit depuis peu (comme un clignement de paupière, à l’échelle sidérale). D’aussi loin qu’ils s’en souviennent, dans la totale obscurité galactique, son côté sépulcral ne se détachait pas des espaces à perdre la raison, et nombre de fois, leurs vaisseaux l’avaient évité de justesse. Quelques Flèches d’Orion, toujours téméraires, ont laissé quelques traces de leurs trépas brutaux sur les flancs des Andes, dans les déserts Australiens aussi. Les fourmis bornées, qui rampent au creux de l’extrême densité terrestre, se grattent – l’occiput pour les rares plus futés, et le coccyx pour les autres – depuis des millénaires, à la vue des étranges stigmates de toutes formes, qui balafrent par endroit, le sol dur du caillou stupide… Ces peuples ailés, que ne contrarient plus les pesanteurs de toutes natures, ces formes ultimes de l’évolution, pour lesquelles le 2.0 renvoie à l’époque reculée des fractales dichroïques (l’équivalent de nos Calendes Mésopotamiennes), stationnent volontiers dorénavant, au large de la honte du système solaire, fascinés par les sols dont s’échappent ces langues de lumière qui trouent, comme des aiguilles vibrantes, les ténèbres épaisses. Certaines contrées semblent même avoir totalement déchiré le manteau mortel des nuits, tant leurs énergies palpitent, jusqu’à aveugler les spectateurs de l’espace.

Des masses de ferrailles, en tonnes tourmentées, tournent autour de la Terre, satellites abandonnés et autres immondices humaines, polluent déjà l’espace. L’Homme est un Chieur Universel, une abomination sidérale et sidérante, un puits sans fond de bêtise concentrée, de fatuité vide et d’égoïsme délirant. C’est en très raccourci, ce que sait l’Étre (?), invisible tant il est substance légère et subtile, qui observe la Planète qui fut bleue. Oui, vous dire aussi que Léon (je lui donne un nom pour plus de commodité), ne pense pas, il sait. Et oui, d’emblée. En relation constante avec le grand livre de l’Akasha, il a accès à l’ensemble de l’histoire détaillée de la Terre comme à celle de l’Univers d’ailleurs. Akasha, la grande “Bibliothèque”, au sein de laquelle sont imprimés dans l’Ether, images, pensées, actes, paroles. D’avant les origines au plus lointains avenirs, tout est dans le «livre» éthérique, de ce qui a été, aurait pu être, est multiplement, à ce que pourrait être l’infinité des futurs possibles. N’imaginez surtout pas Léon engoncé dans une combinaison flashy, aux commandes d’une grosse ferraille à propulsion hypra – prostatomique. Bien sûr que non, misérables petits adorateurs de l’I-Phone 4 ! Léon n’est qu’énergie pure.

La perfection est simplissime…

Ce que Léon veut, Léon l’obtient, instantanément. Absolument tout lui est possible. IL est hors matière, sans être pour autant pur esprit. Mais il ne peut vouloir et atteindre, que ce qui est en parfaite harmonie avec l’équilibre du Tout. Léon ∞-∞ de Sirius est l’aboutissement de l’évolution, tandis que l’homme en est l’avant commencement… Vortex impalpable, luminescent, volatile et mouvant, Léon de Sirius est pur Amour, ni plus ni moins. Des contrées les plus insensées lui parviennent, les bruits, les vies, les joies, les douleurs des Mondes. Alors, en équilibre à la périphérie terrestre, il souffre abominablement. Le fracas de la terre, les souffrances des martyrs de chairs molles, les pensées terrifiantes des êtres de boue grasse, l’épouvantent.

Mais que fait-il là? Qu’espère t-il? Nos inconséquences le lacèrent, nos cupidités l’effraient, le culte imbécile que nous vouons aux accumulations sans fin l’épouvante, l’étrange adoration qui nous attache à ces tas de petits papiers froissés, à cet «argent» puéril, à ce métal, aussi mou que doré, le navre. Mais ne le décourage pas! C’est qu’il m’observe moi, oui moi, moi qui suis à l’Alpha et l’Oméga, ce que la défécation des mouches est à la mécanique Quantique.

«Étonnant, non?»

Enfin moi, non, mon ego m’égare! C’est plutôt ce verre, remplit de pur liquide rouge, qui le fascine. Ce modeste sang des vignes dont il s’abreuvait jadis, il y a si longtemps, plus longtemps encore que naguère, du temps où l’espace et le temps l’emprisonnaient dans une coque de viande rouge et d’os blancs, du temps où la pesanteur l’écrasait, au temps où il traversait ses expériences humaines, du temps des limites, de l’aveuglement, du désespoir, là-bas, sur les murailles de Saint Jean d’Acre, prisonnier d’une lourde armure brûlante sous le soleil de Palestine. A chaque fois que les misères de l’incarnation – et il a bourlingué le Léon, de la banlieue de Cassiopée à Sirius, en passant par ses quelques dix mille séjours chez les bouseux d’en bas, il a connu bien des expériences, de la plus infâme à la plus tendre (les dents de nacre d’Isabeau, sa démarche à peine chaloupée, ses cheveux drus, le creux tendre de sa hanche, son regard qu’il avait cru si franc, cette dague acérée qui lui vide le cœur, ce sang, ce sang, toujours ce sang…) – s’abattaient sur son échine, pourtant ployée, quand il sentait ses forces le fuir, sa raison faire feu d’artifice, il se réfugiait entre les bras berçants de Sainte Syrah. À travers les âges, Sœur Syrah a accompagné son lent chemin de géhenne, elle l’a consolé, lui a redonné des forces, du courage, lui a lavé la conscience, lui a, à chaque fois rappelé, que le chemin de l’évolution, l’élévation progressive de l’âme, demeuraient le but. Au fur et à mesure que ses vies s’empilaient, Léon sentait bien que sa perception du monde, puis des mondes, évoluait. Non, non, là j’embellis, je brode! Léon, a trainé pattes et galères des vies durant, essayant de survivre, basta! Mais aujourd’hui – ce présent transcendé – l’être spirituel qu’il est devenu, accède au langage absolu, à la Musique des Sphères, à l’expression suprême de toutes les langues des mondes empilés. Dans sa conscience pleinement ouverte, le verre pansu qui brille, et le rubis étincelant qui palpite en son sein, l’émeuvent au plus haut point.

Léon irradie mon chakra coronal de sa présence muette. Hommelet grossier et aveugle, je pédale maladroitement sur mon clavier de plastique figé, lorgnant du coin de l’œil ce vin qui se réchauffe lentement, perdu au fin fond ignoré de l’infini de la création, atome nanoscropique, gouttelette dérisoire, infime particule de vie.

Le cristal limpide, rempli à mi hauteur, tremble, au cœur de ma nuit. Du disque fragile, invisibles et prégnantes, s’échappent en volutes fragiles, les chants sucrés des pivoines en fleurs. Léon pleure en pleine communion avec mes sens extasiés. Les arômes Rôti(e)s de cette Côte sont déjà fondus, qui donnent à humer l’olive, la framboise puis les épices douces et le jambon cru à peine fumé. Une sensation crémeuse vient, en finale olfactive, anoblir le bouquet épanoui de cette syrah tendre. Perché entre les étoiles qui constellent le vide interstellaire, Léon tremule au souvenir des grappes croquantes qui ont ensoleillé ses anciennes douleurs. Il ne fait qu’un avec moi, étroitement enlacé à ma vie qui l’ignore. Ses vibrations hautes, rehaussent les miennes, et je frissonne sans savoir pourquoi. Une étrange émotion me gagne. De mes yeux clos, coulent à flots tièdes, des pleurs qui m’enchantent et me consolent. Mon esprit obtus ne comprend pas, mais la sensation est si douce, si pleine, si noble que je me laisse ouvrir, comme la bouche de mon amour sous ma langue humide.

Le jus frais, finement extrait, des raisins de septembre 2006, inonde mes papilles attentives. Un sentiment de plénitude et d’équilibre me prend à plein corps. Tout là-haut, Léon chatoie. Sa substance délicate se moire d’arcs-en ciel fragiles, et les chants éthérés des chœurs supposés Angéliques, vibrent à l’unisson. La matière mûre des fruits rouges éclatés sous la presse, déferle en vagues successives. Le mot pâmoison vit au palais de ma bouche consentante. Léon lance le cri silencieux qui apaise, et fend, un instant, le mur d’airain des ignorances crasses. L’harmonique de son chant inaudible arrête le temps, unifie les vies polymorphes, et mets l’univers en symphonie. Le vin est le creuset de la création, il fait jour un instant éternel dans ma nuit, mon amour est à mes cotés… J’exulte. L’incroyable puissance douce de Léon est sur moi, en moi. Mes cellules grésillent comme oeufs au plat, ma carcasse grince de toutes parts comme une vieille machine en surchauffe. Pourtant je suis en jubilation, il me semble presque léviter, une onde surnaturelle me traverse, m’allège et me porte…

Je meurs à l’étriqué et m’ouvre à l’immense.

Pour la première fois, je saisis l’essence de la Joie, je danse sur l’ineffable, me heurte à l’indicible… Par la grâce de Léon, l’Illuminé Céleste, cette Côte Rôtie 2006 du Domaine Burgaud devient la quintessence de ces syrah septentrionales, que la fraîcheur des coteaux magnifie. Le vin coule dans ma gorge, et Léon l’avale. La robe scintillante du Sirien pulse comme danseuse Espagnole sur récifs tropicaux, quand la lune ronde, opalescente comme un oeil aveugle, éclaire la nuit terrestre. Ma conscience vacille, clignote, au bord de l’abime, prête à se fondre dans l’espérance. Mais le temps d’après, bien proche pourtant, n’est pas encore venu. Alors j’avale le vin, qui dévale mon oesophage accueillant, pour gagner mon centre. C’est une poudre de tanins juste réglissés, fine et croquante, très longue en bouche, au bout de cette liqueur de félicité, qui me ramène devant l’écran de mes écritures titubantes.

La nuit n’en finit pas.

Harrassé je me sens, sans trop savoir pourquoi. Cette syrah somptueuse, m’aura, sans doute, un peu estourbi…?

Reviens Léon…;-)

 

EC’ESTMOTIFOUCONONNE?

LE TREIZE DE L’AVIN D’AVANT L’AVÈNEMENT…

La Mère Noël 2.0.

 

Cornaqués par La Mère Noël en bas résilles, les Chevaliers de l’AVIN célèbrent l’Avent, à leur façon délibérement avinée, le jour Saint, qui vit le Sauveur s’égarer, chez les broutarts hystériques qui se prenaient pour les Rois Mages de la création. Ils te l’ont cloué sur la Croix, vite fait, le pauvre Charpentier illuminé!

D’une main ferme, la Donzelle Éclectique, mène le microcosme vinique de sa petite main douce. Une menotte caressante dans un gant de tendresse… Elle est comme ça, pétillante d’idées, généreuse, courageuse, droite dans ses bottes mi-cuisses. Une sérieuse «Sonia» en puissance! Une bonne travailleuse, qui mène les grands Élephants du Web liquide, par le bout de la… Ouups… du licol! Et la voilà, qui plus sûrement qu’Hannibal, nous fait franchir, les Cols du Flacon et les Hauts Sommets des Arts Subtils de la Bouche, à sa pogne! A la queue-loup-loup, le Cornac Apoplectique, les Adeptes du Naturel, les Bio, pas si cons que ça… parfois, les Grands Tasteurs des belles Crèches, les Ceusses qui rêvent de vins purs, l’Iris Germanique qui lisse goulûment le mourvèdre du curé, le dé-Bauchet du Bojo, la Pipette barbue, l’Armande de Molière, les Cavistes affairés mais différents, l’Éthiquetteur décalé, le Médecin des fourrures déplumées en détresse (Ah, le saint homme, qu’Esculape le protège!), le Doctoral Désoxyribonucléïqué, Marylin from SaintÉm, la Corisette du Mas, les Bulots bi-calibrés, les Jumeaux videos, bien d’autres encore, et même le Bertho, Grand Cracheur de bons et rudes mots, lui mangent dans la moufle.

Mon éléphant nain, égaré par les brouillards, peine à gravir les côteaux de Cornas. Sous ses papattes bottées de rouge, le rhône étale ses eaux bises, dans le creux de la cicatrice sysmique, qui a fendu les sols, bien avant qu’imprudemment, ne descende le Cruxifié. Là, sur l’escarpé côtal d’en face, Robert Michel chouchoute ses lambrusques de syrah, depuis quelques lustres déjà. Un discret, pourtant encensé, abordable, qui fait bon, sans prendre ses clients pour des Quatari.

Sa «Cuvée des Côteaux» 2004 a longuement respiré en carafe fraîche. Dans le large cul bombé du culbuto de cristal, l’Esprit revient au vin. Il se déplie, s’étale, enfle, et monte au nez, avent même que l’on s’y penche. Un nez Toulousain (on sent que ça va castagner!), que domine la violette. Matière en boule fraîche en bouche, qui attaque à coups de cerise mûre, de toast noble, d’épices douces. Une syrah, qui tapisse élégamment l’avaloir de tannins encore crayeux, mais polis. A l’avalée, apparaissent fruits noirs et myrtilles. La finale s’installe un long temps, avent que la réglisse, finement épicée à la fraise, ne subsiste.

 

EDÉMOVOTITECONE.

LE CHAT DE MA VOISINE…

Mon avenante voisine….

Le souvenir d’un 1976 complétement passé, acqueux, éteint comme le regard de chat de ma très accorte voisine, quand elle voit un pauvre ratounet de passage échapper à ses griffes avides, me traverse l’esprit régulièrement, et me pollue insidieusement depuis lors. Il me faut à tout prix chasser ce souvenir malheureux de ma mémoire, pour le remplacer par la gentille annonce selon laquelle – enfin, il était grand temps – je ne serai bientôt plus soumis au joug insupportable du très injuste et ruineux ISF! Et merci, à Rita la très Sainte patronne des causes désespérées d’avoir inspiré nos hommes d’en haut. Enfin, ce grossier Bouclier vulgaire est livré aux fours actifs de la Fonderie Administrative Nationale, et son métal en fusion va disparaître dans les arcanes subtiles de la fiscalité discrète, ainsi il pourra poursuivre son oeuvre de salubrité, plus finement, noyé dans la masse, mais tout aussi efficacement.

Ce soir je vais enfin pouvoir dormir sur mes lingots en fusion…

Alors, histoire de fêter ça…

Au prix d’un violent effort, bandant au maximum les quelques forces qui parfois m’animent encore, ressassant en un Mantra désespéré “Je suis un Nietzschéen, un combattant de l’Être, un Yoda en perpétuel devenir”, j’ouvre la porte de ma cave et dans un mouvement convulsif, j’arrache d’une des nombreuses piles de flacons hors de prix qui la garnissent, un “Champans” 1976 de J.Voillot

Fier comme un Winemaker seul dans son chai rénové, juste après que le dernier raisin du millésime 2010 a commencé à chantonner dans les cuves, chatouillé par une légion de levures indigènes en provenance assurée (?) de la vigne, du chai ou du chat vicelard de la voisinel (va savoir, il paraît que ça pullule ces bestioles, un peu comme la vérole sur le Bas-Clergé, sauf que ça n’abime pas les encensoirs…). Enfin bon, j’ouvre la bouteille avec des précautions de premier ministre fraîchement reconduit, expliquant au bon peuple les joies multiples qui l’attendent, s’il n’est pas riche.

Sûr que ce n’est pas une robe d’Évêque que celle de cette vieillasse, pas plus que d’un Cardinal cacochyme d’ailleurs, mais plutôt celle d’un Enfant de Coeur pauvre, qui aurait connu de longues et nombreuses lessives à la soude (la robe pas le gamin…quoique les curés…). Sous la lumière artificielle du monde moderne, le vin brille d’un grenat-rubis évolué qui se perd dans le rose, l’orangé, délavé comme le regard d’un amateur de New Bojo, à l’aube du 18 novembre, quand enfin, ouvre la porte de son caviste…

Il va bien falloir y aller me dis-je in petto (Dieu que j’aime cet in-petto!), tremblant, inquiet, concentré comme le chat de ma très courtoise voisine quand elle le caresse en se léchant les babines, qu’elle a roses et humides. Ouf, ça sent bon la vieille (non!!!) pivoine, la fleur, fanée comme mes souvenirs, la rose transie dans le tiroir d’un grenier.

Là c’est bon, tu te calmes, tu respires et t’en rajoutes pas!!! C’est du vin qu’il te faut parler et pas de tes acrobaties aériennes!!! Et arrête d’embêter tes camarades d’école!!!

Oui, d’accord, je reprends….

De petits fruits rouges aussi, de la soupe de légumes – il est complexe le vieux – des épices douces, le cuir du cartable racorni du vieil écolier, du champignon qui se fraie un chemin entre les feuilles humides d’un automne installé. Un vieux bonheur odorant, qui resurgit du fin fond de mon histoire.

Le bruit assourdissant de ceux qui lisent ce texte et se disent, agacés, “P….n, il en fait des tonnes, encore plus que d’ordinaire le vieux schnoque” me parvient. Oui les grincheux, il me parvient, avec vos noms, vos adresses vos numéros de Comptes en Banques gavés des bénéfices honteux accumulés (Puisez dans vos souvenirs Mes Seigneurs). Ben oui les gars, une momie, même fatiguée par les tourments de la vie, ça a des chemins dans les tuyaux de la toile que le commun (très!) des moineaux, n’a pas.

Alors pas de critiques acerbes ou croates, parce que sinon….

Ah la bouche… Une attaque aussi franche que fraîche, comme une douceur agressive, une matière patinée, glissante comme les BL’s au sortir d’une sérieuse dégustation en pays Beaunois. En vrac, en foule, dans un désordre apparent, les fruits, le cuir et moultes autres nobles finesses, s’enroulent voluptueusement (comme le chat mouillé de la voisine dans son panier) autour de ma langue complice. Tout est douceur, subtilité complexe, dentelle, taffetas dans ce vin, d’une finesse… (là je ne vois pas à qui ou quoi comparer si ce n’est peut-être à la langue du meilleur Molière ou à une gavotte de Bach??). La finale (enfin ça se termine, soupirent les lecteurs pressés…) est dans la droite ligne, douce mais fraîche comme une caresse. Elle monte, très lentement, en puissance, pour délivrer d’ultimes notes de groseille, de menthe bleue qu’égaient quelques tanins, polis comme le matou de la voisine – top tendance le margay à poils ras – quand il a bu….

Pendant ce temps là, le chat de ma voisine, lové dans le couffin du bébé qu’elle n’a pas eu, ronronne…

 

ERASMOSETIRECONEENEE.

ROCK QUI ROLL AND RÂLE-MOPS…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Vendredis du Vin N° 31 *.

 

 

Depuis mille neuf cent cinquante et des béquilles, plus aucune génération n’a eu le talent d’inventer un courant musical digne de supplanter cette musique qui roule, avec autant de rage-amour-talent-furie-larmes-sang, les fulgurantes, les enivrantes, les désolantes, les abominables, les stupéfiantes, les saintes, autant que les diaboliques, errances humaines sur cette boule – bleue de peur de l’homme – qui tourne comme une obstinée, dans cette putain de galaxie perdue dans l’Univers. Je ne sais si l’œil de Dieu, en ce temps d’un autre siècle, était sur eux, mais de son doigt qui a touché Adam, il a subjugué Buddy Holly et lui a susurré «Peggy Sue»!!! De la même façon, sûr qu’il était dans le pelvis d’Elvis, quand il éjaculait «See see rider», car Jéhovah a créé la verge pour qu’elle fulmine, donne et dévore la joie!

Que le braquemart dérouille divinement, quand on lui gratte célestement les cordes…

 Tout ça pour dire que le miracle ne s’est plus reproduit depuis lors. Des resucées, des mièvreries, de l’Electro fadasse, de la House lénifiante, de la musique en purée lyophilisée, du Rap de rebelles à bretelles, plus putes du système que véritablement novateurs, gourmettes, fourrures customisées et bagouzes de haut goût. Pour toute création musicale, trois notes frustes, un rythme primaire qui fait son binaire basique, et plus que tout, haine de pacotille, femmes humiliées, ravalées, viandes crues qui se dandinent et s’exhibent, comme dindes promises à la broche. Quand «Johnny be Good» tourne au Johnny be gode… Et cette avidité affichée pour l’Avoir, le toujours plus, protéiforme. Ah misère glauquasse, mort des idéaux, cimetière des éléphants fragiles, généreux et fantasques!

Les générations se sont empilées. Grands pères, fils, filles et petits enfants, assiègent encore, en grappes soudées, les vieux concerts des ancêtres parcheminés, qui griffent de leurs doigts arthrosés, les cordes rutilantes de leurs guitares «vintage». Sans doute ne tronchent-ils plus, à médiators rabattus, les groupies hystériques et palpitantes, au pied de leurs autels païens, mais leurs riffs intacts, leurs soli métalliques ou soyeux, leurs rythmes telluriques, renversent toujours autant, les jeunes corps trempés, qui ondulent en cadence sous leurs briquets hurlants de larmes, au souvenir navré des enfants nouveaux qui ne sont jamais nés. Le Néo siècle n’est plus à la fureur de vivre, de fulgurer comme phosphore corrodant. Les petits archanges modernes sniffent leurs rails étriqués en baillant d’ennui, et se pâment, frileusement engoncés dans leurs certitudes rosâtres, plus libérales que généreusement incandescentes. Sous leurs écouteurs, dégoulinants des mayonnaises douceâtres que déversent les nouvelles stars des ondes étroites, ils s’isolent et communient, fascinés par leurs nombrils, seuls derrière les écrans tristes de leurs oripeaux gris standardisés, hors de prix. Lobotomisés de tous les pays, unissez vous pour vous acheter sur Internet des neurones en solde. Pas étonnant qu’on ne joue plus du Live Speed Destroy! Faut avoir de la fibre, du matos sous la calebasse, l’envie de voler, et de l’amour en réserve, pour que ça parte en feu d’artifice. Les Dieux pardonnent aux follets qui osent s’écarter des cohues melliflues.

Jagger is not over!!!

 Le temps a passé, dans ma vie comme dans mon verre, trop vite. Les mots coulent, du bout ma de plume à bout, exacerbés par la musique de ces Séraphins pas tout à fait déchus. Très tard mais jamais trop, la soif de vivre me reprend, brutale, violente, exigeante, impérieuse.

Pause et douceur de la musique du vin.

 Du fond de l’enfer passager dont je m’extrais à grand peine, je regarde le verre patient, beau comme une danseuse de Flamenco aux mains de colombe sacrifiée. Sombre, ivre de vins ténébreux, le Toréro va peut-être mourir? C’est à un vin du Roussillon que je demande la joie ce soir. Une de ces bouteilles judicieusement oubliées qui m’extirpera de cette Apocalypse insignifiante. Sur l’étiquette, sobre d’avant les modes – coïncidence ou conséquence, je ne sais plus – est écrit : Domaine Sol Payre «ATER Noir» 2001.

Sans atermoiements, une robe très «Ater», plus noire que l’atroce, plus obscure que la plus hermétique des chambres. «Niger» sous le rayon plongeant de la lampe certes, mais résolument mate en lumière ambiante. Définitivement «tenebricosus». Une âme que rien ni personne n’éclaircira jamais plus. Même le temps n’y a rien pu. Elle le traverse comme un jus d’âtre qui jamais ne trahira personne. Aucune trace «Rufus» ne l’altère. Elle est robe immuablement fuligineuse. De celles qui inquiètent la Mater, réjouissent le Pater et assurent l’universalité de leurs désirs d’en être. Loin d’être à terre, elle reste insondable, charbonnée comme le plus pur jais d’une étoile maudite.

Tu m’étonnes que peu lisent ce genre de conneries absconses, surtout pas les minettes roses… Elles y perdent leurs deux doigts de marketing fleuri et leurs babils charmants!

Ouvert et attendu un jour. Bien m’en a pris. C’est une profusion d’arômes qui me ravit. La violette ouvre le bal des maudits, suivent des notes empyreumatiques et de fruits rouges. Un nez qui chante l’Alléluia du Roussillon quand il est bon!!! Le temps, s’il a épargné la robe profonde, n’a pas oublié d’emmener le vin vers l’automne. C’est le temps de la bascule vers la terre grasse, l’humus et le champignon. S’ajoutent à la danse des notes de vieux cuir et de garrigue fatiguée par le soleil. Tout cela, fondu comme un motet de Tallis, chante à l’unisson le grand air du vin abouti.

La matière est puissante mais le toucher de bouche est de velours. Le vin gronde puis se déploie, gourmand. Les fruits noirs, les pruneaux cuits fondants, donnent de la rondeur. Chocolat et café dansent une Salsa poivrée. La finale est longue, l’alcool, transmuté par l’âge, laisse longtemps au palais des souvenirs perdus, la trace prégnante d’un vieux Porto.

Puisse ma plume, cracher, éructer, hoqueter encore un temps, les mots de rage dévorante et de sang frais, que m’inspire la vieille musique intemporelle des enfants fous des années soixante dix!

* Font chier ces # cons à la mode!

Et pour finir en beauté, un morceau d’une prometteuse petite, très bien accompagnée. Du pur, du dur, sans fioritures, sans concession, qui pulse à la vie plus qu’à la mort.

 

 

EVOLMOCATINICOQUENE.

 

LA BISE DE LALOU…

 Cranach l’Ancien. Portrait.

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 Eurêka, le Fillon nouveau est de retour, sans nous jamais avoir lâché la grappe.

Son sourire radieux de bon petit soldat chafouin s’affiche largement, tandis que le Borloo, répudié comme une matrone en perte de sex-appeal, retourne aux vendanges juteuses que lui promet son futur cabinet d’avocat de grasses affaires. Les médias, en haleine et en nage – brasse coulée et suées froides – depuis des jours et des nuits, respirent et étalent grassement, à grandes cuillères généreuses, le résultat de cette belle révolution gouvernementale qui assure de beaux lendemains, gras et radieux, à ceux que les lendemains n’angoissent pas. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes gras possibles. Pauvre vieux Voltaire ringard! Le temps, décidément est au gras de cochon. Au Beaujolais nouveau aussi, qui arrose largement les comptoirs hexagonaux, en cette sacro-sainte mi-novembre. Perdus dans les torrents acides de vins insipides, quelques rares hectolitres de vins friands, issus de raisins choyés, désaltéreront les gosiers malins de quelques «privilégiés» qui auront la chance de les croiser, au détour de quelques rades incertains derrière lesquels officient cavistes ou patrons illuminés. Ils ont noms peu connus : Molière (!), Ducroux, Burgaud, Bauchet…, et autres petits Poucets qui ne sont ni Charolais inondeurs de marchés, ni branchouillards aseptisés, standardisés, japoniaisés, mondialisés, émasculés…

Mais seuls les fleuves pollués des bojos GD coulent jusqu’à moi, hélas. Point de jus joyeux, tendres, goûteux et frais, à me mettre le palais en dentelles. Le Roland du Jura, futé entre les futés, les a encavés dans son antre inexpugnable, pour se les déguster matoisement, le finaud!

Alors, me reste la robe somptueuse de cette beauté nue liquide, de chair douce habillée, qui palpite, limpide, or rutilant, dans mon verre solitaire…

Ouverte depuis quelques heures, délesté d’un demi verre pourtant, cette Chassagne-Montrachet 1998 du domaine Leroy, à l’image de la dame de légende qui l’a élevée, ne se donne pas d’emblée. Pas du genre à minauder au premier regard l’ingénue. Une fausse pudeur sans doute… Mais, quand elle consent à s’entrouvrir, c’est un “pet de lapin” qu’envoie sa seigneurie! Du réduit, du placard, le renard de mémé oublié au grenier. On parle, on cause, on fait celui qui n’a rien senti, mais l’œil de côté ne quitte pas le verre, dont l’or luit insolemment, comme le regard d’une femme sûre de sa vénusté. J’ose, un peu plus tard, y remettre le nez, discrètement inquiet.

Et dire que je la couve l’orpheline, que je l’attends, la caresse de l’œil et du cœur, depuis presque cent ans! Pourvu qu’elle ne me fasse pas honte cette mijaurée, cette impératrice insolente et dorée, moi qui l’offrait à des amis très chers, bien plus que le prix scandaleux de la belle capricieuse…

Du beurre frais – Ouff – et de la bonne brioche tiède, me chatouillent agréablement l’appendice. L’air désinvolte, du genre “curé qui sort d’un bar à putes”, je repose le verre et fait mine de m’intéresser vivement à la conversation. Je multiplie les mimiques, les froncements divers et variés des sourcils, les plissements élégants du nez, les grimaces outrancières de la bouche… Mais le regard inquiet que me lance ma très douce absente, me calme, avant que d’autres ne remarquent les gouttes de sueur qui perlent à mon front buriné. Je tremble intérieurement et brûle de retourner à mon verre. Un dernier ricanement stupide, et je coupe le son. j’y re-suis! Le bruit des mandibules qui écrasent les petites mignardises tièdes, les machins et les trucs, tous les amuse-papilles, les mini brochettes sur lesquelles s’empalent les petites choses mortes ordinaires, et d’autres horreurs encore, ne m’atteint pas. C’est muré, mieux, emmuré que je suis, totalement autiste et dédaigneux de tous et de tout. J’ai le nez tout au fond du corsage de Mlle Chassagne et ça envoie! Acacia en fleur et en miel, citron confit, cire, silex chaud, cacao, garrigue, Maury, en vrac et en couleur…. Avec un air de circonstance – l’œil qui frise et le sourire faux – je refais surface. La tête me tourne un peu, j’ai du rester en apnée un moment. Allons-y, trinquons donc, à nos femmes, à nos chevaux et à ceux, les veinards, qui… Ça détend un peu l’atmosphère, mais très moyennement. C’est ce que je préfère, la grosse “faute de goût” volontaire, faite exprès. Il y en un qui se marre, un ancien artilleur, les autres grésillent poliment. Au moins une chose réussie ce soir me dis-je in petto. Tiens, voilà du zan maintenant, ça évolue gentiment, ça n’arrête plus. Youpie!

Mais revenons à l’objet de toutes mes attentions et de toutes mes craintes. Ouahhh, la grosse boule en bouche, ovoïde purée onctueuse de fruits jaunes mûrs, dans un papier de soie et de dentelle tressées. Le gras qu’il faut, la fraîcheur, l’équilibre, ça ne faiblit pas tout du long du gosier, ça lève la queue en fin de bouche, tout ce que j’aime. Marmelade de fruits jaunes, pâte de coing, “Mon Chéri” (les cerises à l’eau de vie). Très longue finale, interminablement tendre et bonne, fraîche, veloutée, sur une très fine impression tannique, qui laisse en bouche, caresse ultime, une mémoire subtile de pierre, de réglisse, d’épices et de poivre blanc.

Dans cette pénombre de velours gris, que percent à peine les lumières douces des ampoules en basse tension, comme mon cœur qui bat la chamade, discrète, d’un amour à jamais, qui me serre la gorge entre ses serres crochues.

Autour de moi, des humains babillent.

 

ELAMOTROUTICOILLENE.

QU’ELLE EST BONNE LA MARTINE…

Jan Steen. La mangeuse d’huîtres.

 Saint Jean des Monts sur Côte Vendéenne, en ce début Novembre 2010 de la fin du monde. Sur les 250 kilomètres qui séparent Cognac de cette Chouannerie, nombre d’Arches de Noé tentent de se construire, régulièrement démontées par les bouffades enragées d’un vent tempétueux. Agrippé comme Agrippine au poignard de Néron, soudé au volant comme huître à son rocher, les quadriceps en fusion et les bras noués, je cherche mon chemin de paradis, entre les vagues hurlantes des eaux, catapultées d’un ciel en sinistrôse profonde, par un Éole frénétique. Au bout de l’enfer liquide, le sourire chaleureux d’un homme à La Pipette curieuse qui en vaut quatre, accoudé, du bout de son sourire barbu, au bar de bois nature d’un caviste fêlé, qui règne démocratiquement sur son Carlina de Chai. Il fait bon vivre, rire et boire entre les murs de ce lieu convivial, beaucoup moins foutraque qu’il n’y semble au premier abord. Plus un espace libre sur les murs, que tapissent à la va-comme-j’te-pousse, les souvenirs sur planche de caisse des hôtes de passage, la collection de boites de sardines du patron, des dessins d’enfant, des bouteilles vides en groupes ou en pagaille, les cailloux du Petit Poucet semés par-ci par-là, et foultitude de petites choses de toutes provenances…, un étrange foutoir surréaliste et chaleureux, qui vous console d’avoir bravé Zeus en bagarre, avec Neptune en furie.

Derrière le bar, en salle, à la cave, en cuisine, partout à la fois et en même temps, Philronlepatrippe semble mener une existence stroboscopique. Entre ses mains rapides, les bouchons volent comme abeilles de liège. Sur le bar, les bouteilles, serrées les unes contre les autres, orphelines craintives, se tiennent mutuellement frais, et suent par-dessus leur verre tant elles angoissent d’être vidées trop vite, ce qui définitivement les priveraient des longs regards amoureux, que leurs jettent la brochette mal cuite, de picoleux impatients accrochés au zinc.

La soirée, vouée aux méléagrines d’origines diverses, est – Novembre oblige – intitulée «14-10-huîtres»… Plus précisément douze variétés d’Ostrea sont proposées deux par deux, soit vingt quatre mollusques salés à téter, à slurper, à gober bruyamment, à ramasser, parfois lourdement chus sur le pantalon, comme glaviots glaireux. Bref, à déguster avec des mines de patte-pelu gourmand. Autour des reines du soir, beurres AOC, du doux au demi-sel, en passant par le délicieux beurre aux algues. Histoire de pousser les molasses au-delà du canal de la luette, douze vins différents de toutes régions, mais tous blancs of course (les Vendéens ne sont pas Parigots branchouilles qui assassinent ces pauvres bébêtes sans défense à grandes lampées de Bordeaux sévèrement douellés ), ont été choisis pour les exalter. Douze vins donc, parmi lesquels le «Clos des Rouliers» 2008 de Richard Leroy me séduit à nouveau, quand il envoûte de son Chenin longuement élégant, la chair pâmée de la «Prat ar Coum» Bretonne. Mais entre toutes ces belles offertes, c’est sans conteste pour l’Irlandaise, la «Muirgen» qui finit son élevage à Cancale, que sonnent les cornemuses de la victoire. Il vous faudrait la décoller délicatement de sa coquille, puis verser une giclée blonde du «Phénix» 2009 de Guy Bussière dans son écrin, enfin vous mettre le tout en bouche, pour comprendre combien la finesse, le croquant, la douceur, la longueur de la chair, fouettée par ce «modeste» Melon du Val de Saône, vous caresse longuement le palais. D’autres vins, dont nombre vouent un culte mérité à Demeter la Grecque agricole, réussissent leurs épousailles avec les bivalves. Le Muscadet 2009  “La Bohème” de Marc Pesnot, le Sancerre  2008 de Gérard Boulay envoient, pour l’un, au septième ciel, le sarcoplasme iodé de la «Vendée Nord Ouest pleine mer», pour le second, c’est le pied tendre de la «Utah Beach» Normande qui enfle de plaisir. Tout est là, jouissance et volupté en bouche…

Mais le temps s’écoule et la parenthèse se referme. Le bitume succède à la grève venteuse, le vent persiste mais les eaux restent au coeur des cieux lourds. Au platitudes bocagères Vendéennes succèdent les reliefs doux de la Saintonge, puis les plaines et coteaux de la Charente, jaunis ou rougis par les vignes, qu’enflamme encore l’automne. Céans, l’eau, abondament bue, me nettoie les cellules quelque peu engorgées par les jus blancs, les beurres et les corps croquants des belles de mer. Mais ce jour, après deux jours, me revient l’envie d’un tour en Macônnais, en Chardonnay gourmand. Là-bas, entre les roches célèbres qui se font face, non loin du Val Lamartinien, à Uchizy, un peu plus au nord le climat «La Martine». Un vin de poète? Peut-être, mais pas Lamartinien pour un sou…

La robe de La Martine est pâle, rehaussée d’ors lumineux.

Les parfums de Martine montent au nez, bien plus mûrs qu’elle. De son corsage, qui rebondit au rythme de sa course innocente, s’échappent en volutes chaudes, des odeurs de petits matins de pâtisserie, de paniers de fruits jaunes et dorés à l’étal d’un marché d’été, de bocaux de fruits confits, de boites de Calissons d’Aix. Un bâton de réglisse retient la cascade blonde de ses cheveux. Les fleurs des chèvrefeuilles s’écartent sur son passage et ajoutent à sa trace odorante… C’est un bonheur de la suivre du bout du nez.

La suite de ce Mâcon-Uchizy, en bouche, est plus délicate….Je ne m’y risquerais pas et dirais succinctement qu’elle est est à l’avenant, une gourmandise mais avec de la matière, un jus délicieux que tend et rehausse une finale délicieusement fraîche. Martine est un bonbon dodu que l’on aime à croquer, qui gicle sensuellement entre les dents, pour vous prendre langue et palais, de toutes ses rondeurs généreuses et fruitées. Les 2006 des “Bret Brothers” du Domaine de la Soufrandière sont, pour ceux que j’ai goûtés jusqu’à présent, la gloire d’un millésime bien maîtrisé.

Ce que qui précède est pure fiction, résultat d’une récente nuit trouée par une insomnie blafarde. Seuls sont réels les mollusques et les vins cités.

EFEMOTILEECONE.

LES FURETEURS DES HEURES INDUES…

James Ensor. Foule.

 

Oui, la vie d’un pauvre Blog perdu dans les circonvolutions anarchiques et hasardeuses de ce conglomérat de vertu, de vice – de truismes sans cesse assénés et de fulgurances aigües – sur les fils de cette galaxie arachnéenne qui se déploie sans cesse, n’est pas chose aisée. Des milliards de doigts courent sur les claviers tandis que Microsoft et Google, tyrans plus réels que virtuels, règnent comme en République bananière, filtrent nos interrogations, et distillent leurs réponses. A chaque question posée, ils proposent millions de plus ou moins faux choix, dans un grand n’importe quoi, comme il est de «bon ton» – plus à la mode qu’en voie de disparition – en ces temps de bascule erratique… Changement de siècle, fin de cycle, involution ou révolution?

C’est ainsi qu’au fil du temps, se posent sur mes textes – si «chiants et difficiles, que tu causes avec trop de mots de merde…» selon quelques uns (ce qui me conforte dans mon obstination butée à écrire ce que je veux sur mon Blog, à caresser la langue du bout de ma plume, à lui dire que je l’aime, qu’elle est belle, subtile et jouissive, bien plus que la plus expertes des amantes! Que ceux qui n’ont jamais connu d’orgasme sémantiques aillent aux Putes…) – des visiteurs égarés, à la recherche d’informations souvent fessues, biteuses, crades, parfois poétiques, parfois maladroites, malsaines à donf, involontairement amusantes aussi… De la poésie qui roule dans les éclairs électriques, des incandescences anonymes, des misères de solitudes déchirantes, des pulsions glauques, des tendresses maladroites, le monde dans sa diversité, ses espoirs, ses détresses… Partout, jadis, maintenant, encore, toujours (?) dans la cour des miracles, au coin de ma rue, la rudesse apparemment injuste de la vie excerce sa cruauté aveugle? A moins que ne règne la Loi du Karma? Affaire d’intuition, d’intelligence, de croyance? Saturés, obscurcis, binaires que nous sommes, dans l’implacable jungle de ce monde de matière si dense, englué dans la course effrénée à la consommation sans fin, grande Déesse qu’adorent nos économistes en délire…

Mais je m’efface devant mes visiteurs, mes égarés qui ouvrent sans doute des yeux étonnés, tels biches affolées sous les assauts brutaux des cerfs en rut, lorsqu’ils atterrissent entre les méandres abscons (mais pas plus qu’eux) de mes phrases par trop alambiquées… Mais à Cognac, eaux de vie obligent!

“S’essuyer aux rideaux.

Pipette de caviste.

Abbaye de Baumgarten.

Pierre semi-précieuse Bojo.

Cap Gris Nez, bombe.

Mozart Vin.

Jean Marie Guffens, l’homme qui parle aux bouchons.

Guffens, oreilles, bouchon.

Le château de l’iles d’yeux.

Baise dans la jungle.

Bras engourdis, cœur cocaïne. *

Jean Marie Guffens, l’homme qui souffle dans l’oreille des bouchons.

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Voillot absinthe.

Assiette barbotine, poire inconnu.

Suce et aval.

Artisan de lampadaire à Chinon.

Christine Dieu.

Cheval copac du cœur.

Mont des avaloire, la pierre au loup.

Glycérolés vin.

Le pelage blond vénitien de la hyène. *

Carresses intimes entre homme.

La tatitine explication.

Le massacre des moines de Thibarine.

Lustau Almacenista.

Lorsque l’eau de vie a le même goût que l’eau de pluie, ton œil livide ou a demi plein, émet sa douce lueur et guide mes pas. *

L’origine de la guerre de Trois.

Vin de pays du lion rose des embruns.

Grosses couilles.

Jeté de lit boutis bleu.

Lèvres en feu.

Vierge au pied de la croie arcabas.

Le nom bojo et le pouvoir.

Portrait d’une polychromie abstraite.

Couleur chaude levé du soleil.

Quand le blog cul bas et lourd, pèse comme un couvercle. *

Dufy, eau de vie, esprit le fleuret du fruit.

Front de Meursault gonflait.

Le relief sur la bourgogne.

Mon chien a sa truffe chaude qui feure. *

Femme de couleurs et gros sein.

Tâche cerise doigt.

Tsiba egor.

Analyse de sang pilé.

Vivre nu au soleil.

Aiguilles vibrant de maçonnerie.

Voir femme à poils.

Mur noir gris et rouge.

Injures en patois.

Spelling.

Bavard aligoté 2008. *

Comment détruire les petites bètes blanches qui envahisses les fleurs de mon orchidé.

Douleur abdominale à droite.

Le parchemin de vérité.

Humeurs nocturnes.

La pipette des caves.

Clapton tire la quintessence des iennes. *

Douleur, Marie, Siméon, grégorien.

Femme défoncée par chien.

Pose acide au vinaigre.

Champagne garand cotie diaphane.

Substance aide faire l’amour.

Que gagne un artiste peintre.

Laine vierge.

Pierre angélique striptease.

Crème de noyaux cabanes.

Lunette persienne a montélimar.

Voir la pépette de ladi gag.*”

Et pour conclure, un summum de poésie conceptuelle…

“La douceur infinie de ces lèvres et un peu plus faim blancs de l’ivoire a inventé la vérité d’un tapis humide aussi simple que la vérité!”

Me voici donc débarrassé de ces dépots involontaires, de ces alluvions de mots dans leur exacte orthographe, échoués sur ma p(l)age souvent blanche… Merci à Mercure d’avoir guidé avec humour ces égarés, d’avoir donné aux lecteurs de ce billet la patience et/ou le courage d’avoir bu la coupe jusqu’à la lie de la lettre.

* Mes préférées…

EALMOLEZTIENCOPAIXNE.

L’ARSOUILLE D’ARSURES FAIT SON CHARDONNAY…

Jean Fouquet. Agnès Sorel.

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Dire que j’aime le Chardonnay quand il s’épanouit sous les climats septentrionaux, oui je le dis souvent. Beaucoup de plaisir à me promener régulièrement au long des flacons frais et fruités de Jean Rijckaert, le Flamand qui fait vin au lieu de bière. Pourtant, longtemps ce cépage fut pour moi Bourguignon, sans que jamais je ne m’interroge sur ses expressions d’Outre-Burgondie. Puis le temps passa et me déniaisa, il était temps… A vrai dire le temps qui passe vous déniaise tout au long de la vie, si vous n’êtes ni sourd, ni aveugle et savez lire les signes en écoutant le vent.

A ce jour, j’avoue deux plaisirs proches et différents à la fois, selon que le raisin mûrisse aux alentours des Abbayes que tenaient les belles Abbesses à poigne ferme, qu’elles soient de Bourgogne ou du Jura. Les conjugaisons et déclinaisons méditerranéennes, pesantes souvent, ne me satisfont pas jusqu’à lors. Quant aux Chardonnay du «Monde dit Nouveau», je ne les fréquente pas assez pour oser émettre une opinion… Les ceusses que j’ai croisés m’ont repeint la bouche mais ne m’ont pas pris le cœur.

Or donc me voici face à cette bouteille d’Arbois 2005 de Jacques Puffeney, bon faiseur s’il en est, bâtie comme un flacon, intimidante comme le regard d’une femme dans une maison de librairie. Car c’est là qu’elles se regardent au fond de leur sexe, se retrouvent, se sourient, s’acceptent, s’aiment ou se détestent. Oui là, entre les piles, entre les livres, entre les pages qu’elles frôlent d’un doigt humide, le front plissé, le regard perdu aux confins de mondes étranges et familiers, à la lisière des sensibilités complices. Ah, le regard d’une femme qui se retrouve, alors qu’elle se croyait secrète, entre les lignes d’une converse, dans la chaleur douce d’une bibliothèque obscure… Comme une lumière noire qui perce un soleil.

Bon et le Puffeney dans tout ça???

Un vin à la robe blonde qui devrait plaire à cette femme qui sourit aux illusions du monde, susurre en moi le macho qui ne dort que d’une hormone. Pourquoi, je ne sais pas, mais le pressens. Claire et lumineuse donc la robe. Oui, lumière d’or tendre, mouvante comme une peau mâte et souple…

Les pommes cuites et piquées de noisettes justes grillées… d’emblée, chaudes au sortir du four. Voilà qui plairait aussi à nos mies qui jamais n’ont su résister à la chair croquante et sucrée de ce fruit de paradis charnu. Des notes exotiques de curry, mêlées de pâtisseries chaudes, ajoutent à la séduction de ce charmant – jusqu’à la dernière fragrance – Chardonnay. Au bout de l’inspiration, comme une touche de cannelle fumée qui parachève.

Certe,s il ne faudrait pas tomber dans le dithyrambe en osant une comparaison avec un grand blanc de Bourgogne ou d’Afrique du Sud (Sic). Non, non, je m’accroche aux parois hottentotes du verre pour ne pas choir comme un amateur qui aurait abusé des plaisirs de la chair du vin… Gras et fraîcheur, alliés à une toute petite sucrosité quelque peu épicée marquent l’entrée en bouche d’une, ma foi, bien belle matière… De gourmands fruits jaunes, piqués d’épices, cannelle, poivre et muscade, s’épanouissent, aguichent langue et palais de leurs séductions douces. Un peu de menthe peut être aussi. La finale n’est que moyenne, et laisse en bouche comme une idée de tanins…

Je persiste et signe, Chardonnay en Jura, en de bonnes mains, fait de beaux vins.

Mais où sont les noix? Dans l’arbre du verger, bien sûr…

EMAMODAETIMERÊCOVENE.

LE VINÃS du VILAIN…

J’étais là, plutôt calme, paisible mais concerné et réciproquement, lorsque que la petite enveloppe que tous les joueurs de clavier – pas toujours tempéré –  connaissent, s’afficha au bas mon écran… Je la vis d’un œil distrait, occupé que j’étais à enrichir la littérature mondiale non aseptisée – douce maîtresse fidèle (ça ne court pas les rues) – que je m’enorgueillis de servir. Oui, de ma plume tendrement acérée, je caressais un texte de petite façon. Mes doigts couraient sur le clavier comme ceux, déliés, d’un petit Mozart de quartier, halluciné. Cindy Lauper me berçait de sa voix rauquement chaude, revisitant un vieux blues intemporel qu’elle portait à l’incandescence… Mes sens à moi, les miens «mine», qui ne sont même plus des souvenirs tant le grand âge les a polis, étaient paisibles, lovés, endormis, anesthésiés… Moi, lui, le jadis conquérant que les éléphants d’Hannibal avaient pris comme modèle, lui que l’on surnommait il y a des lustres l’Anaconda des Carpates, reposait endormi comme un spaghetti trop cuit, au creux solitaire de mon, son  jeans trop serré. Mais que sont devenues les belles, aujourd’hui endormies, qui râlaient extasiées entre mes bras musculeux, les hanches broyées sous mes cuisses de Charolais, la gorge râpée à hurler leur bonheur de vivre sous mon joug audacieux et impitoyable? Il était tard, la nuit silencieuse déroulait son taffetas de jais. Cindy se faisait brûler les cordes et susurrait un «Early in the mornin’» tendrement souligné par la voix de cajou du vieux B.B King. La «Lucille» du vieux Lion montrait ses dents de dentelle sonore, en riffs délicatement espiègles. Tout pour être bien, en harmonie avec les vibrations subtiles du temps suspendu de cette nuit, profonde comme une gorge de velours funéraire.

C’est alors que l’inénarrable Fausse Bonhommie palpita à son tour au bas très plat de mon miroir à pixels. Agacé par ces manifestations parasites, je laissai mon ouvrage en plein tissage et m’enquis, pressé d’en finir pour mieux y retourner. D’un clic rageur j’ouvris FB, découvrant ainsi qu’une charmante Argentine (parmi les innombrables groupies qui virtuellement m’assaillent jours et nuits) me proposait d’aller visiter sa pampa broussailleuse. D’ordinaire je néglige, or là, va savoir pourquoi (encore que la photo de la belle, son regard surtout..!) je la mis, prudemment, de côté. Je décachetai ensuite l’enveloppe virtuelle pour me voir proposer le VdV#30 *. Je lus en diagonale, immédiatement interloqué et très nettement, comment dire… revigoré par la prose suggestive des Bulots à Deux Têtes. Couillus les HEF-BAISE’S Brothers, me dis-je in petto! En voilà un sujet motivant qui va faire palpiter le Web morne plaine et les toiles d’araignées qui envahissent d’aucuns. Toi le premier vieux gars somnolent, me redis-je in duo petto. Par un miracle (donc inexplicable) insensé, les deux informations quasi simultanées n’en firent qu’une, s’emboîtant comme les pièces d’un puzzle potentiellement ardent. Ah, les ressources de… l’esprit humain sont insondables. Un tel sens de la synthèse convergente devrait à terme, le jour où l’homme se sera débarrassé de ses traders (bizarre j’avais pensé «travers»!) et autres avides marchands de moulins à vents, hisser l’Humanité au sommet de l’échelle de la Tolérance et de la Fraternité. Je ricanai un long moment et proprement interloqué, je m’agenouillai devant tant de sagacité de moi-même.

Banco me dis-je in trio petto, y’a pas à hésiter, aux VdV#30 tu te dois de fournir et du bon! Rassuré par la consultation de mon compte en banque, je contactai la Chica qui me dit se prénommer Passionnata et lui annonçai mon arrivée par le premier vol. Là-bas me dis-je in-quarto petto, si t’as bien senti le coup, ce sera feu d’artifice et viande charnue à gogo. Bon pour le moral et les VdV#30 réunis! Ah là là, me dis-je requinqué in quéquetetto petto, que ne ferais-je pour honorer le vin des Bulots… en attendant mieux.

Confortablement assis mais à-moitié endormi, je survole les Îles Malouines et me dis in sex-toto petto que ça commence à sentir bon les chevauchées Patagonnes. Ha, caracoler à cru, accroché à la crinière humide d’une cavale sauvage! Les éperons aiguisés, la touffe sous le vent des cimes, les ongles enfoncés dans le gras de la bête non sulfitée, un régal Nature-Bio et assurément dynamique! Au dessus de ma tête, dans mon bagage-cabine en bambou de Sumatra mélaminé, étanchéifié à l’extrait de Bonobo, repose une belle, amoureusement emmaillotée par mes soins. Une très charmante Castillane à la pulpe tendre, fraîche, humide et généreuse sans doute? Une Señora patiemment élevée plus de six ans par Don Rafael López de Heredia y Landeta en Rioiia Alta dans la bonne ville de Haro. De Tempranillo y Garnacha y Grociano y Mazuelo vêtue, la Graciosa du millésime 2000, devrait aider à donner, à l’instant où le monde bascule, ce qu’il faut de folie pour conquérir la gaucha

De Buenos Aires à Paraná dans la province d’Entre-rios, cinq cents kilométros vite franchis, juste le temps d’une saillie de puce dont l’hôtesse de l’aérodyne à hélices fait les frais dans les courants d’air des Andes (?), coincés que nous fûmes (elle surtout) comme deux embryons de loutres enragées dans les toilettes façon utérus de souris, et hop, me voici débarqué, charmeur défraîchi, frétillant, requinqué et prêt à tout, voire plus. Au sortir de l’aéroport, au loin, à contrejour, nimbée par le soleil couchant, ELLE¿ Vêtue au chausse- pied d’une robe rouge sang de taureau, la lèvre éruptive, l’œil noir profond comme un lac volcanique, elle se tient droite, fièrement, la main appuyée sur ses reins cambrés. A ses côtés, une petite boulotte, raide, courte et lourde du bas, taillée dans une andésite de l’Aconcagua et dont les hautes pommettes parlent l’indien des hauts plateaux, s’accroche, mâchoires et doigts serrés, au licol d’un Criollo à la robe Isabelle, aussi nerveux qu’elle semble placide. A sa taille, enroulées et paisibles, des boléadoras se balancent. Une onde glacée, sans raison apparente, me traverse furtivement le corps. La vision de l’Abbé Faria dans son cachot humide de l’île d’If l’accompagne, et je regrette le temps d’un battement de neurone, de ne pas être à ses côtés…

Passionnata me reluque l’œil mi-clos comme une maxi maquimignonne experte. Sous ses longs cils épais, une lueur corrosive sourd comme la lave bouillonnante d’un volcan éructant. «Hola que tal¿», m’assourdit-elle d’une voix rogommeuse, « Te presento mi amiga Chupa». La naine épaisse qui l’accompagne ne bouge pas d’un centimètre, caressant d’un doigt court l’une de ses bolas. Me vient l’envie subite de la planter à coups de massue sur l’Île de Pâques! Chupita s’ébroue subitement et montre d’un geste avorté, deux autres Criollos à l’arrière plan. Je crois comprendre que le Pie au regard torve m’est destiné tandis que la robe alezane du troisième, dont les muscles tressaillent sous la peau tendue de veines épaisses, porte sur le dos une selle de cuir ouvragé au pommeau saillant comme un épais bouton, faite pour protéger la culasse tubéreuse de la flamboyante Argentine moulée dans son fourreau écarlate. Dans mon esprit surchauffé plane le spectre de l’AVC foudroyant. In septuo petto, je lacère de mes dents acuminées la levantine diaphane tendue à craquer sur les hanches épanouies de l’odalisque. La vision des globes charneux jaillissant du bombasin, délivrés de leur prison soyeuse, et dans la fente desquels frise un andain compacté qui s’ouvre sur une luxuriante vallée – il me faut l’avouer – m’épouvante un peu! Dieu ne me sera d’aucun secours, puisse Éros m’inspirer, que le bon père Sigmund me protège de cette polymorphe vorace!

«¡ Vamos changuito! Ahorita mismo te llevo a la pampa, que alli te tengo preparado un asado de ternero al palo. Buena carne para ti, con  musica de Carlos Gardel. «¡ Ay! Francesesito querido!». «¡ Puta Madre!» m’entends-je expirer in octuo petto, «¡ Qué caliente  va estar esto!» Le long de mes muscles lombaires tendus à l’extrême, une sueur passablement hormonée qui me fait sourire nerveusement, se met à couler à grands flots…

Le vent souffle, en courtes rafales hargneuses, sous le belombra décharné dont les branches courtes et bistournées se découpent sur le ciel à l’orage. Les criollos tondent avec méthode l’herbe des pampas comme des coiffeurs tétrapodes. Le crissement des bromes dactylées, broyées sous leurs mâchelières épaisses, résonne – atonal – sur la basse continue que tient l’aquilon. Sur les piquets de bois brut, des quarts de bœufs rôtissent. Les graisses butyreuses gonflent, grésillent et éclatent en longs jets évocateurs. La vue de ces axonges brûlantes que la chaleur façonne, fascine Passionnata dont les doigts raidis massent convulsivement les chairs ardentes de ses tétasses aux trayons turgescents. D’un mouvement brusque des hanches, elle se tourne vers moi. Ses mamelles ballotent et la lave coruscante de son regard hypnotique me foudroie, comme un moineau anémique sur une ligne haute tension! Je tombe à la renverse, littéralement sidéré. Ma conscience vacille. Au dessus de moi, la pélasgique amazone déchire, d’un geste convulsif, la fine pelure tendue à en culer, de son angusticlave dégoulinante de désir glouton et s’enduit la poitrine de chimichurri gluant. «¡¡¡ Cóme me !!!» bave t-elle!  Mais comment vais-je pouvoir besogner cette Papagena barbare avec ma petite Flûte Enchantée me demandé-je, in nonuo petto, avant de m’évanouir pour de bon…

La chaleur de la lampe de bureau renversée sur mon bras gauche m’a roussi les poils et m’a rosi la peau. Ma tête, renversée sur mon bras droit est douloureuse, mes cervicales, raidies par ce sommeil comateux, craquent quand je me relève, hébété. La bouteille de Viña Tondonia, patiente, n’a pas bougé. Imperturbable comme une duègne blasée, elle attend que je veuille bien l’honorer. Carafée ce matin, elle repose et se gave d’air dans son cristal. Les reflets de la lampe l’irradient et sa robe de rubis patiné joue avec la lumière chaude. Il est quatre heures du mat, six heures de sopor visqueux me dis-je in dixtuo petto. Étrangement j’ai soif de vin frais et d’air doux. D’odeurs subtiles et fragiles aussi. Le vin m’exauce. Fruits rouges sous la rosée du matin, cerise mûre, pivoine fragile au sortir d’une fine pluie d’été, autant de fragrances vibrantes que rehaussent et magnifient des parfums de vieux cuir, de sous bois au matin d’un automne roux, de chocolat noir aussi et de tabac. Un nez complexe, fondu, élégant, racé. En un mot, DISTINGUÉ.

Le fumet presque disparu d’un taureau au bout de sa volte, pourtant subsiste en tête du bouquet…

Est-ce cela, amplifié par ce texte à écrire pour les VdV#30, qui m’a assommé? Peu importe désormais, la bouche m’appelle. Ai-je pu un jour avoir aussi soif de finesse, de douceur et de tendresse de vin qu’à l’instant, me suis-je une dernière fois esclaffé… in sesquicentuo petto! En préliminaire, mes lèvres reçoivent l’offrande, tout d’abord demi corps, de ce Rioja d’altitude. Fluidité de la matière et fraîcheur me caressent les petites éminences coniques qui saillent sur ma langue papilleuse en prière. Puis le demi-corps se fait chair pulpeuse et fondante qui libère un orgasme de flots fruités rouges, tendres et mûrs comme une brassée goûteuse de bécots goulus. Ça roule en bouche et palais, ça serpentine autour de la langue, ça enflamme le corps et l’âme. A l’avalée, le vin s’étire comme la belle au réveil qui suçote le chocolat amer qui enduirait un pruneau… La finale pulse longtemps dans ma gorge apaisée et dépose sur mes muqueuses à vif, ses imperceptibles tanins polis.

Ne cherchez pas la suite de cette histoire ébauchée dans vos souvenirs, dans votre présent non plus, et moins encore dans votre avenir…

Elle m’appartient.

* Vendredis du Vin N° 30.

EVIVAMOARGENTICOTINANE.

LA SUPPLIQUE A SUPPLY…

Gérard David. Ange de l’Annonciation.

 Oui…pour les chineurs de perles noires surtout. Tant pis pour 2011.

Concélébrons à nouveau et avant tous (c’est ça le chasseur de tendance) cette année encore proche qui voit Monsieur Eric vendanger le «Mourvèdre des Crouzets» 2007. J’ai eu beau scruter Gogol Earth en long en large et en relief, point de parcelle perdue sur les flancs du Baudile à me mettre sous les yeux. Appelé à la rescousse Géo l’hexagonal ne fit pas mieux.

Les «Commentateurs» étant immodérément issus du croisement hasardeux entre le Phaseolus communis Pritzel et le Phaseolus compressus **, je remercie à genoux le père fondateur qui me donna vie. Merci à toi, Ô César des mondes liquides, d’avoir permis à mes papilles curieuses de goûter cette bénédiction faite vin. Oui, sans toi ma vie eût été toute autre et la fadeur convenue des breuvages encensés par les prescripteurs installés, aurait sinistrement continué à réjouir mes tristes habitudes d’amateur ronronnant.

Voilà c’est fait. Si après ça je me fais virer, c’est à désespérer de vouloir jouer au Jack Lang des courtisans virtuels…

Or donc revenons à ce génial Mourvèdre.

Toujours et encore et pourvu que ça dure. Je m’en régale déjà en regardant l’œil humide de la bouteille opaque. De la bonne grosse boutanche à verre épais et large cul qui vous remplit la main d’un honnête homme. Lourde comme les seins d’Andréa Ferréol dans «La Grande Bouffe», mais en plus ferme… Un vin comme ça, jeune et de Baudile (Vin de Pays du Mont…) issu, va falloir l’aérer, le détendre, l’assouplir, l’apprivoiser, faute de quoi il va me faire son gros bourru boudeur, cul serré et tanins hérissés. Casanova devait être un fin dégustateur me dis-je, souriant, vieux matois, aux souvenirs exquis d’anciennes joutes et de récentes aussi, VdV oblige!!!

Vous allez vous dire, j’en suis sûr : «Il déraille encore plus que dab le vioque!!!(vocable emprunté au vocabulaire, d’ordinaire pauvre, du lecteur ulcéré). On lui a pas donné sa tisane et son bromure hier soir ou quoi!! C’est pas qu’il nous ferait une poussée hormonale éphémère et tardive??? Va encore falloir gober ses hallucinations, ses états d’âme, ses radotages, ses idées fixes???».

BEN OUI, il a eu fallu!!!

D’un coup sec et viril, à l’ancienne, le col du flacon bien serré entre les cuisses, j’attaque le bouchon. Ça couine un peu sous le sommelier. Normal c’est jeune, mais ça capitule de suite. Ça fait un joli «glop». sonore, net, sans chichi. Faut dire que c’est pas le genre vieille chochotte qu’a bourlingué dans tous les caboulots d’Amsterdam, mal conservée, qu’a eu chaud plus d’une fois et qui rend son bouchon quasi délité, dans un borborygme humide, comme une Bretonne qu’attend son marin de mari, plein hiver sur les quais de Paimpol *. Non, c’est un beau bouchon, cœur de liège, un vrai géant qui pète clair et qu’était encore bien au chaud dans la poche de l’Eric y’a pas si longtemps. Puis je verse dans le Spiegelau ventru un beau jus d’un rubis foncé, au cœur noir comme une haleine de dragon. Deux tours de poignet et le vin tapisse, une seconde immobile, les parois du verre avant que de se répandre en larmes grasses tout autour du disque. La pierre précieuse, aux reflets violacés, brille sous la lumière douce d’une lampe de bureau. C’est que ces jours-ci le soleil est en Afrique…

Sous le nez, des jardins. Dans les jardins, profusion de fruits rouges gorgés de jus. La rosée caresse la terre du Mont qui exhale ses senteurs humides, ses parfums de bois rares et les effluves épicées des poivriers avoisinants. Les épices douces s’enroulent autour d’une pointe de cannelle, d’un soupçon de vanille, d’un fragment de bois de réglisse et d’une goutte de jus de rôti grillé. Mélange des genres…

Et j’ai le nez ravi! Poussière sur le plumeau, le sentiment de humer la complexité harmonieuse d’une crème de liqueur. Usant de stratagèmes, je retarde l’instant de la rencontre. Dieu qu’attendre est exaltant. Comme il est doux d’avoir le pouvoir de se freiner. Au bout de deux jours quand même Chérie, je peux??? Oui viens, me répond dans un zéphyr odorant, le vin dont la surface ondoie sous le souffle de mon impatience. Mais qu’il est souple ce jus qui se donne tout en se retenant. C’est gras, tendre et serré à la fois. Une pelure de tanins mûrs et délicieux, un chocolat Grand Cru en bouche, fin, subtil, équilibré bien que du Sud (comme quoi y’en a qui savent faire…). La puissance est là cependant, contenue et s’exprime dans le registre de la subtilité plutôt que dans celui de l’esbroufe. En finale, le vin s’allonge indécent, en toute fraîcheur et installe sa réglisse épicée sur mes papilles turgescentes qui n’en finissent pas d’exploser…

14°8 parfaitement maîtrisés.

A la relecture je me dis que cette matière sauvage aurait tout aussi pu donner un bloc monolithique, indigeste, lourd et alcooleux. Il fallait savoir la lire et la dompter. Certes le terroir, notion dont nous nous gargarisons souvent, est importante sinon essentielle, mais sans la patte du vigneron…

Alors Monsieur Supply-Royer, je vous en supplie, ne changez rien à vos manières d’être et de faire, même pas les prix. Dix euros chez un caviste en ligne.

* Vous avez de la chance, je la vois debout, sinon…

** Le premier qui trouve gagne un Gaffiot hors d’usage…

 

EBEAUMODEALATIBAUCODILLENE.