Littinéraires viniques » POÈMES EXACERBÉS …

A LA QUEUE LEU-LEU …

1422366_10200853595567681_1239502541_nEt la finesse de La de.

Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

 

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Jacotte, petite marmotte,

Elle tricote, la frisée, elle tricote,

Croque menue, pointue, sa biscotte,

Du bout gourmand de ses quenottes,

Droite dans ses vieilles bottes,

C’est une madrée, une rigolote,

Qui dévide, coquine, sa pelote

Tombée, toute douce, de sa hotte

Elle sent bien bon la bergamote

La lavande, la myrrhe et la cancoillotte …

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Et voici le bel, le grand Edgar,

C’est un foutu bourru gaillard,

Barbe fleurie, lèvres sans fard

Grande gueule et gros braillard,

Cannes de serin, ventre de boyard

Torse velu, sacré braquemart,

Bouffeur de sanglier gras au lard,

Qui suce, goulu, cailles au caviar,

Se gave de salmigondis de canard,

Un peu vantard mais pas trouillard …

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La coquette Alphonsine,

Ôte son jupon de mousseline,

Son fin corset de feutrine,

Yeux de nougatine,

Bouche de praline,

Masse sa jolie poitrine,

Aux nuances opalines,

Avec force margarine,

Elle la soupline,

Et sa tête de dodeline…

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Frère Odilon

Se gratte frénétiquement les melons,

Se tâte énergiquement le pilon,

Est-ce un frelon ?

Mais non ! Des morpions !

Vite pour le soignon,

Apposer lamelles de jambon,

Verser jus de citron,

Frotter peau d’oignon,

Un syphon,

Fon fon…

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Au cul la vieille Marguerite,

Voici venu le temps des vapeurs et des frites,

Des glands charnus et des prurits,

Il est l’heure aimée dans ta sombre guérite,

De boire sans soif l’eau bénite,

Qui bout au creux de ta marmite,

Sous tes jupons bouffés aux mites,

Tu plais même aux tristes Barnabites,

Aux gros bedeaux, aux très beaux Alaouites,

Qui se régalent à se vautrer dans tes pituites.

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Dans les yeux verts de Victor,

Brille, jaunâtre, un œil d’alligator,

Sa bille tordue, chenue, à l’air retors,

Semble échappée à l’apophthore,

Faut dire que ce vieux brontosaure,

Est bien plus fort qu’un bucentaure,

Plus tordu qu’un grand constrictor,

Et qu’il braille plus qu’un stentor,

Jusqu’au fin fond d’Oulan-Bator,

A faire péter tympans et transistors …

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Cette vieille chienne

Acariâtre de Lucienne

Cachée derrière ses persiennes

Moustaches de prussienne

Faux-airs de chrétienne

Baptisée à Sienne

Par  une mousmée martienne

Adore Dskaa, déesse arienne

La Lumière iranienne

Vénération païenne

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Adepte du Grand tourment

Docte impatient, Christian

Parle avec Boris Vian

De parfums d’Ispahan

Des amours de Manoukian

Il va, empoignant

Les esprits fainéants

Fulminant, trépignant

Tout le temps, tout le temps

Tel un chat-huant.

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Quand, dolente, la belle Brigitte,

Suce force tendres pommes cuites,

Il n’est pas rare qu’en zettabits

Pulsent, et dégoulinent foule de tweets,

Les hussards, les banlieusards, les Moabites,

Tous les gandins, même les truites,

Rêvent, à un près, de soixante-huit,

De coït, à défaut, de chat-bite,

Et sortent leurs tristes gigabits,

Au risque de faire très grave faillite …

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Y’a bien longtemps mon bon Gaston,

Qu’y plus un pet , plus d’téléphon qui son,

La-bas, enterré dans ton vieux bastion,

Plus d’apéro, plus de gigolette, plus de piston,

Que d’la branlette, du hareng saur, des rogatons,

Tu végètes, plus d’crampette, ni d’gros tétons,

Que d’la sniffette, de l’ammoniaque et du chichon,

Des côtelettes, du gras d’boeuf et des chicons,

Tu t’grattes la couenne, les couilles pauvre cochon,

Mais non mon vieux, mon pote, t’as pas l’air d’un vrai con …

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Gavée de frangipane

Farcie de banane

La gloutonne Suzanne

Livide, diaphane,

Est prête à rendre l’âne.

Panse de Gargantuane

Langue de cellophane

Infuser de la badiane

Siroter sa tisane

Lisant les lettres persanes

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Ce goret de Marcel

A sifflé ta coupelle

Vidé ton écuelle

Bouffé les quenelles

Gobé les mirabelles

Salit la nappe en dentelle

De tata Annabelle

Qui hurle au Ciel

Pousse les décibels

A secouer l’archange Gabriel !

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A la retraite, la belette, la Jacqueminette,

Fatiguée, et ce prénom, qui sent la bleuette,

Le citron frais, l’angélique, pas la braguette,

Toute ta vie, rêvé d’une bonne baguette,

Fleurant bon la levure, le pain frais, la quéquette

Mais tes boutons, ton haleine, t’as beau être gentillette,

C’est pas demain qu’un charmant, l’oeil castagnette,

Cheveu gommeux, moustache frisée et douces couillettes,

Bout suant discret, mi fesses mi rillettes

Va te brasser, te limer, bouffer la cramounette …

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Six mois au désert

Desséché est Norbert !

Croûtes de camembert

Morves de Saint-Nectaire.

Rôti comme sorti des enfers !

Vite une savante infirmière

Pour lui passer du baume capillaire

Un verre de Marie-brise-air

Pour revigorer ses chairs

Réhydrater ses viscères !

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Toutes ces bavardes, tous ces baveux,

Collés, mélangés, harassés, embrasés,

Se caressent, bout de plume, œil de lune,

Ils aiment, trépignent, se bouffent le nez,

Enlacés, extasiés, allongés sur la dune,

Ils se regardent, sourient, béats, illuminés,

Comme des phares, à la pointe de Camaret

A la queue leu-leu …

JE TRICOTE MES MOTS.

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Quand La De fait sa Pénélope.

Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Du soir au matin frais,

Puis la moiteur épaisse,

Qui ronge les couleurs

Du monde. Désolé

De sentir la mort lente

Des feuilles éplorées.

A demi assoupi,

Je tricote mes mots.

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Mais il me faut tirer

Le fil de ma pelote,

les oiseaux se sont tus,

Les feuilles des arbres las

Pendent comme leurs ailes

Aux nervures flétries

Des érables assoiffés,

Dieu que mes rimes sont pâles.

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Et l’azur est tombé

Sur la terre écrasée,

Deux trois notes pures

Au campanile rouge

Ont peine à résonner.

La vie s’est éclipsée

Les torrents asséchés

Et mes voyelles aussi.

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Je peins la bouche sèche

Et mon pinceau hésite

L’air est flou et se tait

Mes doigts brûlent du feu

Qui court. La salamandre

Noire, aux toits écarlates

Sans un bruit s’est nichée.

Les consonnes ont sonné.

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Comme beurre les mots fondent,

Ma plume ébouriffée

Se noie dans la chair grasse

Des chaleurs du jour.

La pelote affaissée

Dans ma paume languide

Coule de tout son jus

Sur ma folle calame.

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Je tricote mes mots

Sur la laine de ton dos,

Tes soupirs m’exaltent,

Dieu que mes rimes sont pâles

Plus encore que ta peau.

Et mes voyelles aussi.

Tout au creux de ton lit,

Les consonnes ont sonné,

Elles glissent assommées,

Sur ma folle calame.

Comme le cerf qui brame,

Je tricote tes eaux.

TUER LE DIABLE.

Le diable beau de La De.

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©Brigitte de Lanfranchi – Christian Bétourné. Tous droits réservés.

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Je vais tuer le diable

Soleil abominable

Lui arracher le râble

Le vider de son sang

Apprendre son cœur avec les dents

Le débusquer dans son taudis

Le faire chanter comme un maudit

Lui faire cracher un dernier cri

Boire sa bile et sa folie

Le dépecer à racler l’os

Tuer sa mère et tous ses gosses

Dire à son père lui qui nous crée

Qu’il n’est qu’un verbe de papier

Maudits soient-ils jusqu’aux derniers

J’irai crever sa gueule d’enfer

Je ferai braire ses yeux pervers

Sucer son suc, sa vie amère

Me regarder violer sa mère

J’éplucherai ta gueule d’airain

Je t’étoufferai dans ton purin

Avec ta peau de haine noire

Je tapisserai les abattoirs

Et je jouerai de mon tambour

Avec tes os la nuit le jour

Fils des ténèbres tes hurlements

Feront des loups grincer des dents

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Ne pleure pas

Au moins tais-toi

Regarde-moi

Toi le grand Roi.

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J’étriperai tous les chats noirs

Tous les barbus aux ongles noirs

Et tes sorcières sur leurs grilloirs

Tu hurleras de désespoir

Même les gargouilles des cathédrales

S’abreuveront aux eaux lustrales

Il est forclos le temps des râles

Tous les incubes et les succubes

Les vampires fous et les catins

Les crapauds bleus les corbeaux nains

Les vieux vicieux et leurs sales mains

Les gnomes laids et leurs pustules

Feront la ronde sur ton cul

Fleur du mal boule de pus

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Le ciel se noie la terre purule

Sous les orages sous ta férule

Vois tu éclates

Toi l’écarlate

Prince des horreurs

La mort a peur.

QUAND TOMBENT LES GRAPPES …

1510491_10201208774246926_323898237_nQuand La De fait sa corrida.

Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

 

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Sur les gradins des arènes de Béziers,

Les américaines, chaudes comme des brasiers,

Applaudissent, leurs mains qui s’échappent,

Hystériques, quand tombent les grappes,

Sous l’épée du toréador à la jolie cambrure,

Sur sa cuisse glisse le sang comme une parure.

Au surplomb, Hemingway tète son canasse

Il sourit de voir ces renardes, ces chiennasses,

Lui, le rougeaud, qui ne suce pas de la glace,

Il sent, poils hérissés, que sous leurs jupons,

Sourdent les jus gras et brûlants de leurs cons.

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 C’est au centre aveuglant du cercle magique,

Que virent et voltent ces sombres noces sacrées,

Qui voient le ciel, coulant comme une fournaise,

Flamboyer à la fine pointe, cruelle de glaise.

Quand le torero dans son habit, son glaive

Sent au profond de ses os les puissances telluriques,

Qui font s’écrouler la bête et bêler les Texanes.

Le soir elles se cambrent, visages de mantilles,

Teint de vanille morte, et culs gantés de blanc,

Elles supplient et implorent, les mains lourdes de tian,

Que plonge dans leurs pétards, le dard du tueur achalant.

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 Accrochées au flambeau du matador flambant

Prêtes à avaler sabres et banderilles,

A hurler, griffer, branler, lâcher leurs trilles,

Croquer les fleurs de leurs désirs ardents,

Qu’il plante, les insultant, dans leurs flancs.

Et les voici qui halètent, branlettes, les starlettes,

Quand Hemingway, plume trempée dans le bourbon,

Ivre d’alcool, de folie, de rumeurs, triste bouffon,

S’esclaffe, barbe de dieu et lèvres en feu,

Solitaire et déflagrant. Dans la nuit qui s’éternise

Il couche sur le papier ce feu qui les attise.

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 Sur le sable blanc, joyaux de soleil et de sang,

Tombent les fleurs, les foulards sous le vent,

Ronde belle, affriolante, pantelante et ravie,

Ma toute mousse, ma louve aux yeux alouvis,

Ta griffe, ma superbe, descabelle mon cœur.

ET JE TREMBLE POUR TOI …

Illustration de La Folle De.

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Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Ces femmes qui ne que sont des filles,

Affublées, provocantes, légères mantilles,

Me laissent sans voix et sans désir,

Mais la fille, jolie, qui est juste zéphyr,

Et fille aussi, lascive et fière,

Me met le cœur et l’âme, hors bière,

Aux fêtes rares des amours confites,

Elle, oui, frémit et me convie,

A me perdre, je veux, aux confins de ses yeux

Qu’elle a grands, limpides et si bleus …

——

Douceur lycanthropique, lave exsudée,

Organsin fragile, orages déversés,

Gestes gracieux, incontrôlés, énamourés,

Qui me tendent les bras, et toutes leurs vallées,

Profondes, brumeuses, goûteuses, inexplorées,

J’y tombe, m’y perds, m’y glisse, et m’y évade

Quand, pauvre hère, perdu, honteux, en rade,

J’allais, âme partante, voler vers d’autres mondes,

Bien au-delà des fins, des mappemondes,

Loin de tes fruits, tes orbes, tes courbes rondes …

——

Tu me regardes comme une enfant perdue,

Me prends, me donne, comme ta main tendue,

Me caresse, ta voix gratte à ma porte,

Qui claque, béante, sous le vent qui te porte,

J’exulte, interdit, me perds, m’oublie,

Quand, innocente, tu me retrouves, ma louve,

Me dis que depuis que les mondes ont jaillit

Des profondeurs, des magmas et des lits,

Des visages, des corps qui ont comblé ta vie,

Enfin tu sais, ce que veut dire aimer.

——

Alors je jette au vent mes oripeaux blanchis,

Me dépouille de la rouille, de mes amours rôties,

Je hurle à la lune combien j’étais meurtri,

Fracassé, désolé, aride et foutre de pie,

A toi, si rouge sous ta pâleur, je crie,

Qu’à l’heure où sonne le déclin de ma vie,

J’emmerde les catins, les animaux aux poils drus,

Les boues figées, les eaux sales et les dards pointus,

Les extases, les glus et les dondons dodues,

Tu es là, tu trembles, et je tremble pour toi …

——

Mon quartz, ma lumière, l’obsidienne,

S’est muée, j’aime ta lune pleine …

RESPIRE LE VENT COURANT.

Quand La De tourneboule.

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Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Je ne suis pas et je suis à la fois,

comme une histoire de foi et de fous

dans les villes là-bas, si lointaines et si proches,

nom de Dieu toutes ces cloches,

elles sonnent à mort dans le vent !

Regarde donc le ciel si désert et si beau

et ces eaux d’encre berçante,

à reverdir les âmes inquiètes et les esprits chagrins.

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Respire le vent courant,

les parfums obscurs des chiens errants,

les effluves des meutes derrière les cerfs saignants

le soir au charbon des lisères,

Et les serments ardents des vautours perchés

sur les flancs crevés

Des moutons dépecés accrochés aux rochers

des montagnes de pierres et de cairns croulants,

les feulements puissants des crinières hérissées,

les griffes déchirantes, les peurs implorantes,

Et la furie masquée des danseurs empourprés.

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Mais n’oublie pas là-bas

les eaux lourdes des fleurs en pleurs,

 les sourires éclatants des enfants mille dents d’ivoires et de perles,

et les soies salées

des grands lagons au petit matin levant.

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Touche et caresse du bout de tes doigts absents,

le chocolat chaud des goûters d’antan,

le tissu rêche des revêches à confesse,

les écailles lisses des tortues vertes

les éventails déployés des gorgones rougissantes,

la splendeur des ombres

le soir finissant,

le rosé veiné de deux seins frémissants.

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Et les comètes  lentes,

Au tombant des planètes,

La musique des sphères aux confins des espaces,

la magie délétère,

le fer et les éthers,

L’antre des monstres pairs

et la splendeur des mers,

Et le cristal de roche enfoui sous les glaces.

Le soleil est absent,

il est tombé si bas.

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N’oublie pas.

LA SORCIÈRE AUX CORNUES.

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Le totem de La De.

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Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Ton corps sage, ton corps nichons, ton corps billard,

Dans l’ombre, dans le corset des nuits de charbon,

A foison, corps vidé, coruscant, tout tremblant,

Même la lune s’est couchée, allongée dans les eaux

Qui caressent les déesses, les drôlesses, les papesses.

La diablesse blottie, et ses fesses d’ogresse,

Quand elle couine et rapine en caressant ma peau,

Comme les arbres en forêt se balancent. Et les glands

Des grands chênes parsèment le gazon.

Sur les cimes corrodées dérivent les busards.

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Puits de réglisse, gouffrée de zan, les amants

Crèvent les bulles majuscules, les opercules,

La pluie coule, rus en foules, tourneboulent,

Dagues brûlent, piquent et pleurent, le bonheur.

Suées grasses, rires complices. Les artistes,

Mousse de lys, hagards, émus, la valse triste

Déroule, et tonnent ses accords, douce houle.

Sous les soies, sous les draps, mains serrées des glaneurs,

Fleurs des champs, myosotis, buissons de farigoule,

Un monde se bouscule, vallées et monticules,

Dans le silence bleu scintillent les aimants.

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Les cordons se dénouent, elle du corps, ce corps fou,

Tombent les cordonnets, corps de lait, don du corps,

Offrandes fragiles, ce corps sage à l’outrage,

Rêves de tison, corps ogives, si rond ce corps

Au fond des corridors, réveille toi en nage,

Cornique tu parles, oiseau pâle de Corfou,

Le corps se tait sous la cornette corsetée,

Beau corps, sous le bec des corbeaux, le corps râle,

D’âge pleure, serre les cordages en correction,

Érection fatale, le corps rôde, coeur à létal.

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La sorcière aux cornues, à tirer au cordeau.

LES LOUPS AUX YEUX FARDÉS.

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La De fait sa louve.

Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Le long du pelage des loups aux yeux fardés,

Le vent court qui glace le sang noir des humains.

J’irai lécher leurs dents, caresser leur pelage,

J’irai les embrasser longtemps à plein museau,

J’irai baver ma bile sur leurs proies exsangues,

Ils me regarderont, leurs regards seront fous,

Nous écouterons ensemble mugir les tempêtes,

Le noroît gémira à éclater les troncs.

Nous gémirons de peur, j’arracherai mes doigts

Nous gratterons nos dos aux arbres hérissés,

Les grand lacs gèleront, les cygnes en mourront.

Ils me diront sais-tu, je ne répondrai pas,

Et quand nous aurons faim, nous saignerons la lune,

Nous serons bien, ailleurs, perdus dans le grand nord,

A déchiffrer le temps au lichen des arbres.

Mais quand les ours noirs affûteront leurs griffes,

Ivres, en grommelant ils chargeront en bande,

Alors les loups et moi nous ne ferons plus qu’un,

Nous les dépècerons, nos crocs seront si longs,

Si rouges de leurs vies que nous boiront leurs âmes.

Nous ferons des enfants et ils auront leurs gemmes,

Et les pierres précieuses qu’ils sèment sous leurs pas,

Ils seront tous si beaux que tu en pleureras,

Ils apprendront à lire aux racines des bois,

Ils mangeront leurs pères, et maudiront leurs mères,

Dans le lit des rivières ils pêcheront leurs rêves,

Hurleront des cantiques sauvages et pleins d’effroi.

Regarde les courir ces pauvres innocents,

Avec leurs mains si pleines, la folie verte au ventre,

Leurs cils bruns plus longs que quatre cent éons,

Un cerf à la lisière mort de les avoir vus,

A bramé bien plus fort que tous les soirs de rut.

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Ô toi qui sais, toi qui vis, toi qui pries, si fort,

Dis moi encore, oui, avant que ma vie ne défaille

Qu’au long des steppes folles, je connaîtrai les loups.

SOUS LA LUNE ARC-EN-MIEL

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Avec le regard Arc-en-miel de La De.

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Illustration Brigitte de Lanfranchi – Texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Nuit blanche cœur noir et reflets gris,

Le froid a mordu la nuit dans le blanc de mon lit,

L’aube est au désespoir et le soleil aussi.

Aux horizons aveugles les chemins infinis.

Les couleurs ont fondu, comme si la vie meurtrie,

Par la fenêtre close, overdose, évanouie.

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La mémoire, ronde folle et les feuilles des arbres,

Disparues, oubliées, je mords ma langue au marbre.

Fracas d’étoiles brisées, le ballet, billes drues,

La pluie pique le sol, gicle gigue éperdue,

Belle fugue de Bach que nul n’entend plus,

Puis la Folia gémit, me ravit et se cabre.

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Sur la toile froissée, des cohortes de suie,

La pénombre est épaisse, longues nuées flétries

Rêvent de grandes batailles, de conquérir le ciel.

La lumière empêchée sous la lune arc-en-miel,

A peine le tonnerre, les éclairs ont jailli,

Ils ont fendu les bois et le fiel de mon lit.

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Se taire à perdre haleine, se heurter aux murs noirs,

Pupilles lacérées aux éclats des miroirs.

Hurler des chants funèbres, ne pouvoir ni vouloir,

Errer dans les dédales obscurs, n’y rien plus voir,

Et les jambes broyées jusqu’au ras des mâchoires.

Ouvrir les yeux d’un coup, paupières aux grattoirs.

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Voiles des songes et cris sauvages, torches brisées,

Des cauchemars étranges, mes nuits de soie glacée.

COMME CE PAYS EST BEAU.

Les chats chats de Brigitte de Lanfranchi.

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©Brigitte de Lanfranchi – Christian Bétourné. Tous droits réservés.

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Comme un chat bleu caché sous un châle rouge

Un matin de craie blanche éventré par le vent

Au milieu des forêts aux verts désenchantés

Solitaire et heureux comme un moine en extase

Moustache de crin tendu, quand rien ne bouge.

L’immaculé meurtri allongé sur le flanc

D’un rêve aux antennes brisées désabusées

A regardé le chat de ses yeux de soie lasse

Sur le tapis laineux des neiges inaltérées.

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Comme une odeur de paix étrangère à la terre

En ce lieu secret la lune luit sur l’océan

La tempête est tombée les arbres se reposent

Le ciel noir s’est vidé, les yeux bordés de cernes

Ont souri à nouveau comme deux éclats de verre.

Rien même ne tressaille dans le creux du divan

Le temps est arrêté les vers font de la prose

Les cœurs sont endormis au fond des lits en berne

Et le silence est doux le soir au bord de l’eau.