Littinéraires viniques

LE RÊVE DE LOTHAIRE.

romanesco

Fractal vegetable – Par Rum Bucolic Ape sur flickr – licence CC BY-ND 2.0.

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Texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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D’un geste, aussi sec que précis, Lothaire poussa la porte et entra dans la boulangerie bondée. Noël approchait et cela se sentait. A la différence des jours ordinaires, l’atmosphère y était plus détendue. Les clients souriaient, certains se parlaient, d’autres plaisantaient avec la boulangère. Cette femme replète, souriante, affable, prenait son temps, répondant à l’une, plaisantant avec l’autre. La boutique se remplissait mais personne ne récriminait, les gens attendaient, se sentaient bien, il faisait chaud, l’air embaumait la farine fraîche, la crème pâtissière et les viennoiseries au sortir du four. Le boulanger arriva. Vêtu d’un short sans âge, d’un marcel fatigué, les bras et le nez blanchis par le froment, il portait d’une poigne solide une grande panière pleine de baguettes chaudes. Et l’odeur du pain frais, à la croûte craquante, du pain cuit à point, un mélange de farine, de levure, de noisette grillée, se répandit dans l’air, submergeant l’odeur des corps propres du dimanche matin, les fragrances lourdes des déodorants et des parfums capiteux.

Dans la bonne humeur générale, Lothaire, visage fermé, le corps un peu crispé, semblait aussi à l’aise qu’un glaçon dans une bassine d’eau chaude. Autour de lui, instinctivement, les clients s’écartaient légèrement, de sorte qu’il était le seul à bénéficier d’un espace conséquent. Le boulanger, dont les pommettes rouges perçaient le visage enfariné à la façon d’un clown blanc débonnaire, lança un bonjour sonore à la cantonade. Une vague de réponses chaleureuses lui répondit et les visages s’éclairèrent un peu plus encore. Seul le glaçon ne réagit pas. Autour de lui, un peu gênés, on grimaça mais personne ne dit mot.

Lothaire était entré dans l’âge des douleurs installées, sa main droite tremblait fort quand il la libérait, Parkinson gagnait du terrain. Son septième lustre était derrière lui depuis cinq ans, sa silhouette avait perdu de sa droiture, la pesanteur devenait plus forte que son caractère, la vie le courbait. Derrière les apparences physiques, son caractère inflexible demeurait et s’accentuait même, son peu d’appétence au spontané, alliée à son goût excessif pour les règles et règlements, allaient en s’aggravant. De l’inflexible il passait à l’acariâtre. Avec son collier grisonnant un peu plus dru au menton, il avait tout d’un directeur d’école du temps passé, des années blouses grises, quand la règle cinglante faisait saigner les doigts.

Il posa un euro sur le comptoir et d’une voix forte, mince et coupante, sans un bonjour, le regard dans un ailleurs sinistre, il lança sans plus de s’il vous plaît : “Une tradition !”.  La boulangère le salua ostensiblement, le servit puis épela presque son merci. La boulangerie se taisait. Lothaire se tailla un passage vers la sortie sans regarder quiconque, sans un au-revoir il ouvrit la porte d’un geste brusque et sortit violemment. Le caquetage reprit derrière la vitrine embuée. Quelques personnes chuchotèrent des propos désobligeants.

La pièce était dans la pénombre en plein jour. Certes, le ciel couleur de suie n’arrangeait rien mais la teinte marron brûlé des murs, contre lesquels s’adossaient de lourds meubles Henri II, mangeait la lumière fusse t’elle de plein soleil, si bien qu’il faisait jour d’hiver même en été. Sur un coin du bureau de chêne noir aux pieds torsadés reposait une bouteille d’un whisky de marque au trois-quarts vide, ainsi qu’une soucoupe de glaçons noyés dans leur eau.

Lothaire, lui, se noyait lentement dans le verre posé sur l’accoudoir de son fauteuil de cuir fatigué par des années de fesses lourdes, elles aussi exténuées, écrasées, distendues par le temps passé sur cette peau tannée, sans doute celle d’un buffle noir d’Afrique foudroyé par une balle de gros calibre.

Son passé lui tenait lieu d’avenir. Lothaire n’attendait, n’espérait plus rien de la vie. Comme si la vie n’avait que ça à foutre ! S’en venir aux pieds du septuagénaire, lui présenter ses hommages respectueux et lui recharger la boite à désir, en déroulant devant ses yeux méfiants et dédaigneux l’infini des possibles !!! Le décoré des palmes académiques avait une telle opinion de lui-même – il était pétri de tant de certitudes qu’aucune évidence n’aurait pu contrarier qu’il trônait, chroniquement insatisfait, s’étonnant que le monde et sa proche banlieue ne se prosternent pas devant ses pantoufles éculées.

Il avait bien eu un chat, il l’avait appelé “Moncha”, un tricolore coupé, un bestiau devenu borgne à la suite d’un différent orageux avec un matou de gouttière, un soir – la seule fois d’ailleurs – qu’il avait osé s’aventurer hors du logis. Ce chat était la copie conforme de son maître absolu, son miroir, auquel il renvoyait sa parfaite image, reflet que bien sûr, l’académique palmé ne voyait pas, empêtré qu’il était dans le nœud de mensonges qu’il prenait pour sa vérité. Moncha vécu dix ans, chichement nourri des reliefs de repas que Lothaire daignait lui céder. C’est dire qu’il ne prit pas de poids, sa fourrure un peu rêche flottait sur son squelette aux os saillants. Jamais il ne reçut la moindre caresse, ni ne fut autorisé à ronronner sur les genoux pointus de son maître. Chacun sait qu’un chat qui ne ronronne pas est un chat malheureux. Mais Lothaire s’en fichait, l’animal n’était pour lui qu’une chose animée, la seule qui bougeait autour de lui. Cette simple présence vivante lui suffisait.

Un soir, un peu plus abruti qu’à l’ordinaire par l’alcool dont il avait mécaniquement abusé, il tomba, passablement imbibé, entre ses draps et s’endormit d’un sommeil aussi  lourd et tourbé que son whisky. La bouteille vide, posée de guingois sur un tas de papiers entassés au fil des jours, finit par glisser et déflagra sur le carrelage douteux. Elle explosa en mille éclats comme autant de diamants scintillants. Dans la pièce plongée dans le noir, chichement éclairée par la lumière blafarde d’un réverbère proche, on aurait pu croire que le ciel et ses étoiles venaient de s’abattre sur le sol. Lothaire ronflait comme une Buick des années soixante, le nez écrasé contre le coin de la table de chevet, son souffle chargé faisait trembler le napperon de dentelle de Calais sur lequel était posé un  réveil Jazz, la grande aiguille, décrochée par le temps, gisait, un peu tordue, 23 derrière le verre épais.

Un énorme chou Romanesco se dressait devant lui, un Everest végétal d’une parfaite élégance. Un légume d’un vert fluorescent, à la structure approximativement fractale, dominant Lothaire de toute sa masse, et dont les hauteurs disparaissaient dans le coton de nuages blancs qui le couronnaient. Le soleil rasant accentuait la beauté inquiétante du spectacle, les ombres ponctuaient les flancs réguliers de cette étonnante montagne, vivante de combes profondes qui semblaient abriter d’invisibles monstres. Le souffle coupé, Lothaire tremblait de joie et de peur mêlées devant cette étrange Babel, dont les rotondités multipliées à l’identique s’élevaient en spirales régulières vers l’invisible sommet. Quelque chose d’indicible le poussait impérativement à gravir la montagne verte. Il se sentait étonnamment jeune et agile, lui qui n’était plus qu’un vieillard souffreteux, au souffle court, aux articulations arthrosées et aux chairs ramollies.

Il escalada les premiers petits tétons allègrement, tout en chantonnant d’une voix de fausset les premières notes de “Sambre et Meuse”, non pas qu’il eût l’esprit guerrier, non, simplement parce qu’il aimait le côté immédiat et entraînant des chants militaires en général. Au premier virage il se retrouva face à face avec “Moncha”, tout jeune, tout fringant, avec ses deux yeux retrouvés. Assis sur le cul l’animal semblait l’attendre. En voyant apparaître Lothaire, il se leva, s’étira en bâillant pour venir ronronner entre ses jambes, puis il fit demi-tour, attendant que son ancien maître le suive. Lothaire n’en revenait pas, lui, l’ancien redoutable directeur d’école passablement détesté qui avait terrorisé des générations d’écoliers à coups de règle sur la pulpe des doigts, se voyait, le cœur joyeux, escaladant un gigantesque massif verdelet avec pour seul guide de haute montagne, un chat tout juste pubère ! Ils grimpèrent ainsi, l’homme derrière le chat pendant des heures. Pas essoufflé pour un sou Lothaire jeta un regard vers la plaine, la tête lui tourna, le paysage tout en bas ressemblait à Lilliput, il fut surpris, alors il leva la tête, les nuages s’étaient rapprochés, il se rendit compte qu’il avait faim. C’est à ce moment précis qu’ils tombèrent nez à nez avec un énorme puceron d’au moins vingt kilos. Moncha lui sauta sur le dos – un vrai tigre ce Moncha –  d’un coup de dent il saigna la bête qui s’écroula en couinant, tandis qu’un flot de sang céladon giclait du cou tranché. Moncha mordit allègrement dans la chair fraîche, détacha un large steak qu’il déposa aux pieds de son maître. Lothaire trouva la viande crue délicieuse, verte à souhait, elle lui laissa en bouche un goût de chou bio très agréable. Assis au bord de la paroi, ils reprirent des forces.

Le soleil était au zénith, malgré l’altitude la température agréable leur réchauffa le corps. Le chat allongé près de Lothaire ronronnait – très fort pour un chat pensa Lothaire – qui s’aperçut que le matou avait pris de la taille et du poids, il ressemblait à un petit fauve et valait bien quatre chats ordinaires maintenant. Son regard aussi avait changé, par instant, à contrejour surtout, une lueur cruelle traversait la citrine de ses yeux, de ses grosses pattes jaillissaient spasmodiquement des griffes noires longues comme de petits poignards. Lothaire caressa la tête de l’animal. ! Il aurait pu y poser les deux mains, même trois, sans pour autant la recouvrir ! Mais cela ne l’inquiéta pas, Moncha avait fermé les yeux, son ronronnement, certes un peu rauque, un peu sonore, était celui d’un bon chat heureux. Tous deux s’assoupirent le ventre plein sous le doux soleil de cette étrange nuit.

Et Lothaire fit un rêve. Assis près d’un bureau de chêne noir dans une pièce tapissée de marronnasse, il se voyait sirotant un whisky en pleine nuit. Dans un panier à chat s’entassaient un monceau de bouteilles vides et de sécrétions félines momifiées. Lothaire chercha l’animal du regard, fit quelques bruits de bouche pour l’attirer, rien ne se passa, il appela, Moncha, Monchaaaa, toujours rien, pas l’ombre d’un chat dans la maison. A la fin de la bouteille, passablement remonté, il décida de châtier le matou insolent qui osait lui résister. Titubant, la cuisse molle et la démarche zigzagante, il se heurta aux murs, rebondit d’une paroi à l’autre, jusqu’à ce qu’il s’écroule comme une viande morte sur un lit étroit – par chance il s’affala dans la longueur, en travers il se serait retrouvé les dents brisées sur le carrelage ! – au milieu d’une pièce en désordre qui lui sembla familière. Il ronflait comme une chambre à air crevée bien avant que sa tête ne roule sur l’édredon kaki.

Le jour s’était couché quand ils se réveillèrent, le ciel était bleu d’encre, le soleil avait fermé son œil blond, mais il restait parfaitement visible au plein centre du ciel. Ni lune, ni étoiles, ce que Lothaire ne remarqua pas d’emblée. Moncha allongé contre la paroi verte dépassait d’une tête son maître assis près de lui, sa toison tricolore ne l’était presque plus, le fauve avait mangé les autres couleurs, des rayures noires étaient apparues sur ses flancs. Lothaire ne s’en étonna pas plus que ça, il se leva, appela Moncha Montigre. Point ! Ils se remirent en route.

Ils serpentèrent des jours, des nuits aussi parfois, dévorant de temps à autre un puceron. Les insectes qu’ils rencontraient apparaissaient toujours quand la faim les gagnait. Comme par enchantement. Et ils étaient de plus en plus gros. Ils en vinrent à devoir en dévorer deux, Montigre mangeait pour quatre, sa tête affleurait le haut de la poitrine de son maître, il devait bien faire une petite centaine de kilos. Outre son pelage fauve rayé de noir, il avait pris du poil, de la moustache, de la barbichette, de longs fils de fer blancs pointaient de chaque côté de sa grosse gueule aux puissantes mâchoires. D’un coup de patte fulgurant, il abattait les pucerons qui devenaient eux aussi monstrueux. D’énormes blattes blanches aux chairs quasi liquides faisaient parfois leurs délices, leurs cuirasses craquantes avaient un délicieux goût de chocolat ! Une seule fois, mais cela faisait des jours qu’ils gravissaient le Romanesco, ils se retrouvèrent face à face avec une limace bleue, grosse comme une génisse qui sortait d’un creux sombre, ou d’une caverne peut-être, entre deux monticules de taille moyenne. Montigre la trucida prestement. Le chat avait encore grossi, il était devenu si fort que son coup de patte désinvolte renversa la limace aussi facilement que Moncha le faisait du bouchon avec lequel il jouait dans son jeune âge, du temps où il était encore vivant. Ses griffes éventrèrent le stylommatophore, libérant un flot de bébés rouges en gestation. De vraies friandises dont ils se régalèrent avec des mines de chatoune après qu’ils eurent – Montigre surtout – déchiqueté la molasse indigo à grands coups de mâchoires avides. Le sang bleu inonda la chemise crasseuse de Lothaire, ce qui lui conféra une certaine noblesse à laquelle il ne s’attendait pas. Dès lors Montigre, devenu vaguement menaçant à son encontre depuis quelques jours, se radoucit, baissa la tête, vint se frotter contre son maître comme il le faisait dans la vraie vie et pendant les premiers jours de leur trekking.  Montigre était devenu si gros que Lothaire en tomba à la renverse, ce qui le fâcha, il cria très fort en menaçant de l’index l’animal qui s’aplatit au sol comme un chaton docile. Lothaire poussa in petto un ouf de soulagement, car il avait bien senti monter la tension, surtout quand la faim les prenait. Il l’avait échappé belle.

Alors il rit nerveusement. L’écho de son rire, réverbéré par la montagne végétale, résonna comme le buccin des armées romaines au sommet des alpes. Montigre se roula dans la glu bleue en ronronnant tout aussi fort que la forge de Vulcain.

Plus le temps passait, plus Lothaire se mélangeait les consciences, rêve, réalité, nuits-jours, jours-nuits, il ne savait plus bien distinguer le vrai-faux du faux-vrai. Et le vrai du faux encore moins. Quant à l’irréalité de ce soleil qui ne se couchait jamais mais qui se fermait comme un œil en plein milieu du ciel, alors là ??!! Il se posait aussi le problème de sa propre identité ! Qui était-il en vérité, où allait-il, cherchait-il quelque chose, se cherchait-il, était-il vivant, mort ? Tout cela faisait dans son esprit fatigué une bouillasse informe, un magma psychologico-dépressif qui aurait fait le bonheur d’un psychanalyste urbain. Et ce Moncha devenu super tigre, dont il avait cru, plus les jours passaient, qu’il deviendrait sa proie, ce Montigre devenu doux comme un chaton à cause du sang bleu de sa chemise. Valait mieux oublier. Trop compliqué pour lui, fatigué comme il l’était, et continuer à gravir ce foutu légume vert sans s’encombrer de questions pseudo-philosophiques. Quand le “pourquoi gravir ce putain de chou vert, nom de Dieu ?” lui titilla le cervelet, il s’ébroua en grommelant et reprit un embryon visqueux, un mort-né, rouge comme une fraise des bois, que Montigre, nuque basse, poussait vers lui délicatement. Ces choses gluantes étaient délicieuses, de vrais bonbons chargés d’énergie, ça le requinquait drôlement, au point qu’il se demanda si les bestioles n’étaient pas bourrées d’une came inconnue, une de ces drogues qui infestent les rêves. Et les cauchemars plus encore ! Mais ces idées là, comme les autres, il les envoya se faire penser ailleurs !

Le ciel immobile demeurait immensément vide. L’œil du soleil s’ouvrait et se fermait régulièrement, il se tenait au centre et ne bougeait jamais. Aucun chant d’oiseau, ni arbres, arbustes, pas même de ces végétations minimales que l’on trouve en haute altitude. Lothaire par moment était pris à la gorge, l’angoisse le paralysait presque, dans ces moments là il titubait péniblement derrière Montigre, il aurait bien donné deux limaces grasses et trois pucerons dodus, pour entendre quelques secondes gazouiller une ou deux mésanges et voir, très haut dans le ciel bleu saphir, planer trois aigles, au pire deux vautours. Ils voyageaient au pays de l’immuable muet, Lothaire vivait par moment un véritable enfer. Pourtant ils avançaient, Montigre chaloupait en souplesse, Lothaire se traînait de plus en plus, l’air se raréfiait, il respirait difficilement et s’arrêtait de plus en plus souvent. Montigre le réchauffait de son mieux, il grelottait dans sa chemise bleue que le chat reniflait régulièrement pendant qu’il entourait son maître en s’enroulant autour de lui. Niché au creux de l’animal, entre les pattes avant et arrière, Lothaire disparaissait, la chaleur âcre de Montigre le revigorait un temps. Tous les soirs, abruti de fatigue, inquiet et amaigri, il s’assoupissait sous la couette vivante, bien au chaud contre le cœur de l’animal dont les battements, sourds, lents, réguliers, l’envoyait illico rejoindre cet affreux rêve récurrent dans lequel, invariablement, il s’enivrait et s’endormait comme un sac de plomb dans cette saloperie de sinistre chambre, la sienne, la vraie, à moins que ? Rêver de dormir d’un sommeil sans rêve, quoi de plus stupide se disait-il tout en ronflant dans son songe, tandis qu’il respirait le musc puissant du Montigre de son cauchemar.

Au soir d’une journée harassante, au cours de laquelle, sous l’œil livide du soleil décoloré ils avaient enfin atteint les premiers lambeaux de nuages, à la seconde près où le quinquet stupide accroché au ciel fermait son unique paupière, un scarabée doré, véritable mastodonte de chitine crissante déboucha d’un virage. Il était si massif qu’à chacun de ses pas sa carapace arrachait d’énormes lambeaux de chou, il décapait la paroi, faute de quoi il serait tombé dans le vide comme un blindé déséquilibré par son poids. Montigre bondit, pour la première fois le combat fut aussi rude qu’incertain. Les griffes du chat glissaient en faisant un bruit horrible, la cuirasse de l’insecte géant résistait, les crocs pointus, eux aussi dérapaient, n’arrivaient pas à trouver la faille pour s’enfoncer dans l’armure. Khépri le scarabée se secouait pour projeter son agresseur dans le vide, le chat glissait, se rétablissait difficilement, rugissait de colère et glapissait de peur à la fois. Puis il se mit à faire des bonds terribles sur le dos de la cétoine en furie, il sautait de plus en plus haut, retombant de tout son poids, la carapace craquait mais tenait bon. Alors Montigre fit un saut prodigieux, il monta si haut que Lothaire pensa qu’il était retombé dans le précipice. Le scarabée baissa la tête et Montigre, pattes écartées et griffes sorties, s’écrasa sur la jointure fragile au ras du thorax. Le coléoptère eut beau déployer ses élytres pour dégager ses ailes membraneuses, il était trop tard. Décapité, foudroyé, il s’affala sur le côté pour ne plus bouger. Montigre épuisé par le combat se coucha, ses côtes battaient, sa respiration sifflait, son épouvantable haleine empuantissait la scène et les alentours. Lothaire avait suivi le combat, sidéré à en oublier de respirer, la tête lui tournait, il était rouge comme un embryon de limace bleue, quand il se rendit compte qu’il était en train de mourir. Lentement, le ciel verdissait, Romanesco jaunissait, la Cétoine bleuissait bizarrement, Montigre tournait à la souris grise. Juste avant de sombrer, par reflexe, il ouvrit grand la bouche, l’air s’engouffra dans ses poumons en faisant un bruit de cornemuse. Il tomba sur le cul et crut voir le chat sourire.

Ce soir là après sept jours d’escalade, ils firent gogaille, bombance, ce fut une vraie ribote ! Ils commencèrent par le cou, se régalant des chairs drues de l’insecte, cheminant mâchoires grandes ouvertes dans le corps du scarabée, se gavant à dégobiller, avalant sans presque mâcher, jusqu’à atteindre le cœur encore palpitant de leur proie pour boire goulûment le sang chaud et opalescent qui jaillissait comme une fontaine dorée. Paradoxalement, le jus bouillant chargé de vie et d’énergie les rafraîchit. Arrivés au fond de la carapace close qu’ils venaient de vider, ils s’affalèrent, poisseux et satisfaits. En guise de dessert, ils vidèrent les pattes, de l’intérieur, aspirant avec délices les derniers fragments de chair tendre. Leur goût âcre et réglissé leur tint au palais, plus longuement que le plus exquis des nectars de Bourgogne. Après qu’ils eurent vomi un peu du trop plein ingurgité, ils s’allongèrent côte à côte au fond de l’épaisse grotte de chitine et s’endormirent d’un sommeil lourd, comme deux gloutons rassasiés dans la chaleur douce du cataphracte mort.

Au petit matin, le ventre douloureux, la bouche pâteuse, Lothaire s’extirpa du corps de l’insecte en rampant. Au centre du ciel de charbon mat l’œil était encore fermé, une lumière grisâtre tenait lieu de nuit, laissant à peine deviner l’insondable abîme dont il ne voyait pas le fond. La montagne-chou était noyée dans un épais brouillard qui courait en langues fumeuses sur ses flancs proches du sommet, l’air figé était glacial mais il ne le sentait pas le froid. Quelque chose en lui devait avoir changé, il se sentait différent, mais cela était confus, il ne comprenait pas, son corps lui semblait celui d’un autre.

L’œil s’ouvrit d’un seul coup, son or réverbéré et amplifié par la carapace flavescente du grand scarabée, illumina les lieux, éblouissant Lothaire qui dut se protéger du revers de la main. C’est alors qu’il vit “cette” main, sa “nouvelle” main, elle avait bien doublé ! Puis il remarqua sa chemise bleue, elle avait éclaté et pendait en lambeaux sur son torse musclé tapissé des mêmes longs poils noirs qui recouvraient ses mains. Son pantalon en loque lui arrivait aux genoux. Quand il se passa la main dans les cheveux, il crut caresser une touffe de fils de fer et se piqua les doigts. Sur son index perla une goutte de sang violet. Une tornade intérieure l’emporta, il leva les bras vers le ciel et se mit à hurler d’une voix surpuissante “Je suis l’implacable, le cruel, l’immonnnnnde ! Je suis Lothaire l’Archange maudit, le régénéré, le fils du grand œil livide, l’enfant de la montagne d’émeraude, le ressuscité des Enfers du bas, j’ai vaincu les pucerons géants, j’ai dévoré la grande limace bleue et sa portée incarnate, j’ai terrassé l’invincible Cétoine, je suis le maître des monnnndes, l’empereur du futuuuur, le mutannnnt, le définitiiiif !”. Rugissant à plein poumons, Montigre, à son côté ne lui arrivait pas même aux genoux. Sous la puissance de son cri les nuages rétrécirent comme peau de chagrin, se rétractèrent, s’effilochèrent, s’invaginèrent, Romanesco apparut dans toute sa majesté.

Lothaire n’en crut pas ses yeux, le massif n’avait pas de sommet, il était parfaitement plat, désert comme une immense plaine circulaire sur laquelle on eut pu bâtir plusieurs Babylone.

Madame Simone reposa son couteau et le gros chou Romanesco qu’elle venait d’étêter d’un coup de poignet précis. Elle entrouvrit la porte de la chambre, le vieil ivrogne allongé à moitié nu sur la largeur du lit dormait comme un sonneur, en grommelant des mots embrouillés qu’elle ne comprit pas. Elle referma la porte en murmurant des choses peu aimables et s’en retourna à sa cuisine.

Lothaire, au bord de cette mer, blanche comme glace figée, ne bougeait plus, ne comprenait pas, tout cet immaculé avait quelque chose d’effrayant. Montigre, avait disparu. Tout était calme, silencieux, le sol vacilla sous lui, il se rétablissait de justesse au bord du gouffre, quand le ciel, ou du moins sa moitié crut-il, s’affaissa d’un coup. Le soleil reflété par la surface de ce demi-monde s’écroulant l’aveugla, la montagne fut coupée en deux au  ras de ses pieds, puis tout explosa en morceaux. Lothaire tomba dans le vide. Indéfiniment, en hurlant de terreur.

Simone reposa son grand couteau, éparpilla les tronçons de chou dans un faitout, puis éteignit  l’ampoule nue qui pendait au plafond de la cuisine. Dans la chambre d’à-côté elle entendit crier le vieux.

VAGUES VAGUES.

Les regards vagues de La De.

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Vagues vagues, trop lentes, poussées par la tempête, les vents soufflent violents,

Les fleurs en émoi pleurent le regret des printemps éternels.

Dans les creux éprouvants, bateaux en désarroi, écume dispersée,

Aux ailes arrachées des papillons blessés aux soies opalescentes

Tremblent les sourires éteints.

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Les vagues sont mugissantes, sur les sables torturés, elles s’allongent,

s’étirent comme des chattes lunes,

pantelantes,

essoufflées, harassées.

Le vent est à la hune.

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Chevaux légers des vertes mers hennissantes.

Friselis collants sur les terres déployées.

Au ciel lourd et chargé les nuages s’affaissent, s’ouvrent comme des boutres

et déversent leurs

Eaux.

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Et le sel des mers folles enrage sous les rides.

Mais le vent a séché les eaux fades fétides

Et la mer a gardé sa vigueur et son rire.

La tempête a faibli et le soleil respire.

RESPIRE LE VENT COURANT.

Quand La De tourneboule.

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Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Je ne suis pas et je suis à la fois,

comme une histoire de foi et de fous

dans les villes là-bas, si lointaines et si proches,

nom de Dieu toutes ces cloches,

elles sonnent à mort dans le vent !

Regarde donc le ciel si désert et si beau

et ces eaux d’encre berçante,

à reverdir les âmes inquiètes et les esprits chagrins.

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Respire le vent courant,

les parfums obscurs des chiens errants,

les effluves des meutes derrière les cerfs saignants

le soir au charbon des lisères,

Et les serments ardents des vautours perchés

sur les flancs crevés

Des moutons dépecés accrochés aux rochers

des montagnes de pierres et de cairns croulants,

les feulements puissants des crinières hérissées,

les griffes déchirantes, les peurs implorantes,

Et la furie masquée des danseurs empourprés.

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Mais n’oublie pas là-bas

les eaux lourdes des fleurs en pleurs,

 les sourires éclatants des enfants mille dents d’ivoires et de perles,

et les soies salées

des grands lagons au petit matin levant.

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Touche et caresse du bout de tes doigts absents,

le chocolat chaud des goûters d’antan,

le tissu rêche des revêches à confesse,

les écailles lisses des tortues vertes

les éventails déployés des gorgones rougissantes,

la splendeur des ombres

le soir finissant,

le rosé veiné de deux seins frémissants.

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Et les comètes  lentes,

Au tombant des planètes,

La musique des sphères aux confins des espaces,

la magie délétère,

le fer et les éthers,

L’antre des monstres pairs

et la splendeur des mers,

Et le cristal de roche enfoui sous les glaces.

Le soleil est absent,

il est tombé si bas.

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N’oublie pas.

TERRA INCOGNITA.

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La reine-mer de La De.

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Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Hisse et haut ! Le soleil à leur cramer la peau,

Dans les gosiers tannés ne coulent plus les mots.

Le bois du pont brûlant jusqu’à ronger les os,

Les pustules saignantes pleurent toutes leurs eaux,

Et les chairs grésillent sur les jambes et les dos.

Les voiles affalées pendent sur les bardeaux.

Et le vent est tombé, et la mer est mourante.

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L’horizon disparu au ciel blanc des ardents

Les rides creusent les corps prostrés sur les bancs,

La sueur a séché, sales et secs sont les flancs

Des matelots râlants, écroulés, haletants.

Le désespoir bruyant a tué les élans,

Sous les crânes en tempête ne pulse que le sang

Des grosses veines bleues, fragiles à éclater.

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Quand iront-ils courir sur les terres nouvelles ?

Sous les vents alizés les palmes se balancent,

Le sucre des fruits mûrs, l’odeur des maquerelles,

Les ruisselets chanteurs et les extravagances

Des singes aux culs rouges. Les toisons en ficelles.

Oui, regarder là-haut l’azur des recouvrances.

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Et nul n’est arrivé, pas un n’est revenu,

Dans les îles aux fontaines le silence des sirènes.

MOURIR TRÈS BEAU.

Le suaire vu par La De.

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©Brigitte de Lanfranchi – Christian Bétourné. Tous droits réservés.

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Je voudrais, voudrai, j’aurais voulu, eus aimé, aurais tant eu pu avoir envie de mourir très beau, parfaitement lisse sous la lumière,

les eaux, les os plus durs que les regards perdus.

Éperdu, tout nu, tendre venu vieilli, équarri, blessé d’avoir trop vécu de vies de pierres dures, aveuglé par les éclairs noirs des égofies satisfaits

trop lumineux pour retrouver la vue.

Éventrer, avant que la mort me prenne, les suffisances mornes, le pur étain des fatuités insensées.

Énucléer les cyclopes myopes aux ailes avortées qui s’écrasent mous et flasques, pantins factices, repus de vents odorants,

d’enivrements pitoyables et de tristesses inconnues.

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Sur les terres selfiques dédiées aux nombrils en extase, je m’allongerais, m’allongerai, aimerai pouvoir avoir la place de m’étendre, magnifique, étrange,

vêtu de peu, de peau bellement pleine,

de pupilles éteintes et le sourire vivant.

La mort me l’a laissé, sourire-soleil gelé, car elle est belle joueuse, elle aime le chatoiement

des amours mortes.

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Et je mourrai très beau

Claquant comme un flambeau

Et les vents seront doux

Et la terre sourira

Avant que d’éclater.

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Sous le soleil radieux

D’avant de disparaître

À l’horizon lointain

Des brumes déployées.

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Alors je m’en irai.

What do you want to do ?

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J’AI FEUILLETÉ LA PLUIE.

Carthago de La De.

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Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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J’ai feuilleté la pluie quand l’air était trop sec,

J’ai séché les grands lacs, cru aux salamalecs.

Autant dire qu’au printemps, j’ai croqué bien des pommes,

Et fracassé les sangs des trop petits hommes.

Me suis laissé glisser le long des blanches pentes

 Tout là-haut, dans les airs, près des biches haletantes,

Essoufflées d’avoir eu à se hisser aux cimes,

Elles pleuraient, sanglotaient à se briser les rimes,

Et le rimmel coulait au bord des yeux gelés,

Comme les yeux du poisson après qu’on l’a pêché.

Alors je me couchais au pied des tours d’ivoire.

Mes dents grinçaient, crissaient plus fort que ma mémoire,

A m’enfuir pour me perdre au désert des destins,

Où les fennecs hurlent comme de faux babouins.

Dans le ciel azurin plus bleu que tes beaux yeux

De longs nuages gris comme de petites souris,

Plus ronds que les courbes de toutes les folies,

Se traînent languissants, te caressant, joyeux,

Tu les chasses en baillant comme les petits amants

Qui se sont allongés pour hurler en jouant

Au pied de ton grand lit et de ta gorge pâle,

Comme au temps des orgies du beau Sardanapale.

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J’ai effeuillé mille jours, mille nuits d’amour,

Les pleurs ont succédé aux soies et aux velours.

Aux eaux vertes des fleuves, le ciel a ses reflets,

Les grands arbres à l’envers exhibent leurs racines,

Les fantômes extasiés des souvenirs anciens,

S’accrochent en fils de glu aux pattes des oiseaux.

Sur les cols des chevaux lancés, bronze des béliers,

Mes mains sont écorchées comme celles des gourgandines

Éperdues. Et mon âme courait avec les chiens,

Tant aurait voulu sucer la moelle de tes os,

Sur les chemins herbeux qui longent la foret.

Alors, au Coeur des clairières, aux lisières des bois,

J’ai traîné ma misère tissée de fils dorés.

Dans la poussière des feuilles délitées par les ans,

Je me suis régalé en rampant sur les flancs

Des collines crémées en pleine ébullition,

Au milieu des serpents, des chasseurs de visions,

Quand les torrents couraient et que nous étions trois.

J’ai déchiré les pages des vieux livres sacrés,

J’ai craché au visage de Zemon endormi

Mais il n’a pas bronché, pas même il n’a sourit.

J’ai sauté dans le vide et j’ai fermé les yeux.

LE PRINTEMPS SE PRÉPARE.

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L’oiseau bec clos-cousu de La De.

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Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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La neige est sur le sol comme la mort sur la peau.

Sous la poudre figée que la glace transforme,

le ciel étreint la terre. Ses griffes broient son dos.

Le silence est total, et même le vieil orme

A replié ses branches. Tandis que les oiseaux,

Le bec cousu de fils, blottis en berlingots

Dans leurs nids de bois sec, sous le ciel des roseaux,

Oublient jusqu’à leurs chants. Le rossignol muet,

Tel une carpe noire, caché dans les fourrés,

Balbutie quelques notes pour ne pas oublier.

Oublier que la vie, à l’abri des regards

Englués des humains aux paupières sans fard,

Remonte des abimes. Le printemps se prépare.

L’ARSOUILLE D’ARSURES FAIT SON CHARDONNAY…

Jean Fouquet. Agnès Sorel.

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Dire que j’aime le Chardonnay quand il s’épanouit sous les climats septentrionaux, oui je le dis souvent. Beaucoup de plaisir à me promener régulièrement au long des flacons frais et fruités de Jean Rijckaert, le Flamand qui fait vin au lieu de bière. Pourtant, longtemps ce cépage fut pour moi Bourguignon, sans que jamais je ne m’interroge sur ses expressions d’Outre-Burgondie. Puis le temps passa et me déniaisa, il était temps que le temps. A vrai dire le temps qui passe vous déniaise tout au long de la vie, si vous n’êtes ni sourd ni aveugle et savez lire les signes en écoutant le vent.

A ce jour, j’avoue deux plaisirs proches et différents à la fois, selon que le raisin mûrisse aux alentours des Abbayes que tenaient les belles Abbesses à poigne ferme, qu’elles soient de Bourgogne ou du Jura. Les conjugaisons et déclinaisons méditerranéennes, pesantes souvent, ne me satisfont pas jusqu’à lors. Quant aux Chardonnay du «Monde dit Nouveau», je ne les fréquente pas assez pour oser émettre une opinion. Les ceusses que j’ai croisés m’ont repeint la bouche mais ne m’ont pas pris le cœur.

Or donc me voici face à cette bouteille d’Arbois 2005 de Jacques Puffeney, bon faiseur s’il en est, bâtie comme un flacon, intimidante comme le regard d’une femme dans une maison de librairie. Car c’est là qu’elles se regardent au fond de leur sexe, se retrouvent, se sourient, s’acceptent, s’aiment ou se détestent. Oui là, entre les piles, entre les livres, entre les pages qu’elles frôlent d’un doigt humide, le front plissé, le regard perdu aux confins de mondes étranges et familiers, à la lisière des sensibilités complices. Ah, le regard d’une femme qui se retrouve, alors qu’elle se croyait secrète, entre les lignes d’une converse, dans la chaleur douce d’une bibliothèque obscure… Comme une lumière noire qui perce un soleil.

Bon et le Puffeney dans tout ça???

Un vin à la robe blonde qui devrait plaire à cette femme qui sourit aux illusions du monde, susurre en moi le macho qui ne dort que d’une hormone. Pourquoi, je ne sais pas, mais le pressens. Claire et lumineuse donc la robe. Oui, lumière d’or tendre, mouvante comme une peau mâte et souple…

Les pommes cuites et piquées de noisettes justes grillées, d’emblée, chaudes au sortir du four. Voilà qui plairait aussi à nos mies qui jamais n’ont su résister à la chair croquante et sucrée de ce fruit de paradis charnu. Des notes exotiques de curry, mêlées de pâtisseries chaudes, ajoutent à la séduction de ce charmant – jusqu’à la dernière fragrance – Chardonnay. Au bout de l’inspiration, comme une touche de cannelle fumée qui parachève.

Certes il ne faudrait pas tomber dans le dithyrambe en osant une comparaison avec un grand blanc de Bourgogne ou d’Afrique du Sud (Sic). Non, non, je m’accroche aux parois hottentotes du verre pour ne pas choir comme un amateur qui aurait abusé des plaisirs de la chair du vin. Gras et fraîcheur, alliés à une toute petite sucrosité quelque peu épicée marquent l’entrée en bouche d’une, ma foi, bien belle matière. De gourmands fruits jaunes, piqués d’épices, cannelle, poivre et muscade, s’épanouissent, aguichent langue et palais de leurs séductions douces. Un peu de menthe peut être aussi. La finale n’est que moyenne, et laisse en bouche comme une idée de tanins…

Je persiste et signe, Chardonnay en Jura, en de bonnes mains, fait de beaux vins.

Mais où sont les noix? Dans l’arbre du verger, bien sûr…

EMAMODAETIMERÊCOVENE.

STILL ALIVE AFTER LA SAINT VIVANT…

Maxwell Armfield. Faustine.

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 Romanée Saint Vivant 1998.

Le nom du vin, déjà est un monde.

Dans le verre, un pur rubis pâle et lumineux.

C’est un voyage dans l’imaginaire auquel ce vin convie. Un voyage dans l’Androgynie des origines, au pays de la Romanée, le Roman «Roman» de Romane, au pays de Saint Vivant de Vergy, l’abbaye Médiévale en laquelle œuvraient sans doute de solides tonsurés – amateurs de chairs et de vins, ripailleurs et mystiques – traversés par les énergies puissantes de la terre et les intuitions subtiles de l’âme. Un vin, élevé par Drouhin, qui porte en son nom l’union contrastée de la matière et de l’esprit. L’espoir d’un équilibre, d’une quadrature, d’un chemin sur le fil de la lame…

Il est bon de se laisser aller à rêver avant de boire.

Le nez au dessus du verre m’emporte dans les brouillards translucides du petit matin. Le nez humide d’une biche gracile se pose sur ma joue… Des fruits en foules rouges. Le premier jus qui sourd du pressoir. Parfums de vergers et de vignes. Pinot mûr qui s’écrase dans les doigts. Fragrances fines. Parfums mouillés. Les détailler car il le faut bien… Airelle, groseille et framboise délicates déposent au nez une brume odorante et fragile, qui s’enroule comme une liane parfumée aux confins exaltés de mes rêves intimes. Cerise aussi, Bourgogne oblige… Le temps semble impuissant, l’automne n’atteindra pas ces arômes d’au delà de mes vicissitudes.

Le faune en moi chantonne, subjugué par les charmes de Romane.

Le jus glisse en bouche, lisse et rond comme la hanche innocente de l’enfant. Lentement il enfle et se déploie, libérant la caresse progressive d’une matière tendre et puissante. Comment imaginer tant de force et d’élégance combinées??? L’esprit est dans la matière, il la sublime, mais sans elle il ne saurait s’exprimer… La pâte de cassis perlée de sucre croquant, comme un éclair dans un ciel d’été, exalte la chair du vin. Le jus enfle et conquiert le palais. Les papilles titillées défaillent. Chopin s’unit à George dans un final tumultueux, longuement, tendrement.

C’est le temps du Tao, de l’équilibre à jamais signifié.

LUCIAN AU MUSÉE.

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Velazquez. Portrait de Juan de Pareja. 1650.

Texte Christian Bétourné – ©Tous droits réservés.

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Pour lui, New York, c’est une putain de belle ville à la gloire de la brique.

Sans doute son enfance dans les quartiers déshérités. Harlem, les briques rouges, sales, à l’époque de son jeune âge. Harlem était noire jusqu’au fond des yeux. Harlem le feu du diable, rouge de crime, blanche de came, noire de misère. Le Bronx aussi, dans sa jeunesse toujours, quand son père s’était tiré. Une balle dans la tronche. Une trop grosse injection lui avait fait perdre la tête d’abord, puis la vie très vite après. “Mais bon c’est la vie” se disait-il en ricanant quand le cafard lui montait à la gorge. Et cela lui arrivait souvent, surtout quand la brume glacée montait sur la pointe de Manhattan.

Dix ans à calibrer des briques dans une usine au nord de la ville. La tête baissée sans un mot à quiconque. Des briques rouges, des jaunes. Vingt ans après, chaque fois qu’il passait au pied de l’American building ou du Dakota, ses préférés, il s’arrêtait, levait la tête et cherchait ses belles  briques à lui, celles qu’il avait façonnées à l’usine.

Mais ces temps étaient révolus. Cela faisait bien … il n’aurait pas pu dire combien d’années, mais un gros paquet quand même. En ce petit matin de septembre, assis sur le trottoir au bas des marches du Métropolitan Museum of Art, Lucian était encore le seul être à demi-vivant sur le parvis. La chaleur de la veille n’avait pas refroidi l’atmosphère. Il avait dormi sur les dalles, recroquevillé à même le sol. A quelques mètres de là, la circulation était déjà intense sur la 5ème avenue. Le bruit des moteurs, celui des sirènes hurlantes et des bipèdes, qui suivaient le trottoir en rangs serrés, contrastait avec le silence qui  sourdait du musée encore endormi.

Lucian se retourna vers la triple porte. Ridicules ces portes, étroites comparées aux doubles colonnes monumentales qui les encadraient. Lucian détestait ce bâtiment. Fin XIXème, c’est dire. Il ne lui trouvait pas de style. Pompeux, lourd, sans âme. En revanche, les trésors qu’il recélait l’enchantaient. Le personnel comme les agents de sécurité connaissaient ce paumé qui dormait et mendiait sur les marches, ils l’aimaient bien ce clochard discret, un peu distant, qui ne faisait pas de bruit et n’importunait pas les visiteurs. En plus de cela, il dégageait quelque chose de particulier, une sorte de dignité souriante, et même un charisme singulier qui lui valait de faire recette sans avoir à tendre la main. De temps à autre – Lucian s’arrangeait, personne ne savait trop comment, pour être propre et convenablement attifé – on le laissait entrer et se promener dans les salles. Il connaissait le MMA dans ses moindres recoins, faisait toujours le même circuit qui se terminait devant le portrait de Juan de Pareja, un Velasquez du milieu du XVIIème siècle. Il s’asseyait sur une banquette rouge, fixait le tableau sans bouger pendant des heures. Très vite les gens se regroupaient tout autour, silencieusement. Personne n’osait passer entre l’homme et l’œuvre, tant ils se ressemblaient. Seul l’habit vert bronze et le col de dentelle blanche les distinguaient. La ressemblance était telle que les visiteurs restaient médusés. Les regards allaient de l’un à l’autre. Lucian était parfaitement immobile, les yeux rivés sur son “sosie. On eut pu croire Juan de Pareja revenu sur terre. Puis petit à petit le public se désagrégeait, Lucian se retrouvait seul sur son banc. Il fermait les yeux, balbutiait des mots incompréhensibles d’une voix presque inaudible en grimaçant, les épaules voutées, les mains crispées sur le ventre.

Il avait débarqué, boutonneux, à 20 ans au Vietnam, en 1968 juste, avant le début de l’offensive du Têt, au sein d’un fort contingent de marines à peine plus âgés que lui. L’armée recrutait à tour de bras. Après dix ans passés à brasser les boues, rouges, ocres, jaunes, ou brunes, il n’en pouvait plus ; les reins cassés à se baisser, à porter des tas de briques, lourdes de l’eau qu’elles avaient à perdre au four, les doigts brûlés quand il les ressortait, le visage et les bras à demi plongés dans la gueule du dragon au souffle desséchant.

Un soir, il sortait harassé de l’usine, il fut abordé par un sergent recruteur qui mit peu de temps à le convaincre de s’engager. Le discours du sous officier était bien rôdé, enflammé, avec juste ce qu’il fallait d’enthousiasme pour que le gamin fut touché au cœur, là où le patriotisme est censé se cacher. “Le corps d’élite des marines ferait de lui un autre homme”, dit le sergent à bout d’arguments. Et c’est cela qui acheva de le convaincre. Il était tellement las de la briquèterie,  de sa vie monotone, que la perspective de partir voir ailleurs l’emporta sur tout le reste. Il signa. Après quelques mois d’entrainement intensif, il débarquait à Saïgon.

Très vite il se réveilla au fond d’un gouffre. Il comprit qu’il ne découvrirait pas le monde comme il l’avait naïvement rêvé. Mais il connut l’horreur, l’extrême abomination, le cœur noir des hommes. Toutes ces histoires de races, de suprématie de l’une sur les autres, cette haine récurrente de l’autre qui plombait les esprits depuis que l’homme peuplait cette putain de si belle terre, tout cela n’était rien. Ce n’était que douceur comparé à la furie meurtrière dans laquelle il était tombé. La violence des hommes, sidérante, lui brûla les ailes, du fond de ses tripes, il sentit remonter une terrible vague de cruauté qu’il lui était impossible de maîtriser. En peu de temps, il se sentit happé par l’abominable égrégore, qui planait comme un vautour funeste au dessus des forêts en flamme. L’odeur du napalm l’enivra.

Lucian fut de toutes les batailles. De Hué à Saigon en passant par Quảng Trị, Xuân Lộc, et toutes les autres aussi. Il devint le compagnon de tous les lycanthropes, goules, succubes, de tous les démons de la terre et des enfers, jusqu’à se prendre pour la Mort elle même. Plus maigre qu’un chacal affamé, il en vint à perdre toute sensibilité. Sa faux d’acier découpait, dépeçait, égorgeait, tuait tout ce qui avait figure humaine. Enfants, femmes, vieillards, il éradiquait, massacrait sans pitié. Il en vint même à mitrailler chiens, chats, vaches, tout ce qui vivait. Puis il s’en prit aux ombres, tant la sienne l’envahissait. Dans la chaleur étouffante de la jungle, il rampait.  Le visage maquillé de noir, couvert de parasites, il se griffait aux épines, saignait, laissait, accrochés à la végétation, des lambeaux de peau, indifférent à sa propre douleur comme à celle de ses victimes. Lucian s’enkysta en lui même. Un beau jour, à demi enterré dans un trou boueux perdu au cœur d’une foret effrayante, brûlant de fièvre, affaibli par une diarrhée récurrente, alors qu’il guettait le moindre bruit d’un ennemi invisible, il cueilli d’un geste vif un rat qui passait par là et le tua en lui cassant la nuque entre ses dents. Une onde de plaisir lui caressa les reins, et là, soudainement, il s’aperçut qu’il avait perdu jusqu’à la dernière goutte de son humanité.

Lucian partit d’un rire grinçant qui résonna et se propagea aux alentours. Les feuilles détrempées des arbres dont il ne percevait pas la cime – la pluie tombait depuis des jours -, bruissèrent, des branches craquèrent, il entendit chuinter la boue grasse. Quand la balle lui troua le ventre, il n’eut même pas le temps d’entendre la déflagration. Un sentiment de délivrance fusa dans tout son être. La mort enfin daignait l’enlacer. Lucian se coula entre ses bras, elle l’embrassa, et l’amour l’embrasa.

Le visage enfoncé dans la boue, il ne bougeait plus, en équilibre étrange, sur les genoux, les fesses en l’air. Il se serait trouvé ridicule. Autour de lui, la mort avait fait son marché, le silence régnait. Les marines et les Viets n’étaient plus que des cadavres indistincts. La pénombre gagna. Un troupeau de porcs sauvages s’attaqua aux cadavres. Un coup de groin fit tomber Lucian sur le côté. Le cri de douleur qu’il poussa fit fuir le troupeau. Les infirmiers le trouvèrent inconscient, au milieu de la nuit. Lucian était le seul rescapé. Autour de lui les arbres avaient été cisaillés par les rafales, tous ses camarades étaient truffés de plomb, certains d’entre eux n’étaient plus que lambeaux éparpillés. La jungle n’était plus de ce vert sombre et brillant qui fascinait Lucian. Sur deux cents mètres l’écarlate régnait. Insectes, animaux petits et grands, se régalaient.

L’hélicoptère ronronnait. Sanglé sur une civière étroite, Lucian, entre  vie et mort, cauche-rêvait. Une nuée de gros moustiques affamés l’assaillirent, il avait beau fuir, ils le rattrapèrent, vrombissant autour de lui. Pour une raison qu’il ne s’expliquait pas, ils le piquèrent tous au ventre. Il se débattait, hurlait, mais les vampires ailés  ne le lâchèrent pas. Son ventre n’était plus qu’une plaie béante, géante. Ses boyaux crevés débordèrent et coulèrent. Une merde verdâtre inonda ses genoux.  Il cria et la lumière revint. Les pâles de l’hélico sifflaient dans le ciel cotonneux. Lucian était sanglé sur une civière, un infirmier à genoux tenait une poche translucide au dessus de son visage, il lui parlait mais il ne comprenait pas. A sa gauche, les lourds staccatos du mitrailleur de bord l’assourdissaient, lui broyaient l’abdomen. Il s’accrocha au sourire fatigué de l’infirmier, à son visage flou puis referma les yeux. Ensevelies sous les tonnes de roche, de terre, d’eau de ses cauchemars, ses paupières ne se relevèrent pas avant des mois.

Lucius, entre la vie et la mort fut évacué de Saigon, peu avant la bataille finale. Transféré au Mount Sinaï Hospital de New York, il rouvrit les yeux le 30 avril 1976, un an après la chute de Saïgon. Le grand gaillard pesait à peine quarante cinq kilos d’os et de peau. Les Eagles déroulaient Hôtel California en sourdine. Des mois de souffrance, de rééducation plus tard, il sortait de son cauchemar, retapé autant qu’il se pouvait. Bourré de calmants, ses nuits n’étaient que longs cauchemars récurrents. Il dormait dans la rue, cherchait la chaleur du sol à défaut de celle des humains, ramassait les pièces qu’on lui jetait sans qu’il ait eu à les demander. Avec son visage bistre crasseux, sa barbe et sa tignasse en broussailles, il faisait peur aux passants. Son regard absent n’arrangeait pas les choses, un regard fiévreux, iris noire et sclérotique jaune, un vrai regard de camé psychopathe. Mais il avait pourtant une telle présence, que les badauds interloqués s’arrêtaient un instant, bredouillaient puis s’enfuyaient après lui avoir jeté quelques sous. Parfois même, et assez souvent, de gros billets.

A tourner, déambuler, explorer la ville, il avait fini par élire “domicile” au pied des marches du MMA. Sue la soiffarde passait de temps en temps. Elle s’asseyait, le plus souvent ivre à mourir, elle parlait des heures de ses enfants morts, de ses anciens très beaux amants, reins d’acier et pines dures, de la lune qu’elle aimait d’un amour fou. Lucian l’écoutait sans mot dire, il aimait ses longs discours décousus étonnamment construits, surprenants autant que poétiques. “Je suis le soleil mort amoureux de la lune, de ses cratères ombreux, de ses quartiers lumineux, de ses rousseurs automnales, de sa rondeur pulpeuse. Demain mon gars, elle m’aspirera dans ses délices” c’est ainsi qu’elle finissait toujours son délire bredouillant. Lucian aimait ça. Puis elle se relevait difficilement et regagnait la 5ème en titubant. Jusqu’à sa prochaine visite.

En fait Lucian aurait pu bien vivre avec l’argent qu’on lui donnait, mais il préférait le distribuer aux clochards qui ne ramassaient rien. Et puis il y avait les poubelles, pleines de trésors. Il y entrait carrément et fouillait, il aimait ça, fourrer son nez dans la vie des gens. Elles regorgeaient de victuailles gaspillées, de quoi nourrir des régiments de pouilleux comme lui. Un jour, de maraude, à visiter les rejets de la ville, il tomba sur une mine de craies grasses, des bâtons de toutes les couleurs. Au moins vingt boîtes pleines et neuves. Il en bourra sa musette et les cacha dans les bosquets au bas de “ses” escaliers. Lucian se mit à gribouiller sur le sol au pied des marches. Au fur et à mesure que le temps passait, son poignet s’assouplissait. Un matin il crut que les craies étaient devenues ses doigts. Gammes après gammes ses hésitations disparurent. La nuit avant de s’endormir, les couleurs envahissaient son esprit, elles dansaient, s’apprivoisaient, s’ordonnançaient, se répondaient, se fondaient ou s’affrontaient quelquefois. Les bagarres étaient rudes, sans merci. Le rouge sang de bœuf attaquait sans cesse, il voulait dominer à tout prix, mais les jaunes solaires et les verts bronze puissants, résistaient, jusqu’à ce que l’écarlate leur fasse place. Les couleurs du monde, vives, agressives, et celles de son âme, nuancées, lumineuses, éclairées de l’intérieur, donnaient chaque soir un spectacle grandiose, mouvant, changeant, kaléidoscopique. Quand la bataille faisait rage sous son crâne, Lucian, époustouflé, était au spectacle. Ces nuits là, il finissait par sombrer dans un sommeil quasi léthargique, un sommeil total. Au petit matin, il en sortait régénéré, l’esprit et la sensibilité à vif. Alors il se ruait sur ses doigts magiques, la tête penchée sur son ouvrage, sourd aux fracas de la ville, il déposait sur les dalles, dans un état de surexcitation extrême, son travail de la nuit. Les touristes s’arrêtaient, de plus en plus nombreux. Bientôt le parvis fut totalement recouvert. Un patchwork d’œuvres soigneusement séparées, encadrées par d’épais traits noirs.  Quand la pluie les effaçait, Lucian ne disait rien, il acceptait humblement que le ciel décide. Et il repartait de plus belle, comme un mort de beauté. L’éphémère décuplait son envie.

Puis les artistes de la ville vinrent admirer son travail, plusieurs galeristes lui proposèrent un atelier, le gîte et le couvert, de l’argent, autant qu’il en voudrait. Lucian écoutait sans sourire, ne répondait pas, continuait son travail. Comme si sa vie en dépendait. Inlassablement. Les autorités de la ville voulurent lui interdire de “salir” le parvis du musée, mais les employés du MMA, les artistes New Yorkais, et la foule, de plus en plus nombreuse, qui venait admirer son travail, firent bloc en sa faveur. Basquiat, lui même prit sa défense. Certains pensent encore aujourd’hui, qu’il s’inspira largement du travail de Lucian.

A l’aube du 11 Août 1988, le gardien nuit du MMA quitta son travail à cinq heures trente exactement. Alors qu’il descendait les marches, son regard ensommeillé fut attiré par une tache noire, entourée d’un vaste cercle de laque rouge, en plein centre du parvis. Intrigué, il sourit, en se disant qu’il serait le premier à découvrir la nouvelle merveille de son pote Lucian. Il s’approcha. La tête décapitée du clochard le regardait. Ses yeux noirs brillaient encore. On ne retrouva jamais son corps. Le12 Août, Basquiat mourrait d’une overdose. Sue pleura  tout l’alcool de son corps.