Littinéraires viniques » POÈMES EXACERBÉS …

IL EST LE TRAIN.

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Le tchou-tchou de La De.

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Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Il est le train,
Qui entre dans ta gare,
En crachant sa fumée,
Éclairé comme un phare,
Heureux, épuisé.
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Qui crisse,
De tous ses freins,
Pour ne pas s’écraser,
Et hurler,
Tout au fond !
De ton con.

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La route a été longue,
Et les rails tordus,
Souvent l’ont blessé,
Giflé, écorché,
Au vif de son âme,
Qui crie,
Comme un corbeau
Plumé.

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Puta madre,
Si fort que ça le cloue,
Sur sa croix renversée.
A cheminer si près,
A hurler dans le vent,
A être dépecé,
Sans l’avoir jamais,
Trouvée.
Écartelé.
—–

Mais viens !

Il t’appelle, te hurle,

A mort proche,

Te dis, percé

Comme une broche,

Sur ta peau
De pauvre loche
Écervelée.

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Retrouve toi,
Ivre de joie,
Enfin bercée,
Empalée.

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Dans tes yeux,
Plus pervers
Que la cloche,
Qui sonne son trépas,
Son ombre passe,
Nage aux eaux
Profondes de tes lacs
Énamourés,
Que ses mains caressent,
Sous les pixels dorés.

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Réveille toi folle,
Dans ta gare,
A l’écart,
Des trains bondés,
Il vient faire,
La farandole,
Dans ton cœur brisé.
—–

Il est le train fou,
Pendu à ton cou,

Comme un coucou,
Hibou,
Genou,

Cailloux
Coupants.
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Dans la vitrine,
Obscure,
L’obsidienne a brillé,
Le quartz s’est brisé
Zemon a ricané …
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Jamais.

A LA SAISON NOUVELLE …

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Les Zanimaux de La De.

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Illustration Brigitte de Lanfranchi – ©Tous droits réservés.

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Le Vendredi 2 Septembre 2016,

POÈMES EXACERBÉS reprend ses publications hebdomadaires, en commençant par une fabliette tirée d’une nouvelle rubrique ” LES ANIMAUX MARTEAUX”.

Et toujours avec la précieuse collaboration “picturale” de Brigitte de Lanfranchi.

La semaine suivante ce sera une Nouvelle, puis un Poème.
Ce sera ainsi, et dans cet ordre, jusqu’à épuisement du stock.

A bon liseur, salut.

ODE A MA PÂTISSIÈRE.

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La De : Le rêve pâtissier du petit mitron.

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Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Ah que la vie est belle quand au petit matin,

La belle pâtissière sous son tablier blanc,

Les bras chargés de petits pains et de croissants,

Fumants, croquants, tout chaud dorés comme ses seins

Se penche, corsage béant, à tomber sur le flanc.

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Sous le fournil qui vibre, le petit chat mignon,

Aime quand ça tremble, ça ronronne, est ravi,

Sa maitresse a versé dans sa tasse, ronron,

Du bon lait, de la crème, du sucre et bien servis.

Il lape comme un bébé le très bon biberon.

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Le boulanger bien rond en short et en chaussettes,

D’un coup de pied rageur a boulé le chaton,

Il marmonne des mots crus, se frotte la cassette,

Il est blanc et neigeux, père noël patapon

Son gros nez cocaïne, d’un doigt il l’époussette.

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Dans un coin le mitron lorgne sur le giron,

C’est un vrai potiron, quel cul la pâtissière !

Le petiot en pensée lui pétrit le chignon,

L’allonge sur la table, lui tête les nichons.

Il a le cœur en rut, la lippe carnassière.

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Entre les mains de beurre, le chaton s’est blotti,

L’apprenti n’en peut plus, ses mains tremblent, il rougit,

Se rue dans les toilettes, le boulanger le voit,

Il a ouvert la porte, lui tape sur les doigts,

Le petit écarlate, la boulangère a rit !

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D’une rude bourrade, le mitron a jailli

Des gogues sous la poigne, et le voilà meurtri.

Le doigt du boulanger a montré le fournil,

Mais la belle le prend, l’attire sur son sein,

La vanille de sa peau lui a tordu les reins.

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Et le chaton ronronne du soir jusqu’à midi,

Et le four qui gronde, des matines à demain.

DANS LE SILENCE DU MONDE.

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L’Arachné de La Di.

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Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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La toile est nue, l’Arachné s’est enfuie

Des larmes de rosée dessinent sous la lune

Le collier qui jamais, dans la vallée profonde

Se perdra, silencieux, entre tes seins si blonds

Dans le noir drap de soie qui étale ses plis

La nuit est descendue comme un linceul de plumes

Les oiseaux se sont tus et la voix du loup gronde

Sauvages et rauques, les cris à l’unisson

Des hommes en douleurs, arrachés à ton lit

Meurent toutes les heures, trépassent les secondes

Dans le silence du monde la mer à l’infini

Ses rouleaux pur argent se meurent comme ta vie

Au dessous des enfers j’entends gémir les Parques

Apollon le glorieux et Charon sur sa barque.

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Quand reviendra le temps des amours immortelles ?

LES OISEAUX PIAILLENT.

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Les conversations de La De.

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Illustration Brigitte de Lanfranchi – Texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Rayon de lune, torée la raie au beurre blanc,

Mercure fondu, argent déchu, tes blancs battus

En neige. Coton filé, à oublier que tu

Lèches les jaunes coulants aussi. Rires charmants,

Trilles sous la Sybille, rires de printemps.

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Pégase vole, hennit, se cabre et se donne,

Le mors tendu, le jarret ferme sous la cravache,

Cavale et crache, moustache d’Apache, lâche,

Ruades rouges du sang qui tâche, aphone,

A tant brailler. De taille, d’estoc, madone.

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Dans la pénombre, même les ombres taillent

Des croupières. Éclairs violents, les deux amants

N’en peuvent plus. Même les draps mouillés défaillent,

Dans la pampa, dans la toundra, jusqu’au Zaïre,

Pleine savane, épices pilées, ne plus haïr.

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Dis-moi Lilou si je suis fou, à tant vouloir

Briller, crier, chanter comme un bougeoir,

Mordre ta vie, boire à l’envi, croire à l’espoir,

Allons ma mie, envolons nous. Au ciel maudit,

Les nuages noirs, les désespoirs, la comédie.

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Arrache les tes yeux voilés et ta langueur,

C’est l’heure. Je bois tes pleurs, meurent les malheurs.

Les anges ont soif, au cieux cloués, ailes collées,

Violés. Le vent se lève, loin sur tes lèvres. Gelé,

Le cœur ciré, sous les vagues, à l’amble, je rêve.

–—

La tension tombe, les oiseaux piaillent entre tes cuisses …

UN RUBIS A PARU.

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Croquée en plein vol par La Di.

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Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Une colombe blanche s’est posée au jardin

Sur ses ailes poudrées, sur son duvet si fin

Des vestiges de runes dessinées au fusain

Cou souple et fragile, pattes couleur d’étain.

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Elle sautille, gambille, picore dans l’herbe fraîche

La grâce d’une sainte, élégant tanagra

Son œil rond de jais le ciel à tête-bêche

Les corolles se penchent, les arbres la vouvoient.

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L’épervier s’est posé dans un fracas de plumes

De son regard cruel il a toisé la belle

L’oiselle immaculée innocente mais futée

A poussé quelques notes d’un chant pur et doré.

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Mais le rapace féroce, avide, fol et brutal

S’est jeté sur l’oiseau, l’a piqué au poitrail

Un rubis a paru, vermeille l’eau de sang

A coulé doucement sur le corsage tout blanc.

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Colombine blessée a cessé de chanter

Ses ailes ont frémi, elle s’est mise à trembler

Elle est tombée d’un bloc et les herbes ont pleuré.

De derrière la fenêtre me suis mis à hurler.

LA MER EST BLEUE DE SANG.

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La marine folie folle de La De.

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Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Mon cœur a sonné le gland, la cloche, le glas,

Amours à la guerre, à violences égales,

Et le sabre qui tranche, le phallus aux abois.

La tête échevelée, la fleur et ses pétales.

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La mer est bleue de sang, marée haute, marée lasse

A nager dans l’horreur, à glisser, se vider

Aux entrailles de la terre, la fureur se fracasse.

Les algues sont gluantes de tous les pleurs hurlés.

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Tout au creux des boudoirs, entre les linges fins,

Sous les soupirs des corps, les grands yeux de saphir,

Les chairs indistinctes, les dunes aux draps de lins.

La tempête a faibli, vient le temps des zéphyrs.

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Et mon corps explosé, mon âme aux gynécées,

Et la terre a saigné, les os ont soupiré,

Entre les cuisses molles des amants épuisés

Coulent des eaux dolentes et la pulpe nacrée.

LA MAISON EST DÉSERTE.

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La De fait son bestiaire.

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Dans son trou la souris, grise d’avoir trop bu,

A roté, titubé, les moustaches affaissées,

Le ventre distendu, comme une chambre à air,

Son poil est tout pelé mais son ventre velu.

C’est une souris grise, d’un ballon elle a l’air,

Son museau est flétri, ses yeux presque fermés.

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Dans le salon, pattes gantées, un kangourou

Repasse une chemise. A ses pieds ses petits

Font une ronde folle. Une vraie carmagnole.

Et le boxeur s’applique, plié sur ses genoux,

A lisser sa casaque, effacer tous les plis,

Au bal des champions roux, il ira faire sa folle.

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Le lapin du jardin s’active à la vaisselle,

Il frotte comme un fou, sous la mousse disparaît,

Les oreilles dressées, il fredonne un Cantique.

Son poil est détrempé jusque sous les aisselles,

Heureux, il chante, en sol, en la, en mi, en ré,

Si fort, très faux, à faire fondre l’antarctique.

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Dans l’évier exigu, un crocodile pleure,

Le lapin fesses rondes ferait bien son affaire,

Mais ses griffes glissent sur la céramique blanche,

Il croque une cuillère tâchée d’un peu de beurre,

Démolit un faitout de métal et de fer,

Se casse deux trois dents en moins d’une demi-heure.

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Un dinosaure ailé s’endort dans un fauteuil,

Il rêve d’être une fleur, au pire un papillon,

De boire du whisky, de fumer des cigares,

De faire des discours pour un sénateur con,

De trousser des guenons dans un hôtel d’Auteuil,

Le fauteuil écrasé hurle comme un plumard.

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Houlala, houlala, grogne un grand vautour

Perché en équilibre sur la bibliothèque,

Son haleine fétide a tué la souris,

Le kangourou tout roux a tourné tout autour,

Le lapin pas malin en a le poil tout sec,

Le dinosaure s’en fout, d’un coup il l’estourbit.

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Un babouin aux longs bras s’est habillé de neuf,

Bas résille, string à pois, cul rasé, œil brûlant.

Échappé du cauchemar d’un ivrogne, écroulé

Sur le zinc d’un bar à côté d’un jeune veuf.

Le grand singe au mirage équipé d’un gros gland.

La folie et les rêves, la peste et le pourpier.

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Dans la plaine du salon, rampe un long beau boa

Indolent, insolent, comme une force vive.

Il a vu le lapin, le kangourou va suivre,

Mais Dino s’est levé, sa grosse patte de bois

Écrase le constrictor. Pressé comme une olive !

Le zoo est complet, ne manque que la vouivre.

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La poupée de Rosine se coiffe les cheveux,

Se met du rouge à lèvres, boit un peu de thé vert,

Fait bouffer sa jupette, met du rose à ses joues,

Chante un air d’opérette, mais que cet air est doux.

Autour d’elle dans la chambre, la lumière réverbère,

Sur les vitres polies, le reflet des heureux.

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Sous la couette, un scorpion à demi affamé,

Ses mandibules claquent, le grand lit est désert,

Il déclame des poètes que nul n’a jamais lus.

Il s’équipe et s’en va, vivre en d’autres contrées,

Un courant d’air subît, par la fenêtre ouverte,

Le jette dans la gueule d’un molosse mafflu.

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Rosine ouvre la porte, elle revient du marché,

La maison est déserte, elle se met à pleurer.

A L’ENDROIT, A L’ENVERS …

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Sous le regard quadrangulaire de La De.

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Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Dans la pénombre de la lune,

Ombres portées, à la renverse,

Quand la musique me berce,

Terreurs fragiles, au bout des cils,

Mon sang pulse au long des rives,

Et suis si pâle, moi, pauvre endive,

Accroché au mirage tremblant de ta hune,

La houle me prend, me fend, lueurs graciles.

Perles de feu, roses fanées, lèvres gercées.

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Mon viagra blond, tout rond, tes yeux pervairs.

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Tu soupires. Au profond du désir,

Les fruits gorgés, là, allongée à gésir,

Gésier gonflé, chairs de ma vie,

Offerte, lasse, au creux de la nuit,

Qui luit. Maudit. Sur l’écran blanc

Du jour d’opale, volets blanchis

Tes yeux soyeux et se love ton Louvre

Sur ma bouche. Le silence bruyant de ma louve,

Je suis le fou des charmilles ensoleillées.

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Ma via dolorosa, mon la aux yeux de verre.

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Notes d’eaux claires, roulent en l’air,

Lacis gris, reflets dorés, gonflent les chairs,

Le monte en l’air, bandé, prêt à frapper,

Se glisse, lisse, rose, exacerbé,

Entre les plis froissés, ensommeillés,

Ronsard veille, au loin le coq a pleuré,

Les étoiles s’éteignent, le jour délivre,

Les cauchemars quittent les rives de givre,

Ta main s’active, lascive, cœurs desquamés.

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La danse lente des fentes, à l’endroit, à l’envers …

FERRO IGNIQUE*.

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Au sortir de l’Athanor de La Di.

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Illustration Brigitte de Lanfranchi, texte Christian Bétourné  – ©Tous droits réservés.

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Magnifiques, iniques, impossibles cantiques.

Faire et défaire le fer, marteler à rougir

En frappant, regard blanc. En transe priapique.

Vulcain est au volcan ; à forger, à rugir,

Sous sa poigne velue danseuses utopiques

Aux ventres distendus, toutes prêtes à gémir,

A danser la folie, à se tordre en musique,

Les déesses envoûtées abruties par la myrrhe,

Ivres d’encens lourds et de rêves mirifiques

Tournent en boucles folles, enragées à blêmir.

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Sous les terres, noires de sang, à vomir tout le blanc

Des neiges éternelles, les âmes décharnées

Se battent comme des hyènes aux regards hurlants.

La haine se déchaîne à les défigurer,

Déforme les mâchoires jusqu’à fendre les dents.

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Au fond du clair-obscur rutile l’athanor.

Les humeurs marmonnent sous le feu de bois sec.

Une main aux longs doigts chantonne près des ors.

Sous le plomb craquelé on devine la mort.

Dans les airs saturés l’aigre chant du rebec.

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Par le fer et le feu les vies sont à l’envers.

 * Par le fer et le feu.