Littinéraires viniques » VINS.

ET VOGUE LA GALÈRE SOUS LE VENT MAUVAIS…

Rire de pierre. Charente. Octobre 2009.

 Ecoutez, avec quelle tendresse, Mozart et l’Orient se marient sans problème.

La musique est un chemin que nous devrions emprunter, nous les rois aveugles (Oscar. Trumquat) *..

J’avais le nez dans le verre, les yeux fermés.

Pourquoi les avoir ouverts, je ne sais plus… Mes pensées voguaient comme de lourdes galères écrasées sous le poids harassant des inquiétudes sans plus d’objets. Mes yeux n’accommodaient pas, j’étais dans les fragrances du vin, comme pour m’évader.

Le point s’est fait machinalement, parce que ces temps ci, je fais le point pour un rien ou pour un tout, quand je divague, perdu dans les circonvolutions fantasques de ma cervelle, plutôt farcie. Le sang a cogné aux fenêtres et m’a rogné l’âme, alors j’ai ouvert les yeux, histoire d’être distrait par la réalité rassurante de la lumière…électrique – comme la Place artificielle de tous les espoirs dorés – de ma lampe de bureau.

Et j’ai vu, dans l’or mouvant du verre et du vin unis, la Grande Galerie des Glaces. Ses reflets de chrysocale, ses lueurs d’orichalque, ses éclairs d’émeraude qui pulsaient par instants, ses marbres verts tournoyants. Des miroirs, partout, profusion de reflets tremblants, étages de lumières diffractées, ondes de malachite, de céladon, soies incarnates sur les épaules de l’ambassadeur du Siam, pourpre, amarante, nacarat, corail en langues de dragon fulminants. Les bustes des empereurs de porphyre se tordent au souvenir de Rome en feu. Pilastres, trophées de bronze et trumeaux de marbre vert de Campan s’empalent et tournoient au cœur des maroufles de Le Brun. Le petit grand roi jaillirait de mon verre que je ne cillerais pas. Comme un clin d’œil du diable, me vient l’idée d’un AVC foudroyant.

Violence et tendresse, l’humanité dans mon verre…

Seule certitude, c’est d’un vin blanc qu’il s’agit. Opalescent, il se glace de lumières mystérieuses. Translucide, il donne à voir tout en cachant. Comme la femme, la seule, l’unique, l’absente, l’absolue, la désirée, celle qui les résume toutes.

Domaine Ganevat «Grusse de Billat» 2007.

La robe brille toujours d’une transparence nimbée de vert.

Tout petit nez timide, qui sent le raisin fraîchement pressé, comme une invitation à la patience. Le lendemain, le petit a pris de l’assurance. Le citron et le pamplemousse surgissent du verre, ronds, pulpeux et alléchants. Ah la belle paire d’agrumes juteux! Une gentille note miellée extirpe de ma mémoire la rondeur tendre d’un pomélos à point. De légères touches de thé le réchauffent. Un nez paisible, comme un équilibre fragile qui vibre sous les narines. Un nez qui sent le vert mûr. Un Chardonnay que j’aurais pu croire de Mâcon, qui ne «jurasse» pas sa mère! Douceur de la patte de l’homme qui gomme un peu le «terroir» (sans aucune certitude) ou sont-ce les schistes tendres qui aiment le raisin au point de ne pas le marquer? Divagations de rêveur exalté, plutôt…

Il est temps que le Grusse me flatte les papilles. Ah le Grusse, qui sans son «e» tourne autour de la piste, la tête fière et la queue ondoyante, comme ce vin vif autour de ma langue! C’est vrai qu’il trotte d’entrée, qu’il attaque, Billat en crinière, de son acidité très 2007, à peine retenue par une pointe sucrée, qui le tempère et le préserve de l’excès. Il libère sa chair conséquente, mais encore retenue, fluide et dessoiffante, ses agrumes mûrs, qui tour à tour, affirment leur vivacité et leur sucre candi. Le jus virevolte en bouche. Le Chardonnay est un cépage qui aime les latitudes tempérées, assurément. Avalé, le vin persiste sans faiblir et marque le palais longuement révélant longuement la minéralité (sans effet de mode langagière) et la tension acide des terres marneuses qui l’ont porté avec bonheur…

Je referme les yeux et repars dans mes souvenirs éteints…

* Philosophe de comptoir.

 

ENOSMOTALGITICOQUENE.

 

QUAND GUFFENS FAIT SA LOLITA…

Cognac. septembre 2010.

 

Moi qui suis un fan absolu de Guffens depuis…je ne sais même plus….Ô rage, Ô désespoir, Ô jeunesse ennemie, n’ai-je donc tant vécu que pour l’avoir dans le ***??? Il est des situations qui appellent à la vulgarité, tant le choc est rude.

C’est vrai que j’y ai pensé….

Les ombres conjointes et menaçantes des empêcheurs de siroter les vins jeunes, ont tremblé sur le mur de ma mauvaise conscience et silencieusement vociféré, agaçant le fond de mon oreille interne, le temps de quelques «caudalies».

Au diable les inquisiteurs!!!

Nonobstant, ma main n’a pas failli. Je les ai repoussés. Le poing serré et les muscles bandés, n’écoutant que les enseignements du Che, j’ai arraché dans un geste d’indépendance et de révolte, le très sain bouchon, du col serré de la bouteille. Mais c’est qui le patron ici, nom de ****!!! Un demi verre et un jour plus tard, hélas, je ne peux que me lamenter, pleurer et me battre la coulpe d’avoir cédé à la tentation. Le Mâcon-Pierreclos “Premier Tri de Chavigne” 2006 fait sa mijaurée. Le genre, grande timide, qui bat des cils sur un regard provoquant.

Je n’ai jamais aimé la Lolita de Nabokov. Alors quand elle s’en vient tortiller son petit cul maigre dans mon verre!!!

J’enrage, je vitupère, je crache ma misère, le nez au fond du verre. Je tire sur l’appendice comme un fumeur sur sa Saint Claude; dans une inspiration si violente et saccadée, que j’en perds l’ouïe et la vue un instant. Réduit j’en suis, à ces bruits de «succion nasale», tant mes premières inspirations de marquise anémiée qui cherche les fragrances délicates de la fleur de printemps, ont très lamentablement échoué. Non mais c’est quoi cette absence de tout??? Comme si Guffens m’avait vendu l’eau du vin et gardé pour lui, les guirlandes, les bouquets, les paniers de fleurs et de fruits qui font d’ordinaire la joie des amateurs!!! Non, c’est une farce, une blague!!! Un ectoplasme, peu subtil assurément, se serait introduit chez moi cette nuit tel un passe-muraille, pour dépouiller en ricanant affreusement, ce vin invariablement divin, de ses vertus et charmes. Il aura du laisser derrière lui quelque trainée méphitique qui aura irrémédiablement corrompu ma cave. Les dégâts seront énormes, définitifs, à côté desquels, les soubresauts obscènes des ténors encensés des places boursières internationales, sont billevesées, évènements périphériques et superficiels. Pourvu que l’Europe des états me laisse mes profits et encaisse mes pertes!!! Demain sans faute un cierge aux pieds de Jean Monnet le bien nommé. Saint Mâcon, viens moi en aide toi aussi…Mieux vaut deux que jamais, la monnaie et le pinard font souvent bon ménage.

Mais peut-être, me dis-je – m’accrochant à l’espoir comme un sénateur à son fauteuil – la bouche, oui la bouche, ah la bouche, me donnera tout et même plus, histoire de me consoler et de me dire au creux de la langue que tout cela n’est qu’un mauvais rêve, un charme, un sortilège, que m’auraient jetés, par jeu et sans méchanceté, mes très chers arbitres du bien-boire sus-cités…La bonté me submerge, je leur pardonne déjà.

«J’entends» au fond de ma mémoire le goût humide et tendre de la pêche blanche, le grain soyeux de l’abricot mûr, je me souviens de cette boule gourmande qui roulait au palais, qui s’étirait EmuVatine, pour mieux se resserrer…Ah oui, ce bonheur complet, cette tension, cette puissance baroque et cette rigueur, indéfectiblement alliées. Que les souvenirs sont précieux quand le réel est cruel!!! Tout est absent en ce soir de deuil, la bouche comme le nez, est morte, pas née, mal née, aux abonnés absents, que dalle, niente, nada!!!!

La traîtrise est complète et je reste hébété, anéanti, désespéré.

Vivement que le libéralisme revienne et que la bourse ressuscite…

 

 

EPLUMOTÔTTICONE.

DE LA TERRE, DES VIGNES ET DES HOMMES…

Antonello Da Messina. Montage trois oeuvres.

 

Une fois l’an je m’en vais flâner par là-bas. Comme un bouchon de liège je me laisse porter par les flots verts des vignes, je me remplis de l’humeur des paysages, des couleurs, des gens et de la vibration subtile des lieux.

De Mâcon à Dijon je fais mon petit pèlerinage à moi, plus spirituel qu’il n’y paraît…Les paysages m’imprègnent. Je les regarde, les admire, les écoute. Ils entrent en moi autant que je m’y glisse. Dialogues muets, échanges subtils, silences riches de lumières et d’eaux mêlées. Le vin n’est pas absent certes, je fais ma vendange de cartons et de caisses, de regards et de sourires, de silences et de mots d’amitié.

Elodie m’accueille à la Soufrandière. Les frères sont empêchés par une soudaine révolte mécanique quelque part au milieu des vignes. Un sourire, une vraie gentillesse, une compétence de femme de vigneron. Je ne perds pas au change…Des vins et des mots dans le chai; tout est frais, fruité. Les vins glissent dans les gosiers, l’atmosphère, polluée par quelques relents de soufre est purifiée, nettoyée par l’authenticité et la simplicité noble des êtres. Petite balade dans le parc et les «Les Quarts». La terre est grasse des pluies récentes, les cailloux blancs brillent de tout leur calcaire sous le ciel de mercure. On entend pousser la vigne que la terre généreuse nourrit. Que ce silence est fort, que l’équilibre est vibrant, que tout cela est fragile… «Humilité et Respect». «Évidences Terriennes». Retour au sens profond de ces mots trop souvent bafoués.

Changement attendu et subi chez Verget-Guffens. C’est bouclé et chargé en quelques minutes. Les vins sont bons, même très bons souvent et c’est autant de temps gagné pour zigzaguer sur la route sinueuse et «buissonnière»… qui remonte vers Meursault.

Passage à Saint Romain, la «Corgette» et ses charmantes chambres d’hôtes, puis en fin d’après midi irruption amicale au domaine Buisson Charles. Le sourire de Catherine, le Patrick derrière son écran, de petits travaux dans la cour, d’autres plus professionnels à l’arrière, ça ne bouge pas que dans les chais!!!! Patrick m’entraine dans les vignes de Meursault à bord de sa «Puma» grise, j’écoute et je questionne, villages, crus, rangs, travail et nature des sols, qualités différentes au sein d’un même climat…. Dire que la Bourgogne est subtile est une banalité mais le vivre physiquement, le ressentir par tous les pores de la peau, par toutes les vibrations des couleurs, par toutes les fines nuances du cœur et de l’esprit, alors là Mes Seigneurs, alors là, ça vous humanise la «mémoire vive», ça vous gonfle de bonheur et ça vous remets le «microprocesseur» en juste place!!!!!!!! La relative pénombre de la cave, la plongée de la pipette dans la barrique…. Changement de décor, survol gourmand du millésime 2008. La malo et ses parfums levurés. Ça picote sous la langue. Je refais en vins et en bouche le tour amoureux des vignes. On rigole bien; l’ impression chaleureuse du plaisir de se livrer un peu, les atomes qui se courbent à en devenir crochus, c’est bon la vie…. Pas pressé d’emmener mes bouteilles je repasserai par là plus tard histoire de nous revoir, de ne pas nous quitter trop vite.

Le soir à Pernand, une sublime bouteille. Un Rapet de 1990, une «Ile des Vergelesses», m’envoie au sixième ciel, le septième n’est pas loin….de toute façon.

Perdu dans les rues de Morey le lendemain matin; mais il est où le Castagnier??? Dans son jardin de la rue du même nom, bien sûr, à l’abri derrière les vingt centimètres carrés qui «affichent» le nom du domaine. Constatation amère, il me faudra revoir le docteur des yeux, ma vue baisse!!! Conversation à bâtons rompus dans la fraîcheur d’une cave, inimaginable sous cette habitation relativement récente… Je suis décidément en Bourgogne et nulle part ailleurs… En tout cas sûrement pas au pays des Châteaux!!! Valse de la pipette, du Charmes-Chambertin au Clos de Vougeot, avec plongées fruitées au cœur des Clos de la Roche et de Saint Denis, descente dans les Bonnes Mares. Eh oui, on ne se refuse rien! Madame Malo est toujours plus ou moins là, elle aime décidément le fût!!! On cause prix bien sûr. Le Jérôme qui joue si bien de la pipette, comme de la trompette d’ailleurs, refuse de vendre ses vins aux Chinois – qui pourraient aussi bien être Guatémaltèques – prêt à lui lui payer, Yuan sur l’ongle, la totalité de ses pièces de Bonnes Mares… Aaah, r’joue moi-z’en d’la trompeeeeeettteuuuu, d’là trompeeeeeettteuuuu!!!!!! J’aime bien cet air là et tant pis pour les tenants du Libéralisme effréné. Comme disait Madame Mère, « Pourvou qué ça doure… »

Morey toujours, mais chez les Loups cette fois de l’autre côté de la Nationale. Une silhouette de Décathlonien, c’est Alain Jeanniard qui apparaît au sortir de la cour, flanqué de deux Québécois aussi joviaux que déconneurs. La dégust va pas être triste me dis-je en ma Ford intérieure (dédicace spéciale ). M’étais pas trompé, ça dure. Ça peut vu que c’est très très bon. HCN R&B, puis les trois glorieuses Chambolle-Morey-Gevrey, de «la chantilly à la crème pâtissière en passant par la crème anglaise» dixit Alain, de «une couille à trois couilles en passant par deux pour Morey» dixit moi-même…. Mes deux comparses du Grand Nord ont bien aimé, des fondus de Bourgognes ces deux-là, sincères, enthousiastes, natures, deux bonheurs sur pattes, le cœur dans les yeux. Sûr qu’Alain se souviendra de la soirée qui l’attend!!!!

Changement de Côte le lendemain matin. En avance comme à mon habitude je fais le tour de la maison Morey-Coffinet, splendide et imposante bâtisse sur le haut de Chassagne-Montrachet. Personne. Tout le monde dans les rangs sans doute… C’est le fils, le Thibault, grand gaillard qui arrive, de la vigne comme je le pressentais. Le chai et les caves du domaine sont impressionnants de propreté, immenses, anciens. Nous sommes quatre cents ans sous la maison. De superbes voûtes du 16éme siècle bandent leurs arcs de pierres disjointes au dessus de moi. Je me sens «anachronique» tout à coup, au milieu de ces rangées de barriques pleines des jus délicieux du 21éme siècle…. Le Thibault est «taiseux», ils sont souvent comme ça en Bourgogne. Prudents, ils vous observent calmement et attendent. Une fraction de seconde je me sens «souris». J’en ris en silence!!! Un petit tour du Bourgogne blanc générique, quelques mots – je réfrène ma nature bavarde – et déjà ça évolue doucement. On cause, à droite, à gauche, à côté du vin surtout, histoire de se connaître un peu. Ah le foot, ça m’a toujours aidé et comme le Thibault traine ses crampons sur les pelouses de la région, «ça le fait» assez vite. Nous entrons en confidence dans les Chassagnes blancs, agrumes, fraîcheur et droiture tout du long. Plus de matière, d’amplitude et de fruits dans les Premiers. C’est la ronde enchantée des «Caillerets», «Romanée», «Farendes», «Dent de chien»…tous sont bel et bien beaux et bons, du fruit, un soupçon de gras, de la puissance bien maîtrisée, marqués du premier au dernier – superbe Bâtard tout juste né – du sceau de la rigueur, de la droiture sans concession de la pierre. Oui, je le dis comme je les ai ressentis, éminemment tendus. La pendule se tait ou plutôt s’arrête dans les caves, le rêve immémorial est près de se réaliser : Maître du Temps….l’espace d’un instant!!!! En remontant les siècles des escaliers, j’aperçois sur un mur, dans la zone «commerciale», un grand tableau de métal gris constellé de cadrans futuristes qui affichent les températures des cuves. La liaison est faite entre «Citeaux» et «La guerre des Étoiles», entre la Tradition recueillie et la High-Tech bien comprise. Thibault est le «Padawan» qui fait le lien… Sans que je dise un mot, il transforme mes «Farendes» 03 en 06. Plus qu’un signe, un geste complice et amical.

Le terme est proche. Comme souvent la tristesse, tel le calcaire dans les vignes, court sous la paupière….

Volnay, début d’après midi. Retard. Encore une machine en panne dans les vignes. C’est pas un moine qui nous ferait ça!!! Enfin il apparaît, échappé, remonté, extirpé, des grandes Œuvres Rabelaisiennes. Impressionnant! Fait pour protéger du soleil comme de la pluie, «Jean-Pierre Charlot des Entommeurs» est devant moi!!! Très gros contraste entre nous!!!! Waouuuwwww!!!!! Si ça se passe mal et si je dois plaquer, pas plus haut que les chevilles sinon, même le SAMU…. La tête est à cinq centimètres des poutres, l’œil sous le sourcil régulier, est perçant, vif, railleur. Large est le nez!! La narine palpite comme une aile de chair fragile, émotive et friande de mets fins mais roboratifs. La bouche est large, ourlée et lippue, les commissures regardent le ciel, l’homme est gourmand de mets, d’idées et de vie. La corpulence est avérée et la barrique du vigneron masque à peine… une sangle abdominale devenue plus discrète. Cet homme est bon, sensible et grande gueule, il aime l’humour et les gens, me dis-je «in peto» (à ce moment de mon voyage, je n’ai plus le budget pour les «Ford intérieures…). C’est du tout tendre, on vaaaaaaaaa, s’aiiiiéééémeeeer. Les fleurets sont mouchetés mais les bretteurs sont pugnaces. On se réééégale, c’est un grand moment de vérité humaine. Dieu que les discours stéréotypés, tout de provocation et de snobisme habités sont loins. Merci J P de cet accueil franc, direct et sans fard. «degustateurs.com…» le «gourou et les disciples» sont laminés à coup de grands sourires et d’apostrophes amicales et incisives. C’est bon à entendre comme est bienvenue la finale fraîche d’un Meursault de noble origine. Les bouteilles du domaine J.Voillot valent le voyage. Volnay et Pommard sont ici en majesté et les quelques vieux millésimes que j’emmène avec moi me promettent quelques feux d’artifices.

«Le Chevreuil» et ma très tendre compagne me consolent le soir même du départ imminent. Plus de rangs de vignes en pousses, de murets bancals, de villages immobiles, de soleil fragile entre les nuages. La chenille de fer des poids lourds à la queue leu-leu me ramène à la réalité oubliée des routes polluées qui «transversent» la France, de Beaune à Cognac……………………………………….

Allez, à l’Ouest toute!!!

Sur la Terre, des Vignes.

Dans les Vignes, des Hommes.

Dans le verre, le vin de la Terre, des Vignes et des Hommes….

 

EMOEMTIBUÉECONE.

GANEVAT, GAVE T’AN…

Aston Martin V8 “Vantage”.

Éloge de la pureté…

Si j’étais blonde, fraîche, avec des yeux de Husky et des cils longs, à se faire tout pardonner. Si de surcroît je rétro-olfactais avec une exquise innocence (feinte?), entre mes jolies lèvres plissées. Toutes sortes de vins, issus de tous les arrondis de la planète. Si je disais «minairrralité» à tous les coins de vidéos et que c’est top-fun-à- boire-lol-miam-miam-tendance-kit-de-survie-jeune-super-cool-trippant-hot-party-branché-vibe-du-web. Si je flashais comme un bonbon Anglais dans mes «p’tits hauts», qui pètent la joie et le printemps, en toutes saisons. Si je rehaussais mes jolis doigts blonds longs, d’une touche de rouge volcan en éruption. Si je parlais simple, comme le monde il est. Si je causais «nature», devant un joli fond gris – souris – beeiin sûr, avec un rang de bouteille floues, dans le fond, que c’est un as du market-in qu’a ciblé la bonne tranche de jeunes, mais pas trop, qu’aiment les Lounge cosy et qu’a d’la thune, nature. Si je ne me snobizais pas la tronche, avec des mots, qu’il faut une biblio pour les comprendre…

Eh bein, hé bein, oui bein, tout le monde tomberait fou amoureux du vin!!!

Et c’est bein ça qui compte!!! Non???

Elle ne doit pas encore avoir trop exploré les creux et bosses du massif Jurassien, la charmante. Me ferais bien guide occasionnel, avant qu’Olif ne sonne de l’olifant du fond de sa combe. La guerre de blogs aura bien lieu. Une guerre de rêve, une guerre pacifique, une guerre froufroutante et rieuse, une guerre en dentelle!!!

Vive la guerre des roses, épanouies, dans les jardins d’Ispahan…

La tradition Jurassienne, (du moins, telle que le gnou à burnous que je suis, la perçoit, derrière le prisme du «j’y connais rien, mais péremptoire, j’affirme», ainsi que font, à longueur de fibres, les petits marquis – araignées multicolores changeantes, sous les lumières artificielles des conventions établies – grands édicteurs de principes, lanceurs de modes, arbitres du bien boire), voudrait que le Jura sente le cerfeuil, la noix roulée dans le curry et que, TOUT, là bas, au fin fond du trou du cou du monde, soit jaune, sous un ciel et des barriques perpétuellement voilés… jusqu’à ce que les temps du «faut pas qu’ça cesse, parce que c’est comme ça et pas autrement», se mettent à la nuance.

Mais, si tu prends un enfant de par là-bas, et qu’à grands coups de bottes au cul, tu le sors de son fjord sec et que tu le colles au taf, dans un vrai pays de vin, comme la Bourgogne – au hasard(!!!) – pour qu’il boive autre chose que son jus de céleri habituel…ben ça te transforme le gars et, partant, ses vins d’après, quand il est grand!!! Attention, les vins du Jura, dans la tradition, entre les mains jaunes des grands faiseurs, c’est très superbe. Et j’insiste bien. Si tu te colles un Tissot dans l’Overnoy, tu connais le bonheur illico, d’autant que t’y intercales un Magnin, histoire de stimuler les hormones (je pense endorphine, anything else!). Ceci dit dit, le raisin, si tu lui caresses le cep toute l’année, si tu le laisses mûrir, assez mais pas trop, déjà, ça peut faire bon. Et si ce bon jus, bourré (c’est bien le moins pour un moût) de quiddité de terroir, tu l’ouilles amoureusement deux ans, tandis qu’il glougloute au frais dans ses demi muids de bois, y’a des chances, que le dit-Savagnin du millésime 2006, parcimonieusement récolté à 18 Ho/Ha, il fermente très confort et fasse sa malo comme un grand (je dis ça, pour faire l’oeno-technico, mais j’y connais rien)…

Trois ans et quelques broquilles plus tard, tu te bats contre la cire, pour extirper le bouchon de la bouteille de «Les Chalasses Marnes bleues» de J.F Ganevat – revenu au pays – posée sur ton bureau, qu’ça part en confetti entre les touches de ton clavier! Maudite cire jaune!!! Clin d’œil à la tradition???

Robe jaune doré, soutenu. Reflets à peine verts. Soie brillante, lumineuse qui irradie sous le verre. Fermé, replié, boudeur le vin. Foutez moi la paix, je pousse., j’me constitue, j’me développe…ça c’est le nez. Bon, attendre un jour de plus et voir. Ouvert un peu plus, le vin enfin, s’est. Ça sent le grillé, mais pas celui du bois. Puis, Annie aime les sucettes au candi. Oui, l’acidité a une odeur, celle du candi sur sa sucette de pierre, plongée dans la mangue sèche, le coing et les écorces d’agrumes. Mais il est où le Savagnin??? Et surtout, l’impression d’une grande pureté olfactive, quelque chose de tremblant sous le nez, aussi. De la race des grands jus de roche, des eaux cristallines, des grands blancs de toutes régions, que tu sais qu’ils sont «au-dessus», parce que justement, ils tremblent, ils vibrent tellement, que t’as peur qu’ils s’évanouissent ailleurs, avant qu’t’as le temps de lever ton verre. Comme une onde, spéciale aux blancs, qui transcende les cépages, les terroirs, les vignerons.

Bouche d’agrumes, d’épices, frappée au coing de la fraîcheur à pointe amère. L’acidité mûre est une lame qui coupe sans que le sang ne coule. C’est une foutue vivacité exquise, quelque chose comme le plaisir au bord de la douleur. Installée, roulée en boule en bouche, la matière, conséquente, se détend et enfle «surprenament». Comme un jus de cristal, une essence, un principe, un alcoolat, une quintessence, un substrat, une âme, un élixir. Sécheresse totale, la mangue, le coing, le citron, se sont envolés, n’en restent que les extraits.

La finale, salivante et longue, dépouille le vin de ses attraits, de ses atours. Doucement, fruit après fruit, laissant au palais, la trace saline de la sucette au caillou…

EMACHOMOTIONNEETICONE…

C’EST LE DIABLE QUI LEDY…

Cognac. Arts de la Rue 2009.

 

Ce démon sur tee-shirt sombre porté par un noir – suis très noir ces temps-ci – m’a attiré malgré moi. Comme subjugué, je l’ai suivi dans la foule compacte un moment et lui ai tiré dessus à grandes rafales d’obturateur. Sans crier gare ni métro il s’est fâché, s’est vêtu de feu et a jailli du tissu comme un Diable de sa boite. Depuis, me sens différent. La journée avait été belle et chaude. Elle avait apaisé un temps mes douleurs récurrentes de sexagénaire diplômé. Quelque chose a bougé à l’intérieur, comme un cœur qui aurait perdu sa pointe. Le succube m’a laissé exsangue et rêveur comme anesthésié dans une semi-conscience reposante…

Quand tu sens que tes globules peinent à remonter les écheveaux complexes de tes artères pourtant béantes, qu’elles ont du mal à glisser aussi le long des berges sombres de tes veines ordinairement gonflées de vie, tu t’inquiètes! Ben oui!!

Quand ton cœur pompe comme une machine asthmatique les souvenirs éteints de tes bonheurs lyophilisés, tu t’inquiètes aussi!! Tu sens que t’as besoin de sang, de vie, d’envie. Que ça pulse, que ton pouls te sois rendu, que ça batte la mesure, l’amble, la bourrée, le rock’n’roll dans ta viande assoiffée. Alors tu te remplis des protéines de la chair croquante des calamars dorés, de vitamines, du jus sucré des fruits de l’été. Pour te rasséréner, pour te requinquer, pour te remplumer. C’est alors et assez vite que la soif te gratouille le cervelet.

Mais t’as pas envie d’un truc extrême qui va t’obliger à frôler l’AVC. Un Bourgogne simple et généreux plutôt que la «barbotine des marmiteux» chère à Rabelais, cette absinthe aux propriétés vermifuges. C’est de l’air et du sang de la vigne qu’il te faut. Sus à la Haute Côte de Nuits 2007 de Vincent LEDY

Sur ces côtes qui ne sont pas si hautes, tu voyages au long des vignes, penchées sur les orchidées sauvages qui leur murmurent leurs secrets. Ça babille dans les rangs, ça chante à voix basse le chant de la sève et de la terre.

Dans la bouteille le vin pourpre d’un jeune vigneron t’attend.

La robe fluide, rubis à reflets grenat, traine ses larmes grasses sur les parois du verre. Le nez est épanoui, généreux, sur la terre humide, la violette, la framboise, la cerise bien mûre, le noyau et sa légère amertume qui devrait se fondre avec le temps. Une petite touche épicée tonifie le tout. Un vin qui n’a sans doute pas connu le bois neuf? La bouche est soyeuse, la matière est belle et fraîche, les tannins sont fins, ronds comme une purée poudreuse. Cerise et violette aussi qu’exalte une acidité élégante. Puis le noyau apparaît et ajoute à l’ensemble une amertume bienvenue. Le vin affirme sa puissance en envahissant progressivement la bouche. Ni creux, ni faiblesse. La finale est longue sur le noyau et les épices. Un vin goûteux et gourmand qui se boit avec délices et qui vous laisse la bouche propre, prête à recommencer.

C’est diablement bon, franc et élégant.

 

EDIAMOVOTILACONE.

TIRE LE PET, LA CÔTE EST RUDE…

Paolo Ucello. La bataille de San Romano.

 

The Big Nine…

Enfin le très plusse grand, le renversant, l’excellentissime, le galactagogue est à la une!

Des mois que la campagne était lancée. On allait voir en Médoc et alentours, ce que l’on allait voir. Big Five enfoncé et tous les Bigs antérieurs aussi. Moi qui allait me ruiner sur un (seul) Big Quatre Vingt deux, du coup, j’hésitais.

Ce Very Big Nine qui renvoie aux gémonies – ce lieu de supplice et de mort qui dévore l’aujourd’hui dès qu’il devient demain – toutes les précieuses liqueurs que les ceps – depuis toujours pourtant, prestigieux – avaient jusqu’ici exsudées sur les très glorieuses terres Bordelaises.

Tout ce qui compte (et qui sait compter) dans le petit grand monde du vin frétille en ces temps éblouissants. Des tonneaux de primeurs sont lampés dans tous les culs de basse fosse des Châteaux des deux rives (la plus richement garnie en Domaines d’exceptions est la gauche, bien sûr!!!) de cette belle Garonne qu’aimait tant le très sévère Seigneur de la Brède. Les prescripteurs et autres, libres comme des poissons dans la nasse, sont à l’œuvre. Du plus illustre au plus besogneux, ils sont plongés dans les jus. Mac (c’est plus chic) en bandoulière, ou carnet de papier griffonné à la main, ils écument les dégustations tous azimuts. Des salons incontournables aux chais de second rang, les rives du fleuve sont bercées par les glouglous inspirés, qui annoncent déjà de prochains prix fastueux. Gorges chaudes et décolletés de classe pullulent. Kwarx et/ou cristal en tous lieux. Soirées feutrées, raouts, rallyes, entre-soi, courus, recherchés, gagnés de haute lutte par tous les petits Marquis du vin. Quelques Ovnis aussi que personne ne remarque…

Ce Big Nine sera gagnant et gavant.

Et pendant ce temps-là, le même temps pourtant…

Dans la non moins et toujours prodigieuse région Bordelaise, loin des fastes médiatiques et mondains, à cent lieues des grosses demeures bourgeoises qui n’ont pour la plupart d’entre-elles de Château que le nom, perdues le plus souvent aux confins de l’appellation et parfois proches de cultissimes vignobles, existent dans la difficulté ou subsistent du fait de vignerons enthousiastes et opiniâtres, bon nombre de propriétés de qualité, qui font plus que bien, voire plus encore et à prix très abordables.

Tire-Pé 2005 en est un bel exemple.

Daniel Barrault œuvre en Tire-Pé depuis 1997. Comme les bœufs, qui jadis tiraient le pet tant la côte était raide à gravir, il travaille dur sa terre et ne roule pas sur l’or. Ses vins sont en constant progrès depuis le millésime 2000.

Il a l’air heureux et ses enfants sont beaux…? Bizarre.

Le travail et la passion?

La robe de ce millésime 2005, ex-Super-Big, est carrément Vaticane sans être Papale, fort heureusement. Les bigots et/ou les cultivés (bios of course) comprendront.

Sous le nez recueilli du bedeau servile et bedonnant que je ne suis pas, les fruits rouges mûrs dansent, très en phase avec le printemps nouveau. Le vin a connu un beau bois qui s’est partiellement fondu. Santal et léger grillé l’attestent. De la fraîcheur aussi. La matière concentrée et fruitée s’empare de la bouche. Le bedeau se pâme. Mais sans excès d’extraction… Les petits tanins soyeux roulent sur la langue. La finale de bonne longueur, est cacaotée, réglissée et finit sur le café, le «crayeux» et une pointe agréable d’amertume. Les bœufs en ont sous le pied et peuvent voir venir la Côte!!! Le plus beau vin de Daniel Barrault depuis 2000. Il en remontrerait sans conteste – toutes hiérarchies intégrées et reconnues – à de plus huppés.

 

 

EQUIMOSLATIPÈTECONE.

SOTTIMANO, TI AMO IMO PECTORE…

 Lorenzo Costa. Portrait d’un cardinal.

 

 Il pleure tant, que la terre fait des bulles…

Des bulles rouges sur les continents gris aux misères toujours meurtries. Des bulles en crachats incarnats qui éclatent, comme se disloquent les crânes fragiles sous l’impact des balles aveugles. Des bulles bleues dans les palaces alanguis que les grains tropicaux désaltèrent. Les soies blanches des belles enrubannées collent aux chairs bronzées des oies pas si blanches, que les bulles dorées émoustillent. Les bulles noires et figées des volcans éteints dessinent de vagues sculptures acérées au creux des îles désertées par l’espoir. Les bulles argentées des océans immenses battent les flancs lustrés des grands blancs dolents.

Au large du Cap, ils glissent comme des soies sur la peau.

Des larmes en bulles encore au souvenir des barbaries perpétrées par mes frères, aujourd’hui comme hier. Bulles en rafales saignantes, en sanglots étouffés au sortir de «La Rafle», film de Devoir, film de Mémoire… Bulles en cordons, bulles en haillons, bulles en avulsions, bulles en abjurations, en abdications, en abjections, en abominations, en aliénations! Bulles de boue, de salive, de haine et d’eau.

Bulles létales, fatales, sépulcrales, bulles puantes des peurs agglutinées!

Pâques mais pas que…

Au sortir de la salle plus ténébreuse qu’obscure, les chairs sont à vifs, le coeur est serré, les machoires sont soudées. L’air est frais sous le Noroit. Le ciel lourd du matin s’est repeint de vif. Un bleu cinglant auquel les quelques nuages arrachés à la charge pluvieuse de l’aube, donnent le relief ad hoc. Comme un peintre Italien qui aurait inventé relief et perspective. Besoin de vie. De tendresse en ce jour solitaire, orphelin des matins tièdes.

Que Sottimano me vienne en aide. Et sa Barbera d’Alba 2007.

La parure du «Pairolero» est un bouquet de plumes violettes, alabandines et roses mélées, comme les reflets changeants d’un soleil agité par le vent, sur la huppe d’un «Cardinalis cardinalis» du Bélize…

Le premier fond de verre, prélevé de la bouteille à peine ouverte, donne l’idée d’un bonheur possible. Mais la félicité, c’est pour demain dit-on. Alors la belle patiente dans la pénombre de la cave fraîche. Comme un amant gourd aux doigts furtifs, l’air prends son temps pour déplier tendrement les égides du vin.

Après un jour complet, le vin est à l’aise dans sa carafe comme un dandy dans son loft.

Sous le nez attentif comme un oeil aux aguets, c’est une odorante purée de fruits rouges qui donne son meilleur. Fraise, framboise, cassis non filtrés – hachés menu, touillés, écrasés, comme un coulis crémeux de pulpes au jus – enchantent et mettent les salivaires en émoi. Un nez d’une pureté, d’une élégance et d’un équilibre tels que l’on croirait derrière les yeux clos de ma concentration, voir virevolter une ballerine de Degas. Élevé sous bois dont 25% de fûts neufs indécelables. Seul un liard de cette orchidée épiphyte dont la gousse enchante les confiseurs, ajoute, à cette dariole de fruits, une pincée de sa cosse parfumée.

Parler «d’attaque» à propos de ce vin serait exagéré, tant il se coule lascivement en bouche. La matière ronde, fluide mais conséquente et séveuse, vous séduit soudainement sans que vous n’y puissiez mie. Elle s’installe, glisse, se répand, imbibe et diffuse son fruit qu’un soupçon de zan exalte. C’est exquis, pur, élégant! Nez et bouche sont à l’image de cette ambroisie : en parfait équilibre. Étrange idée que celle d’un raisin qui aurait tout donné sans qu’on l’y force… L’envie d’avaler est plus forte que tous les conseils sévères de mon hémisphère gauche. C’est le plaisir qui mène le bal. Dire aussi la caresse aimante des tannins, tandis qu’ils vous frôlent la luette de leurs hanches polies. Passé la bouche l’enchantement gagne le corps. Sur le palais le sorbet de fruits s’apaise en prenant ses aises. Mais le vin ne fuit pas, il se dévêt…L’acidité des fruits persiste, qu’un battement de badiane, une virgule de cannelle épicent et parfument longtemps.

Sur les parois du verre vide, comme un souvenir, le Cardinalis a laissé ses couleurs moirées. Sous mes paupières closes, une violette fragile danse au vent joueur du printemps.

 

 

EACMOTAESTFATIBULACONE.

JERÔME L’INTERPRÈTE…

Mozart revisité…

 «AMADEUS», il y a peu, sur Arte.

Pour moi, la cinquième ou sixième fois. Pas pu m’empêcher de plonger à nouveau, dans les spirales lumineuses et graves tracées par ce météore fulgurant. Mort à trente cinq ans. Plus que le film de Milos Forman, c’est la musique et surtout l’interprétation qu’en fait Neville Marriner, qui m’a le plus touché.

Se caler sur les pas de Mozart, à qui Joseph II d’Autriche aurait reproché d’avoir écrit «trop de notes», relève de la gageure. La splendeur, la richesse de son œuvre peut faire tomber le premier des chefs dans les emportements, les excès, qui le feront inexorablement passer de l’élégance, de la dentelle subtilement ornementée du plus bel habit de cour, à la vulgarité appuyée de la dernière des défroques grossièrement maquillées. Marriner atteint l’équilibre, évite le piège de la séduction de surface, se joue des possibles pacotilles clinquantes pour trouver la lecture et l’expression justes, la quintessence profonde et paisible du génie Mozartien.

Car la règle, ici comme ailleurs le plus souvent, est de traquer la plénitude, la justesse, la finesse, l’esprit de la Musique.

Jérôme Castagnier s’est quelque peu éloigné du culte d’Apollon et de Pan réunis, pour se consacrer à celui de Dionysos. Après avoir longtemps soufflé dans la trompette, il s’est mis à plonger la pipette dans les grands jus de Bourgogne…

Au centre de sa collection de grands crus, brille d’une lueur sombre et presque sauvage le rubis noir de son Clos de Vougeot 2004. Le millésime n’est pas glorieux mais le Clos, proche des Grands Échézeaux, déploie superbement ses reflets d’un beau rouge intense. La robe brasille d’une lumière contenue.

Pour qu’il daigne se donner un peu, il aura fallu aérer le renfrogné une bonne journée…Mais c’est le lendemain soir seulement, que l’atrabilaire donne sa pleine mesure du moment. Derrière le bois encore présent, le nez – le mien – est séduit par l’harmonieuse complexité douce du bouquet. Ça sent le grand vin, la belle matière, le beau jus, le pinot d’exception. Ça respire noble, noir, sauvage de prime abord. Puis la cerise, noire elle aussi, apparaît, mûre. Dont on se souvient qu’elle craque sous la dent, libérant un suc épais et odorant. Le vin sent la terre mouillée après l’orage, le cuir, le poivre noir concassé, la réglisse, noire…encore.

L’attaque en bouche est douce, la chair du vin roule comme le jus abondant de la Burlat qu’annonçait le nez – celui du vin – cette fois… La puissance est bien là, la sauvagerie aussi, que l’air n’a pas complétement apaisée. La chair et le bois n’ont pas fini leurs épousailles bien que l’affaire soit bien engagée…Je ne sais si je connaîtrai ce Clos pleinement épanoui, un jour. Accessible à ce moment de son évolution, il n’en reste pas moins tendu comme un notaire qui ferait des claquettes. La finale longue, sur la réglisse noire, est épicée. Elle laisse, en prenant son temps, un fin tapis de tannins à peine amers, comme une mémoire du vin, que la bouche conserve longtemps.

Ce vin est d’une beauté obscure, douloureuse et sans partage. Il m’évoque le Rex Tremendae du Requiem, lui même l’une des pièces les plus pénétrantes et les plus bouleversantes du Maître de Salzbourg…


 

 

ERUMOBISTINOIRCONE.

AU NORD C’EST JIMI GEVREY!!!

Jimy’s fan…

 Les temps sont durs pour les gourmands, les buveurs de bon, les fans de rock et les renifleurs sensuels…

Impossible de se taper la cloche, sans que la nuit suivante, ne t’envoie au pays des cauchemars coupables et horribles, auprès desquels les joutes politiques les plus insanes – ces jours-ci n’en manquent pas – paraissent chœurs angéliques éthérés. Pourtant qu’il est bon de se taper sur le bide, pour la petite musique aqueuse qu’il émet. Ah, accompagner les riffs gutturaux d’une Fender râpée à l’acide, de battements puissants – en rythme por favor – comme des tablas sur les tablettes, est une forme d’érotisme rare… Comme une ode vibratoire, dédiée à la montée de tous les obélisques, qui immortalisent les victoires passées et celles à venir. Les trépidations des muscles te résonnent dans les entrailles, et jusqu’au bout de l’essentiel. Tu te retrouves comme un derviche, enroulé dans l’incantatoire, que scandent tes fibres les plus intimes.

Oui mais, si tu veux te faire ta petite graisse de «raisonnance», façon tambour de garde champêtre, genre djembé griot dreadlocké, manière tambourin arlequin, ou style grosse caisse comices agricole, t’es bien obligé de donner dans le j’m’empiffre à l’ancienne??? Et ben non, histoire d’échapper aux interdictions médicales, aux diktats de la mode occidentale, histoire de déroger aux «t’as pas le droit de mourir», je te conseille le cataplasme Charentais!!!

Rien de plus simple.

Le soir au coucher, hacher menu deux bons kilos de rillons de porcs, pétés de lard. Les délayer à l’huile d’arachide pure. Laisser mariner une bonne heure, en touillant régulièrement. Puis à l’aide d’une spatule en bois bio, se recouvrir très généreusement les tablettes de chocolat, de la mixture ci-obtenue. Bien serrer le tout, sous une bonne bande velpeau épaisse. Se coucher sur le ventre (le tien), t’endormir du sommeil épais de la bonne conscience gastro anatomique, au moins douze heures. Résister aux remugles pestilentiels, qui ne manqueront pas de t’assaillir insidieusement, la nuit durant. Ça ne sera pas de la tarte, mais il faut savoir souffrir pour être laid… Remettre le couvert trente nuits, durant sans faiblir. Le résultat est au bout. Quel bonheur que ce beau bide tendu, au nombril profond, luisant et pâle, comme le teint maladif d’un cancérologue en bonne santé, et qui s’étale, se répand, et déborde voluptueusement, sous tes yeux rougis, qu’ont dessillé les triglycérides volatiles de tes nuits laborieuses!!! Elles sont là tes tablas indiennes, rondes, dodues, tremblantes, émouvantes… Tu te mets un bon Clapton de trente ans, et tu rythmes «Layla» comme un malade. Ta prise de sang, vierge de toutes traces de cholestérol, pliée en quatre sous le pied de ton fauteuil en skaï, prouve, à qui voudrait bien la lire, que t’as l’aorte aussi clean, que le tunnel du Mont Blanc refait à neuf. Que t’es aux normes, insipide, et politiquement correct.

Là, tu constates, atterré, que le son c’est pas ça, ça claque trop sec. Manque le petit côté liquide de la caisse de Ginger!!! Nom d’un cochon, tout ça pour rien??? Que nenni de porc!!! Dehors ça tombe en trombes, ça crépite sur le sol sec, qui se gave, et remercie en fumant. Sous le bitume, on entend la terre, qui aspire goulûment l’eau de vie, que le ciel généreux déverse. Merci la Nature… Eurêka!!!.

« Alors, on dirait que t’es le sol, que t’as soif et que t’as pas d’eau… »

Heureusement que le Jérôme Castagnier de Gevrey, t’as vendu, pas cher l’année dernière, son Gevrey 2006. C’est du jeune qui doit pas se boire, qu’ils disent, mais bon, ils le sauront pas. Et puis c’est pour la musique, alors circulez y’a rien à boire. Sous ta peau distendue, la compote de rillons applaudit de tout son gras. Tu vois que ça bouge de joie en dessous, comme si t’attendais un cochonou tout doux, après t’être fait explosé par un énorme verrat en rut, quand la dernière nuit de ta cure de graisse, t’as fait cet insoutenable cauchemar, où tu ramassais des glands, la nuit dans la forêt avec ta copine le Chaperon rouge…Sûr que le Gevrey va bien te mouiller le lard, et que ça va sonner onctueux après. Layla énamourée va aimer, elle va t’appeler Ginger, quand tu lui taperas sur ses «Cream» de fesses.

Dans le verre, le vin est rouge, incandescent comme les lampes d’un vieil ampli, après quatre heures de concert à donf, sous les griffes d’un Jimi en surdose, qui triture la bannière étoilée. Tu sens que le flamboyant va suivre… Le liquide est à peine gras, qui s’accroche comme l’alpiniste sans crampons, aux hautes parois lisses du Mont Riedel. Sous la lumière rasante qui perce l’orage comme un laser rageur, Gevrey exulte. Toi aussi. Le rayon aveuglant s’éteint d’un coup, laissant au cœur du vin, la puissance concentré,e d’un soleil de sang de taureau miniature. Non t’es pas à Chambolle, ni même à Morey, c’est le NOOORD, ça envoie, ça te bourre le mufle direct. Des fruits et des fruits, rouges eux aussi. La vanille du bois subsiste, et civilise un peu tout ça. Puis les épices, le poivre et la réglisse renforcent encore l’impression brute, voire sauvage, du début. La marmelade de goret claque du bec, impatiente et vorace. Alors t’obtempères. De prime abord, ça ressemble à du mine de rien. Le jus roule sans un mot, juste frais, un peu péteux, comme désolé, autiste. Mais t’as la langue chaude, c’est pas d’hier. Le palais brulant, et la papille qui sait y faire avec les timides. Immédiatement, en moins de temps qu’il ne faut à Janis pour cramer un rail, tu sens qu’il y en a sous la jupe. En une nano seconde, le vin choqué par l’air et la chaleur moite, se rétracte, comme l’huitre sous la lame. Mais t’es un pro, tu prends l’affaire en main. Sous tes papilles expertes, la matière pointe le bout de ses tannins, puis explose et se lâche. Tu rétrolfactes. Elle râle et enfle. T’es bien à Gevrey. L’inverti devient extra. Tout ce qui avait enchanté les naseaux, réitère, et te prends à pleine bouche. Les fruits gonflent, et les épices relèvent. Les tannins jeunes encore, mais mûrs, grattent, avec ce qu’il faut de virilité, pour réveiller le pourceau. Ça s’allonge comme il faut, et plus que ce tu pourrais espérer d’un Village. Au bout du plaisir, la vague roule sa dernière écume, et finit en pureté…

Allez, t’as été patient, t’es allé jusqu’au bout… Après… le vin… c’est le souvenir qu’il te laisse.

 

EYEMOTIAHCONE.

BURGAUD FAIT SON JAMES…

Maria Robin danse.

En ce Mars qui continue de faire son Février, les corps recroquevillés se complaisent dans la tiédeur nocture des chaleurs fossiles. Sous les plaids, étalés, ils rechignent à bouger. La nostalgie du cocon originel est puissante, subtile et se cache souvent sous le masque, rassurant pour nos entendements confits, de l’argumentation implacablement météorologique, biologique ou professionnelle, c’est selon. Mais au fond? Allez, avouons en silence, dans le secret obscur, même pour nous même, de nos lamentations intérieures… Il aura fallu que je m’arrache, littéralement. Que je coupe le cordon une fois encore. C’est tout de sang virtuel baigné que j’affronte la froidure qui me sépare de la culture.

Titi, me voici!

Sur la scène étroite, sous un clair bleu obscur, la gitane ondoie.

Elle est ronde comme sa danse. Ses bras ondulent avec la grâce d’un cygne blanc, sur un lac ancien qui aurait disparu. Juste après que les hommes aveugles aient traversés les temps, disparus depuis lors, de la fraternité. Ses longs cheveux blonds vénitiens ondulent en vagues claires autour de son corps qui roule. Elle joue, comme à peine sortie de l’enfance, sous les notes de braises incandescentes d’un Oud sensuel. Ses yeux gris rient du plaisir qu’elle donne.

La Florence de Vinci fécondée par un vampire des Carpates.

Dans la salle, comme une onde fraîche et fragile. Les vibrations tendres de la danse et les notes brulantes de la musique manouche, renvoient l’assistancesilencieuse et mouvante, aux souvenirs perdus de ses amours rêvées.

Et le Morgon « James » 2007 de Burgaud dans tout ça???

Un long carafage vigoureux, pour inciter l’animal à sortir de ses replis d’hiver. Il n’y pas que les marmottes qui hibernent.

Il est beau de le voir danser, lui aussi.

La robe est couleur liqueur de cassis, profonde et brillante. Le soleil, qui rit dans un ciel d’azur pâle, l’illumine et le met en feu. Il tourne d’un bloc, rond et soyeux dans le verre, comme un derviche joyeux. Liquide et compact à la fois. Ses composantes sont agrégées par un gras qui parle instantanément aux glandes salivaires. Un vin plus «communard» que commun, en quelque sorte.

Le vin est un hymne aux fruits rouges et frais du printemps qui s’annonce. Il s’ouvre à peine, sur des notes de framboise principalement. Certes, il n’a pas quitté son caparaçon de chêne, mais il donne à imaginer ce qu’il sera plus tard. A l’abri du bois qui le magnifiera, il prend le temps nécessaire de vivre chacune des phases lentes de sa vie. Pour l’heure, il est pleinement dans l’âge tendre et premier des fruits. Il est bon de prendre ce plaisir aussi. «Carpe Diem» me souffle le Stoïque Suisse dans le creux de l’oreille.

L’attaque est douce, comme une crème de mûre. La fraîcheur de l’enfance domine en bouche, mais derrière le printemps des fruits la matière est bien là, serrée. Elle est comme cryptée, tant elle est concentrée et secrète. Comme le bourgeon gonflé sur l’arbre du jardin, elle cache dans ses plis séveux la beauté pleine et gourmande des équilibres à venir. Le jour du déploiement vaudra d’être vécu. Le vin passe comme un caresse lente, et laisse longtemps au palais le sable fin de ses tanins, réglissés et croquants.

OLEMOTICONE.