Littinéraires viniques » HUMEURS, COUPS DE COEUR, CHALEUR …

L’INTERCESSION DE RITA…

Weinman. Sweet dream of Sainte Rita.

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 Blanc, somme de toutes les couleurs ou absence, c’est selon…

L’addition des couleurs-lumières crée l’immaculée, celle des pigments entraine la négation, l’absence, le noir, d’avant et après la vie. L’esprit serait l’éblouissance de ce petit matin de presque hiver? Et la matière, le dense, le compact, le pesable, le mesurable, serait le point ultime de l’entropie, la disparition, la négation, l’inanimé, la mort? Questions pas très fashion-victim, certes. Désolé pour toutes les ViWi qui se seraient égarées en ces lieux de perdition… L’avenir, pour nos sociétés supposées responsables, est action, projet, investissement, consommation, frénésie, course, accumulation, genre syndrome de Bahlsen, more and always more. Alors, qu’il neige de l’amour ou qu’il pisse du sang sur les landes Irlandaises comme dans les entrailles fumantes de l’Afrique, quel importance, quel intérêt?

A gros flocons poudreux les cieux ont, doucement déversé sur les villes engourdies leur manne de caresses ouatées qui assourdissent les chants rauques de nos ordinaires agitations matinales. Les os noirs des arbres déplumés ne se découpent plus sur le ciel sans relief, épais, lourd, apathique, couleur plomb et mercure pesants. Les cris, comme les angles agressifs de nos villes cubiques, sont étouffés, gommés, par les voiles, légers et voletants, des eaux sidérées. La courbe est reine. La neige, subtile, nous enseigne la beauté émouvante des rondeurs, comme le charme d’une hanche d’opale bleutée, alanguie dans la lumière naissante de ce petit matin figé du monde, l’intensité des sensations simples aussi, comme le baiser mordant de la ouate givrée, fondant entre col et cou.

Hors la ville, la neige révèle, souligne, sculpte, redonne à la nature la primauté, en effaçant les routes, en soulignant les lignes torturées des vignes nues. La nature retrouve sa virginité, sa nudité, à peine marquée par les tatous délicats des oiseaux, qui effleurent le sucre glacé des prairies immobiles, de leurs pattes tridactylées

Mais l’amour n’est ni de mise, ni de mode, dans les cités fascinées par les leurres grossiers des avidités triomphantes. Bientôt les gommes épaisses des monstres de tôles vernissées, à quatre roues motrices, tous crabots engagés, écraseront les plumes fragiles qui brillent – encore un instant, por favor – et escamotent le bitume. Les chaussées noirciront. La boue grasse des âmes perdues, éperdues, tracera les chemins lourds de nos entêtements bornés. Les maîtres sont de retour, qui déversent inconsidérément sur les sols, le sel arraché à la terre. Rien ne doit arrêter, voire freiner – un instant de ce temps, qui nous effraie tant – la marche forcée de notre monde, si fragile…

«E la Nave…» folle des Nations aveuglées, «…Va»…, droit dans le mur, à (court?) terme!

De droite et de gauche, ça roupille! Il faut qu’un ex-rebelle des pelouses dorées s’y mette, col relevé et verbe coloré, style direct, reprise de volée assassine, en plein dans la gueule dentue des vautours de la Phinance. Allez retirer vos petites éconocroques citoyens, reprenez vos quatre sous, dépouillez les banques qui se gavent de vos kopecks! Proposition généreuse mais illusoire, les garces ont verrouillé leurs coffres. Essayez donc de récupérer vos misères pour voir!

Non mieux que ça, plus malin, plus facile à faire. Demandez aux Banques Éthiques (vocable peu usité, dont la signification nécessite le recours au dictionnaire, désolé!) de vous héberger. Elles sauront transférer vos avoirs, liquides, solides, gazeux, sans que les Hyènes Lyonnaises, Populaires, Paribas, Mutuelles (!!!), ne vous arrachent au passage quelques pitoyables lambeaux supplémentaires. Pour mettre à genoux la Phinance insolente, sans mettre les équilibres en dangers, pensez Équitable, Moral, Solidaire, Durable. Et de surcroît, apaisés, vous dormirez mieux!

Allez, c’est fini! Pour ceux qui auront, jusqu’au bout, traversé ces insignifiantes diatribes, sans vomir sur leurs Rolex, l’heure de la récompense, enfin, est venue!

A froidures hivernales, neiges pures et considérations nébuleuses, il faut du blanc. Mais quel blanc? Un Austral, sorbet vanille? Un Sudiste alcooleux? Un Côte Chrysocalien flamboyant, à prix d’or? Non, vendre ma Rolex? Que non, et toujours non! Mais alors, à quel Saint se vouer? Ruminations longues, réflexions volcaniques, synapses en feu, hémorroïdes corticales imminentes, fistules purulentes du cervelet, vérole du pont de Varole, varices suintantes de l’hypothalamus, hypertrophie brutale de l’hippocampe, et trois aspirines plus tard, me retrouvent, hébété, presque égaré, au fil des longues galeries de calcaire brut de mon immense cave. A perte de vue, murs de bouteilles, piles de Jeroboams, murailles épaisses de «Romanée-Conti» des origines à demain, enceintes bâties à grands coups de briques de Nabuchodonosors de tous les «Musigny» qui douillent, de tous les somptueux «Charlemagne» des collines de «Corton», échafaudages serrés de «Montrachet» prestigieux… Perdu je suis. Déboussolé, égaré, déprimé, j’en appelle à la très Sainte Rita. Ô toi, Patronne des causes désespérantes et des êtres désespérés, viens t-en vers moi, que ta main de lumière, pure et chaste, éclaire le chemin du pauvre hère en perdition, que je suis. Yeux fermés, lèvres crispées, fesses serrées, de peur de me prendre la paroi de calcaire en pleine poire (un Meursault peut-être?), pogne tremblante, tel le mendiant trébuchant de Noël (un Banuyls blanc?), j’avance à petits pas apeurés. La très Sainte me guide. Derrière le mur opalescent de mes paupières closes, palpite la vision, floue, d’une après mort sereine. Mais je m’égare…

Au juste moment, où le désespoir épais s’apprête à étreindre, de ses cercles d’aciers glacés, mon torse gracile, voici que glisse entre mes doigts gauches, tel un gode givré dans le cul d’un banquier qui verrait fondre ses profits (je blague!), le col fin d’une bouteille. Le ciel a parlé, c’est d’un blanc qu’il s’agit. De la Côte certes, mais de la pauvre (enfin…, comparée à l’autre), celle que l’on dit Chalonnaise. Un de ces blancs bien nés, qu’élève avec un soin, une rigueur et une simplicité toute Cistercienne, un de ces rares hommes qui a voué sa vie au vin. Dans son Domaine de Bouzeron, petit village, habillé de vignes, depuis que les moines de Cluny en supputèrent la qualité, Aubert et Pamela de Villaine font leurs vins. Sans esbroufe ni tapage, le co-gérant de la DRC, avec classe et discrétion, cultive sa vigne et élève rigoureusement ses jus. Pas le roi du buzz cet homme, plutôt taiseux, mais avec cette petite lueur d’humanité souriante, rare de nos jours, qui éclaire un visage plutôt sévère, si ce n’était justement… La Rita maline, solidarité (ben oui, il faut taper bien haut pour la trouver by now!) oblige, m’a fourré (pardon très Sainte!) une «Les Saints Jacques» Rully 2008 au creux de la main.

Encore proche de l’extase mystique, je gravis quatre à quatre, les 11000 marches qui montent au rez-de-chaussée de mon logis. Là, presque nu, tant la chaleur des demis chênes, qui roussillent dans la cheminée marmoréenne d’un de mes salons, est torride, je décapsule, non pas une de ces vierges recluses dans un harem proche oriental, mais la modeste bouteille, encore fraîche de la cave. Puis d’un tour de poignet tendre et leste, je la déleste du bouchon quasi vierge, qui lui lui coupait le souffle. Elle me remercie d’un petit «plop» timide. Dans le grand verre aux formes replettes, dont le cristal reflète les lueurs changeantes des braises andrinoples, auréolées de flammèches bleu saphir, la robe d’or de ce vin modeste, pâle comme ces auréoles décolorées, qui ceignent les icônes, dans la pénombre spirituelle des monastères Byzantins, palpite comme un Mondrian miraculeusement animé. Il me faut l’élever, vers la lumière neutre d’un lustre de cristal de Bohème, pour que vive la pure brillance limpide de son or argenté.

Cette parure du vin m’hypnotise, tandis que mes doigts se perdent dans la fourrure épaisse d’un Tigre du Bengale sur lequel je suis à demi étendu, la tête confortablement relevée, par le crâne rayé du félin apaisé, dont l’haleine puissante, m’oblige à m’écarter un peu. Accoudé à la table marquetée de jade, d’orichalque, et d’écailles de tortues bicéphales, le verre posé devant moi, je sens sous mon séant assis, la douce chaleur du cuir de buffle nain hémiplégique, qui tapisse le fauteuil accueillant. De mon auriculaire recourbé, j’approche le hanap fragile de mon appendice en prière. Ce sont des effluves, subtiles et élégantes, de fleurs délicates et blanches, qui ravissent, tout d’abord mon odorat. Puis montent en volutes fines, des fragrances de beurre frais, et comme l’idée d’une poire. Puis une touche subtile de citron salé, et l’amertume d’un noyau, finissent de me frôler le renifloir. Un dernier souffle de ruche chaude, enfin, tel un clin d’œil du printemps à venir.

L’enfance du vin murmure à peine en bouche. Certes la matière est là, qu’allège un gras mesuré, mais elle semble encore repliée, comme les pétales d’une rose, à la coque à peine entrebâillée, au matin de sa vie. Entre les capitons gourmands des fruits mûrs, et la fraîcheur élégante des citrons de Palestine, le sel des coraux anciens, entroques du secondaire des temps primordiaux, enrobe la sécheresse du calcaire, de ses épices fines. Un vin qui ne se paye pas de race, qui ne l’affiche pas, mais n’en manque pas pour autant. Retenue de l’âge, élégance du Chardonnay en Septentrion, «éducation» discrète en foudres de «quercus» porte glands, sont esquisse élégante d’un vin promit à l’équilibre sous peu.

Mais le «Hollandais Volant» repart en pays de chimères, et le claquement métallique du vide-ordure sur le palier, me ramène brutalement à la réalité banale, de mon HLM en léthargie.

Dans mon verre vide, rode encore le parfum troublant d’un rêve.

EBIMODÉTIDIÉECONE.

RAPPEL A L’ORDRE…

The plumber by Krishnamurti (Antropus) Costa.

 

Je tombe – le «hasard» est souvent maître – sur un texte, aussi délirant que navrant, commis par un illuminé mystico-hystérique, qui voit des tags austères sur les bouteilles des excellents Alsace de Monsieur Ostertag!

Non seulement le mot est facile, mais je trouve l’entreprise farfelue, et les commentaires plus réducteurs, que la pire des piquettes lavassées, qu’il m’ait été donné d’avaler!

Que ce monsieur, qui se pique de donner un avis, sombrant très vite dans le désolant, relise un peu modestement, nombre de textes humbles, descriptifs, modérés, pesés, argumentés et réfléchis, qui pullulent sur le Web!!!

Non mais!!!

Il est urgent de mettre de la mesure dans ce bordj virtuel! Il est temps que la caravane puisse suivre la piste, sans essuyer les crachats purulents des mécréants, de toutes obédiences, partis, ou sectes.

Voilà Monsieur Chris-machin, je vous le dis, en «direct-live» (suis quand même top-branché-télé pour un vieux, non?… Suis à la mode, ce que le sucre est aux fraises.). Assez de vos délires incontrôlés. Foin de vos élucubrations ésotéri-coco-grinçantes. De grâce, por favor, ti prego, revenez parmi nous, essuyez vos narines enfarinées par l’extrait sec de coca pilé, et conformez vous aux règles, que suivent et respectent les contributeurs sérieux, qui enrichissent de leurs commentaires pointus, de leur reportages fouillés, de leurs états d’âmes maîtrisés, cette interface dédiée au vin. Cette boisson divine que tous ici, révérons, encensons, vénérons.

A vous lire, nous sommes unanimement vénères!!!

Ceci étant dit, je vous conserve et mes camarades de libations, aussi et néanmoins, une considération toute minérale, qu’il ne tient qu’à vous de consolider. Rejoignez-nous donc, enfin. Que votre plume s’assagisse, que votre âge s’apaise, que votre morgue s’épuise, que vos commentaires rejoignent le cortège éclairé des respectueux, des énamourés du rouquin, de la bibine, du mazout, du piccolo, du pinard, du reginglard, du rouge comme du blanc.

Ce n’est pas que je sois un adepte du politiquement correct – le PDR lui-même, tantôt, a su parler vrai aux besogneux de base. Mais… de là à sombrer dans l’obscurantisme, tant lexical que syntaxique, il y a moyen de faire, moins par pitié, mais mieux… voire de défaire!!!

Sur le bord de mon bureau, exempt de toutes fantaisies inutiles, vibre, sous l’effet de mon indignation sus-exprimée, l’or pâle – dans le verre qu’illumine la lumière chaude d’une lampe basse consommation (soin de la planète oblige) – de L’HEISSENBERG 2007 DU DOMAINE OSTERTAG.

Alors là, c’est du sérieux!!!

Je ne partirai pas, Messieurs, dans une série de digressions absconsantes, ronflantes, grandiloquentes, déclamatoires, boursouflées, creuses, emphatiques, voire ampoulées. Non, j’irai droit au verre. Je m’attacherai, tel un maître de recherche du CNRS, à l’étude, précise, exhaustive et froide de l’objet-vin.

Ah Putain Martin, pourtant…

Quand tu fourres le blair dans le cristal, ça fouette, dur et bon. Exotiques les fruits, l’ananas mûr, surtout. C’est du chaud qui sucre le nez. Quelques notes, que dis-je, quelques soupçons sous-homéopathiques, d’un pétrole, si fin, que les générations futures en auront depuis longtemps oublié l’odeur subtile, quand l’un de nos très arrières petits enfants, ouvrant la bouteille nue, dénichée sous un tas d’Ipad éventrés, dans l’ancienne cave où vous entreposiez amoureusement, la nuque humide et le souffle court, vos précieux flacons, deux cents ans auparavant, re-découvrira, interloqué, cette fragrance, plus ancienne que les parfums suaves des roses disparues. De la pierraille aussi, les fleurs blanches odorantes du printemps à venir, les vergers d’Israël et leur pamplemousses juteux également, dans ce jus frais, dont les parfums vibrent, comme l’eau d’un lac d’altitude sous une brise d’été.

Tu peux pas t’empêcher d’y mettre la bouche. Impossible, tant le nez t’a envoûté, et fait de toi un esclave définitivement docile. T’arrive pas non plus à sortir le nez du verre. Alors, pour toi, dont la trompe est moyennent subtile, pour toi qui ne pourra jamais déclamer la célèbre tirade, c’est une séance de contrôle conjugué des appendices qui commence. Tu continues à respirer lentement, tout en happant, au risque de te froisser la luette, une gorgée de liquide. Là tu te dis que t’as bien fait, parce que du nez à la bouche, tu ne t’es pas rendu compte du passage, tant les étages du vin sont équilibrés et harmonieux. La réglisse douce n’a pas fini de t’enchanter le reniflard, que déjà les fruits, aussi mûrs que jaunes, t’emplissent le gueuloir. Une pointe de miel, fugace, une once de gras, puis la lame sort du fourreau et te tranche tout ça, menu, menu… Les épices font cause commune, pour tenir en respect les quelques tentatives susucrées qu’osent les fruits. Poivre blanc et piment enrobent un bois de réglisse douce, qui s’efface sous l’action sans concession, d’un suc de granit concassé, qui te laisse la dent blanche et la langue rose. Un petit voile salin sur les lèvres, aussi, que tu lèches avec gourmandise.

Sans doute le plus extraverti des vins de la gamme. Né des grès roses et des sables rouges Vosgiens, il est aussi solaire que «Fronholz» est aigu.

Tu vois Chris-crucifié, pondre un compte rendu de dégustation qui se tient, c’est quand même pas l’Alsace à boire…

 

EMORTHOTIDOXECONE.

RESPIRATION

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La De en patchwork partiel.

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Rien de définitif, de solennel, ni texte ni poème, aucune de ces fulgurances à révolutionner la poétique ou la prose. Non vraiment, peu. Le Nobel n’est pas pour demain. Nonobstant, néanmoins, cependant, les petites choses, les petits bijoux ciselés avec  un grand talent par La De, talent qu’il me plaît de souligner, tant il serait « juste » qu’il fût enfin reconnu, tout comme les mots empaquetés de soie rose, de peau de boudin, de verre pilé, ou d’autres douceurs tendres ou acides, qu’il me plaît d’agencer à ma manière, oui tout cela demande du travail. Nous ne sommes pas, La De en pinceaux, et moi-même à la plume, de ceux qui crachent leur gourme empesée, ni relue, ni même parfois à peine écrite, aux vents collants  et insipides de la toile.

Aussi très chers rares lecteurs, vous comprendrez qu’il nous faille respirer un peu, d’autant que nos quelques passants se sont égayés sous diverses latitudes.

Alors sans pour autant nous joindre aux troupes transhumantes qui polluent le Mont-Blanc, ou qui étalent leur crèmes grasses sur les rivages autrefois purs des mers et océans alentours, nous nous retirons au-dedans de nous mêmes, chacun à notre façon …

Nous vous reverrons peut-être, qui sait, après que les hystéries estivales se seront apaisées.

ENTRE LE VIEUX ET LE NEUF …

Bernardino Luini. Marie Madeleine.

Entre le vieil homme, pelage rouge et barbe blanche. Air bonhomme mais valet servile des marchands du Temple. Figure religieuse, elle-même d’origine païenne. Divinité en fait, qui fête la victoire des énergies renaissantes contre les forces glaçantes de l’ombre, celle du retour progressif de la lumière. Et le passage obligé, éminemment Panurgien, une semaine plus tard à l’An neuf. Entre la fête des enfants sages remerciés pour leur docilité, eux qui sont la vie et nous les presque morts qui les fêtons et leur passons symboliquement le relais.

Oui entre ces deux moments de débauche consumériste organisée, je me retire, le temps de laisser passer le torrent insolent des victuailles étalées  à la face d’un monde injuste. Profondément, insolemment, sans vergogne aucune.

Toutes fêtes faites, je poursuivrai.

En attendant, je respire …

À LA SAISON DES BOUÉES CANARD, ACHILLE SE BARRE …

Fredrick Leighton. June.

En files ininterrompues, les GNOUS ! Houhouuu.

Entrent en transhumance. Sur le bitume trempé par les pluies de cet été, saison capricieuse que seuls les Gnous croient immuablement torride – à Dieu ne plaise qu’un jour ce soit le cas -, entassés dans leurs coques de métal étroites comme leurs idéaux, harassés par la course sans espoir à la consommation débridée, ils bringuebalent – accrochés aux certitudes high-tech, aux consolations virtuelles gadgétisées – vers les lieux supposés des dépaysements, vertes prairies de la Creuse profonde, provinces perdues au fond des bois, campagnes en bouses épanouies, beuh à gogo et flots encore bleus. Ils se ruent en cordées incertaines, les queues font leu leu, aux flancs dégradés du Mont plus très Blanc. Qu’ils escaladeront, vagues de fourmis voraces, vers ces sommets qui aimeraient tant qu’on leur foute la paix ; déposant au passage leurs ordures en guirlandes délétères sur les Edelweiss fragiles. Arrivés au sommet, serrés comme des sardines dans l’huile de leurs sueurs acides, ils respireront l’air pur des cimes, s’extasieront, et s’exclameront devant la beauté altière des paysages en perdition : « Décidément, nous sommes peu de chose », tout en se rengorgeant.

Renifler le cul des vaches, une poignée ira. S’extasier devant les petites fleurs, flâner le long des sentes, respirer le bon air plus très pur de nos vertes campagnes, ils aimeront. Vitupérer sur les Centrales, le soir ils oseront. Soulager leurs consciences, ils tenteront, puis s’en retourneront bien vite arpenter les boulevards des villes et les cavernes d’Ali Baba, cœur léger et soif intacte. Les marchands de rêves frelatés sourient, le temps de leur disparition n’est pas venu …

D’autres, moins aventureux – la majorité – débouleront – bouées canard sur-gonflées, hanches grasses comprimées en bourrelets d’hiver exhibés – sur les plages paradisiaques des littoraux bétonnés. Aligneront leurs serviettes multicolores, gigantesque puzzle entropique, effrayant les sternes graciles, qui déserteront l’azur pour se vautrer dans les miasmes purulents des ordures publiques écrasées en décharges puantes. Longues journées, allongés, immobiles, en mode barbecue humain, épidermes aux pores encrassés tartinés d’huiles odorantes, puis lentes déambulations en bandes organisées entre chien et loup, culs sablés, pieds salés, à se gaver de glaces molles et de boissons collantes, suivies soleil éteint, de copieuses orgies de pizzas surgelées, arrosées de rosé glacé arraché aux linéaires dévastés des supermarchés bondés. Enfin très tard, sous la lune qui rit, ils s’entasseront, quittant la nuit noire, dans les temples sinistres des marchands de musiques affligeantes, agitant leurs chairs flasques dénudées au rythme binaire des musiques primaires. La fête battra son plein, cœurs volages à l’unisson (sic !) , tous poils dressés, poisseux et survoltés. Au petit matin, ils s’efforceront, d’engendrer les enfants de l’hiver …

Encenseront Guetta en adulant Ibiza.

Apocalypse Now ! Et pour deux mois !

M’en vais quand même pas embarquer Achille le fragile dans cette galère ! Alors le garde au chaud de sa matrice d’amour, et le laisse au repos. Qu’il prenne le temps, son temps, celui de la maturation lente et humble des bons vins, pour revenir hanter au début de septembre les pages désertes des plages d’écriture. Tenter de donner au virtuel un peu de chair, donner un peu de plaisir à ses douze lecteurs. Dans le Jardin des Hespérides, il se délecte des pommes d’or des femmes en extase, toutes disparues. Il contemple Phoebus du nadir au zénith, et se dore aux lueurs vermeilles, aux lait des pivoines rouges, aux piments incarnats de ses couchants toujours renouvelés. Dans la sépia des seiches nuiteuses effrayées par les bruits fous du monde, il trempe sa plume aiguë et rêve aux ailes duveteuses des anges en maraude céleste.

Il sourit aux lèvres douces des baisers inaccomplis,

Aux regards de jais des belles qui se refusent,

Aux courbes tendres des hanches inabouties,

Au babil enivrant de sa muse …

Dans l’humus des mots il plantera sa fourche,

Attendant que viennent les jours nouveaux …

Bon ben c’est pas tout ça, fini de mentir, je vous laisse les gens, je pars à Saint Trop, faire ma cure Nature à la Voile Rouge et prendre mon bain de champagne annuel avec mes potes les winners …

EMENODORTICMIEONE.


RÊVERIES ENBULBÉES …

Simon. Rêverie érotique.

Dans le secret des terres gorgées des eaux d’hiver, le bulbe se terre. Sous ses écailles rudes, il entretient le feu des printemps passés, des soleils fulgurants, des sèves échues, des élixirs à venir. Patient, il fait la boule sur son centre fragile qui brûle de tous les espoirs du monde. Dans son petit cœur liquide, tous les possibles, tous les avenirs, attendent que le ciel décide …

Sur les bulbes de tes seins, si doux que le cœur défaille et fait trembler la main, je poursuis le voyage aveugle, sous mes paupières closes. J’y dessine la source de la vie, je traverse les déserts arides et les palmeraies liquides. La pulpe de mes doigts, qui t’arrache un soupir, frémit, quand, entrouvrant les yeux, tu souris. Je suis le pèlerin qui chemine, maladroit et grelottant, sur leurs orbes émouvants. Dans la pénombre complice, je tâtonne, m’égare et me reprends, gravis la pente forte de ton téton saillant. Nul ne sait où il va, quand il lâche la bride du cheval fou qui se cabre. Galope, bel étalon vers la vie qui se donne quand tu ne l’attends plus. Chevauche par delà les steppes de l’Asie Centrale, glisse toi toi par les canyons étroits qui mènent à Zanzibar. Dans les méandres accueillants des fleuves qui s’étalent, demande à Arthur de te tenir la main. Va, ose, intrépide et suicidaire, frôle la mort comme un oiseau sanglant, pique, vire et fonce, vers les abris tentants qui t’appellent et t’effraient. Sur ma tête planent les ombres porteuses de Charles au goéland, de Stéphane si las, de Marcel à Deauville et de Bashung si grand, au ciel des éternels disparus …

Plus profonde est la nuit, plus mon ombre s’étale, plus clair est le jour, plus je m’embrase aux feux de tes paysages de grège. Le rai de pur chrysocale qui sourd des persiennes, comme une flèche parfaite, dessine sur ton corps d’élégantes arabesques, sculpte, creuse et souligne tes courbes serpentines, encense tes reliefs, toi qui n’existe pas. Au profond de tes ourlets, la lueur accède, et je pleure comme un enfant ivre. Ces visions, qui prennent forme, habitent mon lit, mieux que les femmes mortes qui l’ont sali.

Sous le pinceau de mes doigts, je te dessine à l’envi.

Sur les bulbes de ta pleine lune je poursuis mon doux périple, monte et dégringole, gravis, doigts et langue, jusqu’au creux de tes reins. Dans la rigole tendre qui souligne les rondeurs symétriques de ta croupe tendue, nichent des oiseaux aux couleurs chatoyantes, qui picorent, à becs légers, la combe ombrée qui l’orne. En glissant tout du long, je tombe face sud jusqu’au lac allongé où je me désaltère et me plonge en eaux tropicales. Je flotte sur la mer morte de ma couche à l’extase. Sur l’herbe spumeuse qui borde la source de joie, je me roule et m’ébroue. Mon doigt dessine la carte de mon cœur entre les boucles rases qui balancent au souffle de ma voix, les lisse, encore et plus, sans effet. Toujours elles se rétractent en vrilles serrées, et s’emmêlent, se lient, se mélangent et me perdent dans leur dédale, courtes, mais touffues comme jungle Birmane. Les épices chaudes, qu’exhale la toison de jais, balaient mes narines. Cannelle, et poivre noir sur baie rose, gibier, sous bois, citronnelle et cardajoliemome, t’es toute nue sous ton pull, ferment la ronde pimentée qui me retourne les sens. Interdit, je suis, sidéré, subjugué, conquis enfin, sans lutte aucune.

Sous mon dos brûlant, le drap colle …

Sur l’oblong de ton giron, me pose enfin. Gâteau crémeux, mat et ductile, couronne des rois, saupoudrée des gouttes d’or d’un soleil diffracté. Au centre de la vasque de chair satinée, l’œil aveugle de l’ombilic me regarde, dépression joyeuse, comme la bille d’un cyclope à demi endormi. En cercles concentriques je m’en rapproche lentement, bateau fou que le maelström attire un peu plus à chaque tour, comme un aimant puissant qui m’envoûte et m’entraine. Vers le centre, je bascule mes lèvres qui se posent, duvet léger, sur sa cible moelleuse. Ma langue pointe à peine et s’agite, déclenche le spasme infime qui marque le début subtil du plaisir naissant. Sous ma main au repos, les infimes picots de ta peau qui répond, me parlent et me disent oui. Sur ta sitar hémisphérique qui chante et roucoule en vibrant, mon oreille se pose. Ta musique me berce, ma main glisse à l’envers de tes cuisses.

Le monde est calme, l’air est doux …

Puis ensemble nous bûmes au même cristal, le vin fort, le vin de Nuits de Côtes, ce vin puissant des belles terres Bourguignonnes de la maison Drouhin venu, par le climat des « Procès » en l’année 2002. Dans le rayon d’or en fusion qui traverse la chambre, le rubis éclatant brille du soleil orange et fuchsia qui peu à peu l’embrase. Les fragrances giboyeuses de l’élixir de nos nuits chaudes se mêlent aux odeurs de sellerie d’un haras sauvage. Dans les sous bois alentours, les champignons spongieux s’écrasent sous nos pas. Aux arbres du verger, pendent les fruits rouges du printemps humide. Puis le jardin s’étale, et ses roses sucrées, épanouies dans les draps froissés, déversent leurs pétales poivrés. Enfin d’une bouche à l’autre, le vin voyage, roule ses flots fruités à gorges offertes. Sur ta peau, les gouttes échappées de nos bouches rieuses, roulent le long de ton sein, jusqu’à la cime, qui tend à mes lèvres sa perle purpurine. Tendrement je la cueille. La roule, qui m’inonde le palais de son café noir, de ses tannins poudreux, imperceptibles et tendres qui éclatent en fusées réglissées, longtemps après que le jour est levé …

L’amour est bleu,

L’air est feu qui couve,

Ta peau m’est organsin,

Tu chantonnes à voix basse,

La paix est sur nous.

EMOCOMTIBLÉECONE.

J’FAIS MA PAUSE…

Delacroix. Dante et Virgile en Enfer.

Ben oui, j’ose, j’fais ma pause…

Avant que les gnous se posent, comme vol d’étourneaux avides, sur les étals qui croulent de victuailles et de gadgets submergés. Me retire, me rétracte, comme un bigorneau sous la houle glacée des jours de bombances obligées. Je repose mes yeux vairs, et m’éloigne des vitrines coruscantes qui me brûlent la rétine, me replie dans les ombres apaisantes des souvenirs qui n’ont jamais vécu. Au grand vent des éthers, je me balance. A la force des poignets, je me hisse en haut du mât. A l’abri de la vigie, Dante et Virgile, hilares, scrutent l’horizon des civilisations en délire, mais s’effraient des folies qu’ils découvrent … De l’âpreté des hommes, que l’humain a quitté, de la naïveté des adorateurs momifiés du Veau d’Or.

A leurs pieds, je reste coi et me tais.

Les coulis graisseux dévalent le long des pentes de la consommation reine, dans les boutiques fardées comme courtisanes lascives, les hommes « dans leurs chemises », festoient et se bouchent les yeux. Foutre d’Archevêque, ça gicle de tous côtés, ça gagne et ça domine, ça s’empiffre à glottes rabattues, ça engouffre, ça baigne dans l’opulence. Mangeons avant d’être mangés ! Dévorons avant d’être rigorisés ! Avalons avant d’être avalés par la machine folle, broyés, atomisés, osmosés, dépouillés jusqu’à l’os du coeur … LAmbroisie qui nourrissait les Dieux est devenue piquette aigre, qui roule en fleuves épais le long des oesophages de carton.

Alors je fête en loucedé, dans le secret de l’alcôve déserte, les femmes que je n’ai pas aimées, celles que j’ai croisées. Dans le dédale qu’Ariane déserte, j’ouvre le flacon de vin qui me ramène, au temps d’avant que les vignes ne connaissent les foudres du phylloxera.

« 1901 » est son nom, 2009 est son jus …

De « Château Beauséjour« , il est issu …

C’est mon grand Noel à moi…

Et en hommage à mon compère qui inquiète le Pape, le « Cardinal des Astéries« , « Compagnon de la Baltique« , que bercent langoureusement les bras de sa « Nonne« , j’ose emprunter ces mots…

Je ne saurais mieux écrire…

« La robe est profonde, de teinte violine à sanguine, l’olfaction est nette et intense, avec des arômes de violettes, de cerises noires, de mûres sauvages, d’épices douces, l’élevage est en retrait. La bouche est riche, avec des tannins mûrs, habillés par une chair serrée, le vin s’installe avec autorité dans un milieu de bouche plein, dense, profond, rehaussé des fruits gourmands. La finale est très persistante, avec des tannins un rien plus fermes mais élégants, d’une belle puissance aromatique (fruits et épices), avec des notes salines et crayeuses en ultime sensation. .. »

Allez, ferme les yeux, déguste mon gars et…

Tais toi !

EBLÈMOTIMECONE.

FAISONS TAG-TAG PAR BEAU TEMPS…

« Tag » de Jean Michel Basquiat.

…Dehors à l’ombre des palétuviers à deux pas de l’Atlantique, allongé sur le dos,  je sens monter en moi le syndrome DSK (dans son k…) à cause du Morgonneux opiniâtre qui m’a collé dans cette galère, dans un de ces jeux à la mords moi le n… qui fleurissent dans la verte prairie Face-Bookienne où l’on croise aussi bien des gnous, des blaireaux, des pauvres petites jeunes et belles qui cherchent le portefeuille frère, des connards masqués, et j’en passe, que des fauves et fauvettes de haute lignée… Je ne citerai à ce propos qu’un céphalopode marin orphelin de sa moitié d’orange, coutumier de jeux de mots mémorables et buveur de vins, vivants mais parfois capricieux.

A l’origine de ce pensum, la très pétillante Eva, qui se remet depuis peu à rogner, de ses charmantes petites dents – encore presque de lait – aigües, son Nonos. Elle hurle, à qui veut la lire : « Taguez moi, taguez moi plus fort », formule étrange, voire ambigüe, gimmick de geek sans doute, auquel j’aurais donné un sens plus pénétrant si, par malheur pour elle, elle s’était trouvée, à mes côtés, à l’ombre des palétuviers côtiers !!!

Il m’importe donc de jouer à ce jeu hilarant qui consiste à répondre à des questions connes qui me rappellent une interview « croisée » (heureusement d’ailleurs que le croisement n’a rien donné…) entre une Beaujolaise d’obédience Anglo-Saxonne, animatrice de rassemblements productifs à la Baden-Powell-tendance-i-phone, et mézigue, le prétendu mal-embouché, interview orchestrée par l’homme qui aime à faire péter les pétards sur la Toile, le très sémillant Vindicateur, grand emboucheur de trompes en tous genres…

Bon, mais revenons à ce jeu charmant. Il faut, outre répondre aux questions, désigner cinq autres blogueurs (bien fait pour leur trogne), chargés de passer le témoin (coucou DSK..), histoire que le flambeau ne s’éteigne pas. C’est pourquoi, je désigne d’un annulaire, tendu et vengeur : Le couple des Diaboliques buveurs de Bordeaux (j’entends d’ici le tohu-bohu dans les « chapelles »), Le Suisse sauvage exilé, grand buveur de Riesling devant Bacchus, L’amateur de chèvres de toutes provenances (même de l’Est), la petite manieuse de bulles, au nez rouge, à l’ivoire blanc, au sourire doux et à la plume (je devrais dire le duvet…) légère. Et pour clore le chapitre des porteurs à venir de la lumière artificielle, je désigne, le meilleur copain de Milka !

Adonc pauvres gens, que je vous inflige derchef et sans aucune diplomatie, mes navrantes réponses à ces questions du plus haut intérêt (coucou DS…, non pardon, KouKou Kouchner!) !

  • L’avarice : Quelle bouteille avez-vous trouvé outrageusement bonne malgré un prix honteusement bas?

Toutes les superbes ou immondes bouteilles – gratuites – que j’ai eu l’heur de boire en compagnie d’amis, rares mais chers. Amis de mon coeur, si vous me lisez, puissiez vous me pardonner de m’être ainsi fait graisser gracieusement le palais. Et ne vous privez pas de m’inviter encore et encore.

  • La paresse : Quel vin n’avez-vous jamais goûté par flemme de vadrouiller dans X cavistes pour le trouver?

Tout d’abord, je ne vadrouille pas chez les cavistes, ils sont rares dans ma province. Lorsqu’il m’arrive d’entrer chez le caviste de mon coin, je le fais pour tailler le bout de gras, uniquement. Je connais les vins qu’il propose et je possède ceux qui  sont à mon goût. Aucune étiquette tendance à l’horizon le long de la paisible Charente, aucun vin dit « vivant », mais de bons, voire de très bons vins… Vive la flemme!

  • La luxure : Dans quel vin aimeriez-vous prendre un bain et faire des bisous (oui, il y a des enfants dans l’assemblée, on fait soft) avec votre moitié?

In first, les enfants ne lisent pas mon blog beaucoup trop emmerdant. Prendre un bain dans du vin, non merci. Le Sauternes, ça colle aux fesses, le Bourgogne, c’est acide, ça agace les muqueuses, le Bordeaux, faut y aller au lance flamme pour se débarrasser ensuite des tannins, les vins « Nature », ça mousse et ça chatouille entre les doigts de pieds. De toute façon, je ne copule qu’avec de la bonne grosse fermière Charentaise pas farouche, aussi, je mets du lait dans ma baignoire et je l’appelle « Cléôpatre » …

  • L’envie : Quel vin dégusté sans vous par l’un de vos amis ou connaissances vous a fait le plus envie (et enragé)?

La Romanée Conti 1964, en Jéroboam, que mon ami Bernard Arnault a bu au goulot, profitant que je vomissais dans les toilettes le magnum de Pétrus 1945 que j’avais sifflé en douce, pendant qu’il était aux chiottes en train de débagouler le Nabuchodonosor de La tâche 1947 qu’il…

  • La gourmandise : Quelle bouteille pourriez-vous siffler tout seul d’une seule traite ou presque?

C’est ainsi que je procède la plupart du temps, alors, vous dire laquelle ?  Sans doute une « James » 2005 de Jean Marc Burgaud.

  • La colère : Quel vin vous a tellement déçu que vous l’avez jeté de colère après l’avoir dégusté?

Je ne jette jamais un vin, je le reconditionne, je change l’étiquette, je rajoute un peu d’eau et je mets en vente sur E.Bay.. Si elle ne se vend pas, je l’offre à Daniel Sériot ou à Olivier Grosjean, selon ce qu’il y a dans le flacon …

  • L’orgueil : Quelle bouteille pensez-vous être le seul à pouvoir apprécier à sa juste valeur?

Exactement la question que je ne comprend absolument pas. Je ne vois que les vins que je bois dans mes rêves, parce que les rêves sont miens et que personne ne peut les partager…

Ah putain Martin, suis arrivé au bout de l’exercice.

Alors, voici voilà,

Du fond de la cambrouse,

Je vous salue.

IL EST TEMPS DE REFERMER …

…de refermer les pages de ce livre virtuel. Il est bon que le silence succède au tumulte quand vient que la page reste blanche. Comme l’oeuf non fécondé. Nul ne sait jamais ce que sera la prochaine seconde. Le vent souffle sous la calotte, qui se fait tant de mondes, que glacière elle en devient. Le temps implacable s’écoule tandis que je fuis. Allons donc voir mignonne ce que sont les hommes outre mer, à l’endroit précis où bouillonne la lave brûlante d’une vie qui répugne à mourir. Dans les fils de lumière continuent de passer les aurores, les soleils torrides et les nuits vertes de peur ou d’espoir…

Les abeilles labiles sont de pauvres alliées,

Que le vent éparpille comme fleurs fanées.

Que dans vos verres coulent les élixirs vineux des vies à venir….

A la revoyure donc, en d’autres terres de peu…

Catachrèsement votre

HARISSA ET FRUITS ROUGES…

Explosion Interstellaire.

 

L’actualité du monde – je veux dire des mondes – est telle depuis quelque temps que j’en ai la gorge serrée, le pacemaker détraqué, et la plume sidérée. Le bassin méditerranéen est au piment. Et la Harissa enflamme le Maghreb. La pauvreté n’en peut plus d’être pauvre, et l’étalage, l’accumulation insolente des richesses dérobées, a fait le reste. Le mur, supposé d’airain du silence, ne tient plus face aux paraboles tournées vers l’occident, et la fibre optique grésille de vérités. Ni jasmin, ni papyrus ! Laissons le romantisme de pacotille aux penseurs indolents qui se croient beaux, qui glosent dans les lounges branchés, la flûte à la main, dans le confort tiède des capitales européennes. Qu’adviendra t-il de ces pays peu à peu révoltés, nul ne sait si la lumière brûlera l’ombre… Mais il se peut – l’apprentissage et le temps aidant – que le ciel d’azur, qui donne reliefs découpés et douceur sucrée aux paysages contrastés de ces pays, du bord des eaux si belles, purifie le cœur et l’esprit de ces purotins en souffrance. La liberté, efflorescence fragile, est entre leurs mains gourdes, surprises d’y toucher…

Dans le même temps, les marchés, la phynance, règnent encore en maîtres incontestés, et il fait toujours beau et bon se goinfrer en s’étalant. Jusqu’où nos «misères» européennes de relativement riches le supporteront-elles? Se pourrait-il que nous connaissions, sous peu, une révolution des patates? Que l’on voit poindre une redistribution un peu plus équitable et solidaire des frites? Peu probable à court terme, mais…

Va savoir Balthazar…

Il suffirait qu’un banquier Français, pour «faire genre», incendie son Oignon Haut de Gamme place Vendôme, qu’un milliardaire Chinois «s’la pète», en arrosant son soja avec une Romanée-Conti place Tian’anmen. Voire qu’un billionnaire Texan exhibe, pour «faire style» à Dallas, ses santiags en peau de pauvre, et que ceux-là qu’il dépiaute, lui coupent ses envies de derricks. Qu’au même moment l’axe de la Terre bascule ! Peu de choses en somme, pour secouer, un peu aussi, les anciens pays rois du monde et les princes émergents aux dents longues, qui crachent le fric et la fumée noire à jets continus.

La lumière est en exil. Blafarde, diffuse, contenue, elle peine à percer. L’hiver règne sans partage, comme un Ben Ali inflexible. Les nuages s’étalent, en une couche tellement épaisse, que le ciel en perd tout relief. Tout est fade et plat, presque autant que les fenêtres en plasmas mous, qui agitent à longueur de programme, d’étincelants prédateurs humains incultes…

Retrouver la lumière, l’énergie, l’envie d’être au monde, le goût des autres, la chaleur à l’intérieur, la vibration d’un sourire, la spontanéité d’une main tendue sans arrière pensée, ces petites perles de tendresse simple, humaine, sans calcul, qui remettent en ciel, les cavaliers sans sel, égarés, que nous devrions être. Alors comme il faut bien amorcer la pompe, retrouver l’espoir, rien ne vaut cette eau rouge, quintessence fluide des soleils concentrés disparus, enfants nés de l’union des vignes et des hommes.

Alors Jean descend, clopin-clopant, l’interminable volée de marches de sa maison sans cave. Elle s’enfonce dans le sol vers son paradis en stock. Comme à l’habitude, il marche à tâtons dans le noir absolu des galeries du plaisir sans fin des extases à venir. Ses doigts le guident, qui s’accrochent aux parois de calcaire brut, frôlent les piles entassées, les échafaudages de verre sombre, les montagnes fragiles, les hectolitres fragmentés en fioles de paradis possibles. Puis comme à chacun de ses voyages, il s’arrête sans raison, brutalement – l’important est de ne pas réfléchir, de lâcher prise – et tend la main vers le col de l’élue du hasard, qui l’attend.

Sous la capsule molle, le bouchon est noir d’avoir vécu dans l’ombre. Mais ne résiste pas, comme s’il savait combien l’instant a été si longtemps espéré. Tendrement, Jean essuie le goulot souillé dont le verre retrouve aussitôt la lumière blème de la nuit. Le vin, longtemps comprimé, retenu, engoncé dans la transparence froide de la bouteille impitoyable, chante et s’ébroue en bulles carmines dans la combe de cristal qui l’accueille. L’heure est à l’oeil. Il s’enivre des lueurs roses orangées qui moirent, changeantes, tandis que le vin fait son derviche tourneur au creux du verre qu’agite rondement le poignet. Par moments, la palette automnale chatoie furtivement de l’éclat fragile des roses en bouquet, diffracté par l’incandescence faussement estivale de la lumière artificielle. A l’inspiration lente, lui  montent au nez, harmonieusement mariés, les fruits rouges dont la fraise dominante, le vieux cuir, les senteurs des sous bois de la Toussaint, champignon, humus et souche mouillée. La finesse et l’élégance marquent souvent les Bourgognes mâtures de leurs parfums fondus. L’extrême subtilité de ce nez aux arômes abouchés, qui psalmodient à voix basse, est très évocateur des grâces Volnaysiennes de ce Fremiets 1995 de J.Voillot….

La bouche est à l’unisson. L’attaque est fraîche et douce à la fois. La matière n’a pas l’air «d’en avoir»; elle glisse sur la langue, aérienne, puis se déploie, libérant sa puissance fruitée, lentement, comme un éventail qui s’ouvre pour donner à se pâmer de ses rutilances cachées. Le vin s’empare de sa bouche, qui consent, pour ne la plus quitter…. La finale donne un supplément de relief à cette félicité faite vin, laissant à peine grumeler des tanins parfaitement polis mais encore croquants.

Sûr que la bête a du sembler rétive dans sa jeunesse.

Le verre vide prolonge le rêve odorant.

Le sort est conjuré, Jean lévite…

EBEMOATITECONE.